Alors qu’on commémore le soixante-sixième anniversaire de la capitulation du Reich nazi, les tentatives de réécrire l’histoire de la seconde guerre mondiale se confirment de diverses parts. C’est le sens de la mise en garde que lancent six universitaires et juristes dans un appel publié par le Nouveau BRN (et reproduit dans Le Monde daté du 10 Mai).
Pour résumer, il s'agit, en soutenant Kononov de combattre les tentatives de réécriture de l'Histoire par les héritiers du nazisme toujours vigoureux dans les états Baltes.
Félicitons ces juristes de monter au créneau. Les historiens se sentiront moins seuls !
Depuis qu'elle a intégré l'union européenne, la Lettonie prend un malin plaisir à s'étaler sur les misères qu'elle a connues pendant l'occupation soviétique. C'est bien son droit, charbonnier est maître chez soi.
On peut, néanmoins, s'étonner de l'extrême indulgence qu'elle réserve aux occupants nazis de la seconde guerre mondiale et à leurs collaborateurs locaux. Tout le monde garde en mémoire l'assistance efficace que ces derniers ont apportée aux einzatsgruppen, la sollicitude qu'ils ont déployée à surveiller les camps , à liquider les ghettos et fournir les centres d'extermination en personnels zélés .
Tout le monde se souvient ; tout le monde sauf leurs descendants au pouvoir dans la Lettonie d'aujourd'hui . Ils souffrent d'amésie sélective, un handicap gravissime.
Leur dernier fait d'armes, qui serait ridicule s'il n'était avant tout scandaleux, concerne un partisan antinazi, Vassili Kononov.
Il ne demande rien, Vassili ; il vient de mourir à 88 ans. Mais ceux qui l'ont connu et soutenu tiennent à ce que justice soit rendue à sa mémoire. Et sa mémoire, c'est la résistance toujours combattue par les anciens Waffen SS lettons revenus au pouvoir depuis la fin de l'URSS.
Ils ont décidé de traiter les vétérans de l'Armée Rouge en "agents de l'étranger". De la part d'anciens supplétifs de la SS, on croit rêver !
Certains hausseront les épaules, diront "à quoi bon, Kononov est mort, on ne peut plus rien pour lui. Il vaut mieux s'occuper des injustices en cours. C'est plus utile."
Voilà une porte ouverte aux révisions de l'histoire. N'entendez-vous pas la petite musique de plus en plus insistante de ceux qui contestent les procès de Nuremberg, les qualifiant de justice partiale des vainqueurs sur des vaincus ?
Les procès de Nuremberg ne sont pas uniquement des moments d'histoire. Ils sont le socle fondateur de tous les tribunaux internationaux, ceux qui permettent aux victimes de crimes contre l'humanité de crier justice.
Qu'on les remette en cause, tous les génocidaires peuvent se frotter les mains.
Alors, même si la mémoire de Kononov vous indiffère, pour que survive la justice internationale, signez l'appel des juristes sur
www.brn-presse.fr
Viol de la mémoire de ceux qui tous les jours
rêvaient de la liberté, si lointaine, là-bas, de l'autre côté du fronton et essayaient de survivre malgré l'inhumanité et la barbarie, la violence et l'indicible ; viol de tous les
martyrs qui n'ont franchi le portail qu'une seule fois, puisque leurs assassins les attendaient près d'une fausse salle de douche ; viol de nos familles qui ont été décimées, de tous ceux
qui n'ont laissé personne derrière eux et dont le nom s'est éteint, alors que s'allumaient les fours crématoires ; viol de tous les enfants dont le sourire était la seule arme.