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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 16:55

     Ariel Sharon fut la victime d'un AVC foudroyant, il y a 8 ans. A l'époque, la mort paraissait imminente mais il a tenu jusqu'au 11 janvier 2014. C'était donc un coma de longue durée, beaucoup ont eu le temps de l'oublier. Pour rafraîchir les mémoires, le jour de son départ, les journaux vont enfin sortir la nécrologie qu'ils ont eu tout le temps de fignoler. N'ayant aucune prétention à les concurrencer, ces quelques lignes ne vont pas raconter l'existence du défunt, juste rappeler qu'en l'abattant, la faucheuse a joué un vilain tour à la paix.

     J'entends les cris d'orfraie : " Mais Sharon n'était pas un homme de paix, c'était un guerrier de l'espèce la plus brutale !" (pour complèter le tableau, avec la plus parfaite mauvaise foi, ressortiront les massacres de Sabra et Chatila où Sharon fut coupable d'avoir regardé ailleurs pendant que les phalangistes, pour couper court à l'installation d'un véritable état palestinien au cœur du Liban, procédaient au nettoyage des deux camps).

    Arik, ainsi que ses amis appelaient Ariel Sharon, fut d'abord un fameux guerrier, sauveur d'Israël en position délicate lors de la guerre de kippour.

   Après une longue et brillante carrière dans l'armée, il se convertit à la politique et devint premier ministre à l'âge de 73 ans. C'était un temps de tension et d'explosions. La colonisation était le principal obstacle à toute tentative d'accord, la paix semblait une chimère d'autant que Sharon était le chef du Likhoud, le parti de droite qui soutenait les colons sans réserve.

    C'est alors qu'il déjoua toutes les prédictions.

Il s'était rendu à la certitude qu'il ne serait pas possible indéfiniment de refuser un état aux palestiniens. Le va-t-en-guerre, le faucon, décida qu'il fallait relancer des négociations au point mort. Il faudrait lâcher du lest sans abandonner l'essentiel. En vrai pragmatique, il fit le tri des colonies. Pour lui, certaines implantations n'avaient pas une importance primordiale et leur situation les rendait trop difficiles à défendre. Ce n'était pas un juif religieux mais il connaissait assez les Ecritures pour renoncer sans trop de peine aux colonies de la bande de Gaza. Même aux temps bibliques, Gaza n'appartenait pas aux juifs ; c'était la terre des Philistins, des voisins incommodes (...à croire que l'histoire est un éternel recommencement).

Les colons furent donc priés de quitter le groupe d'implantations nommé Gush Katif. Ils protestèrent, manifestèrent et, en fin de compte, cédèrent.

    Beaucoup se demandent comment il a réussi à faire plier ces colons habituellement si accrochés à leurs possessions. Ils n'avaient pas le choix, le soutien de leurs concitoyens allait à la politique d'ouverture de Sharon. Les Israéliens qui venaient d'élire un homme de droite, partisan de la manière forte, accompagnaient son revirement. Il pouvait leur demander ce qu'ils auraient refusé à tout autre.

     L'explication ? Sans faire de psychologie de bazar, c'est parce qu'il avait fait la preuve de sa force qu'il inspirait la confiance et pouvait chercher la paix.

      C'est alors que la maladie vint donner un coup d'arrêt à la décolonisation qui n'a toujours pas repris.

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 09:14

 

     Vous avez découvert Shoah de Claude Lanzmann à sa sortie en 1985, ou plus tard, lors d'une rediffusion. Vous en êtes sorti abasourdi et hagard, vous aviez pris un grand coup dans la tête, et, depuis ce jour mémorable, vous savez qu'il y a un avant et un après Shoah. Plus de neuf heures de témoignages pour dire l'indicible, ce film a une telle force qu'il a nommé les événements, on ne dit plus "l'extermination des juifs par les nazis" mais "la shoah". Lanzmann est au cinéma ce que Raul Hilberg, l'auteur de "La destruction des juifs d'Europe", représente pour le texte.

    Vous n'étiez pas loin de croire que Shoah avait tout dit mais Claude Lanzmann gardait inexploitées de précieuses réserves. Au long des années précédant Shoah, il avait accumulé des heures de témoignages qui ne figurent pas tous dans Shoah, non parce qu'ils auraient manqué d'intérêt mais parce qu'ils formaient, à eux seuls, le sujet d'un film.

     En 1997, ce fut "Un vivant qui passe", chronique de la cécité estampillée Croix Rouge

    En 2001, "Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures", l'épopée de Yehuda Lerner et des révoltés de Sobibor. Après Shoah-la catastrophe, l'heure de grâce. Des juifs promis à la mort tuent leurs geoliers, s'échappent d'un centre d'extermination, rejoignent la Palestine et se battent pour fonder l'état d'Israël.

     Enfin, mais ce n'est peut-être pas fini, " le dernier des injustes " présenté en mai 2013 au festival de Cannes, sort en salles cet automne. C'est l'histoire du rabbin Benjamin Murmelstein, le dernier président du Conseil Juif du ghetto de Theresienstadt. véritable décor de théâtre destiné à donner le change aux rares curieux, présenter un « ghetto modèle », une farce programmée pour finir dans les crématoires d'Auschwitz. Il fut le  seul "doyen des Juifs à n’avoir pas été tué durant la guerre. Il s'est battu pied à pied avec Eichmann pour éviter la liquidation du ghetto, réussissant à faire émigrer 121.000 juifs. Ce dernier film dévoile sans fard les contradictions sauvages des Conseils Juifs. 

 

       Claude Lanzmann est un vieux monsieur chargé d'honneurs et de notoriété, vous pensez qu'il ne doit rencontrer aucune difficulté pour diffuser son film ... et vous avez tort.

Parlons de ce qui m'est facile à vérifier. Dans tout le département du Nord, "Le dernier des injustes" n'est visible que dans une seule salle classée "Art et essai" à Lille pendant moins d'une semaine. 

( de Claudine LANOE  Aujourd’hui à 10h36 AM :

Et tu peux ajouter :à un horaire unique , 19 h ). 

      Que font ces multiplexes qu'on nous a vendus comme une garantie de multiplicité dans la programmation ? Ils ne seraient pas capables de dégager une toute petite salle, quelques jours, pour une œuvre majeure ?

Il paraît que non, Lanzmann ne remplirait pas les salles. Les diffuseurs industriels ne veulent pas courir ce risque. Ils préfèrent rallonger le temps de passage de quelques navets commerciaux.

Ils sont là pour faire de l'argent, pas de la pédagogie.

         Quand les lycéens étudiaient encore l'histoire, il était possible de circonvenir des commerçants en leur représentant le défilé des groupes scolaires qui allaient se précipiter chez eux. Aujourd'hui, l'histoire et la mémoire n'ont plus de public, rien ne semble pouvoir lutter contre l'appat du gain.

        C'est triste mais, à l'approche des élections municipales, nous pouvons en tirer une leçon : il ne faut pas laisser réduire la culture à l'industrie du spectacle. 

 Un service public de la culture est une nécessité

 

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 23:00

   Quand lire est une addiction, ce n'est pas toujours un plaisir ; le livre nul refermé, il nous arrive de pousser un soupir en déplorant le temps perdu.

Ce ne fut pas le cas de ma dernière expérience : "Nuit" d'Edgar Hilsenrath.

    L'auteur, juif qui a connu le ghetto, m'était complètement inconnu ; c'est ma chère et savante amie Claudine qui m'a prêté l'ouvrage en ajoutant qu'elle ne voyait personne d'autre à qui le faire lire.

Un coup d'œil à la couverture m'apprit qu'il s'agissait du récit de la vie, ou plutôt de la survie, au ghetto de Prokov.

Il m'a fallu plusieurs mois pour oser y entrer. J'avais peur de mes réactions, cauchemars et insomnies en prévision, car j'imaginais le pathos qui s'étalerait au long des pages.

   Quand je me suis décidée à l'affronter, bonne surprise, le texte se dévore comme un bon roman. On n'y trouve aucun appel douteux à la sensiblerie du lecteur mais un tableau minutieux et détaillé de la faim, la maladie et la mort, avec juste ce qu'il faut d'humour pour ne pas sombrer. Surtout, il montre la ruine de la personne humaine quand elle est confrontée en permanence à la nécessité. Selon l'expression consacrée, l'homme est un loup pour l'homme quand sa survie est en jeu.

   Des ouvrages sur l'histoire de la Shoah, nous en avons lu beaucoup, de grands textes, dont une somme irremplaçable : "La destruction des juifs d'Europe" de Raul Hilberg.

Des vagues de témoins se sont succédées. Il existe des récits de survivants d'à peu près tous les camps. Grâce à eux, nous en savons plus sur les véritables usines de mort que furent les chambres à gaz et les crématoires.

Plus récemment, nous avons appris que le centre d'extermination n'a pas été le seul moyen de tuer des juifs. A la faveur de la chute du communisme, des historiens ont accédé aux archives des pays de l'Est et nous ont fait découvrir les tueries de masse, Michaël Prazan en a tiré un chef d'œuvre "Einsatzgruppen" .

    Sur la déportation, les cinéphiles disposent du monument de Claude Lanzmann "Shoah", d'un choix de documentaires et même, hélas, de quelques navets au succès scandaleusement populaire comme "La vie est belle".

    En fin de compte, nous disposons d'une masse d'informations sur le déroulement de la guerre, sur la vie des civils dans les régions occupées et sur l'industrie de mort dans les camps. En revanche, sans être inconnue - quand on cherche, on trouve - la vie quotidienne dans les ghettos est fort ignorée. Il faut généralement se contenter de sèches statistiques (tant de décès par mois, tant d'habitants pour telle surface...) mais il est difficile de se représenter le détail d'une journée au ghetto. La première qualité de "Nuit" est de combler ce manque.

     Prokov se trouve en Transnistrie, entre le Boug et le Dniestr, région confiée par les nazis à l'administration roumaine. En bons disciples, les sbires d'Antonescu y ont regroupé de force une majorité des juifs de Roumanie, pas dans des camps entourés de barbelés et surveillés par des militaires mais entassés dans des villes ou de simples quartiers exigus et largement détruits depuis le passage de l'opération Barbarossa.

     Les déplacés s'abritent comme ils peuvent, les plus chanceux, ou ceux qui ont encore quelque-chose à négocier, dorment tête-bêche, à même le sol, dans des pièces délabrées. Les autres sont condamnés à la rue, ramassés pour infraction au couvre-feu et déportés vers le travail forcé ou sommairement exécutés. Ranek, le personnage principal de Nuit, fait partie de ces veinards qui ont trouvé une place. Une fois logé, il reste le souci obsédant de la nourriture dans une ville où rien n'est disponible, sauf au marché noir. Les paysans roumains, ukrainiens et leurs intermédiaires rançonnent ces malheureux qui n'ont plus rien. Les vêtements, les chaussures, les bijoux y passent, en attendant les dents en or que les vivants arrachent à ceux qui viennent de mourir. Les femmes qui ne sont pas encore trop abîmées se vendent aux policiers et aux soldats, le bordel est le seul endroit où la nourriture abonde.

      La lutte pour la survie ne tient compte ni des liens familiaux ni des règles morales, il faut manger, à tout prix, jusqu'au moment où la situation, déjà critique, vire à la panique quand le typhus s'abat sur les affamés.    

      Au bout de 500 pages de ce tableau, le ghetto n'abrite plus que des morts et des moribonds. L'auteur met un point final sur une touche d'espoir, ou d'illusion, c'est selon. Au milieu du désastre, une femme, pour ne pas dire une sainte, reste en vie avec un enfant qu'elle a promis de protéger.

     Dans les conditions où ils se trouvent, on ne voit pas comment ils pourraient survivre mais c'est une lueur d'humanité qui vient éclairer la nuit et c'est bon.

 

     Ce tableau effroyable n'est pas une lecture malsaine, c'est un chef d'œuvre plein d'information sans voyeurisme.

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 20:23

     L'événement du jour, folklorique et apostolique, aurait dû faire oublier la fête des Mathilde. Aurait pu ... mais il ne sera pas dit que les titulaires de ce royal prénom se laissent piétiner par un pape, l'histoire ne l'a jamais vu.

 BONNE FÊTE AUX MATHILDE.

 

  La ville normande de Bayeux expose une longue broderie improprement appelée "Tapisserie de Bayeux". Sur un long déroulé de chanvre fin, une broderie au petit point raconte la conquête de l'Angleterre par Guillaume, duc de Normandie. Ce travail minutieux, attribué à la duchesse Mathilde, est comme le précurseur de la bande dessinée pédagogique.

Ne voyons pas en Mathilde une espèce de Pénélope féodale, tirant l'aiguille en faisant lanterner les prétendants. Pendant que son conquérant de mari guerroyait en Angleterre, elle n'avait pas de loisir à consacrer aux travaux de broderie, elle tenait la Normandie. Trop de vassaux et de voisins comptaient sur l'absence du seigneur pour mettre la main sur ses domaines ou le spolier de leurs revenus. Il fallait veiller au grain.

Guillaume, en lui laissant le duché, lui avait aussi confié le droit de haute et basse justice. Il fallait que Mathilde fût partout en même temps. Pas de temps pour des ouvrages de dames avant le retour du seigneur.

   L'expédition terminée, au grand soulagement de Mathilde, le duc est rentré. Il a laissé en Angleterre une administration normande qui donnera de meilleures habitudes aux Saxons indisciplinés. Pour la surveiller et faire valoir ses droits de seigneur sur l'état anglo-normand, il va faire d'incessants voyages de part et d'autre de la Manche. Quand il est en Normandie, à n'en plus finir, lui et ses hommes racontent leurs exploits.

Ils parlent, décrivent, et Mathilde retient. Au fur et à mesure, nait son projet d'histoire en broderie.

C'est un beau projet, trop beau, trop long à exécuter, même pour une Mathilde. Qu'à cela ne tienne, des abbayes de femmes, se font une vraie spécialité de la broderie, ce sont elles que la duchesse va charger d'exécuter le travail sur ses indications. Mathilde a été maîtresse d'ouvrage et non ouvrière.

Une bonne occasion, 8 jours après la Journée du Droit des Femmes, de rappeler que le "Moyen-Âge" ne fut pas uniquement la période noire complaisamment décrite par romans et cinéma. L'histoire de Mathilde nous montre qu'à cette époque aussi, des femmes énergiques et compétentes ont ouvert la voie.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 22:46

     Les Grandes Consciences aiment faire la leçon, c'est leur point faible. Au nombre de leurs péchés mignons, elles nous imposent une contrition obligatoire en mémoire de l'esclavage. Il faudrait se battre la poitrine et se couvrir la tête de cendres pour expier la faute des ancêtres, avoir réduit des africains en esclavage. Inutile de protester, de faire remarquer que vos aïeux étaient paysans dans le centre de la France et n'ont jamais utilisé de main d'oeuvre servile, c'est une exigence collective, votre groupe européen est globalement responsable du crime exercé contre le groupe africain, votre groupe européen et... lui seul.

Des historiens ont bien essayé de remettre les pendules à l'heure, de démontrer, documents à l'appui, que le monde occidental n'a pas eu le monopole de la traite négrière. Immédiatement, on les a soupçonnés de relativisme et de racisme. Deux réalités trop scandaleuses sont systématiquement écartées, le poids et l'antériorité des traites arabes et la participation de peuples africains à ce commerce maudit.

    Grâce à la littérature et aux images, les horreurs de la traversée maritime et les marchés aux esclaves d'Amérique sont assez bien connus. En revanche, la partie africaine de l'histoire reste floue et mérite quelques précisions.

D'abord, les bâtiments négriers ne sont pas immenses. Ils sont des navires marchands avec des soutes juste assez vastes pour transporter une cargaison d'esclaves, pas une armée ni même un corps expéditionnaire. 0n y trouve assez d'armes pour mater une révolte à bord, pas de quoi mener des incursions guerrières. L'équipage n'abandonne pas le navire (trop dangereux), ce sont des fournisseurs locaux qui lui amènent les captifs.

    L'appat du gain fait des ravages dans toutes les populations, des chefs de tribu n'hésitent pas à vendre les individus dont ils veulent se débarrasser (rivaux, concurrents...) mais les négriers ont besoin d'un approvisionnement régulier et abondant. Pour l'obtenir, ils prennent l'habitude de recourir aux services d'experts en razzias, des guerriers nomades qui livrent la chair humaine sur commande. Parmi eux, les Touareg, intouchables dans leur refuge désertique, écument l'Afrique sahélienne pour les européens. Voilà des siècles qu'ils sont devenus spécialistes de ce négoce peu ragoûtant ; ils conduisent à travers le Sahara des groupes de captifs destinés aux marchands d'esclaves arabes.

    Au cours du dix-neuvième siècle, la traite atlantique diminue avant de s'arrêter pour laisser place à la colonisation.

Les Européens vont se répartir l'Afrique et la mettre en coupe réglée. Ils ont besoin de supplétifs, les Touareg vont, à nouveau, se rendre utiles. Avec les populations subsahariennes, ils sont devenus des ennemis irréconciliables et le colonisateur a sa part de responsabilité. La littérature et le cinéma cultivent l'image romanesque de l'homme bleu du désert, noble, grand, beau car...blanc. Le racisme des Touareg à l'égard des noirs est pardonné comme une particularité folklorique sans importance. Il est toujours vivant, même dans les plus petits détails, tel l'usage consistant à casser le verre dans lequel un noir a pris le thé pour être bien sûr de ne pas boire après lui.

Le découpage des états africains issus de la décolonisation est porteur d'une foule de conflits, leur liste est infinie. Pour ce qui concerne les Touareg, ils ont été répartis entre tous les états sahariens et sahéliens, comme si le mépris et les vieilles haines recuites pouvaient s'effacer par miracle.

A moins de vouloir un cataclysme, il est difficile de revenir sur les frontières issues de la décolonisation, mais n'aggravons pas une situation déjà explosive par notre incompréhension.

Les mêmes Grandes Consciences qui exigent de l'Occident qu'il expie la honte de l'esclavage soupçonnent les Maliens noirs de se mal conduire envers les Touareg. Ne leur en déplaise, c'est le contraire qui serait étonnant.

Pour effacer les rancunes, pardonner les crimes, il faut que le coupable demande pardon. Les Noirs du Sahel attendent toujours le premier mot d'excuse des anciens négriers Touareg.

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 23:37

    Ici, il ne sera question ni du mal-nommé "mariage gay" ni du Mali, une foule de commentateurs compétents s'en occupent ailleurs. Non, soyons originaux, limite excentriques, ayons une petite pensée pour ceux qui n'intéressent personne depuis longtemps.

     Trois militantes kurdes assassinées à Paris. Le simple passant dit que c'est triste. Il est poli mais, en fin de compte, il s'en moque ; tout le monde se moque des Kurdes et du Kurdistan. Dommage.

Une carte suffit à présenter le problème, la question kurde est géopolitique.

Ce peuple est éclaté entre 4 pays, laTurquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran, quatre riantes contrées réputées pour leur ambiance de paix et de tolérance.

Les Kurdes ne sont pas des Turcs ni des Arabes. Leur langue et, plus généralement, leur culture sont un héritage lointain des Mèdes de l'antiquité. La plupart sont musulmans, un Islam très couleur locale, mais on trouve aussi chez eux des juifs, des chrétiens et quelques ilôts de cultes anciens comme les zoroastriens. Ils sont  sont minoritaires et, comme tels, discriminés dans tous les pays où ils vivent, surtout en Turquie où une répression féroce leur interdit toute expression communautaire, leur langue ne peut être enseignée ni même parlée. Très logiquement, lassés de se voir refuser le moindre commencement d'autonomie linguistique et culturelle, des groupes d'activistes kurdes revendiquent l'indépendance et ont pris les armes contre le pouvoir central.

Pour l'instant, les plus veinards sont les kurdes irakiens. De Saddam Hussein, ils ont subi, dans l'indifférence générale, discrimination et destruction massive par des armes chimiques. Bush et Blair se sont avisés du massacre quand il n'était plus à la mode de l'évoquer. Ce fut la guerre d'Irak, un fiasco porteur, toutefois, d'un résultat favorable : la naissance d'une région autonome pour les kurdes irakiens. L'affaire semblait, avant tout, pourvoyeuse de ruines à déblayer, mais voilà le miracle : les hydrocarbures. Dans cette terre dévastée, il suffit de faire un trou pour tomber sur du gaz ou du pétrole. Les Kurdes irakiens, autrefois pauvres donc méprisés, sont à présent courtisés comme tous les gens riches. Ces Kurdes-là ont toutes les chances d'améliorer leur sort, mais les autres ?

Officiellement, il y aurait des discussions entre le gouvernement turc et les organisations kurdes. Ce n'est que le début d'un commencement ; quel débat peut-on attendre entre un pouvoir et une opposition quand le premier maintient en prison le principal représentant de la seconde ? Les meurtres commis à Paris ont-ils un rapport avec ces tentatives de négociation? L'enquête le dira peut-être.

Certes, Öcalan, le chef du PKK, n'est pas un enfant de choeur. Un grand nombre d'états le considèrent comme un terroriste, sans doute avec raison, mais le peuple kurde est-il, pour autant, condamné dans son ensemble à la négation de ses droits les plus élémentaires ?

Et les Grandes Consciences n'y trouvent rien à redire, elles se taisent.

La différence de traitement est flagrante entre les kurdes et les palestiniens.

Oubliés le passé terroriste de l'OLP, les démocrates de tous les pays réclament à cor et à cri un état palestinien. En revanche, le peuple kurde peut toujours patienter... et sa colère étonne ?

Pour lui avoir refusé le droit d'exister dans les pays où il est divisé, il ne faudra pas s'étonner de voir monter la revendication d'un Kurdistan unifié. Après tout, ce peuple a une langue, une culture, une histoire ; il a même un héros national, le glorieux Saladin, celui qui a repris aux croisés la Jérusalem que les Turcs avaient perdue. On a fondé des nations à partir de moins.

Mais cette nation-là donnerait des cauchemars à beaucoup. Les prochaines crises, changement climatique aidant, seront des crises de l'eau. Le Kurdistan, point haut à la source des fleuves, serait le château d'eau du Moyen Orient donc le maître d'une ressource rare et convoitée.

C'est ainsi que des pauvres sans terre ni influence font trembler les états les plus puissants.

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 22:12

     Ce temps des vacances allège les quotidiens. C'est le temps des best of, l'occasion de rappeler les heures de gloire et les grands moments, plus rarement les mauvaises affaires et les bourdes.

     D'autant plus étonnant et remarquable l'article signé par Ariane Chemin et Raphaelle Bacqué dans "Le Monde" du 21 août à propos d'une tribune parue le ... 29 décembre 1978.

    - Qui sait de quoi il s'agit ?

Vous donnez votre langue au chat (qui n'en demandait pas tant). Voici la réponse :

    - C'est le jour maudit où "Le Monde" a publié une tribune envoyée par Robert Faurisson. C'est la date de naissance d'un négationnisme français.

Vous protestez. Il y avait, dites vous, Maurice Bardèche, Pierre Rassinier et d'autres moins connus, ils n'avaient pas attendu les élucubrations de Faurisson pour mettre en doute la destruction programmée par les nazis des Juifs d'Europe.

Vous avez raison, le négationnisme a commencé avec l'extermination, les bourreaux ont tout fait pour cacher leurs crimes, mettre en marche toute la machine de négation qui sera la cheville ouvrière de l'antisémitisme d'après  Shoah. Il est des états où la haine du Juif est, en quelque-sorte, une loi fondamentale ; ils n'auraient pas eu besoin de Faurisson même s'ils lui offrent avec plaisir tribunes et tréteaux.

    Alors, pourquoi souligner ce 29 décembre et faire de ce Robert Faurisson le début d'un négationnisme français ?

Parce qu'il s'agit du Monde et pas de n'importe quelle feuille-de-chou.

Tous ceux et celles que l'écriture démange savent qu'une publication ne présente pas la même valeur suivant l'organe qui l'édite, ils recherchent le prestige attaché à quelques titres dont Le Monde qui, dans la presse française, a la réputation d'être sérieux et exigeant. Les plus grands de ce monde lui adressent lettres et proclamations. Un appel qui espère être pris au sérieux doit nécessairement y être publié.

Dans un pays cartésien et rationnel comme la France, il semblait n'y avoir aucune chance pour les élucubrations d'une bande de zozos mais tout a changé avec la publication de l'un d'entre eux dans le quotidien de référence. La pensée de Faurisson devenait un objet d'étude et de débat pour les intellectuels.

      Qu'est-il arrivé à ce journal de référence pour qu'il fasse une telle erreur de jugement ?

Ariane Chemin et Raphaelle Bacqué racontent les débats houleux de la conférence de rédaction. Les uns, derrière Viansson-Ponté, prévoyaient le gâchis en préparation, d'autres, à l'instar des Américains, voulaient y voir le respect de la liberté d'expression comme si le négationnisme n'était pas une des pires formes de l'antisémitisme.

Ce débat continuera à faire rage jusqu'à ce qu'il soit tranché par la loi Gayssot qui pénalisera le négationnisme.

      Au "quotidien sérieux", la gravissime erreur de jugement est généralement oubliée ; on ne se vante pas de tels hauts faits. Que deux journalistes se soient livrées à cette espèce d'autocritique a quelque chose de réconfortant, mieux vaut tard que jamais.

Sommes -nous rassurés pour autant ?

Hélas, non. A la manière de la calomnie chez Beaumarchais, une fois le poison négationniste mis à jour, il se trouvera toujours des têtes assez faibles pour y succomber.

 

 

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 17:36

     On déménage, c'est de saison.

On vide des camps de roms, ils sont priés d'aller voir ailleurs.

     Un peu vexés, les associatifs encaissent les « on vous l'avait bien dit », obligés de reconnaître que, de droite ou de gauche, un ministre de l'Intérieur est un ministre de l'Intérieur. Comme il se doit, l'indignation du Français normal  n'ira pas au delà des commentaires aussi navrés qu'impuissants.

Qu'on se le dise, personne ne lèvera le petit doigt pour changer le sort d'un « romano » ; des exterminés de la seconde guerre mondiale, ils sont les plus oubliés, sans remord ni regret.

Et ce n'est pas nouveau. Qu'on les appelle bohémiens, romanichels, gitans, depuis des siècles, ils sont au nombre des réprouvés, partageant avec les juifs le statut peu enviable de boucs émissaires et un autre point commun : ils ne sont pas du coin. S'il peut arriver que le juif errant se fixe, les gens du voyage sont mobiles par essence, ce sont des nomades. Les défenseurs des roms insistent sur leur désir de s'installer mais le changement d'image n'est pas acquis. Pour les européens, ils sont des errants sans attache, un danger pour le mode de vie majoritaire.

     Depuis le fin-fond des temps néolithiques, il est un conflit aussi permanent qu'irréductible, celui qui oppose nomades et sédentaires, la liberté de mouvement contre le droit de propriété. Dans un monde sédentaire, la terre et ses produits appartiennent toujours à quelqu'un et, dans la traversée désinvolte des nomades, le propriétaire voit une invasion, réaction qui évoque celle des agriculteurs confrontés aux déplacements de la faune sauvage.

     Peut-être croyez-vous à la modernité du phénomène ? Pas du tout.

La première manifestation du conflit cultivateur sédentaire / éleveur nomade ne remonte jamais qu'à la querelle entre Caïn et Abel, autant dire un fait divers récent. Le cultivateur Caïn offrit à Dieu ses plus belles gerbes ; Abel, le berger, fit de même avec ses plus beaux agneaux. Dieu, sans doute plus carnivore que végétarien, préféra l'offrande d'Abel. Fou de rage et de jalousie, Caïn se vengea en tuant le chouchou. La guerre était déclarée et elle dure encore.

     Cette histoire des origines a la valeur des mythes, celle d'un constat. Elle nous dit l'ancienneté d'un conflit.

Et les mythes ont la vie dure.

Le Père Hugo avait beau écrire "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn", le sédentaire n'éprouve pas de scrupule particulier à l'égard du nomade, il est certain de son bon droit.

Pour faire entrer les nomades dans la modernité et les rendre acceptables, faut-il, en niant leur culture, les sédentariser ?

Pour y parvenir, leur donner la chasse est-il un bon moyen ?

     Je ne sais pas pour vous mais, moi, j'en doute.

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 07:46

  17 octobre 2011. Voilà 50 ans, la police parisienne, aux ordres du préfet Papon de sinistre renommée, arrêtait  une manifestation d'Algériens dans la violence et la terreur.

Le nombre des victimes précipitées à la Seine a fait l'objet de constantes réévaluations, d'un ridicule "deux ou trois" reconnus par la police, au départ, à plusieurs centaines, bilan admis aujourd'hui par les historiens.

La mémoire de ce véritable crime s'est établie difficilement comme celle de toutes les souillures du drapeau national. On n'a aucun mal à y voir la marque des tenants de l'Algérie Française et celle des fanatiques de l'ORDRE, toujours enclins à préférer le silence à la justice ; plus surprenant, l'oubli a longtemps régné à gauche. Le souvenir du 17 octobre où des Algériens de Paris furent massacrés a été recouvert par celui du métro Charonne, quelques mois plus tard, où la répression d'une manifestation de Français contre l'OAS fit des morts, essentiellement des militants communistes. Le tri des mémoires est souvent plus révélateur que les proclamations anti-racistes.

Les historiens se sont réveillés et mis au travail sur un tard. Aujourd'hui, il est courant de lire ou d'entendre que le premier à publier sur le 17 octobre fut Jean-Luc Einaudi, ... dans les années 90.

Rendons à César ce qui est à César, ou plutôt reconnaissons à un écrivain son rôle de précurseur sur les historiens ; le premier à lancer le pavé dans la Seine, et non dans la mare, fut Didier Daeninckx quand il publia  "Meurtres pour mémoire", prix Paul-Vaillant-Couturier en 1984.

A l'attention du petit nombre qui ne l'auraient pas lu, ils ont tout intérêt à s'y mettre. C'est un polar donc moins ennuyeux que beaucoup d'essais (n'en déplaise aux quelques historiens qui savent captiver). Il détient même un coup de génie : le passage entre les deux "temps forts" de la carrière de Papon, la déportation des juifs pendant la guerre et le 17 octobre 1961.

Pour ceux qui l'auraient lu mais ne rechigneraient pas devant une "piqure de rappel", le ciquantième anniversaire voit la publication d'une BD sur le même sujet par le même auteur avec le dessinateur Mako. C'est "Octobre Noir".

Heureusement, aucun rapprochement avec Septembre Noir ...de sinistre mémoire.

Encore la mémoire ... Décidément, nous n'en sortirons jamais et c'est tant mieux.

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 00:07

                   La Saint Valentin n'a pas été inventée par un fleuriste ou un bijoutier. Même si la chose est difficile à croire, ce n'est pas seulement une journée commerciale, un point d'orgue en fin de période des soldes.
Non, le premier utilisateur de Valentin n'est pas un syndicat de boutiquiers mais le pape Gélase 1er ( 492 - 496).
    Encore une fois, l'église a fait la démonstration éclatante de son aptitude au recyclage.
   La religion chrétienne n'est pas tombée du ciel au milieu d'un désert. Les habitants de l'empire romain n'étaient pas en manque de religion ; c'était même le contraire. Les Romains, polythéïstes, adoraient tous les dieux de leurs ancêtres ; pour faire bonne mesure, ils y ajoutèrent tous les dieux des peuples conquis. Au nombre des fêtes religieuses, ils perpétuaient d'anciens cultes agraires destinés à favoriser la fécondité des ventres et la fertilité des sols.
Il existait à la mi-février la fête des lupercales, une sorte de cache-cache gigantesque permettant aux jeunes garçons et filles de se rencontrer et commencer leur vie sexuelle (pour la jeunesse populaire, bien sûr, les jeunes de la "bonne société" faisaient des mariages négociés et n'étaient pas de la fête).
   Le peuple était attaché à ces réjouissances. Leur côté mystique n'était pas leur principale qualité mais on peut comprendre que le citoyen ordinaire soit resté attaché à une bonne partie de plaisir.


   Hélas, les chrétiens, comme tous les monothéistes, avaient tendance à considérer qu'on n'est pas en ce bas monde pour rigoler. Il était de la plus haute importance d'éradiquer ces comportements licencieux.
   Une méthode, déjà expérimentée pour Noël et le carnaval, a fait la preuve de son efficacité : il faut conserver le jour de fête mais y plaquer une image chrétienne.
   Le pape Gélase consulta les textes fondateurs et trouva, au jour des Lupercales, la commémoration d'un saint évêque, Valentin, martyrisé au III ème siècle pour la plus grande gloire de Dieu.
  Excellente affaire ! On n'allait pas supprimer les Lupercales mais les transformer, en faire la fête de St Valentin.
  ... Les esprits chagrins peuvent objecter qu'un saint évêque n'est pas le représentant idéal des amoureux.        Hommes de peu de foi, au contraire ! L'église va trouver une bonne occasion de sublimer l'amour humain.   Dorénavant, les amoureux seront priés de mettre les coeurs en avant, les leurs et celui de Jésus, en écrasant les envies du corps. C'est le début des relations difficiles entre foi et libido.

    Compte tenu de ce qu'ils lui doivent, pourvu que les psychanalystes n'oublient pas Saint Valentin dans leurs prières.

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