Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 00:00

  En ce temps-là, il était du dernier chic de soutenir la Grèce. Au dix-neuvième siècle romantique, les intellectuels, poètes et artistes, mettaient leur talent au service du peuple grec et de sa liberté.

   Quand on avait eu la chance d'étudier un peu, on savait que l'Athénien antique était le précurseur du citoyen moderne et de l'homme des lumières.

   Que serait la flamboyante culture que le monde entier nous envie sans la Grèce fondatrice ?

Établir une liste complète de nos  créanciers hellènes serait longue et fastidieuse, contentons-nous des plus grands.

Que seraient nos maths sans Pythagore et son théorème ?

Nos médecins, tout modernes qu'ils sont, prononcent toujours le serment d'Hippocrate. 

Nos théâtres donnent toujours des comédies et des tragédies, modèles universels nés du génie toujours imité, jamais égalé, d'Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane ...

La poésie épique doit tout au grand Homère, son Illiade et son Odyssée, et les grandes écoles philosophiques sont nées des cerveaux prolifiques de Platon, Aristote ou Epicure.

   La culture européenne est petite-fille d'Athènes, aucun doute possible.

   Au dix-neuvième siècle, le vent des nationalités souffla sur la Grèce qui entreprit de secouer la domination ottomane. C'est alors que des intellectuels européens se rappelèrent leurs études et il surgit un intense mouvement de solidarité, assez proche, dans ses manifestations, des futures Brigades Internationales volant au secours de la République Espagnole massacrée par Franco. L'art et la littérature furent mises à contribution, Delacroix peignit les massacres de Chio, et certains n'hésitèrent pas à prendre les armes. Le plus connu est Lord Byron, un dandy aristocrate, homosexuel et porté sur le scandale mais poète flamboyant et généreux, avec un petit côté BHL du dix-neuvième. Il mourut pour la liberté de la Grèce, même s'il ne fut pas tué au combat mais terrassé par le paludisme qui infestait Missolonghi.

   Démocrates et gens de lettres avaient pris le parti des Grecs, définitivement, quoique lentement ; il fallut presque deux siècles pour que la Grèce libérée intégrât l'Europe économique et politique.

   Après de multiples aléas, au nombre desquels deux guerres mondiales et une dictature militaire, l'aïeule a enfin rejoint ses descendants pour expérimenter chez eux l'exploitation et les mauvais traitements.

   L'Européen du vingt-et-unième siècle se moque des précurseurs, son nouveau maître est le Marché. Faire de l'argent est tout ce qui importe, au mépris de la culture et de l'éthique.

   La Grèce est un pays pauvre, même si elle abrite quelques grandes fortunes. C'est même son niveau de vie modeste qui lui permet des tarifs hôteliers attractifs.

Le fameux ciel grec à pas cher, voilà de quoi faire rêver les industriels du tourisme qui aimeraient bénéficier de lourdes infrastructures sans avoir à les payer. Comment obtenir des Grecs qu'ils financent des aéroports et des autoroutes pour le plus grand profit du tourisme ?

   L'imagination des gens d'affaires n'ayant pas de limites, ils ont trouvé : les jeux olympiques du millénaire.

Ils ont flatté l'orgueil des Grecs en leur rappelant les anciens jeux d'Olympie et fait miroiter des profits aussi énormes qu'illusoires et ils sont arrivés à leurs fins. La Grèce a mis le doigt dans le sur-endettement pour des grands travaux déraisonnables (rappelons que même Londres dont la puissance financière n'a rien à voir avec la pauvreté d'Athènes s'apprête à payer ses jeux pendant plus de trente ans). Ensuite, il a été facile d'alourdir la dette en faisant croire que les dépenses improductives deviendraient profitables si elles étaient complétées de tel ou tel investissement supplémentaire.

    La Grèce est donc ruinée et ses soi-disant amis lui tournent le dos.

   Les hommes politiques du jour n'ont rien à voir avec Byron. Notre commune civilisation ne leur parle pas.

   Pour éviter qu'elle leur soit rappelée par quelques jeunots idéalistes, ils ont fait table rase de l'histoire et de la culture. Le changement des programmes scolaires a des conséquences plus graves que nos petites nostalgies culturelles.

    La Grèce antique nous a transmis des chênes truffiers mais nous avons oublié le goût des truffes, donc nous les avons données en pâture à des cochons, elles sont perdues pour le monde entier.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 08:54

Raymond Aubrac, tu viens de mourir.

97 ans...c'est une longue vie. Tu étais encore, selon l'expression consacrée, bien pour ton âge. Alors, toi, le héros, notre référence, tu n'auras pas à tonner de déception et de fureur devant l'abaissement de la République.

La complaisance et les bonnes manières des amnésiques au pouvoir vont, encore une fois, ouvrir le jeu démocratique aux paroles de haine et à la puante bêtise que tu avais combattues.

On aurait tant aimé te dire que l'hydre était définitivement terrassée ... mais tu n'aurais pas cru nos illusions. Tu savais bien, mieux que nous, qu'une guerre n'est jamais définitivement gagnée.

Les mêmes hypocrites vont te rendre hommage à grand renfort de larmes de crocodile mais tes vrais admirateurs vont  s'efforcer de rester dignes de toi, de maintenir sans compromissions l'héritage du Conseil National de la Résisistance.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 10:05

   Toujours débordée par mes problèmes logistiques , il me faut toutefois dégager le temps nécessaire pour apporter mon grain de sel, quelques précisions, autour d'un sujet dont on nous rebat les oreilles sans poser les vraies questions. Penchons nous sur la viande et l'abattage des animaux sans nous laisser aller au crêpage des chignons religieux et culturels.

   D'abord, une réalité : comme l'ours, le cochon et tous les animaux opportunistes, l'homme moderne est un carnivore charognard. Incapable de fondre sur sa proie pour la dévorer vivante, il attend que la victime lui soit livrée tuée et, de préférence, dépouillée, découpée, prête à consommer ; c'est le boulot des abattoirs.

   Le sujet urbain se détourne des lieux de mort. Comme si la viande lui arrivait ex-nihilo, comme s'il n'existait aucun point commun entre les animaux et son assiette, l'abattoir lui est un univers étranger, il ne veut même pas savoir comment il fonctionne.

   S'il y prêtait quelque attention, il serait, au moins, plus difficile de lui raconter n'importe quoi. 

   D'abord, ce travail peu réjouissant se pratique de moins en moins en zone urbaine. Il plait aux amis des bêtes de croire que leurs protestations indignées (tiens, eux aussi !) contre les conditions révoltantes du transport des animaux ont été entendues ; en réalité, c'est l'efficacité économique qui a décidé, il est plus simple et moins coûteux de faire rouler des véhicules réfrigérés transportant de la viande que des camions de bestiaux vivants. La majorité des animaux sont abattus dans les régions d'élevage et acheminés vers les grandes villes à l'état de carcasses ou même carrément découpés en morceaux prêts à consommer. Il reste bien quelques abattoirs en zone urbaine pour les éleveurs en périphérie, les bouchers-abatteurs (survivance du passé) qui tiennent à choisir eux-même leurs bêtes sur pied, les font tuer et en récupèrent les morceaux en sortie de chaîne, l'abattage sanitaire en cas de nécessité, et des situations particulières au nombre desquelles le droit accordé à certains groupes religieux de faire procéder à une forme rituelle de sacrifice par égorgement sans étourdissement. Au passage, rappelons qu'ils ont obtenu ce régime dérogatoire pour lutter contre l'abattage clandestin, source de nuisances sanitaires graves et de troubles à l'ordre public.

   Les petites unités ont du mal à joindre les deux bouts, il faut un tonnage minimum pour continuer à exister. Elles ont vu dans l'abattage rituel la survie de leur activité. Rationalisation oblige, elles en ont fait leur norme.

Conclusion : il est faux de prétendre que tous les franciliens mangent halal sans le savoir, la plus grande partie de la viande consommée en région Parisienne vient de boucheries industrielles situées dans les zones d'élevage, on n'y pratique pas l'égorgement rituel. En revanche, il est vrai que les morceaux provenant d'abattoirs franciliens ont toutes les chances d'avoir été abattus rituellement.

    Ce point étant acquis, reste le seul vrai problème qui n'agite pas grand monde : la question sanitaire.

Nous essaierons de ne pas être inutilement gore mais la précision exige d'entrer dans quelques détails difficiles.

Prenons l'exemple des bovins. Normalement, dans l'abattage réglementaire, les bêtes suivent un couloir à la queue-leu-leu, elles sont accueillies par un tueur muni de son pistolet d'abattage, une arme qui, appuyée entre les cornes, enfonce l'os frontal. L'animal est cérébralement mort mais son coeur battra encore le temps nécessaire pour qu'il puisse être saigné. Il est donc suspendu par une patte arrière et une ouverture es pratiquée dans la carotide pour que l'animal se vide de son sang. En même temps, l'oesophage  est  ligaturé pour éviter que le contenu digestif puisse descendre et souiller la plaie. Les tueurs ont obligatoirement un CAP de boucher, garantie d'une formation minimale à l'hygiène.

Dans le cas où l'animal est égorgé rituellement, une lame vient sectionner tous les "tuyaux" en même temps : artère, trachée, oesophage. Tous les fluides se répandent, la plaie est donc souillée par le contenu digestif riche en bactéries de toutes sortes. Il est donc fortement déconseillé de consommer les morceaux autour du cou, morceaux bon-marché qui servent à la frabrication des steacks hachés, steacks le plus souvent consommés crus ou à peine cuits.

Cette forme d'abattage qui se veut pure est, en réalité, un vrai nid à microbes.

   En insistant sur le clash des civilisations, les adversaires de l'abattage rituel se trompent de combat. Ils se créent une réputation d'intolérants et de racistes alors qu'il serait bien plus simple de se faire les champions de l'hygiène et de la santé.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 10:29

  Pour cause de déménagement, je dois me défaire d'un tas d'objets : meubles (surtout de bureau ou d'atelier), cadres, albums, cartons de présentation, etc.

  Tout doit partir au plus vite, à des prix carrément ridicules.

   Rendez-vous

81 avenue Henri Barbusse 59770 MARLY

du Mardi au Samedi

de 14h à 18h

tel :  06 89 67 51 82

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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 00:01

   Bientôt, nous allons habiter un monument historique.

Inutile de fantasmer, nous n'avons pas acquis un manoir ni une abbaye en ruine, juste une maison toute simple et pas plus ancienne que moi. C'est la ville entière qui est monument historique.

Le Quesnoy est une ville close,

Ce n'est pas Concarneau, il n'y a pas la mer,

Ce n'est pas non plus La Couvertoirade, on n'y domine pas le causse du Larzac.

Au milieu des vaches et des pommiers, c'est un chef lieu de canton rural : 5000 habitants aux confins de l'Avesnois et du Valenciennois. Depuis qu'il existe, il est habillé de remparts.

Ses premières fortifications remontent au XIIème siècle et au bien nommé Bauduin l'Edifieur.  Ensuite, les comtes de Flandre et de Hainaut, ont eu à coeur d'entretenir et améliorer ses défenses, même le célèbre empereur Charles Quint. En effet, Le Quesnoy n'est une ville française que depuis le traité des Pyrénées, sous le règne de Louis XIV. 

L'événement fut considérable pour la ville dont le roi confia à Vauban la charge de restaurer et compléter le réseau des remparts.

Le Quesnoy était l'une des nombreuses places fortes qui matérialisaient la frontière au Nord et à l'Est mais toutes les autres ont vu disparaître leurs murailles quand les siennes sont restées debout.

A quel hasard bienheureux devons-nous cette chance ?

 - A la révolution industrielle qui oublia d'atteindre Le Quesnoy.

La mine et les usines,  au dix-neuvième siècle, enrichirent les villes qui se mirent à grossir. Elles se sentirent à l'étroit dans leur murailles comme une grosse dame dans une ceinture trop étroite. Les changements  survenus dans les arts militaires leur donnèrent un bon prétexte pour araser les murs et combler les fossés. A leur place, les édiles tracèrent des boulevards et les quartiers d'habitation s'étalèrent. La distinction entre intra et extra-muros avait vécu.

Le grand chambardement laissa Le Quesnoy de côté. Faute de moyens pour les détruire, la ville conserva ses fortifications et resta une ville close, un monument historique...où je vais avoir la chance d'habiter une  petite maison blottie au pied du rempart.

L'avenir réserve d'autres plaisirs tels que la présence d'un théâtre et d'une médiathèque, équipements pas si fréquents pour une population de 5000 âmes.

C'est une chance, j'en suis bien consciente, la perspective d'une retraite heureuse.

Bon, quitter grand pour plus petit est un vrai chantier. Que la joie nous donne du courage pour le  déménagement.

Par Tipanda - Publié dans : vous à moi et réciproquement
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