Vendredi 26 février 2010
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Tous les amateurs de polars connaissent les
Editions Baleine. Ils ont dégusté avec gourmandise la célèbre collection
Le Poulpe, des romans qui
avaient un point commun : le héros, et des auteurs différents mais tous marqués à gauche.
Depuis,
Le Poulpe a cessé de se multiplier mais ses anciens lecteurs ont conservé des
Editions Baleine l'image d'une maison plutôt de gauche, tendance
libertaire et, en tout cas, antifasciste.
Patatras ! Si vous aviez encore des illusions, il est temps de vous en défaire.
Au catalogue 2010 du cétacé, figure la réédition d'un polar cinquantenaire : "
Faut toutes les buter" d'un certain François Brigneau.
Vous avez déjà entendu ce
nom-là mais il ne vous dit rien de précis ?
Alors précipitons nous sur les dictionnaires, livres d'histoire et autres encyclopédies.
C'est qu'il ne s'agit pas d'un jeune écrivain au seuil de sa carrière. François Brigneau, né en 1919, milicien, ami de Brasillach dispose d'un CV impressionnant, la méchanceté
conserve.
Au long du siècle, il a laissé trainer sa signature dans tous les organes de presse et les éditions d'extrême-droite, avec une prédilection marquée pour la littérature antisémite.
On pourrait admettre qu'un éditeur se laisse prendre à la bonne mine d'un débutant inconnu mais jouer à l'innocent quand il s'agit du titulaire d'un tel pedigree, à qui veut-on faire
faire croire cette fable ?
Nous ne sommes en présence ni d'un idiot, ni d'un naïf. Alors, quelle explication ?
Le scandale, chers amis, le scandale qui fait du bruit ( le
buzz, comme on dit quand on veut être à la mode), on croit toujours qu'il va faire vendre... et l'édition est une industrie
nécessiteuse. A vot'bon coeur, M'sieurs, dames !
Hélas pour cet industriel pas regardant, il est encore des lecteurs et, surtout des auteurs, qui ne veulent pas manger de ce pain-là.
A la suite de Didier Daeninckx, auteur de trois
Poulpe, des écrivains qui savent encore dire NON, retirent leurs oeuvres des Editions Baleine. C'est comme une bouffée d'air frais !
Bientôt, il n'y restera plus que des vieillards cacochymes doublés d'auteurs rouges-bruns.
Soutenons les sincères et les propres. Il y a plus de gloire à suivre sa conscience qu'à prospérer sur le recyclage des poubelles de l'histoire.
Infligeons à la Baleine un régime amaigrissant.
C'est assez! Tu as raison !
La peste brune gagne du terrain.
Bises
Bruno
C'est fou ce que les idées racistes se multiplient sur Internet.
Même chez les handicapés.
Ils oublient qu'eux aussi ont rempli des waggons... Et ont été utilisés pour des "expériences scientifiques"
Bises.
Il a dit qu'il ne compte pas sur le "buzz" pour augmenter ses chiffres de vente, qu'il tient aux bons écrivains, quelles que soient leurs options etc...
Je me suis dit en l'entendant qu'il n'avait peut-être pas tort : aurait-on dû refuser d'éditer les grands Céline du fait de ses lamentables prises de position et écrits qui révélaient un odieux antisémitisme ?
Alors je ne sais pas -pas encore- s'il faut boycotter La Baleine et jeter le bébé avec l'eau du bain... N'est-ce pas de la censure, chose détestable aussi ?
Ce qui est sûr, c'est que je n'achèterai ni ne lirai ce triste môssieur dont je ne souhaite pas vérifier le bien-fondé de ce qu'on en dit !
Pour la même raison, je n'hésiterai pas à manifester plus de sévérité que toi vis à vis des auteurs qui ne se désolidarisent pas de leur éditeur. S'ils tiennent tant à leur panier de crabes, qu'ils y restent... loin de moi, je ne leur tendrai pas le petit doigt.
Les lamentations de l'éditeur, je les ai entendues aussi. Elles ne m'ont pas impressionnée, se présenter comme une victime de la censure, c'est une manière bien connue de retourner la question : il lui est difficile de justifier un choix qu'il a fait librement, il prend la pose de la victime, manière de ne pas se remettre en cause. C'est assez intolérable, il ne s'agit pas de petites histoires sans importance, les écrits de Brigneau ont appelé à une haine qui a fait des morts.
L'extrême droite doit se frotter les mains : un de ses activistes et de ses plumitifs les plus symboliques, un vieux de la vieille au pedigree impeccable question racisme et croix gammée - réédité chez Baleine ! Encore une fois, c'est invraisemblable et révoltant.
Merci, chère Tipanda, de réagir (c'est toi qui m'apprends la nouvelle).
Solidairement, et (toujours) bien amicalement,
Michel Sender.
(Je découvre aussi que tous les rouges-bruns genre Quadruppani se mobilisent déjà contre "Didier Dénonce" : les crapauds sont lâchés et, une fois de plus, ils soutiennent l'insoutenable et en sont complices.)
Espérons, au moins, qu'il ne restera pas confiné au petit monde du polar.
Tiens, qu'est-ce qu'un rouge-brun ? C'est une pomme pourrie : encore rouge à l'extérieur et brune à l'intérieur, juste bonne à jeter.
Amitiés aux deux et quatre pattes.
Les éditions Baleine, dont je m'occupe depuis 2005, et que j'ai rachetées au groupe La Martinière en 2008, ont publié plus de 450 titres, dans des collections diverses et variées, entre autres, et pour ce qui est encore d’actualité :
Le Poulpe, collection créée en 1995 par JB Pouy et dirigée aujourd'hui par Stéfanie Delestré, qui -en dépit des attaques et changements de propriétaires, compte maintenant plus de 190 titres, sans compter les copies, imitations et adaptations. Il en paraîtra huit nouveaux inédits en 2010, faisant appel aux meilleurs auteurs du moment et à leur interprétation personnelle du personnage et de la bible d'origine : Maïté Bernard, Marin Ledun, J.P. Jody, Sébastien Gendron, Sergueï Dounovetz, Antoine Chainas... Ceci pour 2010.
Baleine Noire, « collection-de-livres-qui-ne-se-vendent-pas », que je dirige et qui réunit dans des livres de poche de luxe, une littérature punk, gothique, gore ou noire , bizarreries, outrances, exercices de style, avec des auteurs français ou traduits, morts ou vivants, célèbres ou pas. Faut toutes les buter ! est publié dans Baleine Noire.
Son objet est bien la littérature. Pas la politique. La démarche est esthétique et artistique. Les couvertures sont toujours illustrées de photographies de cires anatomiques du Docteur Spitzner, qui rappellent aux éventuels chalands que ce n’est pas …pour les enfants.
On m'accuse de vouloir créer du buzz : Malheur à celui par qui le scandale arrive ! Sérieusement, j‘aurais lancé une telle campagne pour un livre dont le tirage est de 2600 exemplaires, et qui sera demain diffusé à… 800 ex. ? Et j’aurais envisagé avec sérénité la perspective d’être traité de « facho », pour un roman populaire de 1947 ?
Bien sûr que Baleine n'est pas un éditeur militant : le Poulpe peut passer pour un militant, et encore...
Pourquoi serait-il -comme déjà remarqué- scandaleux de côtoyer M. Brigneau chez Baleine, et pas chez Gallimard ou Albin Michel, où il fut édité aussi ?
Je maintiens que c'est un texte drôle, émouvant, divertissant, et historique. C'est un roman d'atmosphère. Bien sûr qu'il est grossier, sexiste, raciste et violent : le narrateur est un caïd assassin qui n‘a connu que la violence et les armes. Il a été publié en 1947. Et le dernier Ellroy, il ne contient pas lui aussi quelques expressions aussi vulgaires que racistes ?
Pourquoi lancer cette campagne une semaine avant la mise en vente, et avec une stratégie aussi maladroite : elle profite à M. Brigneau et nuit au poulpe ? N'étais-ce pas l'effet inverse qui était escompté ?
Je regrette que des amis, pris en otage par cette polémique dérisoire, se trouvent mis en porte-à-faux. Qu'il sache que la porte de Baleine leur sera toujours ouverte. Et que leurs textes, eux, je continuerai à les défendre. Comme Patrick Raynal quand il a publié son ami ADG, parce qu'il jugeait que c'étaient des bons livres, je publierai M. Brigneau, je continuerai à publier des Poulpes, je continuerai à publier des romans horribles dans Baleine Noire, je défendrai les titres parus chez Baleine, tous les titres sans exception :
A titre personnel, je n'aime pas les fachos. A titre professionnel, je déteste les censeurs.
S'il vous plait, ne tombez pas dans le ridicule, hélas de plus en plus courant, d'employer le mot "otage" à tout propos. C'est déplacé et souvent indécent lorsqu'on fait le rapprochement avec le sort épouvantable de gens qui ont réellement connu la situation d'otage et y ont laissé leur vie.
Quant-à votre détestation de la censure, qui vous la reprocherait ? Encore faut-il qu'on puisse parler de censure.
Anastasie a toujours été l'amie des puissants ; elle prétend interdire l'écriture à leurs adversaires. Dans l'affaire qui nous occupe, aucun pouvoir ne cherche à se protéger. Nous sommes en présence d'une controverse et il est sain qu'elle puisse s'exprimer.