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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 11:05

  Pêché dans Le Monde.fr :

Le Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, ou la nostalgie d'un destin égyptien
L'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique se pose en leader de l'opposition.

    Il n'est pas le seul. Impossible de ne pas faire de rapprochement avec un Français....

Être au sommet d'une institution internationale, avoir rang de chef d'état et prendre le risque de tout perdre pour diriger un petit pays, c'est, en quelque sorte , passer du Grand Salon à l'office.

D'aucuns trouveront cette attitude incompréhensible, déraisonnable. Dominique Strauss Kahn, puissant économiste  au FMI,  Mohamed ElBaradei couronné d'un prix Nobel de la Paix pour son action à l'AIEA, n'ont rien à gagner à participer aux médiocres escarmouches de la conquête d'un pouvoir local.

Que, diable, iraient-ils faire dans cette galère ?

Le caractère, la passion, la nature profonde de certains hommes...

     Un grand spécialiste du pouvoir avait donné la réponse, il y a plus de vingt siècles. C'était pendant la guerre des Gaules : Jules César.

    Traversant avec son aide de camp un patelin des plus minables, les deux hommes tombent au milieu d'une bagarre généralisée. Plusieurs prétendants au titre de chef du village, accompagnés de leurs partisans respectifs, sont occupés à s'entre-tuer.

L'aide de camp commente avec logique :

"qu'ont-ils à gagner qui vaille la peine de risquer sa vie pour si pauvre butin ?"

Et la réponse de César : "J'aimerais mieux être premier ici que second à Rome."

    Les hommes, apparemment, n'ont pas changé ; quand la passion du pouvoir les habite, la raison n'a plus sa place.

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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 10:12

     Foot et Tour de France sont terminés mais les journaux télévisés et autres magazines d'actualité occupent toujours la même surface.
Pitié, un peu de compassion pour les malheureux présentateurs obligés de remplir le désert vacancier !
     Par chance, de bonnes âmes se dévouent pour leur apporter le célèbre grain à moudre.
La dernière en date est une bonne grosse, une brave mère de famille tueuse en série de bébés.
Immédiatement, les bonnes âmes reprennent du service pour déplorer les souffrances des fameux bébés et l'abolition de la peine de mort. Si vous pensez que j'exagère, il suffit de se reporter à n'importe quel forum d'actualité générale sur Internet pour se faire une idée de la surexcitation démultipliée par la bêtise et l'ignorance.
Les commentateurs qui ne veulent pas être associés à ces furies préfèrent creuser, avec autant d'application que d'ignorance des faits, la question du déni : sommes-nous, oui ou non, en présence d'un cas de déni de grossesse à répétition ? - De quoi alimenter un discours sans fin, puisque sans réponse.

     Il en est qui doivent se frotter les mains ; voilà juste ce qu'il fallait pour faire oublier les "affaires" qui viennent gâcher les vacances de nos gouvernants.


     Conscients de son utilisation, n'entrons pas dans le débat, il est sans intérêt.  Apportons à ce fait divers un autre éclairage, celui de l'histoire :
Pendant des siècles, l'infanticide a été le seul moyen de contraception. L'église avait beau fulminer des malédictions à l'encontre des malheureuses criminelles qui se damnaient ainsi, le phénomène résistait, facilité par le mode de vie de la majorité.

Dans une ferme isolée, il était facile de cacher une grossesse. Accoucher, même dans de mauvaises conditions, était moins risqué qu'avorter par des procédés plus qu'aléatoires ; une fois le fardeau déposé, on s'en débarrassait d'autant plus facilement qu'il n'avait jamais été question qu'il vécût.
Faire disparaître le "corps du délit" sans laisser de traces, rien de plus facile : dans toute ferme digne de ce nom, il y avait une auge à cochons, remarquables éboueurs et omnivores recycleurs.


     Avant de nous lamenter sur les actes abominables de mères supposées dénaturées, peut-être plus nombreuses qu'on ne le voudrait, nous pouvons y voir, d'abord, la survivance de moeurs que nous avons, un peu vite, oubliées.

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 16:30

Mauvaise pièce, mal jouée par de mauvais comédiens :

... Une famille prospère, des maîtres de forges, ils ont château, argent et terres, des ouvriers et une bonne. Cette dernière a un fils doué et travailleur, il réussit dans les études puis dans les affaires.

Arrive une crise de l'acier, les anciens patrons sont ruinés. Le nouveau riche fait comme s'il ne les connaissait pas et construit un mur de séparation pour ne plus avoir à leur parler...

Pas grand-chose à tirer d'un scénario aussi bête ?

    C'est pourtant la réalité chez nos voisins belges, aujourd'hui.

Les électeurs flamands ont élu des séparatistes qui ne veulent plus entendre parler de la Wallonie.

    Pourquoi  cherchent-ils la rupture ?

La question linguistique n'est qu'un prétexte à l'usage des pudiques et des complexés qui n'osent pas avouer la vérité toute crue : ils ne veulent plus partager.

A les entendre, le sud de la Belgique ne serait qu'un ramassis de traine-misère et de fainéants. En revanche, la Flandre serait peuplée de gens travailleurs, modernes et riches qui en auraient assez de boucher les trous creusés par l'incurie de leurs voisins. C'est une forme d'égoïsme collectif qu'on rencontre aussi chez les tenants de la Ligue du Nord, en Italie.

     Il est vraisemblable qu'en Belgique comme en Italie, le pays n'éclatera pas comme une vulgaire Yougoslavie. Leur appartenance à l'UE leur interdit ce genre d'aventure mais les liens vont se distendre et, justement, la solution ne serait-elle pas européenne ?

Une Europe fédérale permettrait un remodelage en douceur des frontières.

Même ceux que le fédéralisme effraie constatent que nos régions actuelles sont trop riquiqui pour être efficaces.  Il faudra bien expérimenter des régions transfrontalières ; elles répareraient en douceur les dégâts de tracés issus des guerres du passé. La carte de l'Europe ne peut rester indéfiniment marquée par des limites qui n'ont plus de sens à l'heure des frontières ouvertes. On se prend à rêver d'une Catalogne et d'un Pays Basque sans frontière pour les couper en deux.

La Belgique est née au milieu du XIXème siècle pour résoudre quelques problèmes diplomatiques entre les puissances du moment. L'Angleterre ne pouvait supporter la perspective de voir toute la côte d'en face entre les mains d'un seul et même concurrent. Clairement, il fallait que le port d'Anvers, face à Londres et à l'estuaire de la Tamise, ne soit ni français ni hollandais. Pour qu'à ce bout de côte soit rattaché un bout d'arrière pays, le même raisonnement a créé la Wallonie : la France a toujours rêvé de s'étendre jusqu'à la rive gauche du Rhin, un pays-tampon entre elle et l'Allemagne avait quelque-chose de rassurant.

Comment s'attendre à ce qu'un bricolage aussi hétéroclite fasse preuve d'une grande solidité ?

Étonnamment, même les deux guerres mondiales ne les ont pas séparés. En dépi des errances de tous les partis, Albert 1er, le roi soldat, est toujours un héros pour Wallons et Flamands.

Ils sont régulièrement séduits par des tentations centrifuges, comme un vieux couple qui se chamaille sans arrêt, s'injurie et menace de divorcer, mais ils vieilliront ensemble.

Peut-être qu'une Europe plus dynamique et optimiste que celle d'aujourd'hui pourrait  leur tenir lieu de conseillère conjugale.

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 21:34

   ... Retour à l'épisode précédent, Henri IV est assassiné par un fou de Dieu répondant au doux nom de Ravaillac. C'était un attentat terroriste. L'homme a tué seul mais le roi avait beaucoup d'ennemis.

Les catholiques avaient du mal à croire en la sincérité de sa conversion.

Pour de nombreux protestants, c'était un traître.

Une foule de questions restaient pendantes, dont la plus angoissante : le meurtre du roi ne va-t'il pas remettre le feu aux guerres de religion à peine refroidies ?

Je perçois chez mes lecteurs comme un haussement d'épaules agacé ... Comme s'il n'y avait pas suffisamment de problèmes contemporains à traiter !

Les guerres de religions ... nous avons d'autres chats à fouetter (pauvres bêtes !) Pas sûr, néanmoins, que le sujet nous soit devenu si lointain, si étranger.

Le grand mérite du roi qui venait d'être assassiné était justement d'y avoir trouvé une solution : promulguer l'Edit de Nantes pour offrir aux protestants, non la tolérance, elle n'était pas encore à la mode, mais quelques places de sûreté.

Pour une fois, les pessimistes en furent pour leurs frais ; le roi mort, les guerres de religion n'ont pas repris.

Le dix-septième siècle vit l'Allemagne saccagée, dépeuplée par elles (la guerre de trente ans : une ambiance à la Dreyer) mais la France semblait guérie de cette maladie.

Ceux qui n'y croient pas mettent en avant un argument imparable : l'Edit de Nantes a été révoqué par le petit-fils d'Henri, Louis XIV, qui a livré à la soldatesque et ses exactions les territoires où les protestants étaient nombreux. Le résultat a été leur départ vers l'étranger, la Suisse, les Pays Bas ..., une catastrophe qui a durablement ruiné quelques métiers urbains. Il ne s'agissait plus d'une guerre civile mais de l'application d'une politique décidée au plus haut.  

En réalité, les contemporains n'ont pas saisi immédiatement toute l'importance d'un changement qui s'affirmait sous le règne d'Henri : l'extension du domaine de l'Etat.

Les guerres de religions avaient été des guerres civiles, des poussées d'anarchie qui ruinaient et dévastaient le pays. Tous étaient perdants, surtout (comme d'habitude) les plus vulnérables. Le premier travail, pour Henri et ses successeurs fut la mise en place d'une administration royale indépendante des chefferies locales et de leurs conflits.

Pourquoi se rappelle-t'on la poule au pot et pas le travail des intendants ? Encore une preuve qu'en politique le sérieux paie moins que l'esbroufe. Pour ne rien arranger, le sens commun et moderne du mot donne une idée assez fausse de l'"intendant de justice, police et finances" ; on l'imagine comme un régisseur doublé d'un trésorier. En réalité, il avait la fonction d'un préfet de la république.

La dynastie des Bourbons, comme celles qui l'ont précédée, poursuivait une idée fixe : neutraliser les féodalités locales. Les rois gardaient en mémoire les nombreuses humiliations infligées à leurs ancêtres par une puissante noblesse arc-boutée sur ses prérogatives. Désormais, les grands seigneurs et modestes hobereaux étaient priés de se limiter à l'administration de leur domaine, à moins de choisir la voie des courtisans : plier l'échine devant le roi en échange de quelques cadeaux. Le véritable gouvernement des provinces rebaptisées généralités, revenait aux intendants, créatures du roi.

Souvent issus de régions éloignées, ils devaient leur carrière au roi, se montraient assez peu réceptifs aux influences locales et appliquaient sans états d'âme la politique du monarque.

A l'origine de l'administration moderne et de la très française Centralisation, le corps des intendants était promis à un brillant avenir. La Révolution aurait pu changer le mode de gouvernement si le parti girondin, décentralisateur, l'avait emporté. Ce sont les Jacobins qui ont fait prévaloir leur conception de l'Etat, les intendants sont devenus préfets, les principes de l'administration n'ont pas changé.

Ils en feraient une drôle de tête, les rois, d'apprendre qu'ils étaient de bons jacobins !

Le pouvoir central s'est mis à légiférer sur tout et tout le monde. Le principe d'égalité a tout de suite été traduit par uniformité, les exceptions pourchassées comme des hérésies.

Même la conscience devient l'objet de constructions juridiques. Voilà comment  la très républicaine loi de séparation des églises et de l'Etat n'est qu'un prolongement de l'Edit de Nantes.

Après avoir démoli la monarchie, notre bonne vieille République est devenue son exécutrice testamentaire.

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 09:56

             2010 - 1610 :  il y a quatre cents ans, Ravaillac poignardait Henri IV.

   Vieille affaire, rien à voir avec nous ...

   C'est vite dit. En supprimant la couleur locale et les meubles d'époque, on s'y croirait.

   Rappel des événements :

Les morts sont tous de braves types (dixit Georges Brassens); dès qu'il a été occis par Ravaillac, ce roi que la pression fiscale avait rendu très impopulaire devient Le Bon Roi Henri, un peu comme  John Kennedy que sa mort changea en véritable mythe malgré une élection pour le moins douteuse.

Être mort assassiné n'a pas été leur seul point commun. Tous deux étaient des hommes de communication et de grands consommateurs de femmes.

Avec l'aide de Sully, Henri avait répandu quelques formules destinées à lui survivre ; parmi elles, la fameuse "poule au pot", on n'est pas du tout certain qu'il ait jamais prononcé le mot mais les écoliers français l'ont tous appris, trois siècles plus tard, grâce à un grand communicant post-mortem nommé Jules Michelet.

Il reste du bon roi Henri d'autres citations qui n'ont pas cours dans les pudiques écoles de la République mais qui le rapprochent encore de l'assassiné de Dallas. Parlant de son membre viril ( à l'époque, la  verdeur était  de mise dans la conversation), il aurait confié être persuadé qu'"il s'agissait d'un os". Passés les rires égrillards, on se rappelle que JFK souffrait aussi de priapisme, au point de devoir interrompre ses travaux pour soulager la pression devenue trop forte auprès d'une dame aussi agréable que compatissante.

La comparaison s'arrête à l'aspect physique ; JFK était bel homme, pas Henri IV.

C'est notre regard, à partir de nos critères, qui peut affirmer que les femmes du dix-septième siècle auraient réagi comme nous ?

En tout assassinat, il faut, certes, une victime mais rien ne se passerait sans l'intervention d'un assassin. Depuis l'école primaire, nous savons que le bon roi Henri a été poignardé par un certain Ravaillac.

Le meurtrier s'est précipité sur la voiture royale où il a asséné au roi quelques coups de poignard avant d'être maîtrisé par son escorte. Le roi avait déjà échappé à plusieurs guet-apens. Depuis, il ne se déplaçait pas sans protection ; l'assassin était donc assuré de se faire prendre. On peut dire sans risque d'erreur qu'il s'agit d'un attentat-suicide.

Être tué par les gardes du corps ou lynché par la foule entourant le cortège royal était une perspective relativement douce en face des procédés de la justice du temps. Manque de chance pour Ravaillac, l'escorte royale parvint à maîtriser l'assassin et contenir la foule, pas dans un souci d'humanité mais au-contraire, dirions-nous, pour essayer d'en tirer des informations. Libre à chacun de se représenter les traitements raffinés qui ont été administrés ; Guantanamo, à côté, c'est de la rigolade.

Alors, pourquoi ? A quel puissant motif Ravaillac obéissait-il pour risquer une telle horreur, avait-il une vengeance impérieuse à exercer ?

Le roi ne lui avait jamais fait de mal, ils ne se connaissaient pas.

La vérité nous ramène encore au présent ; Ravaillac était une espèce de taliban catho. Persuadé que la conversion du roi protestant en bon catholique n'était pas sincère, qu'elle finirait en apostasie, il était certain de gagner le paradis (dommage, le paradis chrétien n'offre pas de vierges aux croyants méritants), s'il offrait sa mort et ses souffrances pour débarrasser les bons catholiques d'un chef si funeste.

  Voilà comment un roi de France et son assassin perdirent la vie. A quatre siècles de distance, on s'y croirait mais il paraît que l'histoire ne repasse jamais les plats.

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 23:10

    Je vous parle d'un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître ; au début des années soixante, les événements qui vont suivre avaient déjà un arrière-goût d'antiquité.

 

   Le cadre : un village du nord de la France avec son église, sa mairie, son école de filles et son école de garçons, un petit millier d'habitants, de moins en moins paysans, de plus en plus ouvriers, mais toujours entourés de potagers et poulaillers. 

    Les personnages-clés :

Un prêtre comme on en voyait peu, même à l'époque.

Le concile n'était pas encore passé, on ignorait les termes "traditionaliste" ou "intégriste" mais notre curé en était la parfaite représentation.

Ancien poilu de la Grande Guerre, il n'avait jamais décroché de son bureau le portrait de son idole, le Maréchal Pétain, ceux qui voulaient lui trouver des excuses disaient que c'était le choc de la guerre, qu'il n'était jamais vraiment sorti des tranchées.  Pour calmer le jeu, des paroissiens audacieux avaient bien essayé d'obtenir le remplacement de l' effigie du Maréchal par celle du Général De Gaulle, ils tombèrent de Charybde en Scylla : l'obstiné déposa une toute-petite photo du général, alors Président de la République, au pied du grand portrait de son héros, avec abondance de commentaires sur la hiérarchie des préséances. Les habitués du presbytère n'y prêtaient plus attention, seuls les hôtes de passage étaient encore assez choqués pour réprimer un haut-le-coeur.

C'était le cas des missionnaires diocésains. Chaque année, il appelait à l'aide cette escouade de jeunes prêtres faméliques pour assurer, avec plus de talent que lui, le prêche de la neuvaine à Ste Rita ... car ce fervent passionné de l'ordre et de la musique militaire (hélas ) avait aussi le sens des affaires.

D'une chapelle carrément minable et d'une laideur confondante, il avait réussi à faire un lieu de pèlerinage rémunérateur ; le négoce d'objets de piété, huile, baume, images et  médailles, transformait l'entrée de la chapelle en véritable souk, parfaite évocation des marchands du temple.  La Ligue paroissiale des Femmes  fournissait les vendeuses, évidemment bénévoles ; l'argent rentrait sans faire un sou de dépense, preuve que Ste Rita est bien la Sainte des causes désespérées. S'inclinant devant la réussite, l'archevêque reconnaissant passait sur les bizarreries et accordait à l'homme d'affaire toute l'aide dont il pouvait avoir besoin.

Les nourritures terrestres ont un charme puissant, même sur les hommes de Dieu ; les jeunes missionnaires  pauvres abandonnaient très vite leurs réticences, amadoués par la cuisine exceptionnelle de la gouvernante. La Neuvaine Sainte Rita occupait dans leur agenda le statut envié de vacances gastronomiques.

    En face, qui pouvait chercher à lui mettre des bâtons dans les roues ?

Le maire ? Non. Le pauvre homme vivait douloureusement son état de pécheur, il était divorcé remarié.  Dans l'espoir d'obtenir le pardon divin, il tenait avec application, à défaut de talent, le grand orgue de l'église. Il faisait ce qu'il pouvait, après des dizaines d'années, toujours autant de fausses notes tirées d'un instrument exceptionnel qui aurait comblé un virtuose. La musique reliait le maire et le curé, ils étaient aussi nuls mais on n'a jamais vu (ou plutôt, entendu) de messe sans musique. Ensemble, ils appelaient musique le bruit impressionnant qui sortait des tuyaux, ils étaient contents et solidaires. Pas de guerre à craindre du côté de la mairie. 

     L'ancien poilu ne connaissait qu'une opposition de taille : le couple de mécréants qui dirigeait l'école de garçons

Ces enseignants combatifs appelaient laïcité  la guerre qu'ils faisaient à la religion. Ils étaient exactement les adversaires qu'il fallait à ce curé-là et le village était le public de leurs joutes incessantes.

Presque toutes les familles étaient concernées.

En ce temps-là, c'était avant les lois Debré et les contrats d'association, entre les frais de scolarité, d'hébergement et de transport, il fallait de l'argent pour fréquenter l'école confessionnelle. Au village, seule la bourgeoisie rurale, celle du négoce de bestiaux, confiait ses enfants à des internats privés dont la cherté rivalisait avec le mauvais résultat des études. Les parents en attendaient une certaine discipline pour les garçons et l'apprentissage des vertus domestiques pour les filles. Le niveau d'enseignement leur importait peu ; quant-à la formation professionnelle, les pères se chargeraient, le moment venu, d'apprendre à leurs fils comment tâter le cul des vaches et les négocier.

Les autres, c'est-à-dire l'immense majorité des élèves, fréquentaient l'école du village, même les enfants des partisans du curé. Ils étaient donc en première ligne sous le feu des adversaires de la soutane.

  Ils trouvaient souvent l'occasion de déterrer la hache de guerre en la personne des ... enfants de choeur (!)

En ce temps-là, on n'avait pas encore pris l'habitude de voir la messe servie par des adultes ou de grands adolescents. Les enfants de choeur étaient des garçons d'une dizaine d'années inscrits à l'école du village.

Messe du dimanche ou fête carillonnée ne posaient aucun problème, l'école étant fermée. La situation se compliquait quand une cérémonie était prévue en semaine, un jour de classe.

Bien sûr, il n'était pas question de laisser les élèves quitter l'école à tout moment pour l'église.

Plus grave, les morts ne faisaient rien pour calmer le jeu ; beaucoup d'enterrements se déroulaient en dehors des vacances scolaires. C'était encore l'époque des funérailles d'antan chères à Brassens ; il existait plusieurs classes d'enterrements et une première classe ne se concevait pas sans un minimum de personnel. Il fallait au moins deux enfants de choeur.

Impossible de renoncer au décorum et au profit qui l'accompagnait ; les gamins, eux-mêmes, tenaient au respect des usages, surtout celui du pourboire que la famille du défunt laissait aux enfants de choeur.

Alors, c'était la chasse au prétexte. Le plus souvent, la mère faisait un mot d'excuse pour expliquer, sans plus de précisions, que son fils devait assister aux obsèques d'un proche.

Difficile de s'y opposer mais l'astuce ne tenait pas longtemps ; le cortège funèbre traversait le village et les informateurs ne manquaient pas pour dénoncer le coupable au directeur. Alors venait le temps des représailles, parfois des punitions injustes sur de vagues prétextes (là aussi), des fautes imaginaires. L'ambiance était détestable et la victoire incertaine pour le curé.

    Les timides et les influençables pouvaient changer de camp à tout moment. Il fallait trouver un coup décisif, porter l'estocade en se ralliant les familles.

Le curé se mit à réfléchir intensément, il fouilla sa mémoire et les archives et il trouva.

     Les enfants bravent les punitions pour servir aux enterrements dans l'attente d'un pourboire. Il faut donc les attacher par des promesses, leur permettre de gagner des sous et des cadeaux.

On va ranimer les vieilles traditions pascales au profit des enfants de choeur.

Le dimanche des Rameaux, suivant la tradition, les paroissiens font bénir des branches de buis et les rapportent chez eux pour s'attirer un an de bénédiction. Les intérieurs dépourvus du rameau sacré sont rares ... mais on en trouve chez les distraits qui ont oublié la date, les imprévoyants qui se sont trouvés dépourvus de buis et les malades qui n'ont pu se rendre à l'église.

Les enfants de choeur vont réparer ces manques : ils vont apporter à l'église un gros fagot de buis et, après la bénédiction, ils vont aller le proposer de porte en porte. Les paroissiens qu'ils dépanneront leur glisseront bien une pièce.

Voilà une bonne idée mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?

    On va faire reprendre l'air aux crécelles.

Petit retour en arrière sur une vieille tradition qui se mourait et ne demandait qu'à reprendre vigueur :

La vie collective, dans les campagnes, est rythmée par les cloches sauf les vendredi et samedi saints ; la chrétienté endeuillée fait taire ses cloches. Alors, comment annoncer l'office du samedi soir ?

Autrefois dans le village, des groupes de pieuses personnes circulaient en agitant des crécelles de bois et criant devant chaque porte l'heure de l'office. Au fil des ans, la tradition s'était presque perdue mais les crécelles étaient presque intactes, un coup de chiffon et elles étaient bonnes pour le service.

Avoir, non seulement le droit, mais le devoir de faire du bruit, c'est un vrai plaisir pour tous les enfants. Les enfants de choeur ne font pas exception. C'est avec tout leur enthousiasme qu'ils ressuscitèrent la tradition.

Le samedi saint, ils secouaient les crécelles et le lundi de Pâques, ils refaisaient le même trajet pour recevoir leur récompense : munis d'un grand panier, ils faisaient la quête aux oeufs.

Les paroissiens qui avaient des poules leur donnaient des oeufs, ceux qui n'en avaient pas déposaient quelques pièces dans le panier. Le rendement était bon, même auprès des adversaires du curé ; en ce temps-là, on donnait toujours, si peu que ce soit, aux demandes effectuées par des enfants.

Les gamins empochaient les sous, leurs mères récupéraient les oeufs.Tout le monde y trouvait son compte.

 

C'est ainsi qu'un personnage déplaisant réussit à se maintenir une improbable popularité.

 

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 23:38
Le 23 décembre 2009, mourait Yitzhak Aharonovitch, le capitaine d'Exodus.

On a l'impression que tout a été dit sur l'aventure de ce bateau, il y a même eu un film célèbre et récompensé (d'Otto Preminger avec Paul Newman). Alors, quel besoin d'y revenir ?

Un bref rappel.
    En 1947, des juifs rescapés de la Shoah embarquent sur Exodus, un vieux bateau rafistolé, pour tenter de rejoindre la Palestine, terre de leurs ancêtres, de leur foi et de leur espoir. Après les horreurs qu'ils avaient connues, leur projet aurait pu inspirer la sympathie internationale, aurait pu ... mais la politique des états n'a que faire de la solidarité.
La Palestine n'était pas un pays, juste un débris de l'empire ottoman morcelé après le traité de Versailles ; en 1947, elle n'avait toujours pas de statut définitif. Elle dépendait de la Grande Bretagne, puissance mandataire, qui n'entendait pas mettre en péril sa politique régionale fondée sur la bonne entente avec les arabes (à nouveau, souvenir d'un film : "Lawrence d'Arabie.")
Ce territoire exigu abritait, dans une paix fort relative, une mosaïque de communautés représentant les  trois grands monothéismes et leurs variantes ; il y a deux mille ans que le moindre caillou est capable d'y déchaîner les passions et la guerre.
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, c'était prévisible, un équilibre aussi branlant que provisoire ne pourrait plus durer longtemps. Les différentes forces en présence entreprirent de faire avancer leur dossier.
Les arabes de Palestine avaient pris du retard, désunis et distancés, ils n'avaient pas réussi à former un projet d'état et leurs voisins étaient plus occupés à revendiquer leur part du gâteau qu'à promouvoir la création d'un nouvel état arabe indépendant.
En revanche, le projet sioniste était prêt, le "Foyer National Juif" pouvait devenir un état.
 Ce n'était pas du tout l'objectif des Anglais qui voulaient maintenir le statu quo ; ils voulaient d'abord freiner l'accroissement de la pression démographique juive, donc empêcher le retour vers la mère-patrie de juifs de la diaspora. Les embarcations étaient arraisonnées par la marine britannique avant de toucher la côte et l'Exodus ne fit pas exception.
Il fut ramené avec tous ses réfugiés en Europe et conduit à Hambourg où ses passagers furent internés, dans l'attente d'une décision. Les rescapés étaient à nouveau en Allemagne dans un camp de prisonniers !.
Malgré les protestations indignées, les juifs sont en captivité et ne pourront reprendre la direction de leur terre promise qu'avec la proclamation de l'état d'Israël en mai 1948. En attendant, ils ont gagné la sympathie des Européens et promu la cause du nouvel état.

D'autres bateaux ont connu les mêmes vicissitudes. Exodus n'est pas un cas unique.
Mais son histoire est devenue symbole.
Elle illustre et démontre la mauvaise foi qui préside à une erreur très répandue :

Les ennemis d'Israël, véritables antisémites qui se prétendent antisionistes, ont répandu l'affirmation selon laquelle l'état d'Israël serait un cadeau fait aux juifs sur le dos des arabes en dédommagement de la Shoah.
L'examen des événements, illustrés par l'odyssée de l'Exodus, permet de rétablir nettement la vérité.
- Israël n'a pas volé aux arabes un état qui n'existait pas.
- Israël n'est pas un cadeau fait aux juifs. Les Européens n'ont pas éprouvé assez de honte après la Shoah pour se croire tributaires. Les juifs ont lutté contre mille traquenards pour obtenir la création de leur état souverain.
- A sa naissance, l'état d'Israël fut immédiatement en lutte avec ses voisins arabes. Ils appliquèrent une tactique aussi vieille que la guerre, se chargeant des opérations militaires et suscitant un front de l'intérieur chez les arabes palestiniens. A l'époque, il était encore temps d'établir les conditions d'une coexistence pacifique en prévision de la paix. En réalité, les autorités communautaires arabes et les religieux musulmans poussèrent la rue palestinienne au jusqu'au-boutisme, avec des promesses de soutien qui n'ont jamais été tenues.
Les arabes palestiniens ont été la masse de manoeuvre de combats extérieurs, ils sont aujourd'hui dans une situation difficile, loin de la paix,  mais les responsabilités ne sont pas toutes en Israël.

   Ces faits sont connus, faciles à vérifier, pourtant le discours le plus répandu est celui qui a été distillé par les antisémites. En même temps, ceux qui le répètent avec candeur pousseraient des cris d'orfraie si on les accusait d'antisémitisme. La contradiction n'est qu'apparente.
Elle réunit des alliés inattendus tels que la bien-pensance bourgeoise et le tiers-mondisme révolutionnaire.
Ils croient ne pas être antisémites parce qu'ils détestent les pogroms et la violence, ils commémorent le jour des déportés et pétitionnent contre le négationnisme. Ils détestent l'antisémitisme ...
... mais s'affirment antisionistes.
Ils ont remplacé la brutalité par la condescendance. Ils croient aimer les juifs ; en réalité, ils aiment le petit juif humilié du ghetto. Lorsqu'il est malheureux et maltraité, ils le défendent et l'aident ; mais ils lui refusent le droit d'être puissant, indépendant, de se défendre.
Israël est la fin du petit juif qu'ils croyaient voir éternellement dominé.
Les passagers de l'Exodus ont couru les pires dangers parce qu'ils avaient besoin de ce changement essentiel.
D'avance, ils avaient compris.
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 09:55
   Tous les archéologues vous le diront : c'est avec les déchets d'une époque que nous en apprenons le plus et  nous jouons un mauvais tour aux futurs observateurs de notre siècle avec nos incinérateurs d'ordures ménagères.
En attendant, certaines démolitions occupent dans nos mémoires une place privilégiée.

    Pour les Français, la Révolution a pour symbole la prise et la destruction de la Bastille ; pour beaucoup d'Européens, la chute du mur de Berlin marque la fin de la guerre froide.
Ils ne sont pas loin d'y voir l'événement majeur de ces dernières décennies et, le 9 novembre, nous sommes priés d'en avaler jusqu'à plus soif.
    Curieusement, les Allemands, qui sont les premiers concernés, n'ont pas fait de ce jour une fête nationale, préférant célébrer la réunification des deux états.
     Il faut sans doute le mettre au compte de leur esprit positif.
Quand on veut aller de l'avant vers la construction d'un avenir commun, un acte de réunion est un geste plus fort que le défoulement d'une population excédée. Le mur était, de toute façon, condamné, même s'il est des jouets romantiques auxquels les peuples tiennent.
     9 novembre, malgré l'enthousiasme populaire, c'est aussi une date qu'on n'aime pas se rappeler en Allemagne ; les Berlinois auraient pu en choisir une autre pour monter à l'assaut du mur.
     9 novembre, c'est l'anniversaire de la Nuit de cristal, le grand pogrom qui marque le lancement de la destruction des juifs d'Europe, le début de l'entreprise cauchemardesque qui aboutira aux camps de l'Est et fera de l'Allemagne la grande Coupable du vingtième siècle.

      L'Allemagne a assumé, payé, s'est repentie, elle montre, en toutes circonstances, un remarquable esprit de responsabilité vis à vis de son passé. Mais le choix d'une fête... il faut que ce soit un jour de fierté et de joie.
Les Fançais auraient-ils fait de la St Barthélémy leur fête nationale ?
 
     Alors, à défaut de la plage, laissons le mur aux romantiques et souhaitons un bel avenir à une Allemagne repentie et rachetée des crimes du passé.
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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 10:13
Référence gardée envers feu Simon Wiesenthal pour l'emprunt de sa formule,

 même la très pointilleuse justice allemande peut encore être surprise.
Un criminel de guerre en liberté se découvre à l'occasion du procès d'un autre bourreau.
Voilà l'information recopiée telle quelle dans Israël Infos toujours à l'affut de telles découvertes :


Un témoin "pire" que l'accusé
Selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, l'un des témoins dans le procès, qui s'ouvre, de John Demjanjuk, 89 ans, accusé de participation au meurtre de 27.900 juifs pendant la Shoah, est lui-même impliqué dans "l'assassinat sauvage d'au moins 434.000 personnes", mais n'a fait l'objet d'aucune condamnation.

Il s'agit d'un ancien SS se faisant appeler "Samuel K.", âgé de 88 ans, qui était gardien du centre d'extermination nazi de Belzec en Pologne, et a fait l'objet de deux instructions judiciaires n'ayant pas abouti.

Selon le journal allemand, une troisième enquête contre Samuel K., qui a reconnu par le passé "qu'il était su de tous que les juifs sont exterminés dans le camp, et qu'on les y brûle", vient d'être ouverte par le parquet.



Si les faits, cette fois, sont avérés, un meurtrier de masse aura vécu tranquille plus de 65 ans.
Décidément, il vaut mieux être un ancien bourreau SS qu'un survivant aux prises avec la police du sexe .
Autre temps, autres moeurs !
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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 08:26
    Un article du quotidien suédois «Aftonbladet» accuse les soldats israéliens d’avoir tué des Palestiniens pour prélever leurs organes.

    Dans tout le monde civilisé, les transferts d'organes, qu'il s'agisse de don ou de vente, sont (heureusement) encadrés par des règles tellement draconiennes que la demande est toujours supérieure à l'offre. Comme il s'agit d'un besoin vital, la rareté se paie très cher.
Le demandeur est disposé à payer n'importe quel prix, sans poser trop de questions sur la provenance et les conditions du prélèvement.
    On trouve de vrais gisements, ce sont les lieux où meurent en abondance des jeunes gens bien portants.
Autrefois, les champs de bataille attiraient les "vols de gerfauts hors du charnier natal" ; aujourd'hui, moins épique et plus réaliste, ils font le bonheur des marchands d'organes à transplanter.
Belle promotion pour le métier d'équarrisseur, la fortune attend les profiteurs de tous les conflits.
Toutes les armées y sont confrontées. Bien naïf celui qui croirait Tsahal protégée du risque.
A l'origine, elle s'est construite sur des exigences morales supérieures, mais les brebis galeuses... qui peut affirmer en être définitivement protégé ?
    Le journal suédois fait un pas de plus et s'attire les protestations indignées d'Israël, à la limite de l'incident diplomatique, en sous-entendant que les soldats israéliens ont tué des Palestiniens pour prélever leurs organes. Des profiteurs de guerre on passe au crime de guerre, commis par la troupe indifférenciée , donc attribué à l'institution.
    On peut hausser les épaules : toutes les armées en opération sont accusées de crimes de guerre ; il n'y a pas lieu d'en faire des tonnes. Certes ...
    Mais il est difficile de se rassurer à bon compte.
    Cet article n'a pas été écrit contre n'importe quelle armée. Il s'agit de Tsahal, l'armée d'Israël, donc ... des juifs.
Voilà de retour les vieilles accusations, les crimes rituels qui ont servi de justification à tous les pogroms et autres persécutions.
Dans la vieille Europe médiévale, les juifs étaient accusés de tuer des enfants chrétiens pour en utiliser des morceaux lors de cérémonies religieuses (à l'époque, la greffe d'organe n'était pas d'actualité). On connaît l'absurdité de telles allégations mais on sait aussi à quoi elles ont servi.

     La même pièce se rejoue, modernisée.
Les juifs sont toujours attaqués et, maintenant qu'ils ont une armée pour les défendre, c'est elle qui est mise en accusation.
     Un pogrom est peut-être en chemin.
Il y a les imprécateurs qui lancent l'accusation, les exécutants qui la relaient et, comme toujours, la masse silencieuse des indifférents et des hypocrites qui préfèrent gloser sur la paranoïa des juifs que reconnaître qu'ils sont toujours en danger.
      Et pourtant ...
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