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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 09:27

Même si vous ne croyez pas que cela puisse changer l'orientation du rouleau-compresseur qui vous écrase, MANIFESTEZ !

Pour ne jamais dire :

" C'est bien fait pour nous. On les a laissé faire pour les retraites, alors ils ont cru que tout leur était permis. Maintenant, c'est toute notre vie qu'ils peuvent écraser ."

 

...Il est bien question d'écrasement.

A quelle tristesse a-t'on réduit notre travail pour faire de la retraite notre seul espoir, croire que la vraie vie commence avec elle ?

Il ne faut pas s'étonner de notre acharnement à la défendre.

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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 10:15

       Les années ont passé ; Azéma n'a jamais revu ses bohémiens.
Dans les premiers temps, elle a espéré qu'ils reviendraient, qu'ils auraient peut-être des occasions de réapparaître au village. Mais on ne les a pas revus.
Que devenait "son" bébé ? Elle l'imaginait :" aujourd'hui, il a un an ... puis deux ... puis trois ..."
    Dans sa mémoire, il rejoignait son petit à elle, celui qu'elle n'avait pas vu grandir... puis elle haussait les épaules et se grondait :

"La vie de ces gens-là ne te regarde pas, ils font ce qu'ils veulent, ce qu'ils peuvent ...".
    Un peu à la fois, elle a cessé de dévisager les bohémiens de passage dans l'espoir de revoir les siens ; leur souvenir est logé dans un châle, et la vie continue.
    Elle est restée très proche de sa nièce Estelle, partageant les coups du destin.
    Estelle a fait un mariage d'amour. Pour fêter le tournant du siècle, une fillette lui est arrivée, Laure née en 1900. Mais le bonheur a été bref, le cher amour a été enlevé par la tuberculose. Il avait toujours voulu s'instruire, il savait ce qui l'attendait. Quand il a connu les risques, il a eu le souci de protéger les autres de la contagion. Il vivait en solitaire, rompant tout contact avec sa femme et sa fille ; à la fin de sa triste vie, elles étaient veuve et orpheline mais elles avaient échappé à la tuberculose. C'étaient des survivantes.                   

Il leur restait à vivre, gagner de quoi manger, se loger, se chauffer, élever une fillette ; la charge était bien lourde pour Estelle, petite couturière qui avait beaucoup de mal à faire payer ses clientes.
 Elle était jeune et fort jolie ; rapidement, des candidats se présentèrent, prêts à consoler la veuve. Trop marquée par son bonheur perdu, elle n'avait pas envie de se remarier mais, des aînés aux plus jeunes, tout son entourage se ligua pour la faire changer d'avis et ils finirent par la convaincre de dire "oui" à Auguste, un garçon honnête et courageux qui lui rapporterait de bonnes semaines et l'aiderait, le moment venu, à établir sa fille. A défaut de grand amour, Estelle avait retrouvé, avec un nouveau mari, confiance en l'avenir et sérénité.
    Hélas, il était dit que le destin lui en voulait. En 1914, c'est la guerre. Le solide travailleur de force est expédié comme servant d'artillerie à Salonique ... un pays éloigné dont Estelle ne supposait même pas l'existence.
   Au village, les hommes partis, il ne restait avec les femmes que des vieux, des malades et des enfants ; elles devaient tout prendre  en charge. Leur situation s'aggrava encore avec l'invasion : l'armée allemande installée chez l'habitant, bien décidée à vivre sur le pays et s'y établir pour longtemps.


   Estelle et sa fille ont rejoint Azéma. A trois, elles partageront les frais de chauffage et de lumière et, surtout, même si aucune n'ose en parler, elles auront moins peur.
Le premier été d'occupation, moisson sinistre, les allemands obligent les jeunes garçons et filles à arracher les ronces du sous-bois, les mettre en bottes, les rapporter au village, les écorcer pour extraire les fibres des tiges et les tresser en cordes. Tout le monde a les mains en sang.

Les Allemands ont beau faire peur, ils commencent à dévoiler leur cruel manque de ressources. La pénurie leur fera perdre la guerre ; en attendant, ils saignent à blanc le pays occupé.
    Les métaux sont indispensables aux armées ; les cloches sont descendues pour être fondues en canons et les habitants sommés de remettre aux autorités tous les objets métalliques en leur possession. La récolte  paraît maigre, ils soupçonnent les gens de cacher leurs biens ; des groupes de soldats visitent chaque maison pour s'emparer des métaux qu'on aurait voulu leur soustraire. Seuls réapparaîtront, après la guerre, les objets que leurs propriétaires avaient pris la précaution d'enterrer.
    C'est ainsi qu'un groupe de jeunes soldats force la porte d'Azéma et ses nièces ; ils retournent les tiroirs et bousculent les meubles. Malgré ses protestations, ils s'apprêtent à emporter les ciseaux de couturière d'Estelle lorsque l'un d'entre eux porte le regard vers le fond de la pièce et découvre le châle des bohémiens, toujours accroché au mur. Il le regarde intensément, se retourne vers les trois femmes terrifiées en demandant " qui ?" Azéma se croit accusée de vol, elle répond que c'est un cadeau.
Hélas, l'allemand d'Azéma et le français du soldat sont aussi limités ; la conversation n'ira pas plus loin. L'homme, abandonnant les ciseaux, pousse ses compagnons dehors et sort.
    Avec un soupir de soulagement, les trois femmes s'attellent au rangement lorsqu'on frappe à la porte. C'est un gradé plus âgé. Les villageois ont l'habitude de cet homme ; il connaît assez de français pour servir d'interprète dans les relations entre l'occupant et l'habitant.
Il demande à Azéma d'où lui vient le châle qui orne sa maison. Elle répète sa réponse : elle n'est pas une voleuse, c'est un cadeau, il lui a été offert, il y a un peu plus de vingt ans.

Son interlocuteur la rassure : personne ne l'accuse de vol . Le soldat qui lui a parlé du châle a été  étonné de trouver ici, dans un village français, des broderies comme on n'en trouve que dans son pays. Le jeune homme est soldat dans l'armée allemande mais il fait partie d'un contingent envoyé par l'allié hongrois. D'ailleurs, s'il parle mal le français, son allemand n'est pas beaucoup meilleur.
    Azéma se demande s'il vaut mieux raconter l'histoire du bébé ou garder le silence ; elle opte pour une demi-vérité, elle raconte que le cadeau lui a été offert par des bohémiens en remerciement d'un service qu'elle leur a rendu.
    L'envoyé n'en demande pas plus et la laisse à ses pensées.
Bien sûr, tout le monde aura deviné l'histoire qui germait dans sa tête :
Ce garçon vient du pays des bohémiens, les femmes de sa famille portent des broderies comme celles du châle. Et s'il était le bébé qu'elle a fait naître ...? L'âge correspond.
     Elle n'en peut plus, le désir d'avoir une réponse la submerge, mais ces hommes sont des ennemis. On interpréterait une tentative de contact comme une trahison ; impossible de revoir le jeune homme. Elle est sur des charbons ardents.
     Elle n'aura pas le loisir de se torturer plus longtemps, les Allemands battent en retraite, la guerre est finie.
     Azéma n'aura jamais que le rêve pour réponse.

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 10:07

   Ah, si la Nouvelle-Zélande était en Haïti !
La proposition en choquera plus d'un : pourquoi voudriez-vous qu'un pays riche ait à envier un symbole de la misère ?


   C'est juste une manière de remarquer l'extrême discrétion, pour ne pas dire le silence, avec laquelle nous avons accuelli ses dernières catastrophes. L'île vient de subir un tremblement de terre suivi d'une tempête ; il a fallu être attentif pour ne pas rater l'information.
   Les ONG ne cessent de faire remarquer la sélectivité avec laquelle nous réagissons aux malheurs du monde. Si vous avez besoin d'aide, il vaut mieux être haïtien que pakistanais, vous avez plus de chances d'être entendu.
 Évidemment, vous trouverez que l'exemple neo-zélandais est mal choisi. C'est un pays riche, il est parfaitement capable de se débrouiller. Il y a très peu de victimes, les constructions de qualité n'ont pas écrasé trop de monde et les secours opérationnels ont fait la preuve de leur efficacité. D'ailleurs, La Nouvelle-Zélande ne demande rien.


  D'accord ... Ils n'ont pas besoin qu'on leur envoie des tentes, des chiens d'avalanche et des pompiers, mais quelques mots de solidarité, c'est parfois un réconfort apprécié.
   Bien sûr, ils  sont loin, dans le fin-fond des mers du Sud. Les Français ne les connaissent que pour les All Blacks qui leur flanquent la raclée au rugby et les agneaux qui arrivent moins chers que ceux de nos terroirs. On ne se fait pas trop de souci pour eux.
   Eux, ils n'ont pas trouvé que nous étions si loin quand ils ont  laissé leurs moutons pour venir se faire tuer dans nos belles campagnes françaises pendant les deux guerres mondiales. Ils auraient pu dire "débrouillez-vous" mais ils ne l'ont pas fait, ils ont loyalement accompli leur devoir de membres du Commonwealth.
Alors, à côté d'un tel sacrifice, quelques mots de solidarité, cela ne coûte pas cher et ce serait décent.


La décence ... c'est, décidément, une qualité qui se perd dans notre vie publique.

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 19:08

      Aujourd'hui se multiplient les manifestations de soutien aux Roms.


 Impossible de laisser passer pareille journée sans évoquer Tante Azéma et ses bohémiens.


  Azéma, comme disaient les gens du village, Azelma pour l'état - civil, était une femme seule dans un village du Nord, à la fin du dix-neuvième siècle.  Comme toutes les filles de son temps, elle s'était mariée à vingt ans. Elle avait eu, très vite, un bébé ; mais la maladie avait emporté mari et enfant. Elle ne s'était pas remariée, elle n'avait pas non plus essayé de reprendre une place de jeune fille auprès de ses parents. Elle vivait seule et se débrouillait, ce qui n'était pas plus facile à son époque qu'en d'autres temps.


    Comment vivre à la campagne quand on n'a ni terre ni argent ? En exerçant plusieurs métiers.
 Comme beaucoup de femmes dans son cas, Azéma cultivait des légumes, élevait des poules et des lapins, faisait un peu de couture, se louait pour les battages et le démariage des betteraves. Surtout, elle avait, très tôt, montré un don particulier pour soigner, cajoler, rassurer et consoler. Dans un temps de pénurie, on manquait de médecins, de sages-femmes et d'infirmières, elle était devenue une vraie spécialiste du début et de la fin de la vie ; on l'appelait à l'aide pour mettre les enfants au monde, fermer les yeux des mourants et faire la toilette des morts.
     Ceux à qui elle rendait service lui faisaient un cadeau, rarement de l'argent, plus souvent une volaille ou d'autres denrées qu'elle pouvait échanger ou vendre.


    Ce soir-là, on est en automne, la nuit tombe de bonne heure, Azéma a fermé porte et volets. Quelqu'un frappe ; c'est le maire du village, il est accompagné d'un inconnu au costume étrange. Ils sont venus la chercher, dit le maire, pour lui demander d'assister un accouchement. Et il explique : le couple fait partie d'un groupe de bohémiens en route pour une foire, ils se sont écartés, le temps de confier au charron du village une réparation urgente, et la jeune femme qui est enceinte est entrée dans les douleurs plus tôt que prévu, alors qu'ils sont isolés. Elle n'a aucune expérience, c'est son premier enfant, elle a peur, toute seule, il faut absolument lui venir en aide.
     Azéma n'est pas vraiment rassurée, elle n'a pas l'habitude des étrangers, mais elle s'efforce de ne penser qu'au bébé, il a besoin d'elle. Elle les suit dans la nuit vers la roulotte. Et là, plus de réticences ni de craintes, tout ce qu'elle voit, c'est que l'enfant arrive dans la misère. Elle est habituée aux accouchements de pauvres, elle en a connu des intérieurs misérables mais, pour l'événement, les voisines s'y mettaient, il y avait toujours un bon feu dans l'âtre et assez de couvertures dans le lit.
      Rapidement, elle jauge la situation : le mieux serait de transporter la jeune mère au chaud et au sec mais le travail est commencé, il faut rester dans la roulotte et apporter le nécessaire.
Immédiatement, Azéma devient un chef. Pour se consacrer d'abord à sa patiente, elle embauche, pour les tâches subalternes, le maire et le futur père.
Puisqu'il n'est pas question d'allumer un feu dans la roulotte sans risquer l'incendie et l'asphyxie, il faut en faire un grand à proximité et y réchauffer quantité de draps, couvertures et bouillottes, apporter la chaleur là où le feu est impossible. Où les trouver ? D'autorité, le maire est prié d'aller se faire ouvrir les maisons voisines, ramener Estelle, l'aînée des nièces d'Azéma, avec mission de rassembler au plus vite le matériel. En moins de temps qu'il faut pour le dire, Estelle a frappé où il fallait et apporte le nécessaire.
Bébé peut faire son arrivée. Il prend son temps, c'est presque toujours le cas pour un premier, mais, en fin de compte, c'est un garçon, tout le monde est vivant. Les sauveteurs s'éclipsent discrètement pour laisser la mère et l'enfant prendre un repos bien mérité.
Azéma est soulagée. C'est qu'elle a eu peur de rencontrer un gros problème, un de ceux qui exigent de faire appel à plus compétent. C'est toujours dans ces cas-là que les femmes regrettent l'absence d'un médecin au village. Heureusement, le pire a été évité, elle peut rentrer chez elle, rallumer son feu (qui a bien dû s'éteindre pendant qu'elle réchauffait les autres !), et se coucher, enfin.
      Après une bonne nuit (ah,le sommeil du juste !), Azéma fait le tour des clapiers où les lapins l'attendent impatiemment ; au retour, elle en profite pour ramasser les oeufs ( Tiens, il n'y en a pas beaucoup, ce matin ... On voit que l'hiver approche). Enfin, elle rejoint la maison et trouve ... le bohémien de la veille qui l'attend sur le seuil.


     D'abord, elle s'alarme : serait-il arrivé un problème au bébé ? Comment lui expliquer que son aide est limitée aux naissances "normales", qu'elle fait de son mieux mais n'est pas médecin, qu'il faut aller en chercher un en ville si la mère ou le bébé ne vont pas bien ?
     Heureusement, le visiteur n'apporte pas de mauvaises nouvelles mais un paquet enveloppé dans un papier, sans recherche mais proprement. Il le tend vers Azéma, avec un air gêné :
 " C'est pour vous ! Tout s'est passé si vite, hier soir, que je n'ai pas eu le temps de vous remercier. Nous allons partir, à présent que la voiture est réparée, alors, je suis revenu vous apporter un cadeau. J'espère qu'il vous plaira". Et il s'en va, la laissant interdite avec son paquet dans les mains, avant qu'elle ait eu le temps de répondre qu'elle ne réclamait rien (mais, peut-être, l'aurait-elle vexé ?) et de lui demander tout simplement comment ils avaient appelé l'enfant. 
L'homme parti, Azéma se décide à ouvrir le papier et découvre un  châle tout brodé.


     N'oublions pas que les événements se déroulent quelques années avant 1900. A l'époque, les femmes ne portent pas de manteau mais des châles et des capes. Pour les travaux salissants, elles se contentent d'une pèlerine tricotée qui s'arrête aux hanches, on trouve encore des femmes âgées qui en portent à la maison. Pour les sorties plus élégantes, la mode est aux grands châles carrés pliés en diagonale ; leurs mesures sont prévues pour que les pointes du carré plié posé sur les épaules frôlent le sol. Inutile de préciser que ce vêtement était trop salissant pour être porté couramment à la campagne. Il était souvent rangé et transmis de mère en fille.
     Dans les années trente, quand la mode fut au style Henri II, avec ses tables carrées, beaucoup de châles  sortirent des armoires et devinrent tapis décoratifs, dès lors affublés de l'appellation "Châle-tapis".
Azéma, soumise à des travaux salissants, n'avait pas l'intention de se vêtir d'un tel article. Comme il était orné de grandes broderies colorées inconnues dans la région, il lui parut tellement magnifique qu'elle se dépêcha de l'accrocher au mur où il demeura en souvenir d'une expérience extraordinaire. 

 

                                                                                                 ...Prochainement, la suite ...

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 15:03

Les esprits supérieurs, ou prétendus tels, qui nous gouvernent n'aiment pas l'histoire.
Voilà un moment qu'ils nous l'ont fait savoir.


Il est vrai que les amateurs d'histoire sont aussi des chercheurs d'histoires
et, pour qui se veut chef, rien de tel que de mener paître les veaux en silence et en paix.


La dernière petite vexation qu'ils ont inventée, bien mesquine et méprisante : fermer le musée de l'AP-HP (Assistance Publique - hôpitaux de Paris).


On vous l'avait bien dit : la médecine est une science, elle n'a que faire des temps obscurantistes ; l'époque de Diafoirus est révolue, bientôt la fin d'Hippocrate.
   Partant de ce principe, ce sont tous les musées qu'il faut fermer. A l'ère de la conception graphique assistée par ordinateur, nous n'avons nul besoin de contempler peintures et sculptures. Les Arts et Traditions Populaires sont un autre tas de vieilleries dont on pourrait faire l'économie ...

Et voilà, le mot est lâché : économiser. Et l'enjeu est de taille : 0,002% du budget de l'AP-HP .


Il est bien loin le temps où la République recrutait ses élites, qui n'avaient pas honte du titre de Serviteurs de l'Etat, à la sortie de l'École Normale Supérieure, parmi de fins lettrés.

Aujourd'hui le temps est aux comptables, des bas-du-front qui rasent la moquette en faisant des soustractions et des divisions.
L'exercice aidant, ils en auraient oublié les mécanismes de la multiplication et de l'addition.   

Pour entretenir le geste, ils continuent à pratiquer ces exercices vieillots uniquement pour la rédaction de leur fiche de paie.


Ne cherchez plus, vous qui leur supposiez un tas de vilaines intentions ! Si leurs paies augmentent quand toutes les autres diminuent, c'est uniquement dans le louable souci d'entretenir un savoir.


Si, néanmoins, vous êtes toujours furieux de voir fermer ce musée, vous pouvez rejoindre les pétitionnaires sur :

 

  Association des amis du musée de l’AP-HP (ADAMAP)
47, quai de la Tournelle, 75005 Paris
Site Internet : www.adamap.fr
Mail : amis.du-musee@sap.aphp.fr et/ou webmaster@adamap.fr
Tél. 01 43 35 46 58 / Fax 01 43 02 94 04

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 15:29

    Une occasion, encore une (!) de faire référence à notre glorieux poète de l'impertinence : Georges Brassens : Au marché de Brive-la-Gaillarde, "Quand il s'agit de rosser les cognes tout le monde se réconcilie."
Hélas, les Cassandres des banlieues n'ont pas d'humour, ni le goût du sarcasme.

     Puisqu'ils ont l'air d'y tenir, essayons de poser avec sérieux la question qui les occupe : Comment faire de la police autre chose qu'une cible pour délinquants en bande ?
     Il s'est écrit assez de doctes articles sur les origines de la criminalité en banlieue.


Faut-il y voir une conséquence de la misère ?

La pauvreté n'est pas un monopole de la périphérie des villes ; à quand le retour des bandits de grand chemin dans les campagnes dévastées ? Certains allant jusqu'à prononcer le mot "ghettoïsation", la formule est une insulte pour ceux qui ont fait l'expérience du véritable ghetto. Essayons de rester lucides et de ne pas sombrer dans le ridicule des excès de langage.


    D'autres, comme d'habitude, incriminent l'école ou les parents en oubliant le troisième larron sans qui rien n'est possible : la confiance en l'avenir. On nous répète à l'envi que les enfants de l'immigration italienne et polonaise des années 50 ne posaient pas de problèmes parce qu'ils venaient de familles catholiques comme la majorité des Français. En fait de religion, dans nos souvenirs, il reste des parents qui travaillaient dur, maîtrisaient mal le français mais poussaient les enfants à l'école et les corrigeaient sévèrement en cas de mauvaises notes ou d'écarts de conduite. Ils étaient persuadés que la meilleure chance  de réussir dans la vie tient aux résultats scolaires. Qui peut rendre la foi en l'avenir à tous ces parents qui baissent les bras pour avoir perdu trop d'illusions ?


     En attendant le miracle ou la révolution (au choix, selon vos croyances), il faut traiter, au jour le jour, les petites incivilités, délits et crimes qui empoisonnent la vie de leurs voisins malchanceux.
C'est à ce moment qu'en général on demande : "Que fait la police ?"   N'est-elle pas là pour garder la paix ?
La réponse a de quoi inquiéter.


     On ne rencontre plus de policiers en ville, dans les endroits où vivent les gens, finis les gardiens de la paix.
    Ils traquent les ceintures et les téléphones portables au long des routes, histoire de faire du rendement.
Ah, le rendement sacré ! C'est lui qui justifie les nombreuses garde-à-vue qui font du commissariat l'endroit le moins rassurant de la ville. Qui parle encore de "Police Secours" ? Si vous avez besoin d'aide, il y a de grandes chances pour que vous la demandiez n'importe où sauf dans ce lieu prévu pour.
    Bonnes gens, dormez en paix ! On a tout prévu pour votre tranquillité ... à l'abri d'un cordon de CRS : un de leurs cars stationne à la limite de votre quartier.
    Vous n'êtes pas rassuré ? Vous êtes bien impressionnable ... vous êtes sans doute un vieux soixante-huitard ... Faudra vous rééduquer !
    Rééducation ou pas, ils ne peuvent rien contre les nuisances qui pourrissent la vie.
C'est agaçant et c'est parfois dramatique.


    Un exemple ?
L'affaire Ilan Halimi, ce jeune juif enlevé par une bande, torturé pendant plusieurs semaines pour finir assassiné dans un appartement d'une cité HLM.  Les habitants savaient ou, du moins, se doutaient qu'il s'y passait des choses bizarres, tout le monde savait, sauf la police qui avait déserté le quartier.
    La police de proximité n'avait plus la cote. Il était du dernier cri de se gausser des fonctionnaires de police transformés en moniteurs de sport pour jouer au foot avec les gamins des quartiers. On avait seulement oublié qu'à partager la vie de banlieue, ils pouvaient, à tout le moins, y recueillir des informations. Faire du renseignement est long, cher, peu spectaculaire ; on a décidé d'en faire l'économie.
On se passera de Sherlok Holmes ; on sélectionnera plutôt des Rambo.


    Et on se crispe, l'humour n'est plus de saison.
Les plaintes s'accumulent contre les auteurs de chansons dites injurieuses à l'égard des policiers.
Imaginons que Brassens ne soit pas mort. Pourrait-il encore longtemps chanter son "Hécatombe", déclarer qu'il adore les pandores sous la forme de maccabées ?
Va-t'on employer la force pour contraindre les possesseurs d'albums de Brassens à les sacrifier dans un autodafé d'expiation ?
Résistons. La liberté d'expression, qui s'use lorsqu'on ne s'en sert pas, reprend vigueur dans les têtes et la mémoire.
     Affutons nos consciences plus solides que les chaussettes à clous. Chantons, parlons, écrivons.

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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 23:26

    Après un détour vers La Fontaine toujours pertinent, on se rappelle "le dictateur", ce film où Charlot se déguise en Hinkel, dictateur d'opérette en tous points copié sur Hitler. Et tout de suite, un regret : dommage que Charlot ne soit plus là pour nous faire rire, il n'aurait aucun mal à trouver l'inspiration.
    A force de coups bas et de trahisons, Iznogoud a réalisé son rève : il est devenu calife à la place du calife.
Il s'est d'abord comporté en enfant capricieux, ravi de se vautrer dans les tapis, les meubles et les coussins du palais.

    Pour vivre en souverain, il s'est offert une favorite, mannequin sur le retour et chanteuse sans voix mais dotée d'une immense fortune. Autant de qualités ne permettent pas à la belle de jouer les back-street, il lui faut une situation : le mariage. Pour épouser, il faut d'abord divorcer de l'épouse précédente ; c'est juste une formalité, bouclée en un temps record qui laissera longtemps rêveurs les candidats ordinaires au divorce-de -tout-le-monde.

     Le couple voyage, s'amuse, reçoit ; on se croirait dans "Point de vue- Images du monde", sauf que notre ploutophile ne peut se contenter de jouer le prince-consort ; il doit gouverner, pour sa gloire et pour le retour sur investissement de ses commanditaires.

     Il se démène, il est partout, touche à tout, saccage tout. Chez ses amis, on commence à murmurer ; puis la fronde s'organise : on n'hésite plus à l'accuser de la perte des communes et des régions.     

    Ses collaborateurs prévoyant la chute se remplissent les poches en attendant de le trahir. Les modernes haruspices, dénommés sondages, sont régulièrement consultés. Ils affirment ce que le premier venu aurait trouvé : le peuple est mécontent. Trop de cadeaux faits aux riches et trop de désillusions pour des pauvres de plus en plus nombreux. L'ambiance est carrément morose ; les sages du pays et du continent ne suivent plus un chef aussi calamiteux.
    Tout à coup, grande merveille ! Il a trouvé l'idée géniale : s'appuyer sur l'opinion publique.

    Facile, en apparence, mais dangereux car difficile à maîtriser. 
    L'opinion publique, comme la fille du même nom, aime la facilité et déteste se fatiguer à chercher des explications compliquées.

     Qu'arrive une difficulté, elle adore penser qu'il existe un coupable et qu'il n'a rien à voir avec elle.
Pour la séduire, il ne sert à rien de construire un raisonnement, elle est à vendre à qui lui raconte ce qu'elle veut entendre : "Un étranger est votre ennemi, il veut votre perte. Heureusement, je ne suis pas comme les autres politiciens, tous vendus à vos ennemis, j'ai repéré qui vous veut du mal. Accordez-moi votre confiance et je le bouterai hors de France"
    Ce discours-là, jusqu'ici, était le monopole d'un certain borgne furieux ; les gens bien élevés, propres sur eux, sont horrifiés d'avance à l'idée de le fréquenter. Corrigeons : ils étaient horrifiés. Le tabou est brisé.
On nous a promis une république décomplexée... pour nous servir, en fin de compte, un remake de l'Etat Français.
Bon, si on retournait voir "Le dictateur" ?

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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 10:12

     Foot et Tour de France sont terminés mais les journaux télévisés et autres magazines d'actualité occupent toujours la même surface.
Pitié, un peu de compassion pour les malheureux présentateurs obligés de remplir le désert vacancier !
     Par chance, de bonnes âmes se dévouent pour leur apporter le célèbre grain à moudre.
La dernière en date est une bonne grosse, une brave mère de famille tueuse en série de bébés.
Immédiatement, les bonnes âmes reprennent du service pour déplorer les souffrances des fameux bébés et l'abolition de la peine de mort. Si vous pensez que j'exagère, il suffit de se reporter à n'importe quel forum d'actualité générale sur Internet pour se faire une idée de la surexcitation démultipliée par la bêtise et l'ignorance.
Les commentateurs qui ne veulent pas être associés à ces furies préfèrent creuser, avec autant d'application que d'ignorance des faits, la question du déni : sommes-nous, oui ou non, en présence d'un cas de déni de grossesse à répétition ? - De quoi alimenter un discours sans fin, puisque sans réponse.

     Il en est qui doivent se frotter les mains ; voilà juste ce qu'il fallait pour faire oublier les "affaires" qui viennent gâcher les vacances de nos gouvernants.


     Conscients de son utilisation, n'entrons pas dans le débat, il est sans intérêt.  Apportons à ce fait divers un autre éclairage, celui de l'histoire :
Pendant des siècles, l'infanticide a été le seul moyen de contraception. L'église avait beau fulminer des malédictions à l'encontre des malheureuses criminelles qui se damnaient ainsi, le phénomène résistait, facilité par le mode de vie de la majorité.

Dans une ferme isolée, il était facile de cacher une grossesse. Accoucher, même dans de mauvaises conditions, était moins risqué qu'avorter par des procédés plus qu'aléatoires ; une fois le fardeau déposé, on s'en débarrassait d'autant plus facilement qu'il n'avait jamais été question qu'il vécût.
Faire disparaître le "corps du délit" sans laisser de traces, rien de plus facile : dans toute ferme digne de ce nom, il y avait une auge à cochons, remarquables éboueurs et omnivores recycleurs.


     Avant de nous lamenter sur les actes abominables de mères supposées dénaturées, peut-être plus nombreuses qu'on ne le voudrait, nous pouvons y voir, d'abord, la survivance de moeurs que nous avons, un peu vite, oubliées.

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 09:57

 
   Il paraît logique de s'entendre sur la définition des termes employés si l'on veut se comprendre. A quoi serviraient les mots s'ils n'ont pas de sens ou que chacun peut leur donner celui qu'il veut ?
Au nombre des multiples contresens qui m'agacent, j'ai relevé, même dans les journaux les plus soignés, la célèbre "malnutrition", très à la mode.
Souffrir de malnutrition, c'est être mal nourri, une notion de qualité, pas de quantité.
Il existe des malnutritions par carence, la littérature est remplie de marins atteints du scorbut, maladie provoquée par le manque de vitamine C. Il existe également des formes de malnutrition par excès (de sucre, de gras, de sel, etc ...)
L'excès et la carence sont généralement associés pour déséquilibrer un régime, la surconsommation d'un aliment se faisant souvent au détriment d'un autre.
Généralement, quand nous lisons ou entendons le terme "malnutrition", il n'est pas question de qualité mais de quantité.
On nous alerte sur le risque de malnutrition des habitants du Sahel où les gens crèvent de faim. Il serait plus judicieux d'évoquer la sous-alimentation et, dans les cas les plus extrêmes, la famine.


   L'usage du mot qui convient à chaque situation, voilà une nécessité.


   N'oublions pas la Tour de Babel : les hommes se sont entre-tués, faute de se comprendre. On l'interprète souvent comme une métaphore de la multiplication des langues ; en réalité, les locuteurs d'un même parler sont parfaitement capable de ne plus s'entendre s'ils négligent d'employer le mot juste pour l'usage approprié.

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 09:57

  Prémonition ?
Le précédent article de ce blog rappelait qu'il règne une vieille hostilité plus qu'ancestrale entre populations nomades et sédentaires. L'histoire des sociétés nous permet d'expliquer ; nous essayons de croire aux vertus pacificatrices de la connaissance.
La paix n'est jamais donnée, il faut toujours lutter pour l'obtenir.
Dans le cas présent, "Père, gardez-vous à gauche ; père, gardez-vous à droite !" sur la route de la paix se dresse l'amalgame... Il ne dort jamais, celui-là, et il existe des maîtres dans l'art d'utiliser ses insomnies.
Récemment, se sont produits de regrettables faits de criminalité, la chose, hélas, est fréquente. La puissance publique, garante du "vivre-ensemble", dispose de moyens légaux (police et justice) pour sévir contre les criminels ; logiquement, chacun s'attend à voir les suspects arrêtés et déférés devant les tribunaux. C'est la logique dans un état de droit.
Le bon fonctionnement des institutions est profitable à tous mais après beaucoup d'efforts, à long terme .. peu rentable pour les démagogues qui ont le regard fixé sur les prochains scrutins.
Travailler les foules à l'émotion est plus rapidement payant.
Pour mettre en branle l'émotion, il faut que chacun soit concerné par le fait divers, il faut donc généraliser. Le citoyen est assigné à un groupe (en l'espèce, les bons citoyens) envers qui on sonne l'alarme : un autre groupe (des méchants à la citoyenneté incertaine) menace vos personnes et vos biens.

Il est facile de ranimer les vieux conflits : qu'un meurtrier soit un nomade, on accable tous les nomades. Si un chauve assassinait son voisin, faudrait-il lancer une battue contre les chauves ?  
Immédiatement, on passe de la police à la guerre. Tous les moyens doivent converger pour défendre les bons contre les méchants.
Emballé, c'est plié.

La guerre justifie toutes les mesures d'exception. Qu'on se rappelle les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.
Certes, nous n'en sommes (heureusement) pas là, il n'y a pas d'armée étrangère à notre porte et c'est probablement ce qui autorise certains à créer de toutes pièces un ennemi intérieur.
Attention !
Ce ne serait pas la première fois que la France perdrait son âme. Un retour à l'histoire est plus que nécessaire.
Rappelons aux imprudents qui se livrent au jeu dangereux de l'exploitation des peurs une certaine élection présidentielle en 2002. Il s'était produit alors un sursaut républicain qui a évité le pire, mais jusqu'à quand ? ...
Au lieu de vous faire peur "pour de vrai", si vous cherchez le petit frisson qui vous stimule, offrezz-vous des jeux video.

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