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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 15:14

      Le 6 mars, c'est la fête des Colette.

Si vous en connaissez, espérons pour elles qu'elles ne ressemblent pas à leur sainte éponyme.

Sainte Colette était ce que le vulgum pecus appelle une "enfant de vieux" ; quand elle est née, sa mère avait soixante ans. Au XIVème siècle, on peut et doit parler de miracle.

Prenant très au sérieux son rapport au merveilleux, elle devint une sainte thaumaturge.

   ... Jusque là, très bien, elle guérissait les malades.

   Qui lui en tiendra rigueur ?

Possédée d'une ardeur farouche et jusqu'au-boutiste, elle vécut d'abord trois ans emmurée, c'est à dire enfermée dans un étroit réduit sans ouverture autre qu'une lucarne pour lui passer de la nourriture (je vous laisse imaginer l'odeur ...!), puis, désireuse de communiquer son goût de la mortification, elle fonda un ordre féminin dont la règle disait :

  • Ne sont admises au couvent que les sœurs capables de soutenir l'austérité de la règle (les infirmes et malades ne peuvent donc y entrer).
  • On peut entrer au couvent à 12 ans mais on ne peut prononcer les vœux avant 18 ans. Le noviciat dure jusque l'âge de 30 ans.
  • Les sœurs vivent en clôture perpétuelle.
  • Les sœurs vivent continuellement dans le silence. Elles ont accès au parloir avec l'autorisation de l'abbesse à certaines périodes de l'année.
  • Les sœurs portent le voile qui doit couvrir une partie du visage qui ne peut être vu en entier.
  • Les sœurs ne dorment jamais sans leur habit extérieur.
  • Les sœurs ne portent pas de bas, ni chaussures, les pieds sont nus.
  • Les sœurs ne peuvent posséder ni biens meubles, ni terres, ni immeubles, ni somme d'argent.
  • Les sœurs font abstinence perpétuelle de viande même à Noël.
  • Les sœurs jeûnent perpétuellement sauf le dimanche et à Noël.
  • Les sœurs doivent assister obligatoirement et avec exactitude à l'office divin.
  • Les sœurs doivent communier tous les dimanches.
  • Les sœurs ne peuvent avoir d'autre confesseur que celui du couvent.
  • Les sœurs n'auront aucune distraction.
  • Le courrier envoyé ou reçu est lu par l'abbesse.

 

 

    Si le cœur vous en dit ...

 

Par chance, les Colette de ma connaissance sont plutôt de bonnes vivantes.

A elles, bonne fête et joyeuses réjouissances.

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 17:38

      Ils ne sont pas nombreux, leur prénom n'est plus à la mode qui est changeante, par définition.

    Leur patron, avant de faire des miracles, a d'abord été, lui-même, un miraculé.

Jésus l'a rappelé d'entre les morts. Pour que le public soit bien sûr qu'il ne se réveillait pas simplement d'un sommeil un peu profond (on n'est jamais trop méfiant), l'évangile nous précise que Lazare puait déjà quand il a ressuscité.

     Décidément, les saints et les odeurs, c'est toute une histoire.

Il est souvent question de personnages morts en odeur de sainteté ; on évoque le parfum de leurs vertus.

Quand on se rappelle que l'ascétisme chez les grands mystiques allait parfois jusqu'à se priver de bains et refuser toute forme d'hygiène, l'odeur de sainteté devait être corsée. Ils n'avaient pas besoin de la mort pour être faisandés.

Heureux Saint Lazare qui fait oublier ses remugles en évoquant des trains de plaisir. Il a donné son nom à une gare, la première dans l'histoire des vacances, celle qui ouvre Paris aux plages de Normandie.

Plutôt les planches de Deauville que celles d'un cercueil !   

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 15:33

    28 décembre, c'est le jour des Saints Innocents.

   Vous connaissez l'épisode, très discutable car sans aucune trace historique, de l'enfance de Jésus :

   En l'absence de téléphone et d'Internet, les nouvelles circulaient alors  sur les ailes des anges et dans les prédictions des devins. Le roi Hérode est averti par un mage de la naissance d'un roi des Juifs. Craignant la concurrence, il fait tuer tous les nouveaux-nés mâles. L'ineffable archange Gabriel les ayant prévenus, Joseph et Marie fuient en Egypte avec l'enfant Jésus qui échappe ainsi au massacre.

   Bonne nouvelle pour lui mais une foule d'autres gamins y laissent leur peau, un petit génocide avant la lettre.

Le calendrier des saints les honore collectivement sous le nom de Saints Innocents.

Triste, triste, pas de quoi rire ?

Eh bien, il paraît que si.

Un innocent, c'est le contraire d'un coupable mais c'est aussi un idiot de village, le lou ravi des crèches de Provence.

Conséquence : dans le monde méditerranéen, surtout en Espagne, le 28 décembre est un peu l'équivalent de notre 1er Avril. En hommage aux innocents et autres crétins de service, les blagues sont à l'honneur.

         Le rire a toujours été le meilleur antidote contre la colère et le désespoir.

Bonne fête aux Innocent et, plus généralement, aux marrants, aux pitres, aux farceurs et autres comiques

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 17:09

  16 Décembre, c'est la fête des Alice et, moins nombreuses, elles ne méritent pas d'être oubliées, des Adélaïde, autre version du même prénom.

   Bien sûr, pour la grande majorité de nos contemporains, Alice est d'abord "Alice au pays des merveilles", l'héroïne de Lewis Carroll ou de ses successeurs, les studios Disney (c'est plus grand-public mais moins poétique).

Le fameux pays des merveilles est d'abord un lieu de folie, la figure parfaite de l'absurde à l'anglaise, le nonsense qu'ils cultivent comme un trésor national. Il n'est pas si lointain le temps où les parents français haussaient les épaules devant ce qui n'était pour eux qu'un conte parmi d'autres, voire plus raté que les autres, et le traitaient d'idiotie. Leurs enfants, d'après eux, n'avaient pas de temps à perdre dans la lecture d'une histoire qui n'avait ni queue ni tête, comme si le Chat botté et Cendrillon étaient beaucoup plus réalistes ... Mais les Français auront toujours du mal à comprendre les Anglais et vice-versa.

En tout cas, les Alice d'aujourd'hui ont plus de plaisir à évoquer cette jolie poupée aux boucles blondes que la sainte éponyme qui fut un personnage aussi important en son temps qu'oublié de nos jours.

    On ne sait pas si elle était jolie, on n'a pas retrouvé de photo . Il est vrai qu' elle a vécu au Xème siècle, elle a raté d'un an le passage à l'an mille. Dommage pour elle, c'était une amie très chère de Gerbert d'Aurillac, l'intellectuel qui fut le pape de l'an mille. Elle avait, à sa mort, près de soixante-dix-ans et depuis quelques années, après avoir subi toutes les vicissitudes du pouvoir civil, elle avait jugé plus prudent de consacrer son temps et ses biens à la religion. Le terme "féministe" n'a pas cours à cette époque mais on peut, sans risquer trop d'erreur, la compter au nombre des précurseurs de la lutte des femmes ; elle fait partie des grandes fondatrices d'abbayes doubles : un monastère d'hommes et un de femmes réunis dans un espace commun, l'ensemble étant dirigé par l'abbesse de l'établissement féminin. C'était, pour les hommes de l'époque, une mortification aussi difficile à supporter que le voeu de silence ou d'obéissance.

    Des hommes de son temps, elle avait donné dans sa jeunesse.

Fille de la noblesse allemande, on ne lui avait évidemment pas demandé son accord pour la marier mais c'était l'usage, y-compris pour les garçons. Elle épousait Lothaire qui avait l'air d'un beau parti. 

L'Italie était dépecée, répartie entre princes allemands et normands ; au hasard des marchandages et négociations, ses pairs avaient élu Lothaire roi d'Italie. En apparence, c'était un beau mariage. Hélas, il ne fallut pas longtemps à la jeune Alice pour constater que le roi avait été choisi pour sa faiblesse et sa pusillanimité qui laisseraient toute liberté aux ambitieux.

    Suivant l'usage, elle est livrée à ses beaux-parents pour les noces. Le père de famille, estimant que tout ce qui est dans sa maison lui appartient, viole la mariée avant la consommation du mariage et Lothaire... ne dit rien. Alice décide qu'elle prendra les décisions à la place de son incapable mari.

Les rivalités entre princes continuent de plus belle, un certain Bérenger assassine Lothaire, il y a péril en la demeure. Alice appelle au secours Otton, l'empereur d'Allemagne. Il vient à son aide, trouve la jeune veuve à son goût et l'épouse. De reine d'un royaume chancelant, Alice devient impératrice d'Allemagne.

C'est le temps de la réussite vite passée. Otton meurt à son tour.

Dans sa situation, il n'existe pour Alice que deux abris possibles contre les enlèvements et autres unions forcées, la protection d'un nouveau mari ou celle de l'église. Elle opte pour la deuxième solution, engage sa personne et sa fortune d'impératrice douairière dans le mouvement en vogue des monastères doubles.

Tant de faveurs à l'église méritaient bien une récompense, elle fut canonisée sans qu'on ait la moindre idée des miracles par elle accomplis, elle fait partie des saintes politiques.

       Les Alice sont devant un choix : se référer à la poupée blonde du pays des merveilles ou s'en remettre à une fondatrice d'abbaye.

Frivoles ou sérieuses, nous leur souhaitons une bonne fête et les embrassons.

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 10:11

  Autrefois limité à la sphère germanique, l'usage s'est largement répandu d'attendre Noël avec un calendrier de l'Avent : vint-quatre petits casiers numérotés, un par jour du 1er au 24 décembre. Chaque jour offre une petite surprise, le plus souvent une confiserie. Rien ne les interdit aux adultes mais il faut bien reconnaître qu'ils sont généralement offerts aux enfants.

  Et les grands ?

Nos pays du Nord ont leur tradition pour les faire patienter jusqu'à Noël, un vigoureux entrainement à la fête. C'est la saison de "tous les saints qu'on boit".

   Les libations rituelles commencent une bonne semaine avant l'Avent, le 22 Novembre. Il convient d'arroser Sainte Cécile en buvant à la santé de tous les musiciens et autres chanteurs. Quand on a fait le tour des membres de l'harmonie et de la chorale, avec leur famille, sans oublier les élèves de l'école de musique, voilà déjà un bon nombre de dévots qui ne voudraient à aucun prix négliger leur sainte patronne.

   Du 22 au 25, juste le temps de regarnir la cave et on fête Sainte Catherine.

C'est la sainte des jeunes filles, peut-être croyez-vous qu'on fera dans la sobriété ? Réveillez vous ! (comme diraient les témoins de Jéovah) la levée du coude est un sport que les filles pratiquent de plus en plus, sans compter leurs amis et parents qui les accompagnent avec plaisir.

   Le 1er décembre, la religion ne se noie pas dans l'eau bénite, la substance est inconnue des adeptes de Saint Eloi. La dive bouteille chère à Rabelais contient assez d'alcool pour faire perdre la tête à tous les travailleurs des métaux et de la terre. Il y a du monde ... d'autant que les employés communaux se sont agrégés au mouvement. Normal, Eloi était, en quelque sorte, le premier fonctionnaire du roi Dagobert. Oui, ils auraient pu choisir Matthieu qui était percepteur mais il a fini martyr et ce n'est pas du tout le style de nos fêtards, eux qui proclament "non, non, non, Saint Eloi, il n'est pas mort !"  

   L'aspirine ayant fait son effet, le 4 décembre, nos pieux buveurs sont remis en forme pour arroser Sainte Barbe. Il faut bien la noyer pour l'éteindre, c'est la patronne des pompiers et de tous les manipulateurs d'explosifs. Histoire de se payer leur tête à claque, on devrait envoyer nos voeux de Sainte Barbe à tous les djihadistes...mais ils n'ont pas besoin de la sainte enflammée, ils ont déjà en attente plus de vierges qu'ils ne pourront jamais en honorer. Je m'égare, passons... Toujours en relation avec les explosifs, les mineurs et autres carriers ont rejoint les soldats du feu. Avec leurs familiers et commensaux, voilà encore une belle troupe d' altérés.

   Encore deux jours et Saint Nicolas nous fait son numéro de schizophrène. Pour les enfants, c'est le Santa Claus de l'Europe du Nord, il vient en grande tenue d'évêque, flanqué de son âne et du Père Fouettard, pour distribuer aux petits récompenses et punitions. A sa suite, vient le Saint Nicolas des grands, la figure tutélaire des monomes étudiants. Leur sortie échevelée marque la fin des bizutages et autres usinages, le début de l'année studieuse. Alors, pour se donner du courage, il faut boire, tout ce qui passe à portée, du meilleur au pire selon les moyens, l'important est le degré.

    De verre en chope, on arrive à la mi-décembre, bientôt Noël. Il ne reste qu'une étape, le vin chaud des marchés de Noël, récents mais facilement adoptés. Une occasion de boire un coup, ça ne se refuse pas.

    Amis des ligues anti-alcooliques, ne levez pas les bras au ciel. Ces lignes écrites au présent devraient l'être au passé.

L'ancienne simplicité a vécu. Fini le temps du cidre ou de la bière, la moindre occasion s'arrose au champagne. Au prix de cette denrée, plus question de multiplier les coups, on regroupe.

Cécile, Catherine, Barbe, Eloi et Nicolas sont fêtés tous ensemble, une bonne fois.

La tempérance et l'économie y ont gagné mais les traditions se perdent avec la légende de tous ces saints qu'on boit. Petit à petit, ils glissent dans l'oubli. 

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 10:56

  Mon petit écho de l'an dernier présentait Saint Eloi, ou l'image qui nous en est restée, comme un saint qui chante des paillardes.

   La chanson des trois orfèvres est un refrain bien connu mais il en est un autre, une chansonnette amusante que les pudeurs effarouchées pouvaient fredonner en s'amusant sans rougir. Elle est aujourd'hui bien oubliée, profitons de la Saint Eloi pour la rappeler.

Trois jeunes frères à la Saint Eloi

s'en allaient gaiement chez monsieur le Maire

Trois jeune frères à la Saint Eloi

s'en allaient gaiement chez le maire de Troyes.

Le maire était père de trois filles

Il y'avait Suzon, y'avait Lison, y'avait Toinon

et ces demoiselles de bonne famille

avaient, nous dit-on des bas d'coton pleins d'picaillons.

C'est pourquoi nos frères, à la Saint Eloi

s'en allaient gaiement chez Monsieur le Maire

et le maire, vieux maire de Troyes

Leur dit "c'est, ma fois, l'ciel qui vous envoie"

Tralalalalalalala ! Ah la belle histoire que v'là.

 

Les trois filles, comme des soldats,

défilèrent au pas devant les trois frères

Les trois filles, comme des soldats,

défilèrent au pas devant les trois gars.

Suzon, la plus belle des héritières,

était moustachue, Lison tordue, Toinon bossue.

Se grattant l'oreille, les trois frères dirent :

afin d'réfléchir il faut qu'on s'retire

Se grattant l'oreille les trois frères dirent :

"patientez un brin, on r'viendra demain"

Tralalalalalalala ! Reviendra, reviendra pas.

 

Mais le maire, vieux maire de Troyes,

vite a fait verser du vin dans les verres

pour les faire boire tous les trois,

les faire boire afin qu'ils ne voient plus clair.

Ils ont épousé toute la famille

et la moustachue et la tordue et la bossue.

Et depuis ils beuglent par dessus les toits

Ils beuglent à pleine voix qu'l'amour est aveugle

Et depuis, ils beuglent par dessus les toits

qu'l'amour est aveugle et tout l'monde les croit.

Tralalalalalalala ! Ah la belle histoire que v'là.

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 23:08

   Le 26 novembre, c'est la fête aux Delphine. On les embrasse bien fort... mais on ne m'ôtera pas de l'idée que leurs parents ont été drôlement inspirés le jour où ils ont donné ce prénom à leur fille.

   A n'en pas douter, Sainte Delphine (1283-1323) avait une forte personnalité, et des plus persuasives. Épouser un jeune homme par amour et le convaincre de s'abstenir définitivement de toute activité sexuelle ... l'exploit impressionne et interroge. Un couple vierge est un vrai chantier pour papa Freud !

   On se rassure en pensant que les parents des Delphine ignoraient ses exploits quand ils ont choisi le prénom de leur fille. Néanmoins, un autre détail aurait pu les arrêter :

Delphine vient, presque sans modification, du latin delphinium - le dauphin.

L'animal est fort sympathique ; il suffit de se rappeler les succès commerciaux qu'il a rencontrés, de Flipper le dauphin aux delphinariums en passant par les bijoux et autres colifichets à son effigie, mais quelle jeune fille pourrait avoir envie de lui ressembler ?

    Pour les rassurer, les Delphine ne sont pas des cas isolés. Nombreux sont les enfants qui reprochent à leurs parents le prénom qu'ils ont reçu. En établir le catalogue serait un travail de longue haleine et jamais terminé.

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 11:55

http://www.culture.gouv.fr/culture/noel/imatges/stnitour.jpg

...qui s'en allaient glaner aux champs

Sont arrivés chez le boucher

"Boucher, voudrais-tu nous loger ?"

- "Entrez, entrez, petits enfants,

Y a de la place assurément"...

C'est le début de la chanson de St Nicolas, dans la même philosophie que le petit Poucet ; des enfants réduits à la mendicité s'arrêtent chez un boucher pour quémander le gîte et le couvert. Ils sont bien reçus mais leur hôte ne les attire que pour leur viande. Il les tue et les coupe en morceaux qu'il met au saloir.

C'est une histoire abominable qui repose sur des faits historiques. Lors des grandes famines (dont l'Europe occidentale ne s'est débarrassée qu'avec l'adoption de la pomme de terre), on signalait régulièrement des cas d'anthropophagie. Le gibier le plus facile à prendre était les enfants ; affamés, ils étaient attirés dans une maison par une pomme ou un morceau de pain, il suffisait de refermer la porte sur eux ...

Heureusement,

Alors vint à passer par là

Le bon, le grand St Nicolas

qui devine le drame qui vient de se produire, recolle les morceaux des enfants et leur rend la vie. En souvenir de cet exploit, Saint Nicolas est honoré comme le saint protecteur des petits enfants.

Son culte est particulièrement vivace dans l'Europe du nord et le monde germanique, destin étonnant pour un évêque d'Asie Mineure. Même les protestants, peu enclins à honorer les saints, sacrifient au rite de la St Nicolas.

Le 6 décembre, les enfants ont droit à une sorte d'avant-goût de Noël. Le bon évêque, en grande tenue mais juché sur un âne, part en tournée pour distribuer des friandises aux enfants sages. Pour encourager l'esprit de justice des enfants, il est escorté de son double punisseur, le Père Fouettard qui est censé appliquer des coups de martinet aux enfants désobéissants. Comme les marmots ont toujours quelque-chose à se reprocher, ils essaient de s'attirer les bonnes grâces de l'évêque pour éviter son acolyte. Le 5 au soir, ils déposent prés de la porte un verre de vin ou d'alcool (suivant la production locale) pour St Nicolas et une carotte pour l'âne. Le matin, quand ils se lèvent, le verre est vide et la carotte disparue, preuve que le saint est bien passé pendant la nuit. A la place, il a laissé des friandises.

Le moderne Père Noêl n'est qu'un copié-collé du vieux Saint Nicolas. Les rennes remplacent l'âne et le rejet presque unanime des châtiments corporels a fait disparaître Fouettard mais la ressemblance est frappante.

Les nostalgiques regrettent le passage. Père Noël est souvent marqué d'un certain mauvais goût, du clinquant, du toc auquel Nicolas (enfin..., celui de la chanson) échappait. 

Quand les enfants sont grands ...? Ils oublient le saint et son âne ?

Bien sûr, mais les étudiants des universités nordistes continuent à célébrer Saint Nicolas.

Plus de baudet ni de martinet. Il reste l'alcool qui coule à flot dans le gosier des fêtards. Enorme défouloir qui clôture les bizutages, Saint Nicolas aurait bien du mal à se reconnaître.

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 17:00

   Faisons retour vers une époque injustement méprisée : le haut moyen-âge, la  fusion de Rome et des "barbares", un temps qu'on dit sauvage mais qui fut une vraie pépinière de saints.

La dynastie de Clovis, ces pauvres rois mérovingiens, très obscurs et largement oubliés, on ne leur fait pas de cadeaux.

Leur image est celle de rois fainéants et c'est injuste. Ils ont joué de malchance ; de père en fils, ils mouraient jeunes, léguant la couronne à des rois enfants incapables de régner, dominés par leurs mères, elles-mêmes jouets des puissants ou des religieux.

Au plus fort de l'anarchie, un seul règne a surnagé, efficace et durable : celui de Dagobert. Hélas, lui non plus n'a pas eu de chance avec la mémoire et la tradition. La célébrité de ce grand inconnu est résumée dans une chanson

"Le bon roi Dagobert

avait mis sa culotte à l'envers.

Le grand St Eloi

Lui dit "Ô mon roi

Votre majesté

est mal culottée"

"Bah, bah, lui dit le roi,

Je vais la remettre à l'endroit."

Dagobert ne risquait pas de mettre à l'envers une culotte qui n'appartenait pas à la garde-robe de son temps et il ne parlait pas chiffons avec Eloi, ils avaient entre eux des conversations bien plus importantes. Saint Eloi était ce qu'à notre époque, nous appellerions un premier ministre, doublé d'un évêque et d'un super-intendant.

    Les rois mérovingiens avaient un faible pour les métaux précieux, surtout l'or et les pierres de couleur ; c'est la grande époque des émaux cloisonnés, on dore et sertit tous les emblèmes du pouvoir. La Légende Dorée nous raconte que Dagobert remit un sac d'or à son ministre pour lui fabriquer un trône. Eloi exécuta le travail et remit au roi l'objet de sa commande avec la moitié du métal confié, il n'avait pas utilisé la totalité.

     Le ministre en acquit une solide réputation de probité, un bon point en vue de sa canonisation future.  Parmi ses contemporains, il se trouva probablement des petits malins pour se moquer de lui : qu'avait-il besoin de rendre l'or ? Personne n'aurait été capable, en observant le trône, de chiffrer la quantité  réellement utilisée. Qu'importe, Eloi était honnête et fidèle au roi.

Fidèle ne veut pas dire complaisant. Le ministre intègre faisait remarquer au roi toutes les actions qui lui semblaient contraires à la morale et à un bon gouvernement, mais, à quoi tient la célébrité ? Sa carrière posthume de saint populaire repose, avant tout, sur l'épisode du trône d'or. Eloi devint le saint patron des orfèvres comme en témoigne la "chanson des trois orfèvres" qui n'est pas un cantique ; c'est une paillarde célèbre, elle n'aurait certainement pas choqué un évêque habitué aux moeurs polygames de Dagobert et sa cour.

     Un saint populaire draine des foules de fidèles, les orfèvres n'ont jamais été assez nombreux pour un effet de masse. Heureusement pour lui, ses adeptes passèrent de l'or aux modestes ferrailles, il fut adopté par tous les métiers de la métallurgie. Cela commence à faire du monde mais ce n'est pas fini ; c'est avec le métal qu'on laboure la terre et qu'on ferre les chevaux, voilà Saint Eloi invoqué par les agriculteurs qui ont longtemps formé la masse de la population.

     Et aujourd'hui ?

Le culte de Saint Eloi a beaucoup décliné, on n'est même plus vraiment sûr de sa sainteté. Le 1er décembre, jour de St Eloi depuis des temps immémoriaux, est devenu Ste Florence. C'est plus glamour, plus politiquement correct, mais le peuple amateur de traditions ne n'y retrouve pas.

Alors, n'en déplaise au Vatican et à l'entreprise moderne, le peuple des métiers, dans les pays du Nord, est toujours adepte de tous-les-saints-qu'on-boit. Il continue à banqueter en l'honneur de St Eloi et à chanter :

"Non, non, non, Saint Eloi il n'est pas mort !

Non, non, non, Saint Eloi il n'est pas mort !

Car il bande encore , car il bande encore!"

Depuis la culotte du roi Dagobert, nos centres d'intérêt n'ont pas vraiment changé.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 22:56

                      Bonne fête aux Catherine que nous embrassons.

    Catherine est le prénom de plusieurs saintes, celle du 25 Novembre vécut au IVème siècle à Alexandrie, elle fut vierge et martyre  (encore une !).

 A quoi doit-elle son incroyable succès ? La question reste posée ; pour terrible qu'elle fut, son histoire est commune à beaucoup de chrétiennes des premiers siècles. Elle connut la chance posthume  d'être la patronne de populations aussi nombreuses que variées : les étudiants, les philosophes, les meuniers et les charrons.

La dévotion de ces derniers s'explique facilement par la mort de Catherine qui fut livrée au supplice de la roue. N'allons pas imaginer qu'elle fut rouée comme des bandits du XVIIème siècle français ;  on les attachait, couchés sur une roue ; méthodiquement, on leur brisait tous les os un par un et ils agonisaient pantelants dans des douleurs abominables, à moins que la famille du condamné n'ait pris la précaution de soudoyer le bourreau pour qu'il l'achevât subrepticement, abrégeant ses souffrances.

L'imagination des Alexandrins en matière de supplices n'était pas complètement nulle, ils  ne se contentaient pas d'assommer les gens par des vers de douze pieds avec hémistiche, ils faisaient de la roue un usage pour le moins différent. Ils en garnissaient le bandage de lames acérées et la faisaient rouler sur la victime rapidement apprêtée en émincé, mais les archives ne nous disent pas si un assaisonnement était prévu.

   Catherine ayant donc fini en Kebab, sa brillante carrière commençait, particulièrement en France où elle connut des variantes régionales.

    Dans les grandes villes et d'abord à Paris, Sainte Catherine est traditionnellement la fête des  jeunes filles qui travaillent dans les métiers de la mode. Autrefois, l'une d'entre elles était désignée pour changer, à l'occasion de sa fête, le bonnet qui coiffait la statue de la sainte. On pense que c'est de cet usage que vint l'habitude d'arborer, le soir de Sainte Catherine, de véritables chapeaux de carnaval confectionnés tout exprès. S'y rattache également l'expression "coiffer Sainte Catherine" qui désigne une célibataire de vingt-cinq ans, âge où il a été longtemps admis qu'il était grand temps de se trouver un mari.

   En Belgique et dans les pays du nord, on aime la fête et on se précipite sur toutes les occasions d'en célébrer. Une expression locale ne dit-elle pas "On est de tous les saints qu'on boit" ?

Une fête réservée aux couturières de vingt-cinq ans, voilà qui fait pauvre et étriqué. Toutes les jeunes filles sont des "catherinettes". Héritage des pays bas et germaniques, les enfants des deux sexes reçoivent des cadeaux à St Nicolas jusqu'à l'entrée au collège ; ensuite, les garçons continuent à le fêter, à moins qu'ils n'entrent en apprentissage, auquel cas ils adoptent le saint patron de leur métier. Les filles, de leur côté, célèbrent Sainte Catherine.

    Toutes les traditions se perdent ou s'affaiblissent, celles-là aussi, mais il n'est pas si lointain le temps où les "catherinettes" se livraient à une véritable compétition pour être celle qui recevrait le plus de cartes postales à l'occasion de la fête. Et, surtout, il y avait les cadeaux dont il était question avant, pendant, après ... Ils étaient le point d'orgue de la journée.

    Celles qui ont connu la distribution traditionnelle se rappellent à quel point il était difficile de "sortir des clous". La Ste Catherine faisait partie du conditionnement des filles à leurs futures activités ménagères ; elles recevaient de la vaisselle, du linge de maison, de l'électro-ménager, pour, selon l'expression consacrée, "monter leur ménage". Bien adaptées à entrer dans le moule, elles étaient souvent enchantées malgré les récriminations maternelles (le problème du stockage était réel pour les mères qui avait plusieurs filles !)

   Quoi qu'il en soit, il n'était pas question de demander un autre cadeau. Les quincailliers et autres professionnels des "Arts de la table" regrettent certainement la déperdition de cet usage. Peut-être auraient-ils dû offrir un culte plus fidèle à Ste Catherine qui les couvrait de tant de bénédictions.

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