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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 22:49
  Au mois de Mars, une question : Avez-vous vu "The ghost writer", le dernier film de Roman Polanski ?

Si ce n'est déjà fait, il faut vous y précipiter. Des oeuvres de ce niveau, c'est plus rare que les beaux jours.

     Que les moralisateurs et autres disciples de Savonarole se couvrent la tête de cendres, ils ont perdu la partie, leur victime a parfaitement résisté à l'acharnement.
    Ils se rêvaient en Torquemada...Ils ont aussi belle allure que le Sergent Garcia des films de Zorro.
Ils ont réussi à lui mettre des bâtons dans les roues, empêcher ce grand voyageur de se déplacer, mais ils ne l'ont pas empêché de créer.
           Le résultat est génial, tout simplement.

Cannes, Mai 2010.
   
    Les pères-la-pudeur ne sont pas découragés. Ils peuvent compter sur une alliée : une actrice de série Z², une carrière des plus modestes bien qu'éclectique, avec des incursions dans les magazines pour hommes.
Toutà coup, elle se rappelle que Polanski l'a sexuellement abusée, ... voilà une trentaine d'années.
C'est une réminiscence providentielle pour les vautours en tous genres.
Une nuisance en valant une autre, à défaut de parvenir à leurs fins judiciaires, ils peuvent toujours essayer le chantage.
Pourrir l'existence d'un génie : le bonheur des médiocres !

Lundi 12 juillet, OUF !

LE MONDE.FR : Urgent
lundi 12 juillet 2010
 
Roman Polanski est "libre de ses mouvements"
 
La justice suisse a décidé lundi 12 juillet de ne pas extrader vers les Etats-Unis le cinéaste Roman Polanski, comme le réclamait la justice américaine. Le ministère de la justice suisse a annoncé qu'il mettait fin à son assignation à résidence. Le cinéaste était retenu depuis septembre en Suisse et est poursuivi aux Etats-Unis depuis 1977 pour des relations sexuelles avec une mineure âgée de 13 ans. (AFP)
 
La peur du ridicule existe encore ! Merci aux Suisses

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 19:13

    Vous êtes sceptiques, je le sens. Quand j'aurai précisé qu'il s'agit d'Israël, vous serez incrédules et même vous vous moquerez.

Je me suis taillée une réputation de sioniste inconditionnelle, vous penserez que cela ne me ressemble pas de chercher à calmer le jeu.

    C'est pourtant l'amour d'Israël qui me pousse à soutenir l'Appel à la raison.  Et c'est en son nom que je vous appelle à faire de même en cliquant sur Jcall.eu.

A l'origine, on trouve des juifs,

israéliens, comme les diplomates Elie Barnavi et Avi Primor,

ou européens : des rabbins, des artistes, des intellectuels, des journalistes, tous connus pour leur attachement à la souveraineté de l'état d'Israël.

Tous ces fidèles parmi les fidèles nous déclarent : "L'alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien est dangereux car il va à l'encontre des intérêts véritables de l'Etat d'Israël".

 

   Israël a été la plus belle utopie du vingtième siècle.

   Le Juif errant disait non à l'ancienne malédiction et rentrait au pays de ses ancêtres pour, enfin, poser ses valises, être chez lui et faire pousser des fleurs dans le désert. Mais ce n'était pas le énième avatar du principe des nationalités, le nouvel état affirmait aussi des valeurs morales, son attachement à la démocratie, à l'étude, son respect des libertés privées et publiques.

Hélas, son droit à l'existence est contesté depuis depuis les origines, le jardin d'Eden n'est qu'un champ de bataille. Plusieurs générations n'ont connu que la guerre qui use et détruit.

Il y a les morts, les blessés, ce sont les plus évidents des malheurs. Mais l'abaissement moral d'un peuple en guerre, c'est un dommage pernicieux et difficile à réparer. La majorité des Israéliens en ont conscience et souhaitent d'abord vivre, vivre en paix.

    Évidemment, pour faire la paix, il faut être deux. Rien n'est possible avec des adversaires qui trouvent un avantage dans la guerre et sont bien décidés à faire échouer tout accord. Il serait illusoire et contre-productif de chercher à négocier avec le Hamas ou le Hezbollah.

    Des bellicistes inconséquents, on en rencontre aussi en Israël : une extrême-droite qui se dit religieuse mais qui se montre surtout raciste et xénophobe, le comble pour les représentants du peuple victime de la Shoah. Une injure à la mémoire des pionniers.

    L'avenir d'Israël et la paix ne sont pas condamnés, la solution est même de plus en plus évidente : mettre hors-jeu les fous de guerre et porter au pouvoir les bonnes volontés.

    La théorie est plus facile que la pratique. Pour neutraliser les  démagogues qui exploitent la peur, les citoyens ont besoin de l'appui de tous les démocrates.

    Nous pouvons les aider en combattant les préjugés et les généralités. Dans nos quartiers et nos médias,  il faut refuser la victimisation systématique des Palestiniens. Le Hamas est un parti criminel, il faut savoir le dire bien haut.

    En face, même si notre coeur penche vers Israël, soyons justes. On y rencontre aussi des va-t'en-guerre, des racistes et des corrompus, ils ne sont pas nos amis. L'indulgence envers eux est une faute mais il faut avoir confiance en la démocratie israélienne.

    Les soi-disant antisionistes, vrais antisémites, nous rabachent consciencieusement que toute la colère des Arabes repose sur le conflit israélo-palestinien. Une fois la paix établie, preuve sera faite qu'il ne s'agissait que d'un prétexte.

    En même temps que la paix progressera la justice.

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 08:47

Les plate-formes pétrolières, jusqu'à présent, ne faisaient des morts que chez les ouvriers qui y travaillaient.

C'était probablement sans importance ... en tout cas, on n'en parlait pas.

Une espèce d'apocalypse est en cours... ce coup-ci, on en parle.

On trouvera des responsables mais la fureur des bien-pensants n'ira pas jusqu'à condamner ces forages déments.

L'amour du pétrole est une passion fatale.

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 20:26

  Une histoire, solidement cousue d'un fil blanc aussi épais qu'une corde de pendu.

  Le code de la route impose au conducteur une tenue qui lui permette d'être à l'aise au volant pour diriger son véhicule en sécurité. On a même connu la mode des sièges chauffants qui permettent, en hiver, d'ôter son manteau avant de s'installer aux commandes.

Simple prudence, Il ne viendrait à personne l'idée de conduire ficelé dans une camisole de force, et pourtant... 

   Une automobiliste conduit empaquetée dans un voile intégral (également nommé "sac-poubelle") qui, visiblement, ne lui permet pas toute l'autonomie souhaitable. Arrêtée, elle se voit infliger l'amende modique d'une vingtaine d'euros.

A sa place, qu'auriez vous fait ?

Vous auriez écrasé, accusé le coup, surtout quand la discrétion est dans votre intérêt.

    Pas elle. Elle proteste, essaie de faire annuler le PV.

Peut-être était-ce sa manière de lancer un appel au secours, de faire connaître sa situation ?

En effet, à la suite de sa réclamation sont enclenchées vérification, enquête et ... découvertes : le mari de la récalcitrante est un islamiste intégriste (pléonasme), militant et polygame ; chaque épouse étant suivie d'enfants, elles bénéficient des allocations familiales et allocation-parent isolé.

   L'histoire abondamment répandue sur les ondes, la réaction populaire se manifeste.

Depuis la cour d'école où il jouait au gendarme et au voleur, le Français garde chatouilleux le sens de la justice. Il est indigné, horrifié d'apprendre qu'on puisse être polygame en France et faire entretenir toutes les coépouses par la caisse d'allocations familiales, alors que tant d'honnêtes gens n'arrivent pas à joindre les deux bouts.

Au passage, son indignation fait l'affaire des propagandistes d'un certain projet de loi anti-burqa, même si les esprits grincheux ne peuvent éviter quelques interrogations. 

L'usage du mot polygame, dans la circonstance, est impropre. En France, si on a plusieurs compagnes, on cohabite, on n'est pas marié. On ne peut avoir qu'une épouse à la fois. C'est pour ce motif que la loi impose au mariage civil de précéder la cérémonie religieuse.

Un nostalgique se rêve en imitateur du prophète avec ses quatre épouses, la loi ne se plie pas aux folies des uns et des autres ; légalement, il a une épouse et trois maîtresses. Leurs enfants ont droit à la même protection que tous les enfants qui vivent sur le territoire français, ils n'ont pas à subir les conséquences des fautes de ceux qui les ont fait naître.

Toute personne qui a fait, un jour, la demande d'une allocation ou une autre, a pu expérimenter à ses dépens le maquis de tracasseries, contrôles et justificatifs auxquels il doit satisfaire. La charge de la preuve, c'est toujours au demandeur qu'elle revient.  S'il est exact que les mères reçoivent une allocation de parent isolé (c'est à vérifier), l'explication est à demander à la CAF.

Toujours sous réserve que l'information soit exacte, c'est l'épouse officielle, celle qui est légalement mariée qui a déposé le recours à l'origine de l'affaire. Et si elle l'avait fait pour donner un coup de pied dans la fourmilière, pour être débarrassée des co-épouses et de leur progéniture ?

Justement, des voix s'élèvent pour demander que le mari, naturalisé par mariage, soit déchu de la nationalité française ; l'expression glace tous les démocrates depuis un fâcheux précédent, la politique raciale de Vichy.

Que faire ?

   Difficile de protéger La Liberté en bloc, celle des uns s'arrêtant au seuil de celle des autres. Il reste que les forts se libèrent facilement au détriment des plus faibles qui n'ont qu'à subir.

Une femme déclare : "C'est ma volonté et ma liberté de me voiler", on peut la croire, ne pas chercher plus loin. C'est une attitude confortable, facile comme l'aveuglement qui nous interdit de sortir un adepte des griffes d'une secte. Elle nous évite les questions gênantes sur l'emprise mentale.

Qui lui a mis cette idée dans la tête ? Elle ne lui est pas tombée du ciel, il a fallu une rencontre.

La converties est un cas particulièrement intéressant. Généralement issue de milieux éloignés de l'islam et même de toute confession, elle a rencontré Dieu avec l'amour. Elle n'a pas d'histoire personnelle avec la religion, aucun passé où puiser les expériences qui lui permettraient de faire la part de la séduction et celle de la foi. L'homme qu'elle aime semble animé par une force supérieure ; elle se sent appelée à partager son aventure, elle veut se montrer digne de lui. Alors, elle fait tout ce qu'il veut, elle devance même ses désirs. Il n'est pas de prosélyte plus exigeant (et agaçant) que les néophytes. Elle est de bonne foi quand elle affirme avoir choisi sa vie, elle n'est pas consciente de l'autorité qui la gouverne, elle est sous influence.

   Le "gourou", comme dans toute secte, veille à garder le contrôle de la situation. Il organise la vie de sa victime pour qu'elle ne soit jamais seule. Quand il n'est pas là, il faut qu'elle soit surveillée par d'autres adeptes qui lui éviteront toute tentation d'aventure personnelle. Il est prudent ; loin des yeux, loin du coeur, l'adepte peut perdre la foi ou se précipiter vers un autre amour et une autre religion si la cage est tant-soit-peu ouverte.

Le moyen le plus efficace de faire cesser l'emprise, c'est donc la fin de l'histoire d'amour. Plus facile à dire qu'à faire.

Restons, au moins, conscients des responsabilités.

Au lieu de nous en prendre aux victimes, combattons leurs bourreaux.

Des pistes doivent s'ouvrir. Pour s'en tenir à ce fameux voile intégral, à supposer qu'il soit effectivement interdit, au lieu de verbaliser la porteuse, pourquoi ne pas sanctionner l'homme qui la dirige ?

Tout ne serait pas gagné mais nous aurions montré que nous ne sommes pas naïfs et que nous ne sommes pas prêts à capituler sur le terrain des libertés.

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 23:10

    Je vous parle d'un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître ; au début des années soixante, les événements qui vont suivre avaient déjà un arrière-goût d'antiquité.

 

   Le cadre : un village du nord de la France avec son église, sa mairie, son école de filles et son école de garçons, un petit millier d'habitants, de moins en moins paysans, de plus en plus ouvriers, mais toujours entourés de potagers et poulaillers. 

    Les personnages-clés :

Un prêtre comme on en voyait peu, même à l'époque.

Le concile n'était pas encore passé, on ignorait les termes "traditionaliste" ou "intégriste" mais notre curé en était la parfaite représentation.

Ancien poilu de la Grande Guerre, il n'avait jamais décroché de son bureau le portrait de son idole, le Maréchal Pétain, ceux qui voulaient lui trouver des excuses disaient que c'était le choc de la guerre, qu'il n'était jamais vraiment sorti des tranchées.  Pour calmer le jeu, des paroissiens audacieux avaient bien essayé d'obtenir le remplacement de l' effigie du Maréchal par celle du Général De Gaulle, ils tombèrent de Charybde en Scylla : l'obstiné déposa une toute-petite photo du général, alors Président de la République, au pied du grand portrait de son héros, avec abondance de commentaires sur la hiérarchie des préséances. Les habitués du presbytère n'y prêtaient plus attention, seuls les hôtes de passage étaient encore assez choqués pour réprimer un haut-le-coeur.

C'était le cas des missionnaires diocésains. Chaque année, il appelait à l'aide cette escouade de jeunes prêtres faméliques pour assurer, avec plus de talent que lui, le prêche de la neuvaine à Ste Rita ... car ce fervent passionné de l'ordre et de la musique militaire (hélas ) avait aussi le sens des affaires.

D'une chapelle carrément minable et d'une laideur confondante, il avait réussi à faire un lieu de pèlerinage rémunérateur ; le négoce d'objets de piété, huile, baume, images et  médailles, transformait l'entrée de la chapelle en véritable souk, parfaite évocation des marchands du temple.  La Ligue paroissiale des Femmes  fournissait les vendeuses, évidemment bénévoles ; l'argent rentrait sans faire un sou de dépense, preuve que Ste Rita est bien la Sainte des causes désespérées. S'inclinant devant la réussite, l'archevêque reconnaissant passait sur les bizarreries et accordait à l'homme d'affaire toute l'aide dont il pouvait avoir besoin.

Les nourritures terrestres ont un charme puissant, même sur les hommes de Dieu ; les jeunes missionnaires  pauvres abandonnaient très vite leurs réticences, amadoués par la cuisine exceptionnelle de la gouvernante. La Neuvaine Sainte Rita occupait dans leur agenda le statut envié de vacances gastronomiques.

    En face, qui pouvait chercher à lui mettre des bâtons dans les roues ?

Le maire ? Non. Le pauvre homme vivait douloureusement son état de pécheur, il était divorcé remarié.  Dans l'espoir d'obtenir le pardon divin, il tenait avec application, à défaut de talent, le grand orgue de l'église. Il faisait ce qu'il pouvait, après des dizaines d'années, toujours autant de fausses notes tirées d'un instrument exceptionnel qui aurait comblé un virtuose. La musique reliait le maire et le curé, ils étaient aussi nuls mais on n'a jamais vu (ou plutôt, entendu) de messe sans musique. Ensemble, ils appelaient musique le bruit impressionnant qui sortait des tuyaux, ils étaient contents et solidaires. Pas de guerre à craindre du côté de la mairie. 

     L'ancien poilu ne connaissait qu'une opposition de taille : le couple de mécréants qui dirigeait l'école de garçons

Ces enseignants combatifs appelaient laïcité  la guerre qu'ils faisaient à la religion. Ils étaient exactement les adversaires qu'il fallait à ce curé-là et le village était le public de leurs joutes incessantes.

Presque toutes les familles étaient concernées.

En ce temps-là, c'était avant les lois Debré et les contrats d'association, entre les frais de scolarité, d'hébergement et de transport, il fallait de l'argent pour fréquenter l'école confessionnelle. Au village, seule la bourgeoisie rurale, celle du négoce de bestiaux, confiait ses enfants à des internats privés dont la cherté rivalisait avec le mauvais résultat des études. Les parents en attendaient une certaine discipline pour les garçons et l'apprentissage des vertus domestiques pour les filles. Le niveau d'enseignement leur importait peu ; quant-à la formation professionnelle, les pères se chargeraient, le moment venu, d'apprendre à leurs fils comment tâter le cul des vaches et les négocier.

Les autres, c'est-à-dire l'immense majorité des élèves, fréquentaient l'école du village, même les enfants des partisans du curé. Ils étaient donc en première ligne sous le feu des adversaires de la soutane.

  Ils trouvaient souvent l'occasion de déterrer la hache de guerre en la personne des ... enfants de choeur (!)

En ce temps-là, on n'avait pas encore pris l'habitude de voir la messe servie par des adultes ou de grands adolescents. Les enfants de choeur étaient des garçons d'une dizaine d'années inscrits à l'école du village.

Messe du dimanche ou fête carillonnée ne posaient aucun problème, l'école étant fermée. La situation se compliquait quand une cérémonie était prévue en semaine, un jour de classe.

Bien sûr, il n'était pas question de laisser les élèves quitter l'école à tout moment pour l'église.

Plus grave, les morts ne faisaient rien pour calmer le jeu ; beaucoup d'enterrements se déroulaient en dehors des vacances scolaires. C'était encore l'époque des funérailles d'antan chères à Brassens ; il existait plusieurs classes d'enterrements et une première classe ne se concevait pas sans un minimum de personnel. Il fallait au moins deux enfants de choeur.

Impossible de renoncer au décorum et au profit qui l'accompagnait ; les gamins, eux-mêmes, tenaient au respect des usages, surtout celui du pourboire que la famille du défunt laissait aux enfants de choeur.

Alors, c'était la chasse au prétexte. Le plus souvent, la mère faisait un mot d'excuse pour expliquer, sans plus de précisions, que son fils devait assister aux obsèques d'un proche.

Difficile de s'y opposer mais l'astuce ne tenait pas longtemps ; le cortège funèbre traversait le village et les informateurs ne manquaient pas pour dénoncer le coupable au directeur. Alors venait le temps des représailles, parfois des punitions injustes sur de vagues prétextes (là aussi), des fautes imaginaires. L'ambiance était détestable et la victoire incertaine pour le curé.

    Les timides et les influençables pouvaient changer de camp à tout moment. Il fallait trouver un coup décisif, porter l'estocade en se ralliant les familles.

Le curé se mit à réfléchir intensément, il fouilla sa mémoire et les archives et il trouva.

     Les enfants bravent les punitions pour servir aux enterrements dans l'attente d'un pourboire. Il faut donc les attacher par des promesses, leur permettre de gagner des sous et des cadeaux.

On va ranimer les vieilles traditions pascales au profit des enfants de choeur.

Le dimanche des Rameaux, suivant la tradition, les paroissiens font bénir des branches de buis et les rapportent chez eux pour s'attirer un an de bénédiction. Les intérieurs dépourvus du rameau sacré sont rares ... mais on en trouve chez les distraits qui ont oublié la date, les imprévoyants qui se sont trouvés dépourvus de buis et les malades qui n'ont pu se rendre à l'église.

Les enfants de choeur vont réparer ces manques : ils vont apporter à l'église un gros fagot de buis et, après la bénédiction, ils vont aller le proposer de porte en porte. Les paroissiens qu'ils dépanneront leur glisseront bien une pièce.

Voilà une bonne idée mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?

    On va faire reprendre l'air aux crécelles.

Petit retour en arrière sur une vieille tradition qui se mourait et ne demandait qu'à reprendre vigueur :

La vie collective, dans les campagnes, est rythmée par les cloches sauf les vendredi et samedi saints ; la chrétienté endeuillée fait taire ses cloches. Alors, comment annoncer l'office du samedi soir ?

Autrefois dans le village, des groupes de pieuses personnes circulaient en agitant des crécelles de bois et criant devant chaque porte l'heure de l'office. Au fil des ans, la tradition s'était presque perdue mais les crécelles étaient presque intactes, un coup de chiffon et elles étaient bonnes pour le service.

Avoir, non seulement le droit, mais le devoir de faire du bruit, c'est un vrai plaisir pour tous les enfants. Les enfants de choeur ne font pas exception. C'est avec tout leur enthousiasme qu'ils ressuscitèrent la tradition.

Le samedi saint, ils secouaient les crécelles et le lundi de Pâques, ils refaisaient le même trajet pour recevoir leur récompense : munis d'un grand panier, ils faisaient la quête aux oeufs.

Les paroissiens qui avaient des poules leur donnaient des oeufs, ceux qui n'en avaient pas déposaient quelques pièces dans le panier. Le rendement était bon, même auprès des adversaires du curé ; en ce temps-là, on donnait toujours, si peu que ce soit, aux demandes effectuées par des enfants.

Les gamins empochaient les sous, leurs mères récupéraient les oeufs.Tout le monde y trouvait son compte.

 

C'est ainsi qu'un personnage déplaisant réussit à se maintenir une improbable popularité.

 

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 09:10

      Le vendredi Saint, pour les chrétiens, c'est l'anniversaire du supplice de Jésus.

En mémoire du sacrifice fondateur, les catholiques célèbrent l'Office des Ténèbres, un rituel empreint de deuil et d'émotion (heureusement ennobli par de merveilleux airs baroques comme "Les leçons de ténèbres" de M.A. Charpentier, hélas fort oubliés.)

       C'est un temps fort de l'année liturgique. A Rome, l'homélie du Vendredi Saint n'est pas dite par n'importe-qui, on ménage les forces du vieux pape pour qui ce n'est que le début du marathon pascal, mais c'est un prélat important qui se charge de porter la parole au nom de la Curie Romaine. Ce vendredi saint 2010, le travail est revenu au cardinal P. Raniero Cantalamessa, digne représentant de la pensée pontificale et ... pontifiante.

      Dans le contexte actuel, fait de honte et de repentance,  on surveillait la parole de l'autorité centrale. On ne s'attendait pas à ce que le monsignore se couvrît la tête de cendres en s'abîmant dans l'affliction. Quand on parle au nom d'une Eglise Sainte, Apostolique et Romaine, on ne se départit jamais de la dignité due à son rang, mais on s'attendait à une parole chargée de sens. On voulait entendre ce que le sommet de la hiérarchie catholique avait à dire des turbulences liées aux scandales qui la poursuivaient.

Et il fut dit.

Le cardinal évoqua une lettre d'un ami juif.

Vous l'aurez certainement remarqué, la providence permet à tout raciste de faire état d'un ami appartenant à la race honnie ; il semble qu'encore une fois elle ait bien fait les choses.

Le supposé ami opérerait un parallèle entre  les accusations qui s'accumulent contre les prêtres pédophiles et l'antisémitisme.

    Comparaison hautement improbable, on n'imagine pas qu'un juif, même animé de la haine des siens, puisse faire le moindre rapprochement entre la persécution millénaire d'un peuple et les misérables ennuis d'un clergé qui ne risque pas grand-chose hormis sa réputation.

Il y aurait à peine de quoi hausser les épaules ... mais le peuple juif est le peuple de la mémoire. Il n'a pas oublié la persécution toujours active même si elle est plus feutrée pour cause de politiquement correct.

     On ne soupçonnait pas les juifs de jouer à touche-pipi avec les gamins, on les accusait de pratiquer des crimes rituels, de sacrifier des enfants chrétiens (dans une religion sans sacrifices !) pour utiliser leur sang dans la préparation du pain azyme. Il faut être d'une crasse ignorance pour imaginer qu'on puisse incorporer du sang dans le pain, azyme ou non. Au passage, les chrétiens ne sont pas les mieux placés avec leur transsubstantiation. Peu importe, qui veut tuer son chien l'accuse d'être enragé, on n'hésite pas devant les pires invraisemblances quand on a seulement besoin d'un prétexte pour justifier l'injustifiable.

     Quand ces temps barbares eurent laissé place aux lumières, il fallut trouver des tracasseries plus présentables. Le clergé se contenta de procéder à des baptêmes clandestins et des conversions forcées d'enfants juifs, ce qui lui donnait un prétexte pour les enlever à leur famille ... pour la plus grande gloire du Seigneur.

      Certes, il ne faut pas oublier la Shoah qui vit des ecclésiastiques se muer en Justes. Il faut se rappeler que certains ont même veillé à ne pas éloigner leurs protégés du judaïsme. Que justice leur soit à jamais rendue, mais l'héroïsme de quelques uns ne rachète pas l'antisémitisme des autres.

Ce cardinal romain nous prend tous pour des amnésiques et des malhonnêtes.

Les catholiques, en l'écoutant, doivent se dire qu'avec des amis pareils on n'a vraiment pas besoin d'ennemis.

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 22:07

  " Qui casse paie." On nous l'a dit et répété quand nous étions enfants pour nous inciter à respecter les affaires des autres. Nous avons trouvé que c'était juste et logique donc nous y avons cru.  Nous avons eu peur des accidents que nous pourrions provoquer et nous avons souscrit à des contrats d'assurance-responsabilité civile pour nous protéger du risque.

   Pour certains métiers, la crainte confine à l'obsession, il suffit d'évoquer le montant des primes payées par les chirurgiens. Plus généralement, avant d'avoir gagné le premier centime en exerçant votre activité, il faut commencer par débourser de quoi vous offrir le droit de travailler.

 

En réalité, nous étions bien timorés. Le risque de casser est une peur de pauvre.

Devenez riche, insolemment riche, et vous ne serez plus responsable, vous pourrez casser, salir, détruire sans que personne ne vous réclame rien. On vous grondera, vous serez montré du doigt mais vous n'aurez rien à débourser.

Vous ne me croyez pas ?

Imaginez : vous détenez un gros stock de résidus pétroliers de mauvaise qualité, vous avez toutes les peines du monde à trouver acquéreur. Le jour où un client se présente, vous lui faites un prix, trop content de voir disparaître le fardeau, mais, pour convoyer la marchandise, à ce prix-là, il faut trouver un transport "low cost".

Et ça tombe bien, un bateau pour voyageur pas difficile vous en avez un sous la main. Il est bien un peu (et même beaucoup) délabré, l'équipage est pour le moins disparate, une vraie Tour de Babel, mais il ne faut pas espérer une Ferrari pour le prix d'une deux-chevaux à la casse.

Content d'avoir résolu votre problème, vous expédiez vos déchets empoisonnés sur le tas de ferrailles.

Au premier pépin, sans surprise, le soi-disant pétrolier se transforme en Radeau de la Méduse et tous les funestes déchets enduisent des kilomètres de côte.

 

L'opinion est scandalisée. Vous êtes fort poliment convoqués devant la justice en compagnie de vos complices (propriétaire et certificateur du tas de ferraille) et là, miracle (!) on vous gronde, le juge déclare sévèrement que vous êtes coupables mais que vous n'aurez pas à indemniser les victimes.

Il vaut mieux détruire toute une côte qu'érafler une peinture avec la pédale de son vélo.

     Vous vous rappelez la fable du savetier et du financier, elle est toujours de saison. La justice sait être douce pour les puissants comme elle est dure pour les faibles.

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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 23:01
    Ces derniers temps, les climato-sceptiques reprennent du poil de la bête ; le public leur tend une oreille un peu moins sévère.
    L'hiver qui se termine, sans être exceptionnel, s'est montré un peu plus rude que les précédents. On a beau répéter qu'une orientation climatique ne se juge pas sur une seule année dans une seule région, les esprits craignent moins un réchauffement qu'ils ne l'espèrent.
    Beaucoup osent avouer qu'ils n'y croient pas vraiment, ils sont agacés par ce qu'ils  appellent l'omniprésence du changement climatique dans les médias. C'est le moment difficile que traversent toutes les informations, même les plus graves ; quand le public est à saturation, il ne suit plus.
   Cherchez à qui la situation profite : à tous les négateurs du réchauffement climatique. Ils profitent de l'occasion pour se replacer dans la course aux médias où des oreilles les écoutent avec une nouvelle bienveillance.
     Qui sont-ils ? On y trouve de tout : des scientifiques dont les conclusions diffèrent de celles du GIEC et des lobbyistes. Les premiers ne rechignent pas à soutenir les seconds ; l'industrie a des moyens et il est difficile à un chercheur nécessiteux de refuser des subsides.

     Après les tableaux apocalyptiques autant qu'incontestés, le ton des médias a changé, la dernière mode est à la confrontation : un chercheur du GIEC contre un climato-sceptique. Tout ce beau monde s'arc-boute sur ses convictions et le spectateur semble réduit à un choix mortel : être ruiné, victime de la décroissance, ou léguer une catastrophe à ses enfants. Choisir entre la peste et le choléra, posée de cette manière, la question ne mène à rien.
     Et si on faisait une sorte de "pari de Pascal"
 (pour mémoire : si je parie que Dieu n'existe pas, je ne prépare pas ma vie après la mort.
 Si Dieu existe, je perds ma vie éternelle.
En revanche, si je parie que Dieu existe, je gagne la vie éternelle donc beaucoup plus que ma petite vie terrestre.,
S'il n'existe pas, j'ai quand-même vécu donc je n'ai rien perdu.
 J'ai tout avantage à parier que Dieu existe.)

Aucun rapport avec le changement climatique ?
      Voyons de plus près.
    
      Parions que l'hypothèse du réchauffement est la bonne.
 Nous modifions nos habitudes. 
Nous privilégions les sources d'énergie sans carbone et les cultures plutôt que l'élevage. La forêt demeure  sur pied, on cesse de lui substituer le palmier à huile sans intérêt alimentaire. On admet enfin que l'homme doit se nourrir là où il vit : l'agriculture vivrière avant l'exploitation industrielle des sols et l'économie de rente.
Un accroissement modéré de la population ménagera la terre et ses ressources. Les femmes trouveront mieux à faire que des concours de reproductrices.

Qu'aurons-nous gagné ? ... Peu de chose : la santé !
L'humanité en bonne santé pourra enfin développer ses talents. Ce ne sera pas la décroissance mais une meilleure croissance.

Peu importe que le réchauffement climatique soit une réalité ou une idée fausse.
C'est notre intérêt d'y croire.
Comme dit le poète, "Notre père qui êtes aux cieux, restez-y", notre pari de Pascal tient sans vous.

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 10:07

Numéro 920 - 01.02.2010 - 17 Shevat 5770 

Ce texte a été copié dans Israël Infos que nous remercions


."Nous ne serons jamais des vivants comme les autres, nous sommes des survivants"
Témoignage de Sam Braun, à l'Hôtel de Ville de Paris le 24 janvier 2010 -Commémoration du 65ème anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz.

Il fut retrouvé, peu de temps après coupé en trois morceaux, mais quand nous avons appris le vol du fronton du portail d'Auschwitz, toutes les images du camp, une fois de plus, se sont imposées à nous et nous avons été nombreux, devant la profanation de ce symbole devenu sacré car gardien de l'entrée d'un immense cimetière, sans pierre tombale, sans sépulture, sans linceul, nous avons été nombreux à l'avoir vécu comme une espèce de viol.


Viol de la mémoire de ceux qui tous les jours rêvaient de la liberté, si lointaine, là-bas, de l'autre côté du fronton et essayaient de survivre malgré l'inhumanité et la barbarie, la violence et l'indicible ; viol de tous les martyrs qui n'ont franchi le portail qu'une seule fois, puisque leurs assassins les attendaient près d'une fausse salle de douche ; viol de nos familles qui ont été décimées, de tous ceux qui n'ont laissé personne derrière eux et dont le nom s'est éteint, alors que s'allumaient les fours crématoires ; viol de tous les enfants dont le sourire était la seule arme.

Certes, nous n'avons pas été les seuls à être indignés par cette profanation, mais ceux qui le furent n'ont pas été meurtris dans leur chair comme nous l'avons été nous-mêmes, car ils n'étaient pas là-bas durant les années noires.
"Le travail c'est la Liberté", dit en allemand le fronton, mais sous le joug nazi notre travail c'était le bagne, notre liberté les chambres à gaz et c'est parce que nous avons souffert là-bas mille morts que ce vol a ravivé nos plaies mal cicatrisées.

Car quoi que nous fassions, quelle que soit la qualité et la réussite de notre résilience, nous serons toujours des survivants même si nous donnons, parfois, l'illusion d'être des vivants comme les autres
"L'arrêt de la maltraitance n'est pas la fin du problème" a écrit Boris Cyrulnic.

De l'extérieur, souvent, rien ne parait, comme si nous avions abandonné au vestiaire de notre passé, les faits innommables auxquels nous avons assisté et dont nous fûmes, bien souvent les sujets ; la violence qui nous entourait et la faim, cette faim permanente et douloureuse, Même s'il n'en parait pas, nos souvenirs, lovés dans un coin de notre mémoire, ne sont jamais bien loin puisqu'il suffit de peu de chose pour les faire resurgir. Une image, un bruit, une odeur et ils arrivent en foule dans une bousculade infernale laissant toujours les plus cruels prendre les premières places.

L'insupportable survie au camp et la folle Marche de la Mort, nous visitent bien souvent et revivent en nous, même si avec le temps, l'intensité de la douleur s'est un peu émoussée.
Malgré notre volonté de rendre notre mémoire d'Auschwitz moins corrosive en nous intégrant dans un monde normal ; malgré nos efforts pour cultiver le paraitre afin de masquer l'être intime, parfois trop douloureux, les 65 années passées n'ont pas réussi à faire de nous, tout à fait des vivants comme les autres.
Dans ce monde inégalitaire il y a des vivants qui le sont différemment des autres, nous sommes de ceux-là.

Quelle que soit la vie que nous avons menée après la Shoah et la famille que nous avons créée ou reconstituée, quelle que soit notre réussite sociale, nous n'avons jamais été véritablement libérés du Lager, comme l'appelait Primo Lévi et nous nous réveillons parfois en sueur, après un cauchemar qui a fait revivre le camp.

Force est de constater que nous ne sommes pas des vivants tout à fait comme les autres.

Pour Nathalie Zajde, nous revivons fréquemment l'inimaginable Shoah et l'assassinat systématique des Tziganes, parce que dans les sociétés actuelles, telle une déferlante universelle, apparaissent des épurations semblables à celles que nous avons connues.
Mais il y a d'autres raisons. Si nous sommes et resterons toujours des survivants parmi les vivants, c'est aussi parce que nous avons été jetés sur une autre planète, là où régnaient en maître l'iniquité, la brutalité et où la mort était devenue familière.

Comment chasser de notre mémoire les appels qui duraient si longtemps alors que nous restions debout, sans bouger, dans le froid et le vent glacial ; comment oublier les "visites des musulmans", comme ils disaient, au cours desquelles la mort nous attendait pour nous donner rendez-vous ; comment éliminer de notre mémoire les morts-vivants que nous croisions dans les allées du camp et qui marchaient pliés en deux comme s'ils étaient en prière ; nous ne pouvons pas les oublier, car nous étions ces morts-vivants !! Comme eux nous marchions courbés par la faim et la fatigue, comme eux nous étions glacés l'hiver dans nos vêtements trop légers, comme eux nous protégions jalousement notre gamelle pour éviter que nous soit volée le peu de soupe infâme qu'ils nous donnaient pour subsister.

Nous étions effectivement sur une autre planète quand, le 18 janvier 1945, gardés par les SS et les chiens, quittant le camp pour la dernière fois, nous sommes partis en exode qui deviendra très vite, une effroyable Marche de la Mort. Marche hallucinante vers nulle part.
La victoire qui leur échappait, décuplait la violence des SS. Au camp nous avions connu la folie, là, nous étions en pleine démence
Le nombre de compagnons assassinés augmentait sans cesse et leurs cadavres, laissés sur le bord de la route jalonnaient notre passage. Parfois, celui à côté duquel nous marchions depuis des heures, ne pouvant plus avancer, s'affaissait sur la route et mourant était bousculé, presque piétiné par ceux qui suivaient et qui ne l'avaient pas vu. Je ne peux chasser de ma mémoire le jour où ils nous ont entassés sur des wagons de marchandises et demeure encore horrifié par tous les morts ........ou presque morts, sur lesquels nous nous sommes affalés tellement nous étions épuisés.
Toutes ces morts injustes sont souvent présentes dans notre mémoire et surgissent sans crier gare
Même si nous avons essayé de vivre afin de pouvoir un jour exister, nous restons habités par tout ce que nous avons vu et vécu là-bas, car on n'est pas indemne d'un passé indicible !!
Mais il y a aussi une autre raison à notre état de survivants : nous avons maintenant conscience d'être les derniers témoins à pouvoir dire "j'y étais et j'ai vu". Alors que les truqueurs, les maquilleurs de la réalité, révisionnistes et négationnistes se renouvellent de génération en génération comme toutes les mauvaises herbes, nous qui sommes les derniers à pouvoir faire revivre nos morts, nous nous demandons sans cesse si nous avons suffisamment œuvré pour que la véritable Histoire puisse ne jamais être réécrite au bénéfice d'odieux mensonges. Avons-nous suffisamment contribué à l'indispensable "travail de mémoire" ?
Chaque fois que nous rencontrons des adolescents pour parler des dangers de tous les extrémismes et que nous décrivons les actes de barbarie auxquels nous avons assisté ; chaque fois que nous expliquons où peuvent mener le fanatisme et la haine, le racisme et l'antisémitisme et que nous faisons revivre les étapes choisies pas les SS pour nous déshumaniser, même si nous le faisons avec modération ; chaque fois qu'à la fin de nos interventions ils nous demandent de leur montrer le numéro matricule tatoué sur notre bras gauche, chaque fois nous nous retrouvons à Auschwitz et vivons à nouveau ce que nous leur décrivons.
Alors, mes amis, acceptons ce fait inéluctable d'être des survivants parmi les vivants, acceptons de faire revivre nos familles et tous les martyrs anonymes que nous avons laissés là-bas, acceptons même nos cauchemars et les moments de la journée où tout nous revient comme une vague déferlante, acceptons tout cela, mais poursuivons inlassablement notre "travail de mémoire" pour donner du sens aux peu d'années qui nous restent.


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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 23:02
 ...C'est un joli nom, tu sais."

    Ils nous avaient quittés, Brel, Brassens, Ferré ... la chanson poétique s'était petit à petit dépeuplée. Il restait Jean Ferrat.
    Il vient de mourir et une époque, cette fois, est bien finie. En même temps que lui, meurt une certaine idée de la chanson française. La vision d'horreur du rap triomphant porté au rang de chanson à texte (et quels textes !) transforme notre chagrin en détresse.
     C'est qu'elles s'attachaient à nous les chansons de Ferrat.
La présence chaleureuse, sensuelle, de sa voix fixait en nous des textes parfois difficiles que nous aurions vite oubliés sans elle. Qui pourrait réciter en entier un poème d'Aragon sans le secours des chansons ? On arrive même à douter, à confondre les textes d'Aragon et de Ferrat ; ils sont tous des chansons de Jean Ferrat et c'est le plus bel hommage de notre mémoire à sa pensée.
      Ces jours-ci, les éloges ne vont pas manquer au chanteur ; il serait donc superflu que j'en rajoute. D'autres plus qualifiés s'en occuperont beaucoup mieux.

 Mais restons un moment auprès du Camarade.
      Beaucoup le situaient au parti communiste. En réalité, avec de nombreux intellectuels, il partageait  le titre de Compagnon de route : un camarade assez proche pour être des mêmes combats, assez indépendant pour ne jamais prendre la carte d'un parti.
      Sa liberté pointilleuse était source de malentendus.
Il me revient le souvenir de moments difficiles.
Sa chanson "Maria".
    Pour mémoire : pendant la guerre d'Espagne, deux frères ont choisi chacun un camp différent, ils se battent, l'un tue son frère puis se suicide sur le corps de sa victime. La chanson finit sur Maria, leur mère :
"si vous lui parlez de la guerre, si vous lui dites "liberté", elle vous montrera la pierre où ses enfants sont enterrés".
Dans l'intransigeance de la jeunesse, en bon petit soldat, j'ai rejeté ce qui pouvait être regardé comme une indulgence coupable, une trahison. Comment ?! Mettre sur un pied d'égalité le républicain et le franquiste, c'était intolérable. Les années venant, on apprend que la douleur et l'engagement appartiennent à deux registres différents. Il a fallu  attendre que le temps ait fait son oeuvre pour comprendre et faire taire la rancune envers le chanteur.
    Un autre poème connu de tous et tellement incompris : Nuit et Brouillard.
Deux mots n'avaient pas choqué à l'origine mais, dans les années 70/80 déclenchaient le trouble et l'incompréhension : "Ils essaient d'oublier".
On ne parlait pas encore du devoir de mémoire. Nous en revendiquions le droit, nous exigions la vérité du souvenir. Pour contrer l'entreprise négationniste qui fleurissait sans vergogne, nous allions de proclamation en appel, nous organisions réunions et conférences où des survivants racontaient inlassablement leur Shoah.
Ce que nous leur avons alors demandé, même après quarante ans, c'était épouvantable ; je m'en rends compte aujourd'hui, mais, sur le moment, nous n'en avions pas conscience. L'oubli nous était inconcevable ; forcément, ce n'est pas à nous qu'il revenait de replonger inlassablement dans l'horreur vécue. Nous nous permettions la plus grande sévérité envers ceux qui osaient évoquer l'oubli ; Jean Ferrat faisait partie de nos cibles.
Et pourtant ... son histoire aurait mérité plus d'égards.
Le père juif du jeune Jean Tenenbaum (c'est le vrai nom de Jean Ferrat) a été assassiné à Auschwitz.
Lui-même a eu la vie sauve grâce à des militants communistes qui l'ont caché, protégé, solidarité vivante qui est probablement le meilleur aspect du communisme à la française.
    Des liens indissolubles étaient fondés. Ils n'ont jamais été brisés mais ils n'ont pas dérivé.
Contrairement aux irréfléchis pour qui la fidélité excuse toutes les compromissions, Jean Ferrat savait dire NON à ses amis. Il leur a dit, leur a même chanté sa réprobation et sa souffrance quand les communistes français s'alignaient sur le soviétisme qui est au communisme ce que les marches militaires sont à la musique. Lors du coup de Prague, dans sa chanson "Camarade", il annonce la désillusion.
"C"est un nom terrible, camarade,
c'est un nom terrible à dire
quand, le temps d'une mascarade,
 il ne fait plus que frémir..."

Mais laissons lui le dernier mot :
"C'est un joli nom Camarade, c'est un joli nom, tu sais, qui marie cerise et grenade aux cent fleurs du mois de mai. Camarade ... "

Quand le temps des cerises reviendra, elles ramèneront la douceur de ses chansons.

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