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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 15:10

 

   Aujourd'hui, c'est la fête d'Alphonse. Ce n'est plus un prénom à la mode mais ceux qui le portent encore ont bien le droit qu'on pense à eux.

    Nous n'évoquerons pas leur saint patron, il ne dit plus rien à grand monde.

    Nous éviterons surtout les plus nombreux des Alphonse, célèbres en leur temps, des rois d'Espagne et de Portugal mouillés jusqu'au cou avec l'Inquisition ; ceux-là méritent surtout notre oubli au fin-fond des poubelles de l'histoire.

    Il reste aux Alphonse à se choisir un référent parmi quelques célébrités qui surnagent : Alphonse Allais, Alphonse Capone (plus connu sous son petit nom "Al Capone", Alphonse Daudet, Alphonse de Lamartine.

 

    Pour vous aider à faire un choix :

    Vous pouvez choisir Al Capone mais c'est une option qui nuira à votre renommée. Avoir de la sympathie pour un gangster est chose périlleuse dans un monde où les réputations sont fragiles. Et puis, il n'était peut-être pas aussi malin qu'il voulait le paraître. Tomber pour fraude fiscale après avoir terrorisé l'Amérique ... C'est quand même une sortie ratée.

    Alphonse Daudet, c'est un choix plus solide. Les écoliers le connaîtront tant que l'orthographe existera. Il partage avec Anatole France le statut enviable d'"auteur de dictées". Il parvient encore à faire pleurer quelques jolies fillettes au récit des épreuves subies par la chèvre de Monsieur Seguin : "au matin, le loup la mangea". Mais son "curé de Cucugnan" ou son "Révérend père Gaucher" auront tôt fait de consoler leur peine dans un grand éclat de rire. Prenez toujours la plus élémentaire précaution de mentionner le prénom "Alphonse", qu'on n'aille pas vous supposer des sympathies pour Léon Daudet,  antidreyfusard voué à l'exécration de la République.

    Votre attachement à la république (la deuxième du nom) vous attirera peut-être vers un de ses pères fondateurs et vous opterez pour Lamartine. Le style typiquement romantique de ses poèmes en fait une valeur sûre du Lagarde et Michard de nos années de lycée. Dans ce cas, il faut accepter, en replongeant dans le temps du bahut, de retrouver les fines allusions littéraires qui ont plombé le sérieux tragique de votre héros. Parmi les plus répandues, "Elle-vire et Al-phonse dans le lac". Le vol du temps se voulait plein d'émotion mais il est resté suspendu à l'ardeur juvénile de quelques potaches sans indulgence.

   Heureusement, de tous les Alphonse, il reste l'Allais. Auteur satirique et inventeur ingénieux, c'est probablement avec lui que vous éprouverez le moins de déconvenues.

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 08:50

... C'est l'image qui nous a été transmise par Fernandel.

Résultat : Ignace est devenu un prénom ridicule pour les francophones,

Du prestige à la dérision, la Roche Tarpéienne est près du Capitole grâce aux refrains d'un comique troupier. A quoi tient la postérité ?

Pourtant, Ignace de Loyola, fondateur et premier général des Jésuites, fut une sommité intellectuelle ; les établissements dépendant de son ordre ont toujours mis au premier plan le niveau de leur formation et le maniement de la casuistique.

Ainsi va la vie ...

Le 31 juillet, c'est leur fête. Bonne fête aux improbables Ignace et aux plus nombreux anciens élèves des Jésuites.

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 15:05

   Nous laisserons de côté la sainte du jour. Une veuve et martyre du Vème siècle aurait beaucoup de mal à intéresser les foules d'aujourd'hui.

   Juliette. Pour certains, le prénom évoque une chanteuse comique, dodue et réjouissante. Qu'ils  ne changent pas, rire est bon pour la santé.

   Mais pour la grande foule des sentimentaux, Juliette est d'abord Madame Roméo.

Imaginons que le Dear William ait pu breveter sa trouvaille, c'était pour lui, la fortune définitivement assurée.

Romeo et Juliette, au XXIème siècle, font encore tirer les mouchoirs et surgir les larmes. Réaction inappropriée. De nos jours, il vaudrait bien mieux en faire le symbole des violences familiales.

Si les gazettes, la télé et Internet nous les présentaient en exemple des  victimes de mariages forcés, nul doute que nous aurions donné leur nom à une association de défense des amoureux. Au lieu de pleurnicher, nous brandirions l'étendard de la révolte.

Il est vrai que ces victimes du temps jadis n'ont rien de très combatif.

Le sommet du ridicule appartient à la Virginie de Paul. Son bateau fait naufrage, un brave homme lui propose son aide pour la maintenir hors de l'eau ; pour la réussite de la manoeuvre, il faudrait qu'elle se défasse du jupon à paniers qui se remplit d'eau et l'alourdit. Au lieu de s'exécuter pour aider à son propre sauvetage, notre oie blanche, pétrifiée dans sa pudibonderie, reste habillée et coule. Le public devrait en rire mais le succès littéraire s'attache plus volontiers à la tristesse et tout un chacun verse une larme sur Paul et Virginie.

Romeo et Juliette n'ont pas ces protestations de vierges effarouchées, le théâtre shakespearien est plus vert que le roman sentimental du dix-huitième, mais ils ne sont pas très dégourdis non plus. Romeo trouve Juliette inanimée ; au lieu de s'assurer de son état, immédiatement, il la croit morte et se suicide. Quel incapable ! On ne l'embaucherait pas dans un service d'urgence mais Romeo et Julette sont les héros de l'amour contrarié.

 

Entre nous, les Juliette, si vous êtes à la recherche d'une héroïne, la chanteuse comique est un réconfort plus sûr.

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 10:08

Image des bonnes maîtresses de maison, le prénom Marthe n'a plus la cote.

C'est pourtant un talent bien agréable de prendre soin des corps quand les esprits sont fatigués.

 

On compte sur vous et on vous embrasse.

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 08:56

   Il était, aux temps mérovingiens, un saint Samson, celte et très convenable comme tous ses semblables.

Saint Samson de Dol est l'un des saints fondateurs de Bretagne, né au Pays de Galles et mort, évêque de Dol vers 565.

Manque de chance pour lui, c'est aussi un handicapé patronymique, il a dû affronter la concurrence de notoriété d'individus beaucoup plus inquiétants.

   Le plus ancien est le fameux Samson biblique, rendu célèbre par ses déboires amoureux et capillaires avec une certaine Dalila. Les amateurs d'exégèse se reporteront avec profit au "Livre des Juges" de la bible hébraïque.

Plus brièvement, si un résumé à ma sauce vous suffit, Samson bénéficiait d'un accord avec Dieu : il était invincible à condition de respecter quelques règles qui plaisaient à l'Eternel. Entre autres, il ne devait ni boire d'alcool, ni couper ses cheveux.

En ce temps-là, les Hébreux étaient, comme d'habitude, en guerre contre les Philistins, des voisins chercheurs d'histoires qui habitaient Gaza (on s'y croirait ...l'histoire est un éternel recommencement.) Ils n'osaient pas se frotter à Samson qui leur faisait un peu l'effet d'Obélix sur les légions romaines.

Depuis Eve, dans ce coin du monde, la femme est toujours l'agent du démon. De Gaza vint l'ensorceleuse Dalila (la Falballa des Philistins). Elle séduisit ce grand benêt de Samson, le fit boire et, pendant qu'il cuvait l'alcool auquel il n'était pas accoutumé, elle lui coupa les cheveux. L'Eternel, pas content, laissa tomber l'imbécile devenu vulnérable ; les Philistins lui crevèrent les yeux et le réduisirent en esclavage dans la ville de Gaza. Ils avaient marqué un point mais, comme ils n'étaient pas non plus très intelligents, il n'entretinrent pas la coupe des cheveux qui, tout naturellement, repoussèrent.

C'est à ce moment de l'histoire que Samson montra plus de finesse que ses ennemis. Sentant la force lui revenir avec la longueur des mèches, il attendit, sans rien montrer, d'être mené pour servir dans le palais  bondé de foule lors d'une cérémonie. Il appuya ses mains aux deux montants de la porte monumentale, le linteau s'effondra, entraînant toute la construction. Il n'y eut pas de survivants, ni Samson, ni Dalila, ni les gens de Gaza, mais tout est bien qui finit bien pour le peuple hébreu et pour l'Eternel qui a montré sa puissance.

   Pour notre évêque breton, le colosse chevelu est un concurrent haut en couleurs mais pas rebutant. La suite fut bien pire.

   Aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, une famille dont le patronyme était Samson exerça un monopole aussi craint que respecté, la fonction de bourreau. Ils en ont eu du travail, les Samson, avec tous les criminels à occire et, surtout, la création et la mise au point de la guillotine. Ils étaient de grands professionnels, soucieux du travail bien fait, mais, allez savoir pourquoi, ils faisaient peur aux braves gens. On allait jusqu'à poser leur pain à l'écart, sur l'étal du boulanger. Pour le reconnaître, il était retourné, sole en l'air ; depuis, c'est une superstition de dire "cela porte malheur" quand on s'avise de poser le pain à l'envers, mais bien peu connaissent l'origine de ce geste de recul.

   Notre saint breton est la victime innocente de ces aléas. Son prénom est tellement discrédité qu'il ne se trouve plus grand-monde pour en affubler ses marmots. Seuls, quelques catcheurs et lutteurs de foire choisissent de s'appeler Samson, dans l'intention manifeste de faire peur.

   S'il vient, un jour, à se créer une association de handicapés patronymiques, ses fondateurs pourront la placer sous le patronage de Saint Samson.

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 08:04

Depuis Gilbert Bécaud, Nathalie est slave. Pour une Andalouse, avouez que c'est un destin curieux.

A l'origine, Sainte Nathalie, fêtée le 27 juillet, est décapitée à Cordoue en 852, sous le régime du calife Abd er-Raman II, avec son mari Aurélio.

La sainteté ne tient pas en place.

Nous souhaitons à toutes les Nathalie de garder la tête sur les épaules et de faire de beaux voyages.

Que nos baisers les accompagnent.

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 13:44

   L'actualité prend difficilement son rythme de vacances. Les sujets graves, voire tragiques, s'accrochent ; ils n'entendent pas céder la place au tube de l'été et au best-seller des plages.

 

   Difficile, néanmoins, de renoncer aux habitudes et, parmi elles aux marronniers, ces sujets qui reviennent dans les médias avec une régularité de métronome, comme s'ils figuraient au calendrier. Après les résultats du bac, les départs en vacances avec les encombrements dans les transports et leurs usagers s'auto proclamant "pris en otage", voilà revenu le 14 juillet, ses feux d'artifice et ses ...contestataires.
   Il y a les allergiques aux cérémonies de masse, Georges Brassens en fut le porte-parole avec sa "Mauvaise Réputation" :
"Le jour du 14 juillet
Je reste dans mon lit douillet,
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas"
   Il existe aussi des réformateurs ; depuis qu'on défile, à chaque nouvelle édition, émergent des projets de transformation. A quelques variantes près, ils reprennent le même principe : la nation ne repose pas d'abord sur une armée, il faut mettre à l'honneur d'autres vertus pacifiques.

  Pour faire bonne mesure, les mêmes innovateurs proposent des modifications aux paroles de La Marseillaise.  Des auteurs aussi anarchistes que Lamartine ou Victor Hugo avaient, en leur temps, proposé de quoi remplacer le "sang impur" qui "abreuve nos sillons". Cette contestation est tellement ancienne qu'elle en est devenue un marronnier auquel plus personne ne prête attention.


  Personne ... Ce serait oublier un peu vite l'existence des nationalistes.

Est-ce utile de le rappeler ? Le nationalisme est au patriotisme ce que la musique militaire est à la musique.

Le patriotisme, c'est aimer sa patrie, le nationalisme c'est détester celle des autres.

Ils se sont un jour emparés du mot "nation" et, comme s'ils en avaient pris le brevet, ils s'insurgent avec la dernière énergie contre tous ceux qui prétendent en donner une autre définition que la leur.
Quand Eva Joly a évoqué, sans malice, son aspiration à une célébration plus pacifique de la patrie, il était prévisible que le F-Haine et autres nostalgiques des guerres coloniales allaient s'indigner (l'indignation n'est pas une garantie de démocratie). Ils n'attendaient qu'une occasion de protester contre la candidature d'une binationale à la Présidence de la République (FN, Tea-parties : même combat),il fallait bien s'attendre à ce qu'ils reprennent la balle au bond. Leur réaction n'étonne personne.
   Il est plus inquiétant de constater que la contamination nationaliste s'étend chez des hommes politiques qui se prétendent républicains, surtout quand ils occupent les plus hautes fonctions de l'Etat. Le premier ministre, ses séides ou disciples partagent le discours de Marine.
   Veulent-ils nous habituer à ce que la Droite Populaire nous prépare avec application : une alliance droite - extrême-droite pour vaincre la gauche à la présidentielle ?


   Qui l'eût cru ? S'en prendre à un marronnier peut encore réserver des coups ... ou des marrons.

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 00:19

  Ils passaient pour des bobos ingérables. Les politologues sérieux se complaisaient dans le dénigrement des verts ... qui prenaient un malin plaisir à leur donner raison.
De la vie démocratique, ils cultivent les louables exigences et les travers qui vont avec. Suivant une vieille boutade, "à deux, ils forment un parti, à trois, ils scissionnent".
    On les trouve sympathiques mais pas sérieux, inaptes à assumer de lourdes responsabilités gouvernementales.
     Tous les commentateurs attendaient la catastrophe à l'occasion de leurs primaires et c'est la bonne surprise.
Eva Joly, les hommes politiques sont quelques uns à en garder un souvenir cuisant. Quand elle était juge d'instruction, elle ne se laissait intimider ni par les riches ni par les puissants.
Son programme ne plaira pas à tous ; elle a très peu de chances d'être élue. Peu importe, son mérite est ailleurs. Elle ose aborder les préoccupations morales dont se moquent la plupart des politiques.
Son premier discours de candidate est une grande bouffée de fraîcheur républicaine. Prévoyant les remarques acerbes  que son accent lui attirera, elle s'est déclarée "Française par amour de la France". On entend rarement de telles déclarations d'amour chez les habituels propagandistes de la nation. 
     A l'heure où les grands partis semblent rivaliser d'efforts pour décourager l'électeur, on aime se dire que les verts ont sauvé la morale. Ils ne se sont pas laissés tenter par une caravane publicitaire et lui ont préféré une juge intraitable.


Faisons un rêve : que leur exemple se communique aux autres familles politiques.
Ce n'est qu'un rêve...

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 10:38

     La moitié de l'humanité serait-elle composée de dangereux détraqués ?
Les ligues de vertu, si bien ridiculisées naguère par John Ford, ne sont pas mortes ; elles bougent encore. Leur cible favorite, comme toujours : les hommes.


    Il aurait fallu se méfier, dans les années 90, quand a commencé la chasse aux pédophiles supposés.

De quelques cas avérés, le soupçon s'est étendu ; la plus élémentaire prudence interdit  de se trouver seul avec un enfant. Nombre de volontaires,  prêts à offrir du soutien scolaire ou entraîner des sportifs, y ont sagement renoncé. Malgré quelques désastres judiciaires, la sacro-sainte "parole de l'enfant" est toujours tenue pour vraie. Les marmots ont libre accès à toutes les images et tous les récits ; leur imagination y découvre des ressources imprévues. Du rêve à la réalité, quand on n'a pas dix ans, la frontière est floue, les enfants fabulent et les adultes les croient. Ceux qui seraient tentés de mettre leurs billevesées en doute sont immédiatement réduits au silence par la troupe des crédules et des bien-pensants.

    La protection de l'enfance est un excellent prétexte ; les ligues de vertu la mettent en avant comme un pied dans une porte ouverte pour empêcher de la refermer. En réalité, comme autrefois, leur idée fixe, c'est le sexe des autres ; elle sont bien décidées à lui rendre la vie difficile.

Elles se sont rebaptisées "féministes" ; c'est un replâtrage de surface (1968 est passé par là) mais leur obsession n'a pas changé : vendre chèrement leur peau, surtout celle des autres.

    Le corps des femmes serait une sorte de gâteau irrésistible et les hommes, des gourmands prêts à se jeter dessus pour le dévorer.

Il y a peu, c'était une forme de galanterie de complimenter une femme ; ne pas lui jeter un coup d'oeil aurait passé pour de la goujaterie.

   Aujourd'hui, plus question ! Ces messieurs doivent garder leurs distances sous peine d'être accusés de tous les vices. Des femmes démodées s'obstinent à apprécier le marivaudage ; il vaut mieux qu'elles y renoncent, le danger est trop grand pour qu'un homme ose encore s'y risquer. Terrifié à la perspective d'un contact mal interprété, l'homme qui n'osait déjà plus rester seul avec un enfant, refuse aussi le tête à tête avec une femme.
     Dans le monde du travail, la conséquence ne s'est pas fait attendre, on travaille avec les portes ouvertes ou, horreur, en "open space". Disposer d'un bureau séparé est désormais le privilège des fonctions soumises au secret professionnel. Les autres n'ont plus qu'à méditer la sentence sartrienne : "L'enfer, c'est les autres".


        Champagne ! Les patrons exultent. Depuis de temps qu'ils cherchaient un moyen de surveiller l'utilisation d'Internet par le personnel, c'est le rêve enfin à leur portée.  Fliquez-vous les uns les autres !


     Féministes à la petite cervelle, vos collègues vous remercient ; vous aurez au moins démontré que l'enfer est pavé de bonnes intentions.

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 15:50

  Non, non, vous ne trouverez pas ici d'analyse politico-économique. D'autres sont trop heureux de s'en charger.

Ils trouveront même déplacé qu'en ces temps révolutionnaires, on puisse s'affliger avec les historiens et gens de plume. Tant pis, nous avons du chagrin, rompant ainsi avec l'indignation qui tourne à la rengaine.

  Le 19 décembre 2010, la Grèce et Thucydide perdaient en Jacqueline de Romilly la gardienne attentive de leur mémoire.

  Six mois plus tard, à leur tour, les antiquités égyptiennes déplorent une grande perte, Christiane Desroches Noblecourt sans qui la vallée du Nil serait la honte de l'Egypte.

   Nous étions tous bien jeunes ou même pas nés quand, dans la tête d'un dictateur  militaire inculte nommé Nasser, naquit le projet du barrage d'Assouan. Au nombre de ses grands amis, figurait l'URSS, spécialiste hors pair des travaux ... pharaoniques. Les conseillers soviétiques lui épargnèrent l'utilisation des bombes atomiques dans le génie civil mais n'hésitèrent pas à lui conseiller l'équivalent égyptien du saccage de la mer d'Aral, construire dans la partie la plus désertique de l'Egypte un barrage qui fournirait de l'énergie et permettrait l'utilisation d'une énorme retenue d'eau permanente, résolvant ainsi le problème de la sécheresse.

A l'époque, seuls quelques oiseaux de mauvais augure émirent des réticences concernant les dégâts écologiques de l'ouvrage. C'est l'expérience qui démontrera ses conséquences néfastes sur la qualité des sols ;  les crues du fleuve remplacées par des lâchers d'eau contrôlés n'apportent plus les limons nourriciers, condamnant l'agriculture du delta, autrefois si riche, à dépendre des engrais chimiques avec toutes leurs nuisances.

Ils ont été peu nombreux à tirer ce signal d'alarme ; en revanche, les égyptologues, Christiane Desroches Noblecourt à leur tête, ont tout de suite compris que le barrage d'Assouan allait noyer une grande partie des vestiges du règne de Ramsès, en particulier le site d'Abou Simbel. Obtenir de l'autocrate égyptien qu'il abandonnât son projet, il ne fallait pas y songer. Renonçant à affronter l'obstacle, elle entreprit de le contourner.

Elle fit le siège de l'UNESCO, accompagnée d'un projet de conservation au moins aussi prodigieux que celui du barrage. Il s'agissait tout simplement, puisque le site serait inéluctablement noyé, de découper des temples et des statues monumentales pour les déménager et les installer plus haut, dans le désert qui est, pour eux, une assurance de survie.

Plus d'un aurait jugé l'entreprise folle mais c'était sans compter avec l'espérance chevillée au corps de cette ancienne résistante. Après tout, elle avait bien tenu le coup face aux SS et à la Gestapo, les instances internationales de la culture ne l'effrayaient pas plus que Nasser.

 

Et elle l'emporta, démontrant qu'il y aurait plus à gagner dans le sauvetage des antiquités que dans leur ennoiement. Chaque jour, le tourisme qui est la vraie mine d'or de l'Egypte lui donne raison. Et, bien au delà des ressources, Abou Simbel et Philaé sont sauvés, hommage des modernes aux anciens

Dans le marigot où un ramassis d'illettrés dirige notre monde, le départ au même âge, 97 ans, de nos deux héroïnes n'a provoqué qu'un petit clapot.

Heureusement, elles nous ont laissé une oeuvre qui durera plus longtemps que nos minables politiciens.

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