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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 22:58

Un vieux monsieur est mort, un Neo-Zélandais. Il ne s'était pas rendu célèbre, comme on aurait pu s'y attendre d'un îlien, sur la mer, mais au sommet de l'Everest. 
C'était Sir Edmund Hillary et il mérite qu'on rappelle son souvenir. 
Soyons clairs, je déteste les efforts inutiles et la montagne m'indiffère, mais Hillary n'était pas un recordman comme les autres. Le premier parmi les célébrités de l'escalade, il a toujours insisté pour que son sherpa Tensing fût honoré comme lui. Dans les livres racontant l'histoire des montagnards, la conquête de l'Everest est toujours attribuée à Hillary et Tensing parce qu'il a toujours veillé à ce qu'il en fût ainsi. Il disait que de tels exploits ne sont possibles que par la réciprocité de l'effort.
Constatant les conditions de vie épouvantables de ces montagnards voués à servir les riches étrangers amateurs d'émotions fortes, il a consacré une grande partie de son temps et de ses moyens à la fondation d'écoles et d'équipements sanitaires au Népal.
Il me semble qu'un tel exemple vaut la peine d'être rappelé en ces temps de profonde médiocrité où les gens célèbres rivalisent d'égoïsme et de vulgarité.

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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 22:24

Les médias se sont abondamment répandus sur le fiasco de l'Arche de Zoé. Un autre scandale authentiquement dérangeant est passé presque inaperçu ... Trop de gens auraient pu s'en trouver gênés.
Entre Noël et Nouvel An, à l'entrée de la bande de Gaza, des garde- frontière israeliens (chanceux ou renseignés ?) ont visité un chargement de sucre en provenance de l'Union Européenne au titre de l'aide alimentaire aux Palestiniens. Ces colis étaient destinés à l'administration de Gaza, donc au Hamas.
Devinette : que contenait réellement ce chargement ? 
Du nitrate de potassium, sans intérêt alimentaire mais utile à la fabrication d'explosifs.
Chacun en tirera les conclusions qui renforcent ses opinions.
On ne peut éviter le rapprochement avec les "penchants criminels de l'Europe démocratique"(J.C. Milner).
L'antisionisme ne serait qu'un péché véniel ? En réalité, c'est le masque habituel de l'antisémitisme qui n'est pas mort en Europe. On saisit toutes les occasions de proclamer "plus jamais ça" tout en calinant la bête immonde.
 Elle finira bien par se réveiller et seuls les idiots auront le droit d'être étonnés.

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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 23:14

L'Eglise a placé des hommes-clefs auprès de la noblesse féodale. Son influence grandit, son autorité morale est de plus en plus difficile à contester ; il lui reste à trouver le moyen de dicter aux nobles leur politique. 
Il faut peser sur l'essentiel.
Et l'essentiel pour les hommes des temps féodaux, c'est transmettre. 
Ce qu'on a reçu de son père on doit le transmettre à son héritier, si possible augmenté mais jamais diminué. On ne peut acheter des domaines pour s'agrandir, la propriété au sens moderne n'existe pas ; à la terre s'attache une foule de droits qui peuvent être détenus par des titulaires différents. Lorsqu'un seigneur donne à un monastère le droit de coupe sur un bois, il y garde néanmoins le droit de chasse ou  de pacage, droit qu'il pourra attribuer à d'autres, mais la parcelle est toujours dans son fief. Le pouvoir réside dans le droit de disposer. 
Dans nos manuels scolaires, on nous a bien fait sentir à quel point le serf était maltraité, lié à sa ferme sans pouvoir choisir une autre vie. Relativisons : ce qui est contrainte est aussi une garantie ; le paysan ne peut être expulsé, le chômage n'existe pas, ce qui laisserait rêveurs bien des ouvriers modernes ; et son seigneur n'est pas plus libre, lui aussi est définitivement lié à un domaine qu'il ne peut aliéner. 
Ne nous égarons pas et revenons à notre sujet, comment s'agrandir si on ne peut ni vendre ni acheter ?
Les deux manières les plus usitées sont la guerre et le mariage.
La guerre est évidemment un bon moyen de n'en faire qu'à sa tête et d'imposer son point de vue, mais, incessante et endémique, c'est une cause d'anarchie et de ruine qui atteint toute la société ; lorsque le paysan crève, la noblesse et le clergé s'appauvrissent et leurs ambitions rétrécissent. Et puis, ça ne fait pas très chrétien.
L'Eglise, la première, se lance donc dans une entreprise d'éradication de la guerre, c'est à dire de la guerre entre féodaux. il faut garder ouverte la possibilité de se battre au nom de la foi ; ménageons l'avenir. 
Le clergé ne se fait pas d'illusions, il sait qu'il est impossible d'interdire totalement la guerre, elle est trop enracinée dans la culture ambiante, c'est la raison d'exister des nobles, mais il va établir des règles pour discipliner le traitement des conflits et, par là, se mèler de questions qui ne le regardent pas à priori.
Le jeune guerrier passait par une initiation virile en grande partie héritée des ancêtres barbares ; on remplace le vieux rite par l'adoubement qui en fera un chevalier béni par l'église et tenu de respecter quelques usages tels que la trève de Dieu limitant la durée des hostilités. Il jure de recourir à l'arbitrage des autorités religieuses et surtout de protéger, outre la veuve et l'orphelin, tous les religieux, leurs biens et les individus sous leur protection ou leur autorité. 
Ces règles sont assez peu efficaces pour épargner au pauvre monde les malheurs de la guerre mais elles font de la politique, et surtout de la diplomatie, des chasses gardées du clergé. 
La noblesse n'est plus souveraine à la guerre. 
A-t'elle mieux réussi avec les mariages ?
...à suivre ...

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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 09:14

Du réchauffement climatique au trou abyssal de l'assurance-vieillesse, notre avenir (comme l'Afrique noire ) est mal parti. Mais c'est la saison des cadeaux et un miracle vivant nous redonne de l'espoir ...: Etienne-Emile Beaulieu. 
Invité de Frédéric Mitterand sur France-culture samedi 15 décembre, il nous a présenté, comme toujours, un jeune homme invaincu comme nous voudrions tous devenir. 
En présence d'un tel modèle, nous n'avons plus peur de l'avenir, nous espérons avoir la chance de vieillir comme lui, physiquement - il n'a pas un air d'octogénaire - et mentalement - le propos est alerte et aigu. Immédiatement, on se dit qu'il a de la chance mais, très vite, il nous donne une piste en soulignant l'importance de l'affectivité dans le fonctionnement de la mémoire.
Compris ! Pour rester jeune et en bon état,  cultivons nos passions.
Merci, professeur, grace à vous nous n'oublierons qu'une chose : la peur de vieillir.

Pour rester avec Etienne-Emile Beaulieu, il a participé, à son corps défendant, à un exemple des dérives rencontrées par la télévision dans un genre d'émission très à la mode. C'était le 6 décembre sur FR3 en fin de soirée, sacrifiant donc à l'usage en vogue, un plateau réunisssait  des pipoles, des acteurs, un écrivain et notre scientifique avec un seul point commun : être des octogénaires. On pouvait s'attendre à n'importe quoi ; ce fut pire. Un véritable aréopage de saltimbanques, ignorant la présence du Pr Beaulieu, s'est lancé dans une apologie dont l'urgence ne sautait pas aux yeux, celle de Sacha Guitry qu'on cherchait à nous faire plaindre avec des accents proches de l'antisémitisme de l'occupation. Le concert des pleureuses était indécent et ridicule en présence d'un juif résistant. Beaulieu, en intelligence supérieure, n'a rien manifesté mais c'était un spectacle pénible.  Comme démonstration du vieilir bien c'était raté, on se rappelait plutôt l'adage de Brassens "Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con." 

Oublions très vite cette soirée et, pour rester en forme, défendons nos amours et nos convictions.

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 00:00

Enfonçons allègrement des portes ouvertes, il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade.
Une menace pèse, depuis déjà quelque temps, sur les malades en ALD ( Affections de Longue Durée ). Jusqu'à présent, leurs traitements sont pris en charge à 100% par l'Assurance Maladie.
Que sont-ils pour les économistes à la mode ?
" Ils coûtent cher et ne rapportent pas, avec leur consommation de médicaments il y a souvent une incapacité de travail indemnisée.
Et peu d'espoir d'amélioration ( ALD veut souvent dire Affection Lourde et Définitive ). Moins longtemps ils resteront à charge de la société moderne et compétitive et mieux cela vaudra".  
Ils ne sont pas nombreux à oser tenir ouvertement ce discours ; pudiques, gênés ou seulement faux-culs ? Alors, ils se contentent de vitupérer les "abus", de couvrir d'opprobre les "profiteurs" qui devraient avoir honte de coûter si cher à la sécu.
Un peu de bon sens, s'il vous plait ! Le principal objectif des malades, c'est guérir ; ce n'est jamais se gaver de médicaments, même hors de prix, ni se payer des vacances dans des hôpitaux, même de pointe.
 Déchirer sa carte de prise en charge ALD devenue inutile parce qu'on est guéri, c'est le seul rêve à la portée des malades.
Les tristes sires qui accumulent les erreurs de jugement n'ont jamais vécu la maladie, tant mieux pour eux, mais qu'ils évitent d'ajouter le cynisme à la bêtise et la vie sera beaucoup plus belle.

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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 23:42

Aujourd'hui, c'est Hanoukah : la fête des lumières, la petite lampe qui continue à briller alors que toutes les chandelles sont brûlées, que l'espoir est normalement perdu. 
Même si les religions sont des fables, elles ont parfois de ces fulgurances qui parlent à tous les humains.
Bonne fête, donc, et pour tout le monde ... à chacun, un jour prochain au choix, c'est de saison, le 8 à Lyon, le 13 en Suède.
Et toute la fin du mois, depuis le fin-fond des temps néolithiques, tout l'hémisphère nord allume des feux pour conjurer la fatalité, la peur de voir mourir le soleil qui décline.
Et tous les ans, la lumière renait pour le monde entier.
Si un miracle existe, il est probablement dans ce paradoxe : la lumière est fidèle à l'humanité multiple et chaque être humain la perdra un jour, fatalement.
Nous continuerons à nommer lumières tous nos espoirs et qualifier d'obscurantisme ce qui nous décourage d'exister.
Bonnes fêtes !

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 00:32

Nous parlons de "féodalité" et il nous revient des images d'adoubement béni, de templiers, de moines soldats, nous restons persuadés que l'Eglise et la noblesse filent le parfait amour. 
C'est un mariage de raison, l'Eglise maîtrise l'instruction qui est indispensable en tous temps et la noblesse dispose de la force armée nécessaire à toute forme d'autorité. Elles sont donc bien forcées de s'entendre mais l'une et l'autre cultivent les occasions de marquer des points.
Comment vit la noblesse féodale ? 
Surtout pas dans les trop célèbres châteaux forts, n'en déplaise aux disciples de Walter Scott ;  le château-fort est une forteresse, avant tout une caserne, doublée d'un dépot de vivres et de munitions. Pas plus que nous, le seigneur du moyen-âge n'est capable d'y passer sa vie. Il n'y séjourne qu'en temps de guerre, lorsqu'il faut se mettre à l'abri et résister. 
Dans une grande simplicité qui serait inimaginable au XXIème siècle, le seigneur est d'abord un nomade, pour deux raisons : 
- ses sujets et lui sont unis par une parole, un serment réciproque non écrit, il est donc obligé d'être physiquement présent auprès de tous, alternativement. 
- les campagnes vivent une économie de subsistance et de troc ; la collecte d'un impot en numéraire est pratiquement impossible ; le seigneur vient consommer l'impôt sur place. Il en profite pour rendre la justice. Son épouse gère les biens en veillant sur les enfants dans la principale maison du domaine. 
Il nomadise donc, en compagnie de ses concubines, de quelques hommes de confiance et d'une troupe d'assez mauvais sujets encadrés par des chevaliers sans avoir, des fils cadets ou bâtards courant l'aventure qui paie. 
 Une  vie itinérante ne conviendrait pas à une cour véritable avec son decorum ; par bonheur, les besoins en services administratifs et juridiques sont très réduits. Ils sont concentrés entre les mains de quelques clercs qui conseillent la chatelaine et sauront vite se montrer indispensables en déchargeant le seigneur du quotidien. L'Eglise a placé des hommes auprès de la noblesse et prend le plus grand soin de leur recrutement et de leur formation. 
Ils doivent savoir qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois et qu'ils doivent d'abord servir Dieu, c'est à dire l'Eglise.
Quelle sera la récompense des bons sujets ? Facile à deviner : on les canonisera, on en fera des modèles qui stimuleront les émules à venir.
Le cas typique : Thomas Becket.
Au départ,  il n'a rien d'un saint. 
Normand d'origine, il fait de solides études à Londres et devient clerc mais n'a aucune intention de desservir une paroisse, fût-elle importante, ou d'entrer au monastère. Sa place est auprès du pouvoir où sa valeur sera appréciée, où il prendra lui aussi de la puissance. Très vite, il se lie avec le duc de Normandie qui est aussi roi d'Angleterre, Henri II Plantagenêt. Les deux hommes ont en commun l'intelligence, l'ambition et une implacable volonté.
Henri est le seigneur le plus puissant depuis un vrai coup de chance : Aliénor, la duchesse d'Aquitaine a divorcé du roi de France, Louis VII, pour épouser le roi Henri, apportant avec elle la moitié occidentale de la France. Le couple aura huit enfants, donc l'espoir de profitables alliances ; l'avenir s'annonce radieux. 
Henri n'accepte aucune contrainte et aime la vie jusqu'à la débauche ; Thomas partage ses plaisirs et le seconde en tout. Le roi a confiance en lui au point qu'il lui fait attribuer le siège épiscopal de Cantorbery, la primature d'Angleterre. C'est qu'Henri veut mettre l'église d'Angleterre à la raison, la soumettre à sa justice et sa fiscalité ; il promulgue les Constitutions de Clarendon, un texte qui établit son autorité sur les biens ecclésiastiques. Ce roi à qui tout a réussi vient de faire l'erreur de sa vie, Thomas Becket est devenu archevêque ; à l'étonnement de tous, il se comporte en archevêque et prend le parti de l'Eglise contre son roi.
La crise va durer plusieurs années sans que le roi puisse faire plier l'inflexible Thomas, jusqu'à l'irréparable : deux sicaires assassinent Thomas au pied de l'autel. Ils ont mal interprêté des paroles agacées du roi demandant qui pourrait le débarrasser de l'évêque et commettent le meurtre, comptant bien être récompensés.
Immédiatement, les sanctions pontificales pleuvent. Le roi ne se sauvera qu'en renonçant à tous ses projets.  Thomas Becket est canonisé. Le roi subit l'humiliation de voir les pélerins défiler devant le tombeau du martyr. L'Eglise a gagné.
Plus tard, Becket restera populaire comme le modèle du haut fonctionnaire intègre, avant tout soucieux d'accomplir la fonction à laquelle il a été nommé, c'est une autre histoire dans un monde moins religieux.
 L'Eglise n'a pas toujours des Thomas Becket à envoyer au sacrifice pour la grande gloire de Dieu mais, dans une société où elle occupe une position dominante, elle a d'autres armes à sa disposition.
....(à suivre) 

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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 23:57

Au dix huitième siècle, une mode a eu cours chez les élégantes : faire venir des colonies un petit négrillon, le costumer en poupée de salon, le transformer en animal de compagnie comme un singe ou un perroquet. 
Scandaleux ! dites vous, c'était une mode du passé, inimaginable aujourd'hui.
En êtes vous si sûr ?
Il se trouve des pays pauvres qui sont parfois riches en matières premières parmi lesquelles des enfants. Les pays riches savent mettre en valeur ces  trésors inemployés ; si les pauvres veulent bien vendre, on achètera ; sinon, on s'en emparera, pour leur bien, cela va de soi.
Vous pensez que j'exagère ? 
Il se trouve des gens "bien pensants" pour défendre les zozos de l'Arche de Zoé ( nous parlions de bêtes ...) sous le prétexte qu'ils voulaient faire le bonheur des enfants en les enlevant. Il serait juste que des parents africains soient si pauvres qu'ils soient privés de tout, même de leurs enfants ...
Cette bonne volonté-là me dégoûte.
 Est-il nécessaire de rappeler qu'il existe un tas de solutions pour financer des projets authentiquement altruistes, des ONG efficaces qui aident les familles à élever leurs enfants sur place ?

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29 octobre 2007 1 29 /10 /octobre /2007 22:49

Notre petite chronique des saints à travers les âges allait son petit bonhomme de chemin en descendant l'histoire, mais l'actualité bouscule le programme.
Le pape vient de béatifier en bloc des membres du clergé espagnol victimes des républicains pendant la guerre d'Espagne. Qu'en dire ?
Par définition, une guerre civile fait des morts des deux côtés. Pourquoi le vatican tient-il à opérer une différence de traitement entre les deux camps ? Que fait il des républicains tués par les franquistes ? Les clergés basque et catalan étaient souvent républicains, mais pour le vatican, on ne peut être républicain et chrétien. Curieuse idée du christianisme toujours fondé sur l'alliance du sabre et du goupillon.
Il me revient un choc pris en pleine tête en 1971, le film d'Arrabal "viva la muerte". L'oeuvre d'art fait éprouver beaucoup mieux qu'un documentaire la violence extrême d'une église qui sème les névroses, brime le sexe et la liberté, interdit à un enfant d'aimer son père républicain et finit par engendrer la haine de tous contre tout. 
Ce film était partisan ? Certes, mais pas plus que la décision pontificale de béatifier le clergé franquiste.
Petite consolation : ils n'ont été que béatifiés, c'est normalement la première étape dans la voix de la canonisation. 
Ils auront du mal à finir le cursus ;  le droit canon prévoit que pour être canonisé, il faut avoir des miracles à son actif. 
Et, par bonheur, c'est pas demain qu'on le verra. 
On est donc obligé de prendre la béatification du clergé franquiste pour ce qu'elle est, un coup de communication, un message de plus à l'intention des catholiques réactionnaires, après le retour en grâce du clergé intégriste, le soutien aux polonais antisémites et la main tendue aux religieux génocidaires du Rwanda. Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. Nous avons compris.

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29 octobre 2007 1 29 /10 /octobre /2007 00:18

Quatorze siècles, c'est le temps qu'il faut au christianisme pour installer son pouvoir, mater les contestataires et fixer les obligations de la société à son égard, un temps beaucoup plus long que celui qui nous sépare du Moyen Age que nous croyons pourtant si éloigné.  L'Eglise s'est accrochée patiemment à toutes les occasions d'imposer ses hommes, ses dogmes et son influence.
 Il y a eu l'Eglise héroïque des premiers temps avec ses martyrs. Ensuite, elle traverse des siècles d'invasions et d'anarchie, et elle tient bon. Sa solidité rassure pendant que les règnes princiers durent si peu. Elle est inébranlable. C'est aux monastères qu'on demande secours, c'est vers eux que l'on se tourne en cas d'invasion, de famine, d'épidémie. 
Elle découvre très tôt l'art de la communication  ; à quoi serviraient de telles qualités si personne n'est au courant ? C'est l'origine du sermon de l'officiant. La messe n'est plus seulement la répétition d'un rituel - que le peuple ignorant du latin ne comprend pas -, elle est surtout l'occasion de prêcher, de faire connaître les commandements de Dieu et de l'Eglise et de vitupérer les ennemis de la religion. Le discours, pour être efficace auprès d'un public souvent fruste, doit être orné d'anecdotes, d'exemples. On cite abondamment les saints dont on organise un véritable culte parallèle à l'orthodoxie. On recherche des reliques et  on leur construit des chapelles qu'on décore sans regarder à la dépense.
C'est l'occasion de tordre le cou à la vieille légende des terreurs de l'an mil. L'an mille n'est pas une époque de tristesse et d'obscurité. Si elle était comme on nous la représente dans certains romans ou films, la vie humaine aurait quitté l'Europe. C'est une période de progrès, le début d'une renaissance féodale.
   Un climat doux sans calamités notables va durer trois siècles. De bonnes conditions climatiques, c'est une production agricole suffisante et régulière, la réduction des famines et des épidémies ; avec les mots d'aujourd'hui, nous parlerions de croissance. Un résultat encore visible, dix siècles après : l'église rectangulaire avec son  clocher au centre du bourg , nous en avons tellement l'habitude que nous n'imaginons pas un village autrement. Quand les affaires vont, l'immobilier aussi va bien ; la religion s'installe au coeur de la société, c'est le "blanc manteau d'églises", et le patrimoine monastique vit son heure de gloire. On reconstruit plus grandes et plus belles les anciennes abbayes  des temps mérovingiens ou carolingiens et on en crée de nouvelles qui sont les plus beaux témoins de l'art roman. 
   Une vie globalement plus policée, mieux organisée, et le profil des saints se modifie dans le même sens. Les personnages originaux et hauts en couleurs vont laisser la place à des savants, des penseurs, souvent détenteurs d'un grand prestige spirituel et d'une véritable autorité sur leur ordre monastique. Trois premiers abbés de Cluny, Odon, Odilon et Hugues en sont un cas typique. 
    Trois abbés en un siècle, une longévité qui n'est exceptionnelle qu'en apparence. En réalité, la vie monastique est un bon moyen de vivre vieux, elle place les moines et les nonnes à l'abri des dangers qui tuent fréquemment le commun des mortels : la maternité pour les femmes et, pour les hommes, la guerre et le travail de la terre, ses accidents et ses maladies, infections et tétanos.  Leur mode de vie très rude, leur régime s'alignait sur celui des plus pauvres, mais très régulier, était un bon moyen de vivre vieux.
    Dans le récit de leur vie, on commence à voir un début de préoccupation humanitaire. L'ordre de Cluny est très riche, plus que la papauté, mais les moines individuellement ne possèdent rien. L'économie n'est pas monétaire, d'ailleurs les seigneurs se déplacent pour consommer sur place la part de denrées correspondant au plus gros de l'impôt qui leur revient, l'épargne et le placement sont impossibles dans le monde des campagnes. Pour une abbaye, le meilleur moyen d'accumuler des richesses est la constitution d'un trésor, d'où l'amoncellement de pièces d'orfèvrerie que l'on regarde un peu rapidement comme des inutilités somptuaires. L'abbé Hugues, appelé "Le Grand", célèbre pour son goût du magnifique, n'hésite pas, dans une période de disette, à envoyer à la fonte les vases sacrés de l'abbaye afin de nourrir les pauvres qui se réfugient en grand nombre à Cluny.
     Voilà des saints qui commencent à présenter une figure plus acceptable. L'église saura tirer parti de leur prestige. Mais le conflit sournois entre le château-caserne et l'abbaye n'est pas résolu pour autant.
 ( à suivre...)

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