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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 09:56
       C'est un anniversaire passé,comme d'habitude, inaperçu.
Non, pas celui d'Obama, il est bien né un 4 août mais c'est encore un gamin.
Le 4 août qui nous importe a 220 ans.

     Demandons à des écoliers français ce que 1789 leur évoque.
A coup sûr, nous aurons droit au 14 juillet : prise de la Bastille.
     Etrange mémoire... Voyons de plus près.
    La Bastille, vieille forteresse, servait de prison au dix-septième siècle. Elle fut même symbolique de l'Ancien Régime. Les détenus n'y étaient pas obligatoirement expédiés par un tribunal ; un grand nombre des peines étaient décidées par une lettre de cachet, la décision sans discussion ni appel d'un personnage qui avait autorité  : le roi, un prince d'église ou même un père désireux de sévir contre un enfant désobéissant. C'était un symbole du droit régalien et de l'arbitraire.
    Un siècle plus tard,  les us et coutumes du royaume de France n'étaient pas restés immuables. A la lettre, les institutions n'avaient pas changé mais la réalité avait beaucoup évolué.  L'usage coercitif de la Bastille avait largement diminué.
Le 14 juillet, une émeute de la faim (il y en avait beaucoup cette année-là, les récoltes étaient mauvaises) se tourna contre la Bastille. La garde, peu nombreuse et plutôt débonnaire, ne fit aucune difficulté pour se rendre et ouvrir les portes, libérant ainsi quelques derniers prisonniers, des inadaptés que leur famille ne se donnait pas la peine de réclamer.
     C'était un fait divers sans importance mais il était promis à un brillant avenir dans les mémoires.
    Nous aurons l'occasion d'y revenir mais il nous faut d'abord rappeler que bien d'autres événements illustrèrent la première année de la Révolution.
     Les Etats Généraux avaient été convoqués pour essayer de traiter quelques urgences, en particulier le déficit du royaume (décidément, rien de changé sous le soleil ...)
     Les Etats se répartissaient en trois ordres : Clergé, Noblesse et Tiers Etat.
Le Clergé souffrait de sa division : le clivage des classes supplantait déjà la partition en ordres. Les députés du haut-clergé votaient avec la noblesse pendant que le bas-clergé, tout naturellement, rejoignait ses semblables du Tiers Etat.
La noblesse mangée de dettes n'était plus que l'ombre d'elle-même, dépendant du roi pour les titres et fonctions et de la bourgeoisie pour sa subsistance.
     Le seul ordre ascendant était donc le Tiers Etat
Une tradition erronnée l'a longtemps fait passer pour un rassemblement de pauvres et d'idéalistes. En réalité, l'initiative y revenait à une bourgeoisie souvent très riche qui avait besoin de liberté pour déployer ses entreprises.
    Devant le spectacle de division donné par les autres ordres, le Tiers Etat, convaincu que le fruit était mûr, s'empara des affaires, s'autoproclama Assemblée Nationale et entreprit de fonder un socle de réformes libérales.
    La nuit du 4 août,  l'Abolition des Privilèges fut proclamée.
C'est le vrai début de la Révolution Française, un événement riche de promesses et d'avenir. L'abolition des privilèges est le précurseur de la déclaration des Droits de l'Homme.
Il ne faut pas se tromper, prêter à cette Assemblée Nationale des préoccupations sociales. Elle reconnaissait  et admettait des inégalités : les différences liées au travail, au savoir et au mérite. Permettre leur épanouissement c'était d'abord éliminer les privilèges, les avantages liés à la naissance et au milieu.

    Ils sont bien étonnants mais très français, nos républicains auto-proclamés qui préfèrent se rappeler une émeute sans lendemain qu'une décision fondamentale pour l'avenir de nos institutions.
      Inutile de s'accorder le titre ronflant de "libéral" si on oublie l'origine de ses libertés.  
      Une émeute, on la mate. C'est une affaire de police : somme-toute, un non-événement.
Le cours des idées, la volonté du peuple, c'est un autre chantier... qu'il faudra bien, un jour, aborder sérieusement ...

          A bas le 14 juillet et Vive le 4 août !
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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 23:00
       Dans les bagages des vacances, tous les ans, il y a des livres. Bon, d'accord, St Machin -les-bains et St Truc-sur-Mer, ce n'est pas le désert, mais on n'est jamais sûr de ce qu'on va trouver au tabac-presse-dépôt de pain du camping, à part Gala et Voici. Et puis, blindé de bonnes intentions, on va en profiter  pour se mettre à jour, lire tous les livres qu'on a achetés mais qui traînent depuis plusieurs mois.
Ne rêvons pas ; les bouquins qu'on n'a pas trouvé le temps d'ouvrir depuis longtemps, ils finiront les vacances comme ils les ont commencées. Dans le fond, il faut en convenir, s'ils nous avaient réellement attirés on aurait trouvé le temps de les lire, on n'aurait pas eu besoin de l'ennui des vacances pour s'y mettre.
Et puis, ne pas confondre vacances et travaux forcés. Oublions les retards de lecture et faisons-nous plaisir. Achetons les titres qui nous font envie.
Et si on pensait "Histoire" ...?
Justement, il vient de sortir "Attila" de Michel Rouche. Ce que j'ai lu à son propos me donne une envie furieuse d'y plonger.
Attila est au nombre des mal-aimés de l'histoire. Malgré les "Nouveaux Historiens", on a oublié de rouvrir le procès de quelques personnages et il en fait partie.
Grâce aux travaux des archéologues, on découvre une réalité différente des récits à la base de nos traditions historiques.
Le féroce Attila était surnommé le "fléau de Dieu "... Une si mauvaise réputation s'explique facilement : au Vème siècle, l'écriture était, pour ainsi dire, le monopole des moines et les Huns pillaient les abbayes.
Logique, une troupe de nomades pillards n'a rien à voir avec une armée de colonisateurs. Comme ils ne projettent pas de s'installer, s'emparer de la terre et des bâtiments ne les intéresse pas ; ils recherchent l'argent et autres "trésors" qu'ils peuvent emporter. Du numéraire, à cette époque, on n'en trouve pas beaucoup à la campagne, sauf dans les monastères pillés systématiquement. On comprend sans peine que les moines aient cultivé une rancune tenace à l'égard des Huns, suivis par les historiens dont les travaux ont longtemps reposé exclusivement sur l'étude des écrits.
    Nous comprenons, aujourd'hui, que les religieux aient noirci leur ennemi à plaisir mais les auteurs des siècles suivants ont aggravé le tableau et n'ont pas échappé aux contresens.
    Immanquablement, Attila est affublé du qualificatif "barbare". C'est oublier le sens que les Romains donnaient à ce mot. Le barbare est celui qui ne parle pas la langue des Romains, le latin.
 Attila, précisément, n'était pas un barbare.
A l'époque, lorsque deux adversaires faisaient la paix, pour garantir le respect de la parole donnée, ils s'échangeaient des filles à marier et des fils à éduquer. Un abus de langage les a fait nommer "otages", il serait plus conforme à la réalité de parler d'échanges. Attila fut donc éduqué à Rome en compagnie, ironie de l'histoire, d'Aetius son futur vainqueur des Champs Catalauniques. Son éducation soignée l'équipa d'un latin très supérieur à la langue des mercenaires de tous pays qui composaient l'armée romaine.
    Les Huns faisaient peur... comme tout ce qui est inconnu. Les Gallo-romains et autres Européens n'étaient pas nombreux à en avoir rencontré. En fait de Huns, il n'est arrivé en Occident qu'un petit comité, la garde rapprochée d'Attila ; le reste de la troupe était formée de Magyars et autres Germains toujours prêts à intégrer une opération de pillage chez plus riches qu'eux. Les batailles qui se sont livrées ont opposé des Germains mercenaires de Rome à ... des Germains ralliés aux entreprises de rapine des Huns. On y rencontre peu de Romains, l'Urbs dépeuplée ne faisant plus d'enfants à fournir aux armées, et peu de Huns véritables, l'Asie centrale est loin.
   L'aventure d'Attila et des Huns est d'abord un sujet d'étonnement ; pourquoi ces nomades de l'Asie centrale ont-ils étendu leurs razzias jusqu'en Europe de l'Ouest, à des milliers de kilomètres de leur lieu d'origine ? Même pour d'excellents cavaliers, l'expédition n'était pas banale et leur avancée vers l'ouest a poussé devant eux, par ricochets jusqu'à l'Atlantique, d'autres nomades qui ont complètement modifié le peuplement de l'Europe .
    C'est le passé, la question n'intéresse plus que les historiens spécialistes de la chute de l'empire romain ; aucun rapport avec nos préoccupations d'aujourd'hui.
    C'est un peu vite conclu.
Depuis que nous réfléchissons sur le bouleversement du climat, un nouveau concept est apparu, celui de réfugiés climatiques. Des populations seraient obligées de quitter leur pays pour refaire leur vie ailleurs. Et si le phénomène avait commencé depuis longtemps ?
     Après l'histoire, un peu de géographie.
L'Asie est vaste et, les phénomènes côtiers mis à part, au nord de la zone des moussons, les vents porteurs de pluie soufflent toujours d'ouest en est pour des raisons liées à la rotation de la terre. L'Asie centrale et orientale est donc faiblement arrosée à l'exception des hauts sommets qui accrochent littéralement les quelques nuages encore chargés de pluie. Les terres basses ne reçoivent que très peu de précipitations et leur alimentation en eau, pour abreuver hommes et bêtes et pour l'irrigation, dépend des  fleuves dévalant des montagnes arrosées. L'Homme n'a pas amélioré la situation, on connaît la catastrophe subie par la mer d'Aral au XXème siècle, mais la nature elle même a considérablement changé.
Il est aujourd'hui au Xinjiang (le pays des Ouïgours, comme on se retrouve (!), le pire des déserts froids, le Taklamakan, accessible uniquement aux chameaux de Bactriane, avec beaucoup de précautions. Des fouilles réalisées par des archéologues français et chinois, voici trois ou quatre ans, ont mis à jour des vestiges du premier millénaires prouvant l'existance d'une culture avancée, des gens qui menaient une existence confortable. Ces découvertes montrent que le bouleversement hydrologique de la région a commencé en même temps que les grands déplacements de populations dont ce que nous appelons "grandes invasions" n'est que l'aboutissement occidental.
  Ce qui est arrivé à l'empire romain et à l'Occident, soyons humbles, n'était que la "queue de comète" d'un changement millénaire et pas encore terminé.
    Et si nous regardions d'un autre oeil, les vagues de réfugiés climatiques qui se préparent ?

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 15:04
    Combien de fois l'avons nous déploré ? Les Français sont fâchés avec l'histoire ?
Hélas, l'occasion nous en est donnée trop souvent.
Et l'exemple vient d'en haut.
D'après les services de l'Elysée, le président de la République aurait célébré la journée du 8 mai pour commémorer l'Armistice de 1945.
On a beau chercher, pas de trace du moindre petit morceau d'armistice en 1945, juste la capitulation, à plates coutures et sans conditions, des restes d'un Reich qui devait durer mille ans mais a prématurément coulé dans un opprobre définitif.
Il s'est trouvé peu de monde pour relever l'erreur.
Ignorance générale ?
Hélas, c'est  vrai.
    Tout le monde parle de la deuxième guerre mondiale, elle est le cadre de nombreux films et romans, malgré tout, elle reste mal connue. Nous tenterons d'envisager une explication mais pour commencer, le plus urgent, il faut en finir avec la crasse ignorance d'une présidence en phase avec le ministère de l'éducation occupé à supprimer des postes et des heures d'enseignement de l'histoire.
    Il est grand temps de réclamer des moyens pour l'histoire.

     Il paraît que l'Europe indiffère le citoyen français. Il serait sans doute plus concerné s'il connaissait mieux l'histoire de son pays et de ses voisins. La création d'une entité européenne a établi la paix entre des états qui passaient le temps à s'entre-tuer. Une génération qui ne connaissait pas la guerre, c'était une une telle rareté qu'on en parlait durablement comme d'une époque exceptionnelle. Cette chance est la nôtre mais la conscience nous en échappe à cause des profiteurs de la mémoire.
     Qui sont-ils ?
     Ils sont nombreux, ce sont les héritiers auto-proclamés de la Résistance. Des gaullistes aux communistes, depuis 1945 ils comptent bien capitaliser le sacrifice des combattants de la France Libre pour ancrer leur pouvoir sur les nouvelles générations, quitte à prendre des libertés avec les événements.
      A la Libération, il n'allait pas de soi que la France fût au nombre des vainqueurs. L'état français, c'était Vichy, le Maréchal Pétain qui, en 1940, avait signé un armistice (celui-là en était un) honteux avec le Reich hitlérien. Des citoyens se sont insurgés, ils étaient divers ("ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas"), ils ont formé la Résistance, ils ont été l'honneur de la France et lui ont rendu sa dignité. C'étaient des illégaux héroïques.
      Mais sans les armées alliées, ils n'auraient jamais bouté l'ennemi hors de France.
      Les vainqueurs de la guerre, c'était le trio de Yalta : Churchill, Roosevelt et Staline. Il a fallu que Charles De Gaulle fît preuve d'un grand talent de négociateur pour imposer la France au nombre des vainqueurs ; après tout, les résistances des autres pays occupés n'ont bénéficié d'aucun privilège, alors qu'elles avaient aussi laissé des morts sur le terrain et causé des pertes chez l'occupant.
      Non seulement les partis issus de la résistance française n'ont manifesté aucune gratitude à l'égard des alliés qui leur avaient offert une place, mais ils n'ont jamais cessé de les dénigrer, y compris dans leur manière d'arracher la victoire.
      On peut et on doit dire que Staline a été un tyran épouvantable, il n'est pas question de passer sous silence les massacres d'opposants, le goulag, l'antisémitisme. Mais vingt millions de morts sont oubliés un peu facilement, la guerre a été gagnée à l'Est, à partir de Stalingrad. Les débarquements à l'Ouest n'ont pu avoir lieu que grâce aux sacrifices de l'Est. Même si le personnage nous déplait, nous avons une dette ineffaçable envers Staline.
     Les Anglais ? A voir de quelle manière De Gaulle les a traités, on se dit qu'à leur place, on ne l'aurait pas accueilli. Etrange conception des lois de l'hospitalité ... Nos anciens avaient coutume de dire "morceau avalé n'a plus de goût". Enfin, passons, ... les règles de la politique ne sont pas celles du savoir-vivre.
     Enfin, les hommes politiques français ont fait preuve d'une injustice intolérable à l'égard de F.D.Roosevelt, le plus grand des présidents que l'Amérique se soit donné.  A défaut de pouvoir l'égaler, on essaie de faire oublier son oeuvre. Cet homme a redressé l'économie américaine fauchée par la crise de 29 et il a gagné deux guerres mondiales, une sur l'Atlantique et l'autre sur le Pacifique. Il est mort avant la fin des opérations contre le Japon mais l'essentiel était fait ; on peut même lui accorder la circonstance atténuante de croire que s'il avait vécu, il n'aurait peut-être pas cru indispensable de jeter la bombe atomique sur Hiroshima. Quand on se rappelle que toute cette oeuvre a été accomplie au prix des dernières forces d'un malade condamné, on est saisi d'admiration. L'anti-américanisme où se complaisent tant de nos compatriotes est insupportable quand il s'attaque à un si grand héros. Nous lui devons tant !
    
      Les controverses ne sont pas finies mais elles n'auront d'intérêt que si les débatteurs savent de quoi ils parlent.
Parmi toutes les revendications que nous préparons et que nous présenterons aux détenteurs du pouvoir, n'oublions pas des moyens pour l'histoire. C'est une affaire de salubrité publique.
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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 23:00
   Retour en arrière sur l'expérience qui nous a tous marqués.
Après neuf heures de projection, nous sortions hagards et assommés par l'horreur. Nous venions d'assister à Shoah de Claude Lanzmann. 
    Depuis cet événement mémorable, nous étions convaincus d'avoir "fait le tour" de la  destruction des juifs d'Europe, selon l'expression consacrée par Raul Hilberg. Notre référence était Shoah, le document essentiel.
     Il était cependant prévisible que l'ouverture des archives et des paroles à l'Est  permettrait d'autres découvertes.
      D'abord il y a eu des écrits de chercheurs et d'historiens, comme Patrick Desbois, .
Des articles et des ouvrages ont  été publiés concernant l'extermination des juifs dans les pays Baltes, en Galicie, en Bielorussie et en Ukraine. Même la fiction  s'en est mêlée ; on lui a beaucoup reproché mais il faut reconnaître que le roman de Jonathan  Littell, "Les bienveillantes",a permis au plus grand nombre de découvrir une réalité largement inconnue.
      Pour la majorité des Français, la Shoah c'est Auschwitz, ses chambres à gaz et ses crématoires. C'est le premier souvenir qui remonte à la mémoire, très logiquement puisque les juifs de France ont été déportés vers les camps de Pologne pour y être assassinés. On ignore, ou on oublie, qu'à l'Est  l'extermination a pris la forme de massacres de masses, la "shoah par balles".
Cette réalité, grâce aux publications, commence à être mieux connue mais c'est encore une connaissance livresque.
       Un document fera date en apportant l'image qui nous manquait, le témoignage filmé des contemporains et des survivants. C'est le documentaire réalisé par Michaël Prazan sur les einsatzgruppen, les troupes spécialement chargées de détruire, au fur et à mesure de l'invasion, les cadres du parti communiste, les tziganes et, avant tout, les juifs.
       Les tueries à grande échelle ont été rendues possibles par l'antisémitisme ambiant dans ces pays où les nazis n'ont eu aucun mal à trouver des supplétifs pour les aider. 
        Ce documentaire a été diffusé sur France 2 en deux parties qu'on aurait pu sous-titrer "l'aller" et "le retour", le premier épisode correspondant à la progression des einsatzgruppen vers l'Est, la Russie, et le deuxième, à leur reflux après Stalingrad, lorsqu'ils ne sont plus certains de l'emporter et qu'il devient urgent pour eux d'effacer les traces de leurs crimes.
A l'aller, nous sommes surtout horrifiés par la sauvagerie de ces tueurs systématiques et la véritable "taylorisation" des massacres : faire le maximum de morts avec un minimum de moyens matériels et humains. C'est la productivité appliquée à l'industrie du massacre et de la fosse commune  ; à Kiev, par exemple, ils utilisent un ravin naturel pour disposer d'un grand trou sans avoir à le creuser ; ils mettent au point le rangement des victimes en boîte de sardines pour les tuer dans la fosse même, bien alignées, gagner ainsi de la place et des manipulations, manipulations exécutées par des juifs, eux-mêmes tués à la fin de l'Aktion, comme les sonderkommandos des camps.
Dans la partie "retour", à nouveau le récit est éprouvant mais à l'horreur s'ajoutera le dégoût. 
     Le fameux Reich qui devait durer mille ans en est réduit à lutter pour sa survie. Ses hommes de main craignent les conséquences de leurs actes. Même complètement abrutis, ils sont conscients des risques. Il ne faut pas laisser de preuves de leurs exactions.
Le négationnisme est mis en oeuvre avant la fin de la guerre.
Comment effacer les traces ?
En refluant vers l'Allemagne, ils repassent par les sites où ils ont sévi à l'aller. Heureusement (!) pour eux, ils y trouvent quelques juifs, survivants ou fuyant un autre massacre. Ils vont en faire des esclaves pour rouvrir les fosses, sortir les corps qui s'y trouvaient depuis deux ou trois ans (dans quel état!) et les brûler avant de broyer les cendres, sans oublier d'y récupérer les métaux précieux qui pouvaient s'y trouver (dents en or, bijoux... échappés aux tueurs lors de l'exécution.
L'évocation soulève le coeur mais, pire que tout, nous sommes indignés d'entendre les souvenirs exprimés par les voisins, ceux qui ont assisté aux opérations. Ne cherchez pas l'expression de l'ombre d'une compassion pour les victimes. Ces témoins-là racontent les nuisances qu'ils ont subies, l'odeur épouvantable des fosses ouvertes et des bûchers. Une exécution propre ne leur aurait peut-être pas déplu ...
Michaël Prazan n'a pas fait qu'un travail d'historien. Il a livré la matière permettant de poser des questions très actuelles. 
    Autant les Allemands ont jugé sans concession les crimes de leurs ancêtres et sont devenus moralement irréprochables, autant les habitants d'Europe de l'Est continuent à revendiquer un statut de victimes sans reconnaître qu'ils ont aussi été bourreaux. L'Union Européenne a intégré la Pologne et les Etats Baltes sans y regarder de trop près, sans exiger de leur part la moindre reconnaissance du passé. Elle a commis une faute par négligence, faute qu'il ne faudrait pas voir se renouveler avec d'autres impétrants.

Michaël Prazan a commis une oeuvre très forte qui fera date. Le DVD devrait être mis en vente prochainement. Il faudra en équiper tous les centres de documentation et les médiathèques. 
Il va rejoindre Shoah parmi les oeuvres de référence.     

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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 10:24
Les anciens, égyptiens, grecs, romains, etc. étaient polythéistes ; c'est à dire qu'ils n'étaient pas à un dieu près.
Quand on en vénère beaucoup, on se montre sans problème accueillant, tolérant ; on accepte les nouvelles divinités amenées par le voisin. Plus on est de fous, plus on rit. C'est ainsi que les Romains ont adopté tout le panthéon grec ; ils ont seulement romanisé les noms.
Et ces dieux de la mythologie étaient bien proches des hommes, ils avaient les mêmes défauts. Ils étaient donc bien mal placés pour lui faire la morale.
Ce qu'il leur était dû ? - L'observance de quelques rites : cérémonies, sacrifices. Accessoirement, ils encourageaient les arts, l'architecture, la statuaire.
  Tout ce qu'on demande, au voisin, c'est la réciproque : j'honore tes dieux, fais de même avec les miens. On se bat pour des réalités bien concrètes, des richesses, le pouvoir, mais jamais, au grand jamais, on ne ferait la guerre pour imposer ses dieux.
C'était ainsi partout ... sauf au croissant fertile où on expérimentait une croyance révolutionnaire : le dieu unique.
Bon, ça ne s'est pas fait du jour au lendemain, il y a eu des tâtonnements et des ratages. En Egypte, Aménophis IV a fait un essai qui est mort avec lui. En Perse, chez Zoroastre, on est pas allé jusqu'au bout, il est quand-même resté deux divinités : celle du bien contre celle du mal.
Après quelques tentatives infructueuses, le monothéisme a été inventé par un petit peuple assez minable, toujours vaincu par les armées des autres : les hébreux. Ils se trouvèrent, de ce fait, promis à un brillant avenir.
Les juifs faisaient dans l'histoire une entrée modeste mais prometteuse.
Très vite, la nouveauté inspira des successeurs convaincus d'améliorer le produit ; les chrétiens puis les musulmans partirent du dieu des hébreux pour s'en bricoler un plus conforme à leur couleur locale.
Toutes ces variantes ont un point commun : l'écrit.
   En même temps qu'apparaissaient les prémices du monothéisme, bienheureuse coïncidence, on assistait à la naissance d'une écriture véritable. Auparavant, il existait des hiéroglyphes et autres idéogrammes mais leur maniement était long et, pour tout dire, inadapté à l'abstraction. L'apparition de l'alphabet va arranger tout ça.
Le culte du dieu unique sera la religion du livre.
Le culte d'une abstraction ... ça change tout. Il devient difficile de compter sur la solidarité divine dans ses faiblesses humaines. Un pur esprit ne peut pas tromper sa femme comme un vulgaire humain mais son extrême perfection l'autorise à hausser le niveau de ses exigences. Il est partout, il sait tout, il est tout ... donc il peut tout exiger.
    De la relation aimablement folklorique et pas du tout angoissante que l'homme entretenait avec les anciens dieux, il passe à la religion totalitaire.
Pas de doute, le monothéisme, c'est le progrès.
 A force de vivre dans l'idéal et le désincarné, le croyant  devient un spécialiste de l'abstraction, c'est bon pour le développement des sciences et de la philosophie, même si la discipline reine est la théologie. On oublie un peu vite que Thalès, Pythagore et Aristote, sans avoir jamais été des adeptes du dieu unique, n'ont pas été de sombre crétins.
La pensée humaine s'est aussi développée sans référence à l'incréé.
  Pour un pur esprit, ce dieu unique se montre bien terre à terre dans ses exigences. Il se mêle de ce que les hommes pensent et disent à tous propos, de leurs affections et même de leur sexe, lui qui n'est pas censé le pratiquer. Ses adeptes, certainement frustrés de subir tant de contraintes, n'ont de cesse qu'ils n'aient imposé leurs codes aux incroyants.
En adeptes des droits humains, vous croyez naïvement qu'une obligation religieuse ne concerne que ceux qui y adhèrent. Il parait que vous auriez tort.
Des ayatollahs pourfendeurs de la libre pensée au pape donneur d'éducation sexuelle à l'eau bénite, tous ces gens-là vous donnent des ordres comme s'ils étaient votre maître et vous, des élèves.
Il suffit, tout le monde n'est pas inscrit dans leur école, pas concerné par son règlement.
En attendant que la raison leur vienne, restons prudemment fidèles à quelques principes très simples des anciens.
   Surtout, la règle première d'Hippocrate : "Non nocere", ne pas nuire.
Avant de faire des miracles, tâchons déjà d'éviter les catastrophes... et Dieu, si jamais il existe, nous le rendra. 
 

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 10:18
      Nous sommes le 6 février 2009, le lendemain du jeudi où Nicolas se montrait sur 3 chaînes pour être plus sûr d'être vu.  Nous n'en parlerons donc pas. Na !
 La suite, sur la 2, était beaucoup plus intéressante, le genre de film qui vous scotche à la télé sans regret pour la perspective de nuit courte. Il y avait "BELZEC" de Guillaume MOSCOVITZ, une pépite inoubliable qui sauve la plus médiocre des soirées.
   Au départ, on se précipite sur le programme pour vérifier qui est l'auteur. On se croit devant un film de Claude Lanzmann. D'ailleurs il est cité au générique parmi les remerciements. "BELZEC" révèle le cinéaste qui a beaucoup regardé "SHOAH". ...
Déjà les réactions négatives :
Il y a ceux qui soupirent : "ça promet d'être ennuyeux... en deuxième partie de soirée, on ne va pas tenir le coup longtemps", et ceux qui grognent  : "encore la Shoah ! On connaît ! ça tourne à l'obsession."
    N'en déplaise aux critiques, nous avons découvert, appris et trouvé des confirmations.
Belzec, ce n'était pas, comme on le dit parfois improprement, un camp de concentration. C'était un centre d'extermination, un endroit minuscule absolument pas prévu pour héberger, même sommairement, des prisonniers, mais destiné à un seul usage : tuer des gens et en faire disparaître toute trace le plus vite possible.
Une particularité de Belzec : sa situation géographique. C'était un hameau perdu dans la forêt à l'Est de la Pologne, dans ce que, les nazis appelaient le "Gouvernement Général", la Galicie, région limitrophe de l'Ukraine et abritant une importante population juive. 
Conséquence de cet emplacement, Belzec servit de "brouillon" dans l'établissement des centres d'extermination. 
La "Solution Finale" avait commencé par des opérations de tuerie, la "Shoah par balles"  connue depuis peu grâce à des recherches historiques récentes. Le manque de discrétion de ces massacres en faisait une méthode difficile à généraliser ; il valait mieux les concentrer dans des endroits retirés avec un environnement traditionnellement antisémite, où la population ne se révolterait pas et, même, prêterait son concours sans trop rechigner. Belzec répondait exactement à ces exigences, se trouvait sur le passage d'une voie ferrée et fut affecté à la liquidation d'une partie des ghettos du Gouvernement Général. 
Le gazage était un mode d'exécution connu, il avait été pratiqué dans l'opération T4, le "nettoyage" des hôpitaux psychiatriques et autres centres pour handicapés ; il se pratiquait avec un camion "bricolé", les gaz d'échappements aboutissaient dans la benne fermée occupée par les passagers d'un voyage unique. Le procédé efficace et silencieux donnait satisfaction (!) pour des aktions limitées (un hôpital, une institution) mais son rendement ne suffisait pas pour des massacres de masse. Il fallait expérimenter le gazage sur une échelle plus vaste. Belzec fut donc le lieu des premières chambres à gaz pour tuer 600  000 juifs ; c'étaient encore des moteurs qui envoyaient dans la salle leurs émanations toxiques. Un saut qualitatif(!) supplémentaire sera l'utilisation du Zyklon B à Auschwitz dans d'autres conditions moins  improvisées.
Belzec apportait une solution au problème de la mise à mort ; restait à résoudre celui de l'élimination des corps. Là aussi, la deuxième génération de camps  trouvera la solution : les crématoires.
 Belzec se heurtera au problème sans y trouver d'issue satisfaisante. Les morts furent précipités trop nombreux dans des fosses  pas assez profondes, recouverts par une épaisseur
de terre insuffisante, des charniers  qui laissait entier le problème des écoulements, des odeurs et autres nuisances liées à la putréfaction. Le site était donc promis à un abandon rapide qui fut encore précipité par la contre-offensive soviétique. Situé très à l'Est, Belzec fut rapidement menacé ; l'administration du camp dut se résoudre, à l'instar des einzatsgruppen qui refluaient vers l'Allemagne, à liquider le camp, effacer les traces du crime. Avant de les tuer, ils obligèrent les derniers sonderkommandos juifs du camp à ouvrir les fosses, brûler les restes qu'elles contenaient et disperser les cendres des bûchers. Il avait suffi de moins d'un an, l'année 42, pour qu'il ne reste plus rien des victimes ni des lieux de leur supplice. Après le départ des nazis, les villageois plantèrent des arbres, un bois destiné à faire disparaître jusqu'au souvenir de l'horreur.
En France, l'histoire de Belzec est assez mal connue à cause d'une spécificité du camp : les victimes étaient toutes des juifs du Gouvernement Général. On connait mieux Sobibor  et, surtout, Auschwitz où ont été déportés les juifs français.
Ceux qui aimeraient en connaître d'avantage sur les évènements trouveront toutes informations utiles dans la "bible" du génocide des juifs : "La destruction des juifs d'Europe" de Raul Hilberg. C'est LE livre indispensable ; l'amateur d'histoire s'y réfère comme un juriste au Code civil ou un médecin au Vidal.
      Le film de Moscovitz ne raconte pas les évènements. Ce qu'il apporte est plus précieux . Fidèle aux leçons de son grand devancier Lanzmann, il a réuni les témoignages recueillis auprès des survivants, des voisins du camp et des rares rescapés (seuls trois juifs sont sortis vivants de l'horreur et, lors du tournage, en 2005, une seule femme était encore en vie).
       Chaque témoin a son histoire propre mais le rassemblement de tous les récits nous dresse un tableau qui n'est pas à la gloire de tous. La mémoire ne fait pas de cadeau à la Pologne.
Dans leur grande majorité, ils n'ont pas aidé les juifs, mais, pire, ils ont été nombreux à travailler pour l'occupant, à occuper des emplois de supplétifs. Ils n'ont pas hésité à fouiller les cendres à la recherche de bijoux ou de dents en or. Ensuite, ils ont tout fait pour minimiser la catastrophe et en détruire le souvenir ; on reste abasourdi et indigné devant ce bon élève qui récite la leçon apprise à l'école : "il y a eu 600 000 juifs assassinés à Belzec sans oublier 150 000 polonais", une voisine lui fait remarquer son erreur : "pour les polonais, ce n'est pas 150 000 mais 150." Le gamin ne se démonte pas et affirme que les Polonais ont eu autant de victimes que les juifs. La même mauvaise foi que chez les "Voisins" de Jan T. Gross : des villageois  avaient profité de la présence des envahisseurs nazis pour assassiner leurs  voisins juifs dans le but de les dépouiller et ils avaient accusé l'armée Allemande
du massacre ; leurs descendants perpétuent le mensonge. Gare à l'historien qui ose apporter les preuves du crime !
        
  En oubliant le passé, on se prépare à le revivre.
 Et ces grands amnésiques, l'Europe leur a ouvert les bras.
      Comment empêcher qu'ils nous ramènent les vieux démons que nous croyions avoir chassés ?
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:30
    Dimanche 18 janvier, au programme de France 2, "La liste de Schindler".
N'en déplaise aux puristes, on ne dira jamais assez la place de ce film dans l'enseignement populaire de la Shoah et, surtout, dans la définition du terme de "Juste parmi les Nations".
Oskar Schindler était, au départ, tout le contraire d'un héros : c'était un profiteur de guerre, exploitant et exploiteur de la main d'oeuvre juive mise à sa disposition par les nazis. Au long d'un processus plus personnel que philosophique ou politique, sa conscience s'éveille et il finit par sauver plusieurs milliers de juifs en y laissant sa fortune, son ménage et tout ce qui avait compté pour lui avant la découverte d'une nécessité supérieure.
    Le film se termine comme un hommage à Israël, refuge des survivants. Avec, comme fond sonore, l'hymne à Jérusalem, les juifs sauvés par Schindler viennent lui rendre hommage sur sa tombe, en Israël.
Emotion garantie, tout le monde essuie une larme ou renifle discrètement.
On remarquera forcément le télescopage entre cette programmation et l'attitude généralement pro-palestinienne et anti-israélienne de France-télévision. Les hasards du calendrier sont parfois réjouissants.
Finie la récréation, on cesse de ricaner, c'est l'occasion de se pencher sur Israël et la Shoah.
ll faut dire et répéter que la Shoah n
'est pas à l'origine de l'état d'Israël. Les adversaires de sa création aiment le laisser croire mais c'est une histoire beaucoup plus ancienne.
Si on voulait rattacher la naissance d'Israël à un événement de l'histoire européenne, ce serait l'affaire Dreyfus
plutôt que la Shoah. Les juifs d'Europe avaient parié sur l'assimilation au monde des lumières et, dans les pays les plus prometteurs, comme la France, la réponse à leur désir d'ouverture a été le rejet, la discrimination, l'exclusion et la haine.
Dès lors, naquit et se renforça le sionisme, l'espoir et la volonté de fonder un état juif pour les juifs, un refuge et un endroit qu'ils pourraient organiser et diriger dans la liberté et le droit. Après des luttes héroïques racontées dans les livres d'histoire, l'état  d'Israël fut conquis, et non accordé, en 1948.
En même temps, le jeune état accueillait des groupes de plus en plus nombreux de survivants de l'extermination et devenait, en quelque sorte, l'épicentre de sa mémoire.
 C'est un élément fondamental mais ce n'est pas le seul. D'ailleurs, on apprend, à intervalles, que les rescapés de la Shoah ne sont pas traités comme ils le méritent par l'Etat Juif.
Israël est l'Etat de tous les Juifs, d'Europe mais aussi, d'Afrique du Nord, d'Asie et du monde entier, sans oublier les Sabras, Israéliens autochtones nés en Israël. Tous ont en commun le judaïsme mais pas la Shoah, la "destruction des juifs d'Europe", selon l'expression consacrée par Raul Hilberg.
  C'est une réalité qui échappe en grande partie aux étrangers. Les symboles les plus cités sont Yad Vashem et la Médaille des Justes ; la modernité israélienne, ses scientifiques passent souvent à l'arrière-plan.
De temps en temps, des ignorants hostiles rappellent, pour le déplorer, que l'armée israélienne est forte, qu'elle détient l'arme nucléaire et qu'Israel est l'allié indéfectible des Etats Unis. "Les amis de mes ennemis sont mes ennemis"  dit le proverbe, donc Israël est associé aux USA dans la détestation ordinaire.
Pourtant le Peuple de l'Etude est aussi un peuple de savants, d'artistes, d'entrepreneurs. Il crée au profit de tous.
Là se trouve la victoire finale de ceux qui n'ont même pas eu de sépulture.

Changeons les regards ; ce peuple veut vivre. Tout simplement.
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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 00:28
    C'est la crise économique, elle domine toutes les conversations et la même référence revient comme une obsession : la crise de 29.
Pourquoi nous a-t'elle marqués à ce point ?
C'était une dépression mondiale. Il apparaît de plus en plus que nous y allons tout droit ; peut-être même, y sommes-nous déjà.
Un autre souvenir plein d'enseignements : la manière dont le monde s'en est sorti.
Les états du vieux continents se sont frileusement refermés, chacun dans sa coquille ; ils ont cherché des coupables à l'intérieur et hors des frontières, suscitant fascisme et nazisme pour aboutir à la guerre.
Les Etats-Unis, n'en déplaise à ceux qui ne les aiment pas, ont trouvé la bonne sortie de crise grâce à un homme véritablement providentiel, le président Franklin D. Roosevelt et son New Deal... et, quelque-part, au fond des croyants, il règne l'attente qu'Obama soit un nouveau Roosevelt. 
      Mais c'était sans compter avec les vielles haines recuites de l'anti-américanisme primaire. On ne pouvait pas admettre la réussite de Franklin D. Roosevelt, on lui a donc trouvé un vice rédhibitoire. On lui a fait porter la responsabilité de l'insatisfaction liée aux accords de Yalta.
Résumons, à Yalta ils étaient trois vainqueurs à configurer le monde de l'après-guerre. Il y avait Churchill et Roosevelt, alliés mais pas nécessairement d'accord sur tout, en face de Staline seul capable d'imposer sa volonté à l'Est. L'Ouest, si on veut rester cohérent et réaliste, n'avait pas d'autre choix que de laisser les coudées franches à Staline. Il était vainqueur et sa victoire à l'Est était la condition indispensable de la victoire des Alliés à l'Ouest. Il n'y aurait jamais eu de débarquement en Normandie et  de refoulement des Allemands dans leurs frontières si une bonne moitié des armées du Reich n'avait été arrêtée puis écrasée à Stalingrad et Koursk. Un allié objectif qui s'est avéré nécessaire, même si on ne l'aime pas, c'est difficile de l'empêcher de tirer profit de sa victoire.
        Néanmoins, ce réalisme on ne le tolère pas chez le personnage le plus puissant du monde. Roosevelt et Churchill ont eu la même attitude à Yalta mais c'est à Roosevelt qu'on a fait porter la responsabilité de la "mollesse" des négociateurs occidentaux.
     Il y a toujours, spécialement chez les Français, ce vieil anti-américanisme qui ne date pas des frasques de "dobeliou", comme si le souvenir embelli de Lafayette créait un droit à la déférence et à la reconnaissance éternelle. Comme, par dessus le marché, cet anti-américanisme est volontiers faux-cul, il a fallu trouver une justification à la défiance, et ... on a trouvé.
On a mis en cause la santé de Roosevelt, il souffrait de troubles neurologiques, en fait une réactivation de polio. Son état de santé allait d'ailleurs s'aggraver, il est mort avant la fin de la guerre (c'est Truman, son successeur, qui terminera la guerre avec le Japon en essayant sa bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki).
 Mais s'il était gravement malade, son intelligence était intacte, au moins autant que celle de l'alcoolique Churchill.
Pourtant, toute la suspicion a été dirigée contre lui ; c'est que le terme neurologique faisait et fait toujours peur.
Encore aujourd'hui, il ne fait pas bon annoncer qu'on souffre d'une maladie du système nerveux. C'est risquer d'être regardé comme un mourant ou un aliéné ou les deux.
Rendre justice à Roosevelt, c'est un devoir historique mais c'est peut-être aussi rendre service à une foule de malades dont les mouvements sont devenus difficiles mais qui ont gardé toutes leurs facultés intellectuelles.
Ce devrait être une évidence mais, puisqu'il le faut, n'hésitons pas à le répéter.

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 08:45

Une petite nouvelle pêchée dans la presse israélienne :

Demaniuk expulsé des Etats Unis.
Soupçonné avoir été "Yvan le terrible" ayant sévi dans le camp de concentration de Treblinka, il avait été jugé en 1987 en Israel, et d'abord condamné puis relâché en appel, faute de preuves suffisantes. En 2002, il avait perdu sa nationalité américaine, après qu'un tribunal ait établi qu'il avait servi de gardien dans trois camps différents en Pologne et en Allemagne, durant la Seconde guerre mondiale. Selon le jugement définitif de la Cour suprême des Etats-unis prononcé lundi, Demaniuk, âgé de 88 ans, sera expulsé vers l'Ukraine, son pays natal.

Il n'a pas de bile à se faire, l'ancien hiwi même pas repenti, l'antisémitisme est toujours florissant en Ukraine. Non seulement, il ne sera pas inquiété mais il peut être certain que ses vieux jours seront protégés.
Son principal argument a toujours été l'absence de témoins directs, de survivants le reconnaissant formellement. De qui se moque-t'on ?
Pour mémoire, Treblinka n'était pas un camp de concentration mais un centre d'extermination voué, en particulier, à la liquidation du ghetto de Varsovie.
S'étonner qu'il n'y ait pas de survivants pour en témoigner, c'est comme exiger qu'une éventrée vienne reconnaître Jack l'éventreur.
Dans cette affaire, la justice israélienne a prouvé qu'elle était démocratique, elle a garanti les droits de l'accusé ... mais la mémoire souffre.

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 23:00

Soixante ans, c'est l'âge de la retraite, dites-vous ?
 Pas pour tout le monde. C'est fraîcheur et jeunesse
pour qui étonne d'être encore vivant.

Déjà, en 1948, Ben Gourion qualifiait de miracle la naissance d'Israël. 
Et le
  miracle continue. Tant d'ennemis sont toujours acharnés à sa perte qu'on s'émerveille de le voir toujours en vie ! On se prendrait à chanter "Magnificat !" ...mais, bon, là je mélange les folklores (oh, pardon ... les religions !)

Réjouissons nous, mais restons vigilants.

 Ce que mijote le Hezbollah nous inquiète d'autant plus que, malgré les protestations hypocrites, il sait pouvoir compter sur de nombreux amis : tout le monde musulman, et même des amis d'aujourd'hui qui peuvent se retourner.
 Il serait bon que les thuriféraires d'Obama observent de plus près ses prises de position sur le Proche-Orient ; le gentil garçon s'avère inquiétant.
S'il est désigné candidat du parti démocrate, s'ouvre la perspective d'un avenir radieux : le lachage d'Israël en rase campagne. Vraisemblablement, cela n'arrivera pas ; au bout du bout de la course à la présidence, les électeurs, démocrates et républicains confondus éliraient Mac Cain. Ce n'est pas réjouissant mais c'est bien fait pour ceux qui ne voient toujours pas pourquoi il faut voter Clinton. Bon, tout ça, c'est les affaires des Américains, nous n'y changerons rien.

Il nous reste le souci à se faire et, quand-même, un joyeux anniversaire à fêter.

Si vous croyez encore le vieux poncif antisémite propageant l'idée que l'état d'Israël serait un cadeau offert aux Juifs en dédommagement (!) de la Shoah, un livre à ne pas manquer : "Un nom impérissable" de Georges Bensoussan.
 Selon l'expression consacrée, "c'est nouveau, ça vient de sortir" et on le trouve dans toutes les librairies.

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