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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 16:55

     Ariel Sharon fut la victime d'un AVC foudroyant, il y a 8 ans. A l'époque, la mort paraissait imminente mais il a tenu jusqu'au 11 janvier 2014. C'était donc un coma de longue durée, beaucoup ont eu le temps de l'oublier. Pour rafraîchir les mémoires, le jour de son départ, les journaux vont enfin sortir la nécrologie qu'ils ont eu tout le temps de fignoler. N'ayant aucune prétention à les concurrencer, ces quelques lignes ne vont pas raconter l'existence du défunt, juste rappeler qu'en l'abattant, la faucheuse a joué un vilain tour à la paix.

     J'entends les cris d'orfraie : " Mais Sharon n'était pas un homme de paix, c'était un guerrier de l'espèce la plus brutale !" (pour complèter le tableau, avec la plus parfaite mauvaise foi, ressortiront les massacres de Sabra et Chatila où Sharon fut coupable d'avoir regardé ailleurs pendant que les phalangistes, pour couper court à l'installation d'un véritable état palestinien au cœur du Liban, procédaient au nettoyage des deux camps).

    Arik, ainsi que ses amis appelaient Ariel Sharon, fut d'abord un fameux guerrier, sauveur d'Israël en position délicate lors de la guerre de kippour.

   Après une longue et brillante carrière dans l'armée, il se convertit à la politique et devint premier ministre à l'âge de 73 ans. C'était un temps de tension et d'explosions. La colonisation était le principal obstacle à toute tentative d'accord, la paix semblait une chimère d'autant que Sharon était le chef du Likhoud, le parti de droite qui soutenait les colons sans réserve.

    C'est alors qu'il déjoua toutes les prédictions.

Il s'était rendu à la certitude qu'il ne serait pas possible indéfiniment de refuser un état aux palestiniens. Le va-t-en-guerre, le faucon, décida qu'il fallait relancer des négociations au point mort. Il faudrait lâcher du lest sans abandonner l'essentiel. En vrai pragmatique, il fit le tri des colonies. Pour lui, certaines implantations n'avaient pas une importance primordiale et leur situation les rendait trop difficiles à défendre. Ce n'était pas un juif religieux mais il connaissait assez les Ecritures pour renoncer sans trop de peine aux colonies de la bande de Gaza. Même aux temps bibliques, Gaza n'appartenait pas aux juifs ; c'était la terre des Philistins, des voisins incommodes (...à croire que l'histoire est un éternel recommencement).

Les colons furent donc priés de quitter le groupe d'implantations nommé Gush Katif. Ils protestèrent, manifestèrent et, en fin de compte, cédèrent.

    Beaucoup se demandent comment il a réussi à faire plier ces colons habituellement si accrochés à leurs possessions. Ils n'avaient pas le choix, le soutien de leurs concitoyens allait à la politique d'ouverture de Sharon. Les Israéliens qui venaient d'élire un homme de droite, partisan de la manière forte, accompagnaient son revirement. Il pouvait leur demander ce qu'ils auraient refusé à tout autre.

     L'explication ? Sans faire de psychologie de bazar, c'est parce qu'il avait fait la preuve de sa force qu'il inspirait la confiance et pouvait chercher la paix.

      C'est alors que la maladie vint donner un coup d'arrêt à la décolonisation qui n'a toujours pas repris.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 18:27

 

 
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Happy new year written in a heart shaped blackboard on a vintage background with a retro effect Royalty Free Stock Image

 

« Donnez-vous des rendez-vous partout,

Dans les champs, dans les choux,

Faites-vous des baisers tout de suite,

Des serments sur le grand huit.

Le temps passe à toute vitesse,

Roulez jeunesse. »
(Louis Chedid)

 

 

 

Après des fêtes étourdissantes, que 2014 vous apporte tout ce que vous désirez.

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 21:11
    A Kiev, les manifestants sont de plus en plus nombreux à faire les yeux doux à l'Europe... et les Européens sont de plus en plus perplexes : soutenir ou non, intégrer ou non ?  Les éléments à considérer ne peuvent être jugés d'un trait de plume mais, dès à présent, je propose une exigence non négociable : les Ukrainiens, s'ils veulent aller plus loin avec l'Europe, doivent demander PARDON, pardon aux victimes de la Shoah par balles à laquelle ils ont plus que largement participé. 
Certes, les Ukrainiens d'aujourd'hui n'ont pas de sang sur les mains mais l'Allemagne n'a pas fini de se couvrir la tête de cendres en mémoire des juifs exterminés, la France a demandé pardon pour la rafle du Veld'hiv.
    Au tour de l'Ukraine de faire la démonstration de ses remords.

 

 

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 12:00
         C'est parti pour le froid.
         Glagla... en attendant la neige, la pluie et autres intempéries qui nous tombent dessus, comme un fait exprès, le matin sacré du marché.
     Il serait temps de rompre avec une funeste tradition du Nord, l'absence de marché couvert.
     Consciente de la "misère du temps" et pragmatique avant-tout, je ne rêve pas d'un édifice luxueux avec chambres froides et café des amis, je crois seulement qu'un trottoir couvert ou un simple préau, en abritant la clientèle, attirerait au marché un public frileux. Grâce à lui, il aurait moins tendance à se réfugier dans les grandes surfaces.
     Il serait intéressant de connaître le poids de l'argument méteo dans l'attraction exercée sur les clients par les supermarchés. On pourrait être surpris.
     Il y a longtemps que les gens ne croient plus aux prétendus bas prix de la grande distribution, ils sont nombreux à se lamenter sur la qualité de ce qu'on y trouve, mais, à la première averse, la foule s'y précipite comme un seul homme.
      Ce n'est pas une fatalité, c'est un dommage évitable.
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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 16:26

  ?

        Enorme point d'interrogation.

La question vous paraît dénuée de sens, elle réclame des éclaircissements. Puisqu'il en est ainsi, ne reculons devant aucun sacrifice, apportons des précisions.

   Périclès est un homme d'état grec, né à Athènes vers 495 av. J.-C. et mort dans cette même ville en 429 av. J.-C., connu pour ses qualités de stratège et d'orateur. Son nom reste associé aux heures les plus brillantes de la cité qui lui doit ses monuments les plus prestigieux. Il rassembla autour de lui artistes, philosophes et poètes. 

   De Madame Périclès il ne reste aucun souvenir, elle vécut discrète, confinée au gynécée. Les femmes honnêtes ne tenaient aucune place dans la vie publique. Les hommes célèbres s'exhibaient avec de beaux jeunes gens, c'était l'usage le plus répandu, ou des prostituées de haut niveau ; de nos jours, nous les appellerions "escort girls". Une de ces professionnelles, Aspasie, a laissé son nom associé à la carrière de Périclès. Elle fut presque son ministre de la culture, un peu comme la Pompadour au temps de Louis XV. Lors des cérémonies officielles, elle restait à l'arrière-plan, discrète, mais aucun citoyen d'Athènes n'ignorait sa place dans les décisions. Son nom resta dans les mémoires jusqu'au XXème siècle et Phi-Phi une opérette française sur une musique d'Henri Christiné. Créée à Paris, le 12 novembre 1918, c'est une mise en scène comique du sculpteur Phidias et d'Aspasie "C'est une gamine charmante ..."

    Résumons : Aspasie était une personnalité d'importance mais elle restait une prostituée. Tout Athènes le savait et personne n'y a trouvé malice pendant des siècles.

      Mais c'est bien fini. Périclès, aujourd'hui, se verrait condamné à payer l'amende.    

     En faisant la chasse aux usagers, les tartuffes ne voudraient que du bien aux prostituées. Inutile de leur démontrer que la menace crée la clandestinité qui favorise la violence. Les proxénètes peuvent dormir tranquilles, leur petite industrie va prospérer dans les bas-fonds et les recoins obscurs, ils auront une paix royale pour commettre leurs exactions.

      Aujourd'hui, la vertu est au pouvoir, ou plutôt, l'hypocrisie camouflée en vertu. Il règne une ambiance qui rappelle furieusement celle des Etats Unis au temps de la prohibition et des ligues de vertu.

       Une peine d'amende pour les clients ...l'état va donc tirer profit de la prostitution.

       Comment appelle-t'on celui qui participe aux revenus d'une prostituée ? Sans l'ombre d'un doute, c'est un proxénète. Notre état se croit vertueux mais c'est le plus grand proxénète.

        C'est Aspasie qui n'en reviendrait pas.

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 15:15

       Ce lundi 2 Décembre, au Quesnoy, il y avait cinéma au théâtre des 3 chênes.

On projetait "Sur le chemin de l'école" documentaire de Pascal Plisson.

La salle était pleine à ras bord d'enfants, des scolaires médusés de voir les difficultés que d'autres élèves affrontent pour aller à l'école, les longues marches à pied dans la savane du Kenya, le relief escarpé de l'Atlas marocain, la gadoue et l'absence de route dans la campagne indienne, les chevauchées périlleuses dans le froid patagonien, tout ça pour accéder à son rêve d'école et commencer son travail d'élève quand on aurait bien mérité de se reposer. Comble du sacrifice, deux petits qui ne sont pas scolarisés mobilisent toutes leurs forces autour d'une ruine bricolée de fauteuil roulant pour  tirer, pousser leur grand frère handicapé jusqu'à son école.

       Prodige, dans ce rassemblement d'enfants on n'entendait aucun bruit, tout le monde était rivé à l'écran, et à la fin, sans que personne ait donné la consigne, un tonnerre d'applaudissements a jailli. Heureusement qu'il faisait noir, j'en ai versé une larme d'émotion.

       Dommage que l'horaire de cette séance unique n'ait pas favorisé la présence des parents. Eux qui se lamentent trop facilement sur la "fatigue" de leurs chers petits, ils auraient trouvé de quoi relativiser.

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 16:02

  En attendant la fête catholique des lumières, le 8 décembre et la sainte Lucie nordique du 13 décembre, voilà un acompte avec Hanoucca, lumineuse fête juive.

    Hanoucca, c'est l'art de faire durer la flamme, tout un programme !

 

Vous avez huit jours pour enflammer la vie.

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 20:44
     Dans la presse aujourd'hui :"L'Iran et les grandes puissances ont scellé dimanche un premier accord historique ..."
     Accord historique, c'étaient justement les termes employés par les clowns tristes qui ont signé les accords de Munich avec Hitler en 1938. Les pas trop nuls en histoire savent ce qu'il en est advenu.

 

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 09:14

 

     Vous avez découvert Shoah de Claude Lanzmann à sa sortie en 1985, ou plus tard, lors d'une rediffusion. Vous en êtes sorti abasourdi et hagard, vous aviez pris un grand coup dans la tête, et, depuis ce jour mémorable, vous savez qu'il y a un avant et un après Shoah. Plus de neuf heures de témoignages pour dire l'indicible, ce film a une telle force qu'il a nommé les événements, on ne dit plus "l'extermination des juifs par les nazis" mais "la shoah". Lanzmann est au cinéma ce que Raul Hilberg, l'auteur de "La destruction des juifs d'Europe", représente pour le texte.

    Vous n'étiez pas loin de croire que Shoah avait tout dit mais Claude Lanzmann gardait inexploitées de précieuses réserves. Au long des années précédant Shoah, il avait accumulé des heures de témoignages qui ne figurent pas tous dans Shoah, non parce qu'ils auraient manqué d'intérêt mais parce qu'ils formaient, à eux seuls, le sujet d'un film.

     En 1997, ce fut "Un vivant qui passe", chronique de la cécité estampillée Croix Rouge

    En 2001, "Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures", l'épopée de Yehuda Lerner et des révoltés de Sobibor. Après Shoah-la catastrophe, l'heure de grâce. Des juifs promis à la mort tuent leurs geoliers, s'échappent d'un centre d'extermination, rejoignent la Palestine et se battent pour fonder l'état d'Israël.

     Enfin, mais ce n'est peut-être pas fini, " le dernier des injustes " présenté en mai 2013 au festival de Cannes, sort en salles cet automne. C'est l'histoire du rabbin Benjamin Murmelstein, le dernier président du Conseil Juif du ghetto de Theresienstadt. véritable décor de théâtre destiné à donner le change aux rares curieux, présenter un « ghetto modèle », une farce programmée pour finir dans les crématoires d'Auschwitz. Il fut le  seul "doyen des Juifs à n’avoir pas été tué durant la guerre. Il s'est battu pied à pied avec Eichmann pour éviter la liquidation du ghetto, réussissant à faire émigrer 121.000 juifs. Ce dernier film dévoile sans fard les contradictions sauvages des Conseils Juifs. 

 

       Claude Lanzmann est un vieux monsieur chargé d'honneurs et de notoriété, vous pensez qu'il ne doit rencontrer aucune difficulté pour diffuser son film ... et vous avez tort.

Parlons de ce qui m'est facile à vérifier. Dans tout le département du Nord, "Le dernier des injustes" n'est visible que dans une seule salle classée "Art et essai" à Lille pendant moins d'une semaine. 

( de Claudine LANOE  Aujourd’hui à 10h36 AM :

Et tu peux ajouter :à un horaire unique , 19 h ). 

      Que font ces multiplexes qu'on nous a vendus comme une garantie de multiplicité dans la programmation ? Ils ne seraient pas capables de dégager une toute petite salle, quelques jours, pour une œuvre majeure ?

Il paraît que non, Lanzmann ne remplirait pas les salles. Les diffuseurs industriels ne veulent pas courir ce risque. Ils préfèrent rallonger le temps de passage de quelques navets commerciaux.

Ils sont là pour faire de l'argent, pas de la pédagogie.

         Quand les lycéens étudiaient encore l'histoire, il était possible de circonvenir des commerçants en leur représentant le défilé des groupes scolaires qui allaient se précipiter chez eux. Aujourd'hui, l'histoire et la mémoire n'ont plus de public, rien ne semble pouvoir lutter contre l'appat du gain.

        C'est triste mais, à l'approche des élections municipales, nous pouvons en tirer une leçon : il ne faut pas laisser réduire la culture à l'industrie du spectacle. 

 Un service public de la culture est une nécessité

 

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 18:57

    Le 31 octobre, c'est la fête des casse-pieds juniors.

    Abandonnez tout espoir de vous concentrer, vous vivrez au rythme des coups de sonnette. 

Vous laissez choir vos travaux et vous ouvrez la porte, un peu agacée, mais vous essayez de rester aimable, ce sont des enfants... Enfin, c'est ce que vous croyez deviner sous les couches de maquillage.

Ils aimeraient vous faire peur. Vous n'êtes pas du tout impressionnée mais vous plaignez de tout cœur la pauvre mère qui devra les récurer ...

    Avec ou sans "S'il vous plait", la politesse est en option, ils réclament des bonbons.

   Ils savent ce qu'ils veulent mais ne sont pas capables d'expliquer à quoi rime ce carnaval d'horreurs.

Les plus grands arrivent à prononcer correctement le mot "Halloween" mais ne comptez pas sur eux pour vous en expliquer le sens.

Ils ont adopté Halloweeen comme le fast food et Disney, parce qu'ils les croient à la mode. Ils sont bien loin d'imaginer que ce jour supposé américain n'est qu'une resucée de nos vieilles fêtes des défunts. Destinées à conjurer la mort, elles avaient quitté notre univers et les voilà revenues, plus artificielles, moins liées à la tradition... à moins que notre regard ne soit abusé par la nostalgie. Après tout, ce n'est pas impossible.

    Dès les années 1950, dans mon Hainaut natal, elles avaient presque disparu, il n'en reste qu'un très lointain souvenir. Laissons-le revenir à la surface.

     Le calendrier religieux imposait ses dates. Pour les catholiques, le jour des morts n'est pas célébré le 31 Octobre mais le 2 novembre, lendemain de la Toussaint. Ce jour-là, nos mères ne nous demandaient pas notre accord. D'autorité, elles nous emmenaient au cimetière pour soigner les tombes, y déposer des pots de chrysanthèmes ou les enlever en cas de gelée.

    C'était une corvée, nous étions heureux d'y échapper quand, par chance, le 2 Novembre tombait un jour de classe, mais l'épreuve avait une compensation à la mi-novembre, une espèce de carnaval d'automne tout en betteraves et chandelles.

   Chaque participant se procurait un sac à pommes de terre en toile de jute et une betterave à sucre bien blanche, la plus lourde possible. Il se fabriquait une bougie en fondant autour d'un bout de ficelle les débris de cierges ramassés à l'église. Ensuite, il fallait user de diplomatie auprès du père ou du grand-père pour lui emprunter un couteau solide, nécessaire pour la partie la plus délicate de l'exercice. Plus la betterave était grosse, plus elle était compacte et dure à creuser. Il fallait de la force et de l'habileté pour y faire un trou, c'était impossible avec un canif.

Ce n'était pas une petite affaire de convaincre les parents, ils hésitaient à nous confier ce "grand couteau-là, celui qui coupe bien...". Un vieux mettait fin aux négociations en nous apportant son aide, il n'était pas vraiment rassuré de voir des enfants risquer de se blesser et, au fond, il était ravi de retrouver ses plaisirs de jeunesse. L'exercice pouvait commencer.

   Après avoir nettoyé la betterave, il fallait la débarrasser des petites racines, puis nous en tranchions le collet pour la poser pointe en haut. Ensuite, il fallait l'évider ; un éclat à la fois, nous creusions. Plus le trou était vaste, plus la coque était amincie sans céder, plus le travail était réussi. Point final, découper délicatement des yeux et une bouche. La betterave s'était changée en tête. A sa base, on fixait le sac de jute, pour former une espèce de vêtement. 

    Quand toutes les têtes étaient finies, les participants formaient le cercle. C'était l'heure de vérité, on allumait les betteraves maintenant appelées spectres. Chacun enflammait sa bougie et l'introduisait dans la tête. C'était l'instant crucial pour les spectres ratés ; si la betterave n'était pas assez creuse, si les orifices des yeux et de la bouche n'apportaient pas assez d'air, la flamme s'étouffait immédiatement et la dépouille lamentable finissait sa brève carrière à nourrir le bétail.

   Quant-aux spectres réussis, c'était, pour eux, l'heure de gloire. La tête, rendue vaguement translucide prenait une teinte verdâtre des plus inquiètantes. Les yeux et la bouche montraient leur feu et laissaient échapper des volutes de fumée sucrée, la pulpe de betterave en brûlant, suintait de la mélasse qui caramélisait.

    Le gagnant était celui qui brûlait le plus longtemps mais il ne laissait qu'une pauvre dépouille racornie qui finissait sur le tas de fumier.

    De ces réunions de spectres, des années après, il reste un souvenir facile à retrouver, ce n'est pas une image mais une odeur sucrée qui revient chaque fois qu'on cuit une pâtisserie.

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