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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:16

            Il s'écrit encore des fables comme celle-ci.

 

   Il était une fois des moutons régulièrement tondus.

Habitués à donner leur laine, ils protestaient à peine à condition d'être protégés. La toison repousse, pas la chair ni la peau, et les amateurs de viande et de cuir ne manquaient pas dans le pays.

Le troupeau attendait un bon pasteur.

Vint un berger. Pour les rassurer, il tint un beau discours et leur promit la protection de ses chiens.

En fait de chiens de garde, il était escorté d'un loup féroce.

Terrible fut le désarroi des agneaux, ils en perdirent espoir et confiance, s'offrant au premier va-nu-pied qui promettrait de tuer le loup.

 

    Les bergers des troupeaux humains sont-ils si différents ?

L'homme est un loup pour l'homme, c'est bien connu, et la haute finance en abrite plus d'un.

Au lieu de les fuir et les repousser, les gouvernants qui sont nos bergers leur ont offert une place bien au chaud dans leur giron.

Bien sûr, le loup financier cache ses crocs sous un nom très chic. Et il en impose, sa famille est nombreuse, tous les bergers sont entourés, escortés et dominés.

   Tous les gouvernants du monde, riches ou pauvres, sont entre les mains de Goldmann Sachs qui donne des leçons, n'enrichit personne mais en saigne beaucoup. La crise lui profite autant et même plus que la prospérité, une foule de déshérités rapporte plus qu'un seul riche.

Quand de nouveaux élus arrivent à ce qu'ils croient être le pouvoir, ils sont décidés à faire beaucoup, on va voir ce qu'on va voir... et puis ils rentrent dans le rang, sous la dictée du financier.

    Qu'attendent-ils pour mettre le loup à la porte, lui rire au nez, ne tenir aucun compte de ses injonctions ? Ils restent là, effondrés, ils ont par avance abdiqué.

   Ce n'est pas une fatalité. Avant la crise d'aujourd'hui, le monde en a connu une autre, terrible, celle de 1929, et le monde s'en est sorti, en commençant par les Etats Unis, grâce au New Deal de Roosevelt.

Pour lancer son grand programme de sauvetage, Roosevelt n'a pas cherché conseil auprès de financiers, il a cru dans les travaux de Keynes, un professeur d'économie. Il ne ressemblait pas à un trader, il ne prenait pas le pays pour un casino.

 

    Pour revoir un New Deal, il faudrait seulement un nouveau Roosevelt, mais les gouvernements du monde entier ne sont que des chefs de bureau, des VRP et des valets ignorants.

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 22:12

     Ce temps des vacances allège les quotidiens. C'est le temps des best of, l'occasion de rappeler les heures de gloire et les grands moments, plus rarement les mauvaises affaires et les bourdes.

     D'autant plus étonnant et remarquable l'article signé par Ariane Chemin et Raphaelle Bacqué dans "Le Monde" du 21 août à propos d'une tribune parue le ... 29 décembre 1978.

    - Qui sait de quoi il s'agit ?

Vous donnez votre langue au chat (qui n'en demandait pas tant). Voici la réponse :

    - C'est le jour maudit où "Le Monde" a publié une tribune envoyée par Robert Faurisson. C'est la date de naissance d'un négationnisme français.

Vous protestez. Il y avait, dites vous, Maurice Bardèche, Pierre Rassinier et d'autres moins connus, ils n'avaient pas attendu les élucubrations de Faurisson pour mettre en doute la destruction programmée par les nazis des Juifs d'Europe.

Vous avez raison, le négationnisme a commencé avec l'extermination, les bourreaux ont tout fait pour cacher leurs crimes, mettre en marche toute la machine de négation qui sera la cheville ouvrière de l'antisémitisme d'après  Shoah. Il est des états où la haine du Juif est, en quelque-sorte, une loi fondamentale ; ils n'auraient pas eu besoin de Faurisson même s'ils lui offrent avec plaisir tribunes et tréteaux.

    Alors, pourquoi souligner ce 29 décembre et faire de ce Robert Faurisson le début d'un négationnisme français ?

Parce qu'il s'agit du Monde et pas de n'importe quelle feuille-de-chou.

Tous ceux et celles que l'écriture démange savent qu'une publication ne présente pas la même valeur suivant l'organe qui l'édite, ils recherchent le prestige attaché à quelques titres dont Le Monde qui, dans la presse française, a la réputation d'être sérieux et exigeant. Les plus grands de ce monde lui adressent lettres et proclamations. Un appel qui espère être pris au sérieux doit nécessairement y être publié.

Dans un pays cartésien et rationnel comme la France, il semblait n'y avoir aucune chance pour les élucubrations d'une bande de zozos mais tout a changé avec la publication de l'un d'entre eux dans le quotidien de référence. La pensée de Faurisson devenait un objet d'étude et de débat pour les intellectuels.

      Qu'est-il arrivé à ce journal de référence pour qu'il fasse une telle erreur de jugement ?

Ariane Chemin et Raphaelle Bacqué racontent les débats houleux de la conférence de rédaction. Les uns, derrière Viansson-Ponté, prévoyaient le gâchis en préparation, d'autres, à l'instar des Américains, voulaient y voir le respect de la liberté d'expression comme si le négationnisme n'était pas une des pires formes de l'antisémitisme.

Ce débat continuera à faire rage jusqu'à ce qu'il soit tranché par la loi Gayssot qui pénalisera le négationnisme.

      Au "quotidien sérieux", la gravissime erreur de jugement est généralement oubliée ; on ne se vante pas de tels hauts faits. Que deux journalistes se soient livrées à cette espèce d'autocritique a quelque chose de réconfortant, mieux vaut tard que jamais.

Sommes -nous rassurés pour autant ?

Hélas, non. A la manière de la calomnie chez Beaumarchais, une fois le poison négationniste mis à jour, il se trouvera toujours des têtes assez faibles pour y succomber.

 

 

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 17:36

     On déménage, c'est de saison.

On vide des camps de roms, ils sont priés d'aller voir ailleurs.

     Un peu vexés, les associatifs encaissent les « on vous l'avait bien dit », obligés de reconnaître que, de droite ou de gauche, un ministre de l'Intérieur est un ministre de l'Intérieur. Comme il se doit, l'indignation du Français normal  n'ira pas au delà des commentaires aussi navrés qu'impuissants.

Qu'on se le dise, personne ne lèvera le petit doigt pour changer le sort d'un « romano » ; des exterminés de la seconde guerre mondiale, ils sont les plus oubliés, sans remord ni regret.

Et ce n'est pas nouveau. Qu'on les appelle bohémiens, romanichels, gitans, depuis des siècles, ils sont au nombre des réprouvés, partageant avec les juifs le statut peu enviable de boucs émissaires et un autre point commun : ils ne sont pas du coin. S'il peut arriver que le juif errant se fixe, les gens du voyage sont mobiles par essence, ce sont des nomades. Les défenseurs des roms insistent sur leur désir de s'installer mais le changement d'image n'est pas acquis. Pour les européens, ils sont des errants sans attache, un danger pour le mode de vie majoritaire.

     Depuis le fin-fond des temps néolithiques, il est un conflit aussi permanent qu'irréductible, celui qui oppose nomades et sédentaires, la liberté de mouvement contre le droit de propriété. Dans un monde sédentaire, la terre et ses produits appartiennent toujours à quelqu'un et, dans la traversée désinvolte des nomades, le propriétaire voit une invasion, réaction qui évoque celle des agriculteurs confrontés aux déplacements de la faune sauvage.

     Peut-être croyez-vous à la modernité du phénomène ? Pas du tout.

La première manifestation du conflit cultivateur sédentaire / éleveur nomade ne remonte jamais qu'à la querelle entre Caïn et Abel, autant dire un fait divers récent. Le cultivateur Caïn offrit à Dieu ses plus belles gerbes ; Abel, le berger, fit de même avec ses plus beaux agneaux. Dieu, sans doute plus carnivore que végétarien, préféra l'offrande d'Abel. Fou de rage et de jalousie, Caïn se vengea en tuant le chouchou. La guerre était déclarée et elle dure encore.

     Cette histoire des origines a la valeur des mythes, celle d'un constat. Elle nous dit l'ancienneté d'un conflit.

Et les mythes ont la vie dure.

Le Père Hugo avait beau écrire "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn", le sédentaire n'éprouve pas de scrupule particulier à l'égard du nomade, il est certain de son bon droit.

Pour faire entrer les nomades dans la modernité et les rendre acceptables, faut-il, en niant leur culture, les sédentariser ?

Pour y parvenir, leur donner la chasse est-il un bon moyen ?

     Je ne sais pas pour vous mais, moi, j'en doute.

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 23:00

     Tous les artistes recherchent la célébrité. A chacun sa méthode pour faire sonner les trompettes de la renommée. Les besogneux sans imagination cultivent l'art de bien faire et ne gagnent ni richesse ni succès car la vertu est ennuyeuse.

         Le scandale ayant beaucoup plus de chances d'exciter les langues, des petits génies de la provocation montent des coups qui les feront entrer dans l'histoire. Le record du genre est détenu depuis 356 avant JC par Erostrate, un quidam grec, il incendia le temple d'Ephèse uniquement pour faire parler de lui.

         Néron comptait bien lui chiper le titre mais il fut disqualifié : l'incendie de Rome faisant partie de son plan pour éliminer les chrétiens, difficile d'y voir uniquement un coup d'éclat. Même remarque pour l'incendie du Reichstag, ses auteurs étaient mus par la haine avant le désir de publicité.

          Est-ce aujourd'hui que le record va tomber au profit d'Ansar Eddine  ?

Ces adeptes du djihad version touareg détruisent Tombouctou, ville sainte de l'islam inscrite à l'inventaire de l'UNESCO.

D'habitude, les destructions surviennent quand une armée veut s'emparer d'un territoire. Tombouctou se trouvant déjà entre leurs mains, ils n'ont vraiment aucune raison de s'en prendre à une ville dont ils sont les maîtres. C'est aussi insensé que le geste d'Erostrate.

Ansar Eddine revendique sa proximité avec Al Qaëda.

         Mais c'est bien sûr ! Al Qaëda et ses talibans afghans, les dynamiteurs de bouddhas ...

        En dignes prosélytes, les casseurs de Tombouctou ne font que recopier les oeuvres de leurs maîtres. Comme eux, ils justifient leur vandalisme par une interprétation iconoclaste de l'islam ; de la non-représentation de Dieu, ils glissent allègrement vers le refus de l'image humaine, la haine des arts et de la culture, la charia vécue en terreur. Plus grand-chose à voir avec la folie narcissique d'Erostrate.        

      Les témoignages anciens de Tombouctou, ville sainte de l'Islam, sont le seul argument qui  attire les voyageurs en ce lieu désertique. C'est toute la ville qui mourra avec sa mémoire.

       C'est à propos de l'Afrique qu'était née l'expression : "Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle".Si les fous de l'ignorance continuent leurs dégâts, les deux catastrophes vont se réaliser simultanément : la fin des livres à Tombouctou signera la mort des habitants.

      La crise économique dont on nous rebat les oreilles ne peut servir de prétexte à l'abandon d'une mémoire qui manquera à toute l'humanité.

 

 

 

    Autre lieu emblématique de la joie de vivre : la Syrie. Là aussi, des musulmans s'entretuent.

Comme tout le proche Orient, le pays est riche en antiquités de toutes sortes. Non loin de Homs, de sinistre réputation, s'élève le Krak des chevaliers, haut lieu des croisades.

D'après les experts consultés, le Krak ne risque rien.

La guerre oppose des musulmans, des gens qui croient au même dieu avec quelques variantes mais la mémoire des infidèles ne leur fait ni chaud ni froid.

   La paix des religions ressemble à celle des nations. Elle se complait dans la terreur et les destructions domestiques, les ennemis les plus irréconciliables sont toujours les plus proches. Nous avons connu les guerres de religion entre catholiques et protestants, elles mirent à feu et à sang l'Europe de la Renaissance et plus près de nous, l'Irlande du Nord, tous chrétiens dans la détestation d'autres chrétiens.

    Suivant les temps et les lieux, les manières en usages sont différentes ? C'est peut-être l'occasion de revenir à la théorie des climats de ce vieux temporisateur de Montesquieu. Les bons textes ne sont jamais périmés.

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 22:56

   A la demande générale, désireux de rassurer les angoissés et autres inquiets, Panda nous livre ses impressions.


   Roulé en boule dans le fauteuil près de son bureau où elle pianote en me guettant du coin de l'oeil, il faut que je vous dise :

  Ma vie a changé ; la leur aussi... mais chacun pour soi.

  Depuis l'hiver, il se passait des trucs bizarres, je ne comprenais pas tout et c'était agaçant.

Elle qui déteste qu'on change le moindre objet de place, elle s'est mise à tout bousculer.

Ils ont rapporté plein de cartons, je croyais qu'ils avaient enfin pensé à moi, pour un chat normalement constitué, un château de caisses empilées, c'est mieux que le palais de la belle au bois dormant, mais déception, ce n'était pas pour moi. Après m'avoir chassé de ses cartons, elle s'est mise à y entasser tout le contenu des meubles.

Au fur et à mesure qu'ils étaient remplis, ils disparaissaient. Jour après jour, la maison se vidait, je commençais à  ne plus oser traverser la salle à manger, elle résonnait terriblement et me faisait peur.

Et puis, vint le soir fatidique.

Sans se fâcher, curieusement, ils m'ont laissé grimper sur la table de la cuisine, j'ai même eu droit à quelques douceurs interdites : lichettes de beurre, reste du bifteck dans son assiette, et ma vigilance endormie, ils m'ont enfermé dans le panier-ambulance. J'aurais dû me méfier, quand ce panier est dans les parages, c'est toujours mauvais signe pour moi ; en général, je me retrouve chez Madame-véto au milieu des odeurs repoussantes semées par des chiens et chats étrangers. Je n'en sors jamais sans une piqûre, arrosé de produit chimique puant. Autant dire que j'ai une dent contre ce panier.

Bon, j'aurais dû le voir, j'ai manqué d'attention, bien fait pour moi. Ils m'ont déposé dans le coffre de la voiture et nous avons roulé. C'était beaucoup plus long que pour aller chez Madame-véto, j'aurais dû reprendre espoir mais le coeur n'y était pas.  Nous les chats, comme on vous l'a déjà dit, nous sommes très casaniers et nous détestons l'imprévu et l'aventure, j'ai donc pris le parti de pousser des cris déchirants à chaque virage et il y en avait beaucoup...

Enfin, la voiture s'est arrêtée et ils ont déposé mon panier dans une maison que je ne connaissais pas. Dès qu'ils ont ouvert le couvercle, j'ai surgi hors de cette boîte maudite, comptant bien filer. Hélas, ils avaient pris la précaution de fermer portes et fenêtres avant de me libérer, j'avais l'air un peu stupide de celui qui s'est fait posséder et qui ne comprend pas tout.

Mais, heureux hasard, dans ce lieu étranger, il y avait mes affaires, ces cartons qu'on m'avait subtilisés avant que j'aie eu le temps de les annexer, et là, non seulement on ne me les enlevait pas mais on m'encourageait à les coloniser. Je commençais à me rassurer et j'adoptai le parti de cesser les hurlements. Faisant contre-mauvaise-fortune-bon-coeur, j'ai entrepris de visiter la maison. Elle est plus petite que l'autre mais, dans celle-ci, il n'y a pas de pièce interdite, j'ai le droit de circuler partout donc la visite est déjà un beau programme pour un petit chat peureux.

Avantage considérable : alors que, dans mon ancienne maison, la chambre à coucher m'était interdite, j'ai eu le droit de passer la première nuit avec eux. Craignant d'être chassé si je les réveillais, il m'a semblé prudent d'être extrêmement sage et nous avons bien dormi à trois... sur le clic-clac, ce n'était encore jamais arrivé. Le lit n'était pas là, non plus que bien d'autres meubles ; ils n'arriveront que le lendemain, me créant à nouveau  des émotions.

Le matin, la journée commence bien, j'ai droit à mon petit déjeuner préféré : des petites boulettes en gelée ... en double ration. Curieusement, l'assiette de délices est déposée à la cave, la gourmandise est un vilain défaut, je ne me suis pas méfié. Pendant que j'avale goulûment mon repas, j'entends la porte qui se ferme, elle restera bouclée jusqu'au soir. Ils avaient bien prévu leur coup, mon bac à litière était aussi à la cave. J'ai eu beau donner de la voix, rien à faire. De toute façon, dans la maison, le boucan me faisait concurrence ; c'est le soir, une fois libéré, que j'ai compris : les meubles étaient arrivés. Les déménageurs ont passé la journée à ouvrir et fermer des portes, il n'était pas question de circuler entre leurs pieds.

Le soir, donc, je suis sorti du cachot mais je n'ai pas retrouvé ma liberté. Moi qui avais l'habitude d'aller et venir à ma guise de l'intérieur à la cour, j'étais enfermé. J'ai presque désespéré, je croyais ne jamais revoir le grand air. Enfin, après une semaine où je m'étais habitué à la maison devenue Ma maison, une porte s'est ouverte sur la cour.

Prudemment, j'ai observé les environs : un espace clos d'une haie, impeccable pour se faire un couloir protégé : mon tunnel,

pas de rue avec des voitures, c'est une sécurité,

des oiseaux, c'est une distraction de les surveiller à défaut de les croquer.

Les chats sont nombreux dans le quartier ; évidemment, certains en veulent à mon assiette et urinent sur mes affaires pour essayer de m'intimider. Heureusement, tous ne sont pas aussi mal élevés, je me suis fait un copain, un tigré, parfait chat de gouttière mais pacifique, bonasse, comme elle dit. Ce n'est pas toujours dans le grand monde qu'on se fait les meilleurs amis.

Oui, c'est bien parti pour une vraie vie de chat.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 09:43

   Madame se meurt, Madame est morte ... dit l'Aigle de Meaux. (Non, pas Copé ! Bossuet)

S'il était parmi nous, sa formule célèbre n'évoquerait plus Henriette d'Angleterre, mais la droite républicaine que sa famille a laissé mourir sous les coups et les mauvais traitements.

Héritière d'Alexis de Tocqueville, la droite libérale a toujours eu pour principe de se tenir à distance du conservatisme et des régimes autoritaires. La vie politique, pour elle, est au service de l'économie. Pour assurer sa liberté d'entreprendre, elle prend la défense de toutes les libertés.

Depuis les révolutions américaine et française, les libéraux sont républicains...en gros, si on oublie les coups de canif dans le contrat. Au long de leur histoire, ils ont souvent trompé Dame Liberté pour des aventurières peu recommandables et risquées. Ils ont essayé des empires, des restaurations, ils ont même tâté du fascisme. Ils ont laissé le peuple en payer le prix

..."celle qui paie toujours vos crimes et vos erreurs

en remplissant l'histoire et ses fosses communes

Que je chante à jamais celle des travailleurs"... (Jean Ferrat)

Malgré tout, les dégâts leur ont appris que le jeu n'en valait pas la chandelle . Ils ont repris la vie commune avec la république mais, en partenaires volages, ils n'attendent qu'une occasion de la trahir à nouveau.

Les derniers scrutins en ont fait la démonstration.

Les sondages ayant annoncé à la droite la raclée qu'elle a effectivement reçue, oubliant les avertissements qui lui enjoignaient de ne pas perdre son âme, la mal-nommée Droite Populaire s'est répandue dans la plus basse flagornerie à l'attention des électeurs, d'abord, puis des adhérents du FHaine.

Comme Le Pen l'avait prévu depuis longtemps, les électeurs ont préféré l'original à la copie ; le prix du flirt avec le FHaine fut la défaite. Bien fait !

Mais pour combien de temps ?

 

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 23:00

  En ce temps-là, il était du dernier chic de soutenir la Grèce. Au dix-neuvième siècle romantique, les intellectuels, poètes et artistes, mettaient leur talent au service du peuple grec et de sa liberté.

   Quand on avait eu la chance d'étudier un peu, on savait que l'Athénien antique était le précurseur du citoyen moderne et de l'homme des lumières.

   Que serait la flamboyante culture que le monde entier nous envie sans la Grèce fondatrice ?

Établir une liste complète de nos  créanciers hellènes serait longue et fastidieuse, contentons-nous des plus grands.

Que seraient nos maths sans Pythagore et son théorème ?

Nos médecins, tout modernes qu'ils sont, prononcent toujours le serment d'Hippocrate. 

Nos théâtres donnent toujours des comédies et des tragédies, modèles universels nés du génie toujours imité, jamais égalé, d'Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane ...

La poésie épique doit tout au grand Homère, son Illiade et son Odyssée, et les grandes écoles philosophiques sont nées des cerveaux prolifiques de Platon, Aristote ou Epicure.

   La culture européenne est petite-fille d'Athènes, aucun doute possible.

   Au dix-neuvième siècle, le vent des nationalités souffla sur la Grèce qui entreprit de secouer la domination ottomane. C'est alors que des intellectuels européens se rappelèrent leurs études et il surgit un intense mouvement de solidarité, assez proche, dans ses manifestations, des futures Brigades Internationales volant au secours de la République Espagnole massacrée par Franco. L'art et la littérature furent mises à contribution, Delacroix peignit les massacres de Chio, et certains n'hésitèrent pas à prendre les armes. Le plus connu est Lord Byron, un dandy aristocrate, homosexuel et porté sur le scandale mais poète flamboyant et généreux, avec un petit côté BHL du dix-neuvième. Il mourut pour la liberté de la Grèce, même s'il ne fut pas tué au combat mais terrassé par le paludisme qui infestait Missolonghi.

   Démocrates et gens de lettres avaient pris le parti des Grecs, définitivement, quoique lentement ; il fallut presque deux siècles pour que la Grèce libérée intégrât l'Europe économique et politique.

   Après de multiples aléas, au nombre desquels deux guerres mondiales et une dictature militaire, l'aïeule a enfin rejoint ses descendants pour expérimenter chez eux l'exploitation et les mauvais traitements.

   L'Européen du vingt-et-unième siècle se moque des précurseurs, son nouveau maître est le Marché. Faire de l'argent est tout ce qui importe, au mépris de la culture et de l'éthique.

   La Grèce est un pays pauvre, même si elle abrite quelques grandes fortunes. C'est même son niveau de vie modeste qui lui permet des tarifs hôteliers attractifs.

Le fameux ciel grec à pas cher, voilà de quoi faire rêver les industriels du tourisme qui aimeraient bénéficier de lourdes infrastructures sans avoir à les payer. Comment obtenir des Grecs qu'ils financent des aéroports et des autoroutes pour le plus grand profit du tourisme ?

   L'imagination des gens d'affaires n'ayant pas de limites, ils ont trouvé : les jeux olympiques du millénaire.

Ils ont flatté l'orgueil des Grecs en leur rappelant les anciens jeux d'Olympie et fait miroiter des profits aussi énormes qu'illusoires et ils sont arrivés à leurs fins. La Grèce a mis le doigt dans le sur-endettement pour des grands travaux déraisonnables (rappelons que même Londres dont la puissance financière n'a rien à voir avec la pauvreté d'Athènes s'apprête à payer ses jeux pendant plus de trente ans). Ensuite, il a été facile d'alourdir la dette en faisant croire que les dépenses improductives deviendraient profitables si elles étaient complétées de tel ou tel investissement supplémentaire.

    La Grèce est donc ruinée et ses soi-disant amis lui tournent le dos.

   Les hommes politiques du jour n'ont rien à voir avec Byron. Notre commune civilisation ne leur parle pas.

   Pour éviter qu'elle leur soit rappelée par quelques jeunots idéalistes, ils ont fait table rase de l'histoire et de la culture. Le changement des programmes scolaires a des conséquences plus graves que nos petites nostalgies culturelles.

    La Grèce antique nous a transmis des chênes truffiers mais nous avons oublié le goût des truffes, donc nous les avons données en pâture à des cochons, elles sont perdues pour le monde entier.

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 07:54

Raymond Aubrac, tu viens de mourir.

97 ans...c'est une longue vie. Tu étais encore, selon l'expression consacrée, bien pour ton âge. Alors, toi, le héros, notre référence, tu n'auras pas à tonner de déception et de fureur devant l'abaissement de la République.

La complaisance et les bonnes manières des amnésiques au pouvoir vont, encore une fois, ouvrir le jeu démocratique aux paroles de haine et à la puante bêtise que tu avais combattues.

On aurait tant aimé te dire que l'hydre était définitivement terrassée ... mais tu n'aurais pas cru nos illusions. Tu savais bien, mieux que nous, qu'une guerre n'est jamais définitivement gagnée.

Les mêmes hypocrites vont te rendre hommage à grand renfort de larmes de crocodile mais tes vrais admirateurs vont  s'efforcer de rester dignes de toi, de maintenir sans compromissions l'héritage du Conseil National de la Résisistance.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 10:05

   Toujours débordée par mes problèmes logistiques , il me faut toutefois dégager le temps nécessaire pour apporter mon grain de sel, quelques précisions, autour d'un sujet dont on nous rebat les oreilles sans poser les vraies questions. Penchons nous sur la viande et l'abattage des animaux sans nous laisser aller au crêpage des chignons religieux et culturels.

   D'abord, une réalité : comme l'ours, le cochon et tous les animaux opportunistes, l'homme moderne est un carnivore charognard. Incapable de fondre sur sa proie pour la dévorer vivante, il attend que la victime lui soit livrée tuée et, de préférence, dépouillée, découpée, prête à consommer ; c'est le boulot des abattoirs.

   Le sujet urbain se détourne des lieux de mort. Comme si la viande lui arrivait ex-nihilo, comme s'il n'existait aucun point commun entre les animaux et son assiette, l'abattoir lui est un univers étranger, il ne veut même pas savoir comment il fonctionne.

   S'il y prêtait quelque attention, il serait, au moins, plus difficile de lui raconter n'importe quoi. 

   D'abord, ce travail peu réjouissant se pratique de moins en moins en zone urbaine. Il plait aux amis des bêtes de croire que leurs protestations indignées (tiens, eux aussi !) contre les conditions révoltantes du transport des animaux ont été entendues ; en réalité, c'est l'efficacité économique qui a décidé, il est plus simple et moins coûteux de faire rouler des véhicules réfrigérés transportant de la viande que des camions de bestiaux vivants. La majorité des animaux sont abattus dans les régions d'élevage et acheminés vers les grandes villes à l'état de carcasses ou même carrément découpés en morceaux prêts à consommer. Il reste bien quelques abattoirs en zone urbaine pour les éleveurs en périphérie, les bouchers-abatteurs (survivance du passé) qui tiennent à choisir eux-même leurs bêtes sur pied, les font tuer et en récupèrent les morceaux en sortie de chaîne, l'abattage sanitaire en cas de nécessité, et des situations particulières au nombre desquelles le droit accordé à certains groupes religieux de faire procéder à une forme rituelle de sacrifice par égorgement sans étourdissement. Au passage, rappelons qu'ils ont obtenu ce régime dérogatoire pour lutter contre l'abattage clandestin, source de nuisances sanitaires graves et de troubles à l'ordre public.

   Les petites unités ont du mal à joindre les deux bouts, il faut un tonnage minimum pour continuer à exister. Elles ont vu dans l'abattage rituel la survie de leur activité. Rationalisation oblige, elles en ont fait leur norme.

Conclusion : il est faux de prétendre que tous les franciliens mangent halal sans le savoir, la plus grande partie de la viande consommée en région Parisienne vient de boucheries industrielles situées dans les zones d'élevage, on n'y pratique pas l'égorgement rituel. En revanche, il est vrai que les morceaux provenant d'abattoirs franciliens ont toutes les chances d'avoir été abattus rituellement.

    Ce point étant acquis, reste le seul vrai problème qui n'agite pas grand monde : la question sanitaire.

Nous essaierons de ne pas être inutilement gore mais la précision exige d'entrer dans quelques détails difficiles.

Prenons l'exemple des bovins. Normalement, dans l'abattage réglementaire, les bêtes suivent un couloir à la queue-leu-leu, elles sont accueillies par un tueur muni de son pistolet d'abattage, une arme qui, appuyée entre les cornes, enfonce l'os frontal. L'animal est cérébralement mort mais son coeur battra encore le temps nécessaire pour qu'il puisse être saigné. Il est donc suspendu par une patte arrière et une ouverture es pratiquée dans la carotide pour que l'animal se vide de son sang. En même temps, l'oesophage  est  ligaturé pour éviter que le contenu digestif puisse descendre et souiller la plaie. Les tueurs ont obligatoirement un CAP de boucher, garantie d'une formation minimale à l'hygiène.

Dans le cas où l'animal est égorgé rituellement, une lame vient sectionner tous les "tuyaux" en même temps : artère, trachée, oesophage. Tous les fluides se répandent, la plaie est donc souillée par le contenu digestif riche en bactéries de toutes sortes. Il est donc fortement déconseillé de consommer les morceaux autour du cou, morceaux bon-marché qui servent à la frabrication des steacks hachés, steacks le plus souvent consommés crus ou à peine cuits.

Cette forme d'abattage qui se veut pure est, en réalité, un vrai nid à microbes.

   En insistant sur le clash des civilisations, les adversaires de l'abattage rituel se trompent de combat. Ils se créent une réputation d'intolérants et de racistes alors qu'il serait bien plus simple de se faire les champions de l'hygiène et de la santé.

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 00:01

   Bientôt, nous allons habiter un monument historique.

Inutile de fantasmer, nous n'avons pas acquis un manoir ni une abbaye en ruine, juste une maison toute simple et pas plus ancienne que moi. C'est la ville entière qui est monument historique.

Le Quesnoy est une ville close,

Ce n'est pas Concarneau, il n'y a pas la mer,

Ce n'est pas non plus La Couvertoirade, on n'y domine pas le causse du Larzac.

Au milieu des vaches et des pommiers, c'est un chef lieu de canton rural : 5000 habitants aux confins de l'Avesnois et du Valenciennois. Depuis qu'il existe, il est habillé de remparts.

Ses premières fortifications remontent au XIIème siècle et au bien nommé Bauduin l'Edifieur.  Ensuite, les comtes de Flandre et de Hainaut, ont eu à coeur d'entretenir et améliorer ses défenses, même le célèbre empereur Charles Quint. En effet, Le Quesnoy n'est une ville française que depuis le traité des Pyrénées, sous le règne de Louis XIV. 

L'événement fut considérable pour la ville dont le roi confia à Vauban la charge de restaurer et compléter le réseau des remparts.

Le Quesnoy était l'une des nombreuses places fortes qui matérialisaient la frontière au Nord et à l'Est mais toutes les autres ont vu disparaître leurs murailles quand les siennes sont restées debout.

A quel hasard bienheureux devons-nous cette chance ?

 - A la révolution industrielle qui oublia d'atteindre Le Quesnoy.

La mine et les usines,  au dix-neuvième siècle, enrichirent les villes qui se mirent à grossir. Elles se sentirent à l'étroit dans leur murailles comme une grosse dame dans une ceinture trop étroite. Les changements  survenus dans les arts militaires leur donnèrent un bon prétexte pour araser les murs et combler les fossés. A leur place, les édiles tracèrent des boulevards et les quartiers d'habitation s'étalèrent. La distinction entre intra et extra-muros avait vécu.

Le grand chambardement laissa Le Quesnoy de côté. Faute de moyens pour les détruire, la ville conserva ses fortifications et resta une ville close, un monument historique...où je vais avoir la chance d'habiter une  petite maison blottie au pied du rempart.

L'avenir réserve d'autres plaisirs tels que la présence d'un théâtre et d'une médiathèque, équipements pas si fréquents pour une population de 5000 âmes.

C'est une chance, j'en suis bien consciente, la perspective d'une retraite heureuse.

Bon, quitter grand pour plus petit est un vrai chantier. Que la joie nous donne du courage pour le  déménagement.

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