Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 15:35

    Toutes les filles l'ont entendu répéter dès leur enfance "Pour être belle, il faut souffrir" ; c'était l'argument préféré des mères au moment du démêlage des cheveux, rude épreuve qui faisait envier la brosse rase des garçons. A cet âge, aucune ambition esthétique ne justifie la douleur, mais, très vite et parfois dès la petite enfance, le genre féminin est disposé à supporter tous les sacrifices dans l'espoir d'embellir.

   Les féministes parlent d'aliénation au désir du mâle. Jugement discutable ; à moins d'être, lui-même,  soumis au diktat des apparences, l'homme est le plus souvent porté à  tourner en ridicule les acharnées de la mode et les obsédées de la balance. Régine, reine de la nuit, un peu experte dans le domaine, disait "Les hommes sortent avec les minces mais ils rentrent avec les rondes". Une chanson ne célèbre-t'elle pas  celles- qui

"auront appris

la cuisine

qui retient les petits maris

qui s'débinent".

   Bref, rien n'est simple, chacune doit se débrouiller avec des injonctions contradictoires. La quadrature du cercle, en l'espèce, réside dans le désir d'être très mince, à la limite de la maigreur, en arborant des rondeurs là où il faut, c'est à dire une poitrine avantageuse. 

Toutes celles, et elles sont nombreuses, qui ont, un jour, sacrifié au rite du régime savent que la première graisse à disparaître est celle des seins ; difficile de maigrir sans perdre ses appâts.

   Après un Moyen-Âge confortable et fonctionnel où le corps et son vêtement s'adaptaient aux nécessités du mouvement (homme ou femme devait être capable de monter à cheval), la  Renaissance vit apparaître le modelage de la  forme par le costume. Il fallait imiter des princesses royales épousées pour leur argent mais souvent chétives ou contrefaites. Ce fut l'éclosion des fraises et des corsets. Des siècles durant, pour affiner leur taille, les dodues ont porté une redoutable cuirasse, pendant que les maigres rembourraient leur corsage. L'illusion était pénible et médiocre. 

   En 1847, c'est la naissance de l'anesthésie qui se perfectionne rapidement, ouvrant à la chirurgie un avenir grandiose. On va pouvoir pratiquer des interventions où, sans elle, la douleur aurait tué le patient. La guerre de 14-18 et ses nombreuses gueules cassées vont lui procurer un vaste choix de cobayes. Quelques as du scalpel, plus aventureux et méticuleux que la moyenne, ne vont  pas se contenter de réparer le fonctionnel, ils vont s'efforcer d'améliorer l'aspect des résultats. De la chirurgie réparatrice, on passe à la chirurgie esthétique.

   Le vieux dicton est renvoyé aux poubelles de l'histoire, il n'est plus nécessaire de souffrir pour être belle. De son côté, la chimie, agacée de se voir supplantée par la chirurgie, se met en quatre pour séduire, proposer d'autres voies d'accès à la beauté. En fin de compte, le scalpel et l'éprouvette se partagent le marché.

   Qui dit marché dit argent, substance qui se marie difficilement à la santé, et les problèmes ne vont pas tarder.

    L'immense majorité des insatisfaites de leur corps voudraient maigrir. La solution est à la fois simple et difficile : il faut réduire l'apport calorique, manger moins ; plus facile à dire qu'à exécuter.

La chirurgie de l'amaigrissement existe : elle limite la contenance de l'estomac pour couper l'appétit. Le procédé, jugé barbare, ne trouve ses adeptes que chez les vrais obèses qui ont beaucoup de kilos à perdre. Pour les autres, des apprentis-sorciers de la pharmacie ont inventé différentes pilules-miracle dénommées coupe-faim.

A supposer que les kilos maudits aient disparu, la course à la beauté n'est pas terminée ; notre sac d'os a perdu sa poitrine.

Va-t'elle opter pour la reprise de la graisse perdue ? Évidemment, non.

Place à l'association du chirurgien et du chimiste, l'un va poser à l'intérieur du sein une prothèse que l'autre lui aura fournie.

Tout le monde devrait se réjouir, la patiente a la poitrine qu'elle attendait et les auteurs de sa transformation comptent leurs bénéfices. C'est oublier un peu vite que la santé ne se laisse pas réduire au silence pour le profit de quelques-uns ; elle se venge.

    Les séduisants coupe-faim s'avèrent toxiques et les prothèses mammaires ont une fâcheuse tendance à disperser leur chimie dans un organisme qui les rejette.

    Des écervelées sont capables de mettre leur vie en danger pour une beauté même pas garantie, et le monde s'indigne, horrifié : "Comment peut-on jouer avec la santé des gens, uniquement pour de l'argent ?"

     Que la motivation du professionnel de santé soit l'argent ou la gloriole, il faut lui rappeler qu'il a prêté le serment d'Hippocrate dont les premiers mots sont un engagement moral : Non nocere, ne pas nuire.

    Protéger, c'est aussi refuser d'accéder à un caprice déraisonnable

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 15:11

Non, je ne suis pas morte, juste débordée ... Le travail est, certes, nécessaire mais, parfois, il gène énormément! Il est seul responsable de mon actuel défaut d'assiduité. 

Tout va rentrer dans l'ordre bientôt. Vous pourrez me subir à nouveau.

Par Tipanda - Publié dans : vous à moi et réciproquement
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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 23:58

 

                    Pour changer des cartes de voeux                                                                                                                                                                          

 

  Ouvrez,

les gens, ouvrez

la porte, je frappe au

seuil et à l’auvent, ouvrez,

les gens, je suis le vent qui s’habille

de

feuilles mortes.

Entrez, monsieur, entrez,

le vent, voici pour vous la cheminée

et sa niche badigeonnée ; entrez chez nous, monsieur

le vent.

 Ouvrez, les gens, je suis

la pluie, je suis la veuve en robe grise

dont la trame s’indéfinise, dans un brouillard couleur de suie. 

Entrez, la veuve,

entrez chez nous, entrez, la froide et la livide,
les lézardes du mur humide s’ouvrent pour vous loger chez nous. 

Levez, les gens, la barre en fer, ouvrez, les gens, je suis la neige, mon manteau blanc

se désagrège sur les routes du vieil hiver.  Entrez, la neige, entrez, la dame, avec vos pétales de lys

et semez-les par le taudis jusque dans l’âtre où vit la flamme.Car nous sommes les gens inquiétants qui habitent le Nord des régions désertes, qui vous aimons - dites, depuis quels temps ?

pour les peines que nous avons par vous souffertes.

 

 

 

 

Emile Verhaeren

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 23:29

   La pub n'en rate pas une. Nous pensions avoir fait le tour du mauvais goût.

Erreur, l'imagination des publicitaires n'a pas de limite, un café s'offre le Lacrymosa du Requiem de Mozart dans l'indifférence du public qui ne l'a pas reconnu et, de toute façon, ignore ce qu'est un requiem.

Drôle de début pour de joyeuses fêtes. Voilà que l'actualité lui emboîte le pas.

    D'abord Cesaria Evora tire sa révérence en nous laissant un répertoire de chansons tristes. Au moins, il ne sera pas difficile de trouver de la musique pour ses funérailles. Elle sera regrettée dans le monde entier et surtout aux îles du Cap Vert. Sans elle, beaucoup n'en auraient jamais entendu parler.

    Ensuite, nous apprenons la mort de Vaclav Havel, écrivain tchèque, auteur de théâtre, résistant, fondateur de la Charte 77, européen convaincu et président libérateur de son pays. Sa mort n'a pas été une surprise , on le savait malade depuis longtemps, mais elle est de celles qui font répéter "C'est toujours les meilleurs qui partent". C'est une triste nouvelle.

    Les fêtes de Noël commencent vraiment mal avec ces deux disparitions. Et voilà qu'elles sont immédiatement suivies d'une troisième... qui ne chagrine pas grand monde : Kim Jong Il, le clown sinistre qui terrorise la Corée du Nord.

Pas de chichis ni faux semblants, nous avons accueilli la nouvelle avec un grand sourire. Comment regretter un dictateur capable d'affamer son peuple pour répondre à sa folie des grandeurs ?

Bon débarras, c'est entendu, mais passé le mouvement de satisfaction, que sera la suite ?

En apparence, la vie continue comme prévu. La Corée du Nord est une dictature héréditaire ; le successeur  désigné est un fils du défunt, celui qui ressemble le plus à son père. A ce défaut rédhibitoire, il faut ajouter sa jeunesse et son inexpérience, d'après ce qu'on peut en connaître.

  L'histoire de tous les continents est hantée par le souvenir de ces successions difficiles, de nos Rois Fainéants au dernier empereur de Chine. On se rappelle que des régentes ambitieuses, des maires du palais et des eunuques de cour ont dominé la politique de leur temps ; il leur a suffi d'entretenir et exploiter la faiblesse d'un jeune roi transformé en marionnette. Ils lui fournissaient des femmes ou des garçons, de l'alcool, de la drogue ; en échange, ils récupéraient le pouvoir.

   De nos jours, ces personnages hauts en couleur ont laissé la place à des conseillers civils ou militaires qui n'ont pas forcément plus d'abnégation. On peut compter sur eux pour s'occuper dignement de l'héritier nord-coréen. Rien de changé, à un détail près : la bombe.

Car ce pays de toutes les horreurs détient l'arme nucléaire. Qu'elle soit dans les mains d'un autocrate est déjà peu engageant mais qu'elle devienne l'enjeu de coups d'état et autres révolutions de palais a de quoi semer la panique. En bref, la mort de Kim Jong Il, loin de nous  débarrasser d'un problème, va rendre la vigilance encore plus nécessaire.

   Le Requiem revient à la mode. Pour ne pas en être réduits à pleurer et chanter Lacrymosa, il faut réagir. Nous sommes en plein Dies irae : jour de colère.

   Décidément, curieux Noël.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 20:47

     Un encart Nord dans le Monde, ce matin, nous rappelle que la grande attraction du futur LOUVRE LENS sera "La Liberté guidant le peuple" de Delacroix.

Désolant...

  J'imagine les protestations des indignés en tous genres, des moralistes et des censeurs. A leurs yeux, l'arrivée du tableau dans les mines du Pas-de-Calais rétablirait la justice ; pourquoi l'art serait-il un monopole la capitale ?

  Qu'ils se rassurent, personne ne songe à dénigrer la région et je l'affirme avec Aragon, vouloir la culture populaire, c'est penser que le peuple mérite le meilleur. L'ouvrier (ou le chômeur) lensois a le droit de poser son regard sur les oeuvres d'art les plus prestigieuses.

   Ah ! S'il était question d'exposer  "La Liberté guidant le peuple", il faudrait applaudir sans réserve mais le projet n'est pas celui-là, il s'agit de l'installer à demeure à Lens, d'y poser, en quelque sorte, son domicile.

Or, rien dans ce tableau n'évoque le pays lensois. On y voit une scène de la vie parisienne, une barricades des Trois Glorieuses et un gamin en qui tout spectateur reconnaît Gavroche... bien loin du Pas-de-Calais.

   Ce gamin de Paris serait mieux chez lui ; il ne doit pas être très difficile de le remplacer par un autre tableau moins  évocateur qui supporterait mieux le déplacement.

  Les gens du Nord lui sont déjà fort attachés, très honorés de la venue de cette Liberté. Il leur sera bien difficile

de supposer à ce choix des motifs moins prestigieux.

  Et pourtant ...

  En art aussi, la mode fluctue et Delacroix n'a plus la cote, comme tous les peintres en grandes fresques historiques.  Bien sûr, ses tableaux sont inestimables, invendables, mais ils sont regardés comme les témoignages d'une époque, des documents. Les amateurs d'art parisiens n'ont plus un regard pour ces tableaux facilement qualifiés de "pompiers", ils ne protesteront pas au départ d'un Delacroix.

   Et voilà comment un gamin de Paris aura le droit d'être exilé hors du pays natal, dans une région où il n'a pas de sens..

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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