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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 20:13

Si vous avez pour l'histoire une innocente passion de la recherche et le goût des débats de spécialistes, il serait peut-être prudent de passer votre chemin. Certains avis n'ont pas voix au chapitre. 
 Accordons un instant à Sylvain Gouguenheim et son livre "Aristote au Mont St Michel. Les racines grecques de l'Europe Chrétienne". Vous croyez le thème propre à exciter uniquement des médiévistes érudits ?
Abandonnez vos illusions. Si l'auteur croit avoir fait oeuvre d'historien, neutre et pacifique comme il se doit, c'était sans compter sur les orfèvres du soupçon.
Il a osé une supposition sacrilège, prétendre que l'Europe occidentale n'aurait pas reçu la transcription des textes grecs anciens uniquement des Arabes. On n'aurait jamais cru qu'une telle proposition pût déclencher un scandale. Et même, en rassemblant nos souvenirs estudiantins, nous avons appris que, si les textes grecs et latins n'ont pas été perdus dans le temps des  " invasions" dites "barbares", c'est grâce aux moines irlandais qui les ont patiemment recopiés dans leurs solitudes océaniques avant de les transmettre aux monastères continentaux, une fois la paix revenue. Si on se tient à ses souvenirs, on n'est pas obligé d'être convaincu par le Jacques de Venise si cher à Sylvain Gouguenheim, mais il n'y a pas de quoi fouetter un chat.
C'est oublier que certains ont constitué une vraie police de la pensée pour interdire tout ce qu'ils considèrent comme des attaques à la cause arabe.  
Vous vous rappelez sans trop d'efforts les avanies survenues à Olivier Pétré-Grenouilleau, il n'y a pas si longtemps. Dans sa thèse sur l'histoire des traites négrières, figurez-vous qu'il avait osé décrire les traites arabes.
Les censeurs persuadés que tout le mal est chrétien et tout le bien musulman, l'ont trainé dans la boue, et accessoirement en justice (où ils ont perdu). 
Le même scénario a commencé autour du livre de S. Gouguenheim et c'est intolérable, insupportable et stupide.
A  vouloir plier l'histoire à leur volonté, leur action est vouée à l'échec.
Pire, ils dégoûtent le public de leur sujet favori, ils le rendent tabou.
Qui prendrait le risque d'étudier l'histoire des Arabes si les conclusions sont pliées d'avance ?
 Ils démontrent seulement que toute censure est ennemie de la connaissance.
Mais ça, nous le savions depuis longtemps.

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8 juillet 2007 7 08 /07 /juillet /2007 09:32

"Sans le latin, sans le latin, la messe nous emmerde"... Les esprits chagrins diront "fallait s'y attendre", d'autres, jugeant plus prudent de ne pas se mouiller, joueront la surprise. Chacun va s'esbaubissant : le panzercardinal devenu Benoît XVI s'est converti sur le tard à la pensée Brassens ; effet de la vertu sacrée de l'onction pontificale, peut-être...

 Résumons : dans les années 60, l'église catholique en crise a tenu une A.G ...- pardon, je me trompe de registre - le concile Vatican II ( c'est amusant de signaler qu'à part les spécialistes, personne ne se souvient des décisions prises par Vatican I, mais ne nous égarons pas ).

L'air du temps, dans toute la société, était au grand chambardement, à la modernité affichée. En conservant le dogme, il fallait casser tout le reste pour faire jeune. Le dépoussiérage des rites donna dans le spectaculaire. La messe en latin fut mise au rancart. L'affaire prit un tour plus délicat que prévu dans quelques vieux pays, en particulier la France, où des clans politiques réactionnaires firent mine de croire que la révolution était en marche dans la liturgie en français. La messe en latin devint l'étendard des intégristes les plus bornés et la curie romaine contestée réagit par l'intransigeance. Ce qui aurait dû rester une tempête dans un verre d'eau était devenu un maelström. Tout le monde était bien avancé. Les problèmes qui avaient suscité la réunion du concile, entre temps, ne s'étaient pas arrangés, les nouveaux fidèles attendus n'étaient pas au rendez-vous et les anciens boudaient. Brassens chantait :

..."En renonçant à l'occulte,

faudra qu'ils fassent tintin,

 sans le latin, sans le latin,

pour le denier du culte"...

Il fallait bien, un jour, reposer les pieds sur terre, reconnaître publiquement l'insignifiance de la querelle et laisser les croyants prier dans la langue de leur choix. Le vieil entêté Jean-Paul II (Jeanpolski, pour les intimes) n'avait jamais pu s'y résoudre ; son successeur l'a fait ; en échange de quoi ? Les fidèles verront bien ... il y a un temps pour tout.

Et les incroyants, qu'ont-ils à faire de ce qui aurait dû rester une question propre aux adeptes de la secte ? 

A l'encontre des apparences, il s'y  trouve, à tout prendre, quelque intérêt.

A nouveau, il va résonner de la musique de qualité dans les endroits et les circonstances prévues pour elle. Evoquons la corvée que nous subissons lorsque la bienséance, les usages requièrent notre présence à des cérémonies de mariage ou de funérailles qui se déroulent à l'église. Si nous ne pouvons trouver aucune bonne raison pour nous défiler, il faut subir.  Depuis que la messe en français est en vigueur, il faut bien admettre que les amateurs attendent toujours le compositeur de génie qui les attirera à l'église. Les oreilles de Dieu doivent être bien résistantes pour supporter les compositions laborieuses des vicaires et autres chefs scouts qui se croient musiciens parce qu'ils grattouillent leur guitare de débutant. En interdisant la messe en latin, on nous a privés de somptueuses messes de requiem qui faisaient bien patienter. Et puis, les oeuvres de Bach furent écrites pour être jouées dans des églises, pendant des offices religieux, pas pour tournicoter dans nos lecteurs CD devant nos canapés avachis.

Alors bon, les affaires de la religion caholique ne regarderaient pas les incroyants ?

              La religion figure au nombre des bâtisseurs de notre culture, que nous le voulions ou non. Avant de débarrasser les ruines, nous devons sauver ce qui peut l'être. 

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3 mai 2007 4 03 /05 /mai /2007 22:08

Il y a 70 ans, la légion condor écrasait Guernica dans le silence indifférent des démocraties voisines.  Au secours de la république espagnole, sans pouvoir la sauver, vinrent les  volontaires des brigades internationales, des combattants mus par un idéal : faire échec à la dictature franquiste.

   Parmi eux se trouvaient  des Polonais. Il en reste une poignée de survivants, tous largement nonagénaires ; ils perçoivent une petite pension. Inutile de préciser qu'ils ne risquent pas de ruiner l'état polonais. Et pourtant ...Les jumeaux Kaczynski semblent ne rien craindre, et surtout pas le ridicule. Supprimées les pensions, décrochées les plaques commémoratives, au prétexte que ces anciens combattants auraient eu partie liée avec les communistes, même si les démocrates engagés pour l'Espagne républicaine n'étaient pas tous communistes et que la bien réelle oppression soviétique sur la Pologne est très postérieure. Entre-temps, il y a eu l'invasion nazie, le martyre de la Pologne, mais aussi, les compromissions, les complicités dans l'accomplissement de la solution finale. Il y a eu beaucoup de victimes polonaises mais aussi des Polonais bourreaux ; et la génération actuelle ne semble pas décidée à regarder son passé en face. L'accueil ( si on peut employer ce mot ) de l'ouvrage de Jan T. Gross "Les voisins" avait révélé la persistance d'un vieil antisémitisme rural, des Oradour accomplis par un voisinage haineux et profiteur. 

M. Giertych, un député européen de Pologne, commet une brochure antisémite ; le gouvernement polonais n'y trouve rien de répréhensible. En revanche, les foudres des frères Kaczynski se dirigent contre Bronislaw Geremek, soupçonné d'on-ne-sait-quelles compromissions avec les communistes. A nouveau, ils ne craignent pas le ridicule. .. Peut-être sont-ils seulement jaloux d'un talent et d'un prestige international qu'ils ne sont pas près d'atteindre.

Ces péripéties de la vie polonaise interrogent les Européens.

Lorsque l'Autriche connut avec Jorg Haider une tentative de relance de l'extrême-droite, les démocraties se sont indignées, il y a eu des cortèges, des déclarations, des articles, des essais sans indulgence. L'Autriche a connu le temps des sanctions.                                                                      Dans l'éventualité de leur adhésion à l'UE, les Turcs se voient sommés de présenter toutes  sortes de garanties de démocratie et une solide repentance pour le génocide des Arméniens. L'intention est excellente mais... pourquoi n'y a-t'il pas eu les mêmes précautions avant de laisser entrer la Pologne et les Etats Baltes ?

 La destruction des juifs d'Europe a eu lieu à l'Est parce que les nazis savaient qu'ils n'y rencontreraient pas d'oppostion importante. Les gardiens des centres d'extermination étaient polonais, baltes ou ukrainiens et ils n'ont rien regretté. C'est la conscience des démocrates qui regrette déjà l'indulgence dont ils ont bénéficié.

 Décidément, Il existe des bonnes manières qui ne sont que de mauvaises actions.

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29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 19:45

Comme la chute des feuilles ou la levée des champignons, il y a des sujets qui reviennent avec la saison des élections. Les candidats de droite et de gauche sont aujourd'hui obsédés par la nation, plus précisément sous la forme "identité nationale". Cette pauvre identité serait en danger, menacée par les attaques des hordes barbares et la négligence des nationaux. 

Bien des dangers nous menacent, du réchauffement climatique aux épidémies, des fous de Dieu  aux attentats- suicides de tous les terroristes de la terre, mais pour les hommes et femmes politiques, la nation passe avant tout. Ils y tiennent, à leur jouet. Ils croient fermement que la majorité de leurs concitoyens partagent leur attachement ; aucun n'oserait avancer que l'Europe compte plus que la France, persuadé de perdre la compétition électorale. Que l'intérêt général déborde le cadre des frontières ne les effleure même pas.

A quoi ont-ils passés leurs cours d'histoire ? Ils n'ont retenu que ce qui confirme leur vision ( ou leur mirage ). Leur nation "éternelle" remonte à trois siècles, si on prend la Révolution Française comme repère, six en remontant jusqu'à Jeanne d'Arc. Autant dire "rien" dans l'histoire d'une civilisation.

 L'Europe existait bien avant. Dans un Moyen Age qu'on imagine trop facilement comme un monde immobile, les relations et la politique ne connaissaient pas de frontières étriquées. Charlemagne gouvernait l'Ile de France depuis Aix la Chapelle, secondé par un ministre venu d'Angleterre. Un certain Casimir était à l'abbaye de Cluny, théologien brillant destiné à finir Abbé du plus grand monastère d'Europe ; choisi par les Grands de Pologne, il est devenu roi, sur ordre de l'abbé de Cluny, fondant à partir de son abbaye bourguignonne la très catholique monarchie polonaise. On pourrait revenir sur l'usage généralisé dans la chevalerie d'envoyer ses fils se faire éduquer par d'autres chefs de lignées, souvent très loin. Et ce fils du roi Robert (dit "Le Pieux") prenant pour épouse Anne de Kiev ; peu de Français se sont jamais demandé pourquoi la bible de Reims sur laquelle les rois de France prêtaient serment, était écrite en caractères cyrilliques ; c'était la bible d'Anne, la princesse ukrainienne.  Henri 1er avait décidé d'épouser une princesse lointaine pour éviter de revivre les tribulations que son père avait connues. A cette époque, l'Eglise avait trouvé un excellent système pour tenir les familles régnantes : des règles canoniques pointilleuses autour des mariages, créant des cas d'inceste jusqu'au septième degré, y compris dans les parentés spirituelles ( parrains et marraines). Dans la  noblesse, l'endogamie importante faisait que tout le monde était plus ou moins parent. Il fallait bien que des mariages aient lieu, donc l'église accordait ( ou non ) des dispenses en fonction de la docilité du demandeur. En prenant une épouse éloignée qui ne risquait d'avoir aucune parenté avec lui, Henri échappait au contrôle clérical. Nous voilà bien loin de notre sujet mais l'Histoire pr^te parfois à sourire.

Certes, les exemples précités concernent la noblesse, mais leur existence de seigneurs d'autrefois était bien plus difficile que celle des simples citoyens d'aujourd'hui. A l'époque des avions et d'internet, nous serions moins capables que nos ancètres ? On finira par croire que la vie doit rester étriquée. Un peu d'audace et de l'ampleur de vue de la part de ceux qui prétendent nous représenter, ça nous fera un changement salutaire.

  

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