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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 15:23

    22 novembre, c'est la fête de Sainte Cécile, patronne des musiciens.
A l'intention des esprits curieux, Cécile, morte le 22 novembre 230, était une sainte d'un modèle banal : vierge et martyre. Beaucoup de jeunes filles accédaient à ce statut (qui leur vaudra des statues ) en déclarant leur foi chrétienne en même temps qu'elles refusaient de contracter mariage, ce qui déchaînait immédiatement l'ire de leur père et des autorités romaines. Cécile fit preuve d'un peu plus d'originalité, elle mourut vierge et...mariée. Cette âme forte et persuasive avait réussi un double exploit : convertir son fiancé à la religion chrétienne et le convaincre de ne jamais consommer leur mariage. Tous deux compensaient leur frustration en faisant la charité aux pauvres et en s'abîmant dans la prière. Il en faut, décidément, pour tous les goûts.

    Ce corps à qui elle n'avait pas fait de cadeau se montra particulièrement coriace. Il fallut quatre coups de hache pour la décapiter et, au XVIème siècle, quand on ouvrit sa tombe providentiellement retrouvée, le corps était intact. A n'en pas douter, un corps aussi imputrescible ne pouvait appartenir qu'à une sainte, d'autant qu'il se mit à dégager un parfum de roses, la célèbre "odeur de sainteté".
    On rechercha dans les vieux grimoires des pieux mémorialistes quel aspect de sa vie pourrait être proposé à l'édification des foules. Il y avait bien le martyre mais il est peu opérant, ne pouvant servir qu'une fois par croyant. Fort opportunément, on retrouva des témoignages de l'excellente qualité de son chant ; Cécile fut donc promue patronne des musiciens.
    Il apparaît que la trouvaille n'était pas mauvaise et même qu'elle était durable, Sainte Cécile est toujours fêtée le 22 Novembre.
Qui dit célébration dit réjouissances, plus on est de fous plus on rit, plus on est nombreux et mieux on honore Sainte Cécile. Dans le Nord, pays de fanfares et harmonies, la Sainte Cécile est une véritable institution dont l'ampleur dépasse encore de loin l'estivale fête de la musique.

   En général, le programme est le suivant :
En fin de matinée, grand-messe dont la partie musicale est assurée par l'harmonie municipale en grande tenue. Au diable les querelles autour de la laïcité, à la sortie de l'église, tout le monde est invité par Monsieur le maire pour un apéritif, cette fois en mairie, réunion au cours de laquelle sont remises les distinctions et récompenses aux musiciens méritants. Si le temps le permet, que la pluie ne risque pas de gâter les instruments les plus fragiles, les défunts auront droit à leur défilé suivi de remise de gerbe. Après l'effort, le réconfort, c'est le banquet à la salle des fêtes, suivi du bal commun avec les pompiers dont la fête de Sainte Barbe, est assez proche, le 4 décembre. Les airs et les danses à la mode ont changé depuis un siècle mais le cérémonial reste le même et c'est tant mieux. C'est lors de journées festives comme la Sainte Cécile qu'on s'aperçoit de la place fondamentale qu'occupe la musique dans la culture populaire.
Bien des usages ont dépéri, les banquets de classe n'existent plus mais Sainte Cécile a toujours bon pied, bon oeil. Quand on vous disait qu'elle était coriace !
    C'est le jour d'embrasser Cécile, musicienne ou pas.

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 23:04

      Le 4 novembre, Charles est à la fête, ou plutôt à l'honneur ; le terme lui sied mieux.

Il partage avec Henri et Louis, le privilège d'un prénom royal.

Légende ou réalité, il paraît que ces prénoms manifestent la force de caractère et le goût de l'autorité qui appartiennent aux rois.

    N'oublions pas les femmes ; les mêmes traits de caractère se rencontrent chez les Mathilde, les Anne, les Elisabeth et les  Isabelle.

    Parmi tous les rois qui se sont appelés Charles, libre à vous de choisir un modèle.

Le plus grand de tous est, comme son nom l'indique, Charlemagne. A la fois soldat, diplomate et organisateur, il s'est donné un empire avec la bénédiction du pape malgré une vie conjugale fort peu chrétienne. Disons que le pape accordait une certaine indulgence au souverain d'un royaume où les abbayes prospéraient dans une paix ... royale.

Les successeurs moins prestigieux peuvent, néanmoins, inspirer des émules.

Si vous êtes normand, ayez une pensée pour Charles le Simple. C'est lui qui, par le traité de Saint Clair sur Epte, remit au chef Viking Rollon les territoires à l'embouchure de la Seine, créant ainsi la Normandie.

Quelques siècles plus tard, la Guerre de Cent Ans vit une succession de rois Charles fort dissemblables :

Charles V connut la réussite militaire, un succès qui revient au duo formé par le roi et le chef de son armée, le fameux conétable Duguesclin que nos livres scolaires ont adulé autant que les indépendantistes bretons l'ont détesté.

Son fils, Charles VI, était fou et cocu (comment ne pas comprendre l'infidèle ?). Le bilan de son règne fut la perte des acquis de son père et une situation périlleuse pour son fils, Charles VII.

Ce dernier parvint à rétablir sa couronne et mit fin à la guerre. Décidément marqué par les femmes, il faillit perdre son trône du fait de sa mère, le retrouva grâce à Jeanne d'Arc et la peinture de son règne est à jamais marquée par un portrait de femme, Agnès Sorel, sa maîtresse.

Ensuite, les rois prénommés Charles se font plus rares.

On se rappelle Charles IX qui ordonna le massacre de la St Barthélémy et le dernier roi de France, Charles X chassé par une révolution en 1830. Après lui, il y eut encore Louis-Philippe mais il n'était plus le roi de France, c'était le roi des Français.

Parmi ces Charles royaux, difficile de trouver un modèle ?

Alors, n'en déplaise à votre royal prénom, vous irez chercher l'inspiration hors du sang bleu, chez des amis qui vous embrassent à l'occasion de votre fête.

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 18:59

   Il est des chanceux qui font envie. Ils ont connu le bonheur de se voir attribuer des prénoms heureux.

Pensons aux

Aimé et Aimée (l'amour ! Que vouloir de mieux ?),

Agathe (elle est bonne),

Ambroise (l'ambroisie, un aliment divin),

Amour (pour qu'on n'oublie pas de l'aimer),

Ange et Angèle (emplumés du paradis),

Aristide (le meilleur),

Béatrice (elle apporte le bonheur),

Bénédicte (une vraie bénédiction),

Clément et Clémence (douce qualité),

Constant et Constance (amis de Fidèle),

Désiré (le rêve de tous les enfants)

Emmanuel (Dieu avec nous), 

Eugène et Eugénie (ils sont bien nés),

Félix et Félicité (que du bonheur !),

Fidèle (plein de qualité quand on n'oublie pas le "e"),

Honoré et Honorine (éviteront le déshonneur),

Léger (sans régime),

Lucie et Lucien (la lumière),

Maxime (le plus grand), 

Parfait (quoi de mieux ?),

Prudence (la mère de sureté),

Sophie (la sagesse),

Théodore (cadeau de Dieu),

Théophile (aimé de Dieu),

Victor, Victoire et Victorien (ils ne partent pas battus d'avance), 

Pour compléter la liste, aujourd'hui, 30 octobre, c'est la fête de Bienvenue.

Imaginons une famille idéale où le premier né s'appellerait Désiré, le second Bienvenue et le troisième Aimé, nous oublierions que trop d'enfants ne sont ni désirés, ni bienvenus, ni aimés.

 Bonne fête à tous les Bienvenue que nous embrassons.

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 15:24

   En 1515, année de la bataille de Marignan où s'illustrèrent le roi François 1er et le chevalier Bayart, naquit une fière Espagnole nommée Thérèse.

Son prénom est resté dans l'histoire, complété du lieu où elle vécut : Avila.

Thérèse d'Avila, fondatrice et réformatrice d'ordre, docteur de l'Eglise ; au premier abord, rien de passionnant. Pourtant, la femme est plus intéressante que les quelques mots de sa définition officielle.

Comme nombre de jeunes filles, elle connut la fréquentation des garçons, y prit même un grand plaisir, au point que son père, craignant qu'elle n'attirât la honte sur son nom et sa famille, jugea préférable de la confier à un couvent. C'était un établissement à la mode de la renaissance, sans clôture ni pénitence ; sa principale fonction consistait à héberger des jeunes filles de bonne famille dans l'attente de leur mariage. Jusqu'ici, la vie de Thérèse ressemble à celle de beaucoup de filles de la bonne société de son temps ; ce n'est pas ainsi qu'elle acquit la célébrité. 

Elle menait, à sa manière, une double vie.

Elle avait connu le plaisir et ne prétendait pas y renoncer. En même temps, sa vie intellectuelle et religieuse  était intense. De simple pensionnaire elle se fit nonne, la puissance de sa pensée et sa connaissance des textes lui valurent une carrière éblouissante. Dans tous les établissements où elle passait, elle mettait de l'ordre et de la rigueur, créant la règle carmélite qui s'imposera aux couvents de femmes jusqu'à nos jours.

Ce travail intense d'organisatrice ne pouvait la satisfaire, elle qui avait toujours la chair ardente. Elle sublima donc ses relations avec Dieu.

On ne peut s'empêcher d'y penser, c'est elle que Dieu aurait dû choisir pour lui donner un fils. Non seulement, il aurait assuré sa descendance mais il aurait certainement passé un bon moment... Tant pis, l'affaire était faite, il restait à Thérèse d'essayer l'union avec un être immatériel.

    C'est là qu'intervient la force de l'esprit, l'espèce de transe spirituelle qui a pris le nom d'"extase mystique". Quand on lit la prose de Thérèse, aucun doute n'est possible sur la nature de son plaisir, un orgasme sans rien toucher.

C'est une expérience qui n'est pas accessible à toutes. D'aucuns y verront les ravages de la frustration et de l'abstinence. D'autres insisteront sur la force vitale et le bonheur qui se dégagent de Thérèse d'Avila.

    A défaut de pouvoir jamais connaître sa vérité, imaginons que c'est elle qui a servi à Victor Hugo pour écrire sa "Légende de la nonne" mise en musique par Georges Brassens :

Elle prit le voile à Tolède, au grand soupir des gens du lieu
Comme si, quand on n'est pas laide, on avait droit d'épouser Dieu
Peu s'en fallut que ne pleurassent les soudards et les écoliers
Enfants, voici des bœufs qui passent, cachez vos rouges tabliers.

 

         Alors, bonne fête aux Thérèse que nous embrassons. 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 08:44

  Si vous connaissez des Géraud, il y a de fortes chances qu'ils soient jeunes, contemporains de la mode des prénoms moyenâgeux.

Dans les années 80 fleurit le médiéval-fantastique, un style fort apprécié dans les jeux de rôles. Les adeptes du total look ont adopté et répandu l'usage de prénoms qui fleurent bon le château fort. On a vu fleurir les Thibaut, les Renaud, les Geoffroy et même des Enguerrand, prénom difficile à porter avec des baskets.

Géraud vient du même cru.

Bien sûr, il existe un St Géraud, une vocation contrariée. Héritier de la seigneurie  d'Aurillac, il fut contraint d'assumer les obligations de sa vie de chevalier du dixième siècle. Lui, ce qu'il aurait voulu, c'est entrer au monastère.

Il fut réduit à ménager la chèvre et le chou ; il tint le domaine que sa naissance lui imposait de défendre. Normalement, il aurait dû aussi le transmettre mais, sur cette question, il refusa de s'exécuter et ne se maria jamais. Il se montrait chaste au point de présenter des excuses aux femmes qu'il avait trouvées belles. La seule tentation, même pas assouvie, lui était un péché.

S'il n'eut pas d'enfant pour hériter de ses domaines, sa fortune ne resta pas inemployée. il fonda et dota l'abbaye d'Aurillac qui servit de modèle à la glorieuse Cluny.

Après sa mort, il fut canonisé. L'église ne pouvait pas faire moins pour récompenser tant de sacrifices.

Bonne fête à tous les Géraud.

Comme on les espère moins fâchés avec la chair, on les embrasse.

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 20:20

    Le 10 octobre, c'est la fête des Ghislain (et des Ghislaine), prénom répandu dans le Hainaut belge et français où St Ghislain est le régional de l'étape, honoré dans une petite ville entre Mons et la frontière française.

Comme beaucoup de saints, c'est un moine de l'époque mérovingienne. Rien de bien exceptionnel, alors pourquoi est-il si populaire ?

    N'oublions pas que nul ne peut être canonisé sans un miracle à son actif, la spécialité de Ghislain est la guérison des nourrissons. Il les protège des convulsions liées aux poussées dentaires.

   Chacun sait que tout lieu de pélerinage vend ses grigris ; faut bien vivre.

L'église de St Ghislain n'est pas Lourdes mais, jusqu'à récemment, on y pratiquait un petit négoce d'autant plus rentable qu'il reposait sur l'attendrissement des mères et, surtout, des grand-mères.

   Ce pieux talisman est un collier béni, appelé sans surprise "collier de St Ghislain". Le bébé qui le porte fait ses dents sans difficultés et sans convulsions... Enfin, c'est prévu ainsi.

   Encore un usage qui s'est perdu, les mères d'aujourd'hui ont plus de confiance en l'aspirine qu'en St Ghislain. On ne rencontre plus guère de ces colliers que dans les vide-greniers.

   Parfois, je revois le mien sur mes photos de bébé. L'objet lui-même a disparu; dommage.

Il était formé de vingt (comme les dents des enfants) perles de nacre enfilées sur un cordon élastique qu'on allongeait en même temps que l'enfant grandissait. Si j'avais pu le retrouver, j'aurais fait remonter les perles en bracelet ... Il faut croire que le temps donne du prix à ce qui n'en avait plus. C'est le charme triste de la nostalgie.

Bonne fête à Ghislain et Ghislaine que nous embrassons.

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 09:29

   Dans la catégorie "saints-invraisemblables", il y a foule.

   Aujourd'hui, fête des Denis que nous embrassons, il faut s'attarder sur le cas particulier de ces martyrs décapités qui ramassent leur tête et l'emportent sous le bras. Hommes de peu de foi, admirez le prodige,

C'est plus fort que l'histoire du canard qui continue à courir après qu'on lui a coupé la tête ; le volatile ne s'occupe pas de son occiput détaché mais Denis conserve par devers lui le morceau tranché pour le présenter à la foule.

Un abbé du onzième siècle, Suger, dignitaire religieux et premier ministre du roi Louis VI (Le Gros, pour les intimes), a saisi toute la valeur du symbole. Ses rois capétiens sont des rois thaumaturges, censés accomplir des miracles ; il va, autant dire, de soi qu'ils se mettent sous le patronage de Saint Denis. On bâtit donc l'abbatiale de St Denis aux portes de Paris.

Il n'était pas question de froisser l'évêque de Reims qui avait l'habitude de couronner les rois de France ; on coupa donc la poire en deux (pour un saint décapité, c'était logique). Reims conserva le début du règne avec la couronne et St Denis devint la nécropole des rois.

    A la place des socialistes qui s'étaient largement vautrés à Reims, je n'aurais pas poursuivi l'analogie en organisant un 9 octobre , fête catholique et royale de St Denis, des primaires qu'ils espèrent triomphales.

    Après tout, peut-être ont-ils perdu la tête et la troupe des commentateurs avec eux ?

D'aucuns admettent l'idée qu'un parti serait en droit de représenter, à lui seul, toute la gauche du pays.

C'est une belle idée de confier aux électeurs de gauche la désignation de leur champion, à une condition : que la compétition rassemble tous leurs représentants et même, pourquoi pas, quelques belles individualités.

On a déjà eu des primaires vertes, aujourd'hui des primaires socialistes, et demain ?

La prochaine fois, il y a fort à parier que tous les partis auront leurs primaires. La démocratie interne à chacun y gagnera, c'est sûr, mais, au bout du bout, pour le vrai scrutin, il y aura toujours autant de candidats que de partis. Retour à la case-départ.

La règle du jeu ne risque pas de changer tant que la prétendue démocratie sera, en fait, une monarchie républicaine où chacun veut être le premier.

Les pouvoirs surnaturels des rois thaumaturges n'existaient que par la dévotion superstitieuse des manants ébaubis. Dans le fond, la St Denis n'est pas une si mauvaise date pour une cérémonie royale aux apparences de démocratie.  

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 21:07

  Les religions monothéistes n'ont pas la réputation de faire la part belle aux animaux. Dans l'Islam, on continue à tuer rituellement le mouton ; les autres, judaïsme et christianisme, ont renoncé au sacrifice, mais pour poser une limite infranchissable entre l'homme et l'animal. Et pourtant,les saints qui sont les plus parfaits des fidèles, entretiennent  des relations privilégiées, quasi-miraculeuses, avec des animaux. Plus la bête est réputée  féroce, plus le saint acquiert de prestige aux yeux des croyants.

   7 octobre, trois jours après François d'Assise et le loup de Gubbio, voici venir Serge de Radogene et son ours.

  Passons sur le Saint Serge martyrisé en Syrie au quatrième siècle ; il est complètement oublié. Quand un Saint Serge est évoqué, c'est le Serge orthodoxe (Sergei),  il était grand ami du célèbre peintre d'icônes Andrei Roublev, ce qui n'est pas franchement inutile pour passer à la postérité.

Le Serge de Radogène, comme François d'Assise, était moine version ermite. Il habitait une cabane au milieu des bois, endroit mal fréquenté par des animaux peu rassurants, en particulier un ours qui manifestait peu de tendresse pour la gent humaine. Serge ne chercha pas l'affrontement, il entreprit de le convertir à la charité chrétienne. Pour lui montrer l'exemple, il se mit à le nourrir, se privant lui-même de pain pour lui en donner. Miracle ! Il parvint à apprivoiser l'ours qui devint le défenseur de sa cabane.

 

Il est curieux de voir les mêmes récits, à quelques variantes près, d'un bout à l'autre de l'Europe.

Comment l'expliquer ?

Dans tous les pays, c'étaient des moines qui écrivaient l'histoire  et, même si la chose est surprenante aux yeux de l'homme actuel, malgré la clôture monastique, ils voyageaient beaucoup, échangeaient connaissances et idées et brassaient la civilisation.

Bonne fête aux Serge que nous embrassons.

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 14:26

    Le 6 octobre, c'est la fête de Bruno.

Vous cherchez un référent ?

Vous avez le choix entre un hérétique et un saint.

    L'hérétique, c'est un moine savant : Giordano Bruno.

Il a été le premier à penser que l'univers n'avait pas de fin, que des centaines de milliers de Soleils comparables au nôtre existaient. Ces évidences d'aujourd'hui n'étaient pas acceptées par la toute puissante église du temps. Plus fier et moins souple que Galilée, il refusa d'abjurer ses erreurs et finit sur le bûcher en 1600.

L'évocation du rôti vous rebute ?

     Alors, choisissez le saint.

St Bruno, à la fin du onzième siècle, a fondé l'ordre des chartreux.

Pour ceux qui aiment les chats du même nom, ces dodus minets se sont appelés ainsi à cause de leur fourrure dont la couleur évoque celle de l'habit des moines chartreux. C'est à peu près leur seul point commun ; les chats, grands adeptes du confort-avant-tout, n'auraient certainement pas apprécié la règle extrêmement dure de cet ordre rigoriste : réveil au cours de la nuit pour la prière, silence absolu, nourriture réduite et végétarienne. Il y régnait une stratification inégalitaire entre les pères qui étaient tous prêtres et les frères convers qui n'avaient que le droit de se soumettre et de travailler.

    Aucune de ces deux solutions ne vous convient ?

A y regarder de plus près, la vie à la chartreuse présente aussi des côtés plus riants.

Voilà déjà quelques siècles que les moines ne peuvent plus compter sur la charité des fidèles pour les entretenir, les divers établissements sont priés de se procurer des moyens en exploitant les ressources de leur coin.

Pour les Chartreux de Voiron, le filon fut l'Elixir de la Chartreuse, un alcool fort (43°) parfumé avec des plantes aromatiques locales. Les consommateurs qui se verraient accusés d'ivrognerie ont la parade toute prête : ils ne se poivrent pas, ils se sacrifient pour le bien de la vraie foi et de ses serviteurs.

     Vous avez déjà fait le rapprochement avec l'élixir du Révérend Père Gaucher une des "Lettres de mon moulin" d'Alphonse Daudet, réjouissante histoire d'une communauté monastique enrichie par la recette fortement alcoolisée appliquée par le très fruste frère Gaucher. On y découvre qu'avec le sens pratique et l'organisation du travail, il est possible de sauver son âme et le matériel de la communauté.

Grâce à la division du travail, le frère (promu père) Gaucher s'affaire autour de ses alambics (et il faut bien qu'il goûte pour obtenir une qualité irréprochable !). L'ivresse venant avec la production, il se laisse même aller à chanter quelques refrains grivois. Ivresse et obcénité, voilà de quoi se damner ! Mais la communauté prend en charge le salut de son âme. Tout le monde prie pour le pardon des fautes du génial bienfaiteur. 

     Bruno n'avait peut-être pas envisagé de telles aventures. Tant mieux ! un religieux aurait dû savoir  que l'avenir est entre les mains de Dieu qui joue à sa guise des hommes et de leur vie.

N'oublions pas de souhaiter une bonne fête à Bruno et de l'embrasser.

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 17:03

    A Gubbio, bourgade italienne, au début du XIIIème siècle, les gens sont terrorisés par un grand loup féroce. Chacun se barricade chez soi, alors qu'en se groupant, quelques gaillards décidés en viendraient à bout. La peur paralyse les plus braves.

    Bientôt vint à passer par là ... non pas Saint Nicolas, mais François d'Assise qui deviendra saint, lui aussi... mais à l'époque, on ne le sait pas.

Pas encore saint mais pas non plus stupide, François comprend qu'il est inutile de les appeler au courage et à la solidarité. Il faut d'abord faire cesser la peur. Il va donc utiliser sa principale qualité, la parole et le don qu'il possède de se faire entendre par les animaux.

Il va trouver le loup, ne se fait pas manger et lui propose un marché : s'il arrête de dévorer les gens et leur bétail, il pourra vivre en paix avec eux ; les hommes ne le chasseront plus et l'aideront même à se nourrir. 

Décidément persuasif, il parvient à convaincre les habitants que la bête respectera le marché.

Tout se passe comme prévu, le loup se promène en ville, amical comme un chien, et quand il vient à mourir de vieillesse, tout le monde le regrette.

    Voilà une fable difficile à croire... Sans doute, on vous le concède, mais il faut croire que François d'Assise avait un grand talent de conviction. En pleine époque de croisade, dans l'espoir de faire cesser la violence, il s'est rendu auprès du sultan pour lui prêcher la parole divine. Or, le sultan était une vraie terreur, tout chrétien passant à sa portée était immédiatement occis.

En quelque sorte, il ressemblait au loup de Gubbio.

François réussit moins bien avec lui qu'avec le loup, il ne put établir la paix, mais le sultan manifesta à son égard une mansuétude incroyable : non seulement il ne le fit pas exécuter mais il l'écouta volontiers, prit un grand plaisir à discuter avec lui et lui fournit une escorte pour garantir la sécurité de son retour. Amadouer un féroce sultan ou un loup sanguinaire ... après tout, y a-t'il une grande différence ?

   Plus intéressant à observer : les réactions du public. Elles nous apprennent beaucoup sur l'évolution des mentalités.

   Quand François d'Assise donnait des ordres à un loup, les gens criaient au miracle ; une telle grâce ne pouvait venir que de Dieu, François d'Assise fut canonisé.

Deux siècles plus tard, quand un paysan manifestait le même don et devenait meneur de loup, on y voyait l'intervention du diable, l'Inquisition lui tombait dessus et il finissait sur le bûcher.

Entre temps, la guerre, la famine et la peste avaient porté un grand coup au moral des sociétés.

Les faits divers et les anecdotes nous en apprennent plus sur une époque que les plus doctes travaux.

    Des siècles plus tard, François d'Assise est toujours une figure sympathique pour croyants et mécréants. Attention aux contrefaçons, choisissez bien votre St François, adoptez celui d'Assise à l'exclusion de tous les autres.

Alors, bonne fête à tous les François que nous embrassons.

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