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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 22:31
         Les fêtes de Noël et Nouvel An sont passées, les agapes sont digérées (du moins, faut-il l'espérer) ; il est maintenant possible d'évoquer le réveillon sans dyspepsie. Il me vient le très grand désir de m'attarder auprès de Sylvestre.
Saint Sylvestre, c'est le dernier jour de l'année, le réveillon du premier de l'an. Mais, de son vivant, qui fut donc ce Saint Sylvestre ?
          Le saint éponyme, Sylvestre Ier, était un évêque contemporain de l'empereur Constantin, il fut même la courroie de transmission permettant à l'homme politique de construire à sa guise l'Eglise en formation. Rien de très passionnant.

          Beaucoup plus intéressant : Sylvestre II, le pape de l'an mille.

Sa vie est aussi éloignée de la "Légende Dorée" que des idées toutes faites qui traînent encore sur l'église du haut Moyen-Âge.
     Gerbert, c'est le vrai nom de Syvestre II (tous les papes choisissent un pseudo parmi leurs prédécesseurs), est né vers 945 de paysans attachés aux terres de Saint-Géraud d'Aurillac, une abbaye bénédictine de l'ordre clunisien.
Première surprise. Beaucoup se font des établissements religieux une image d'Ancien Régime. Bien isolés par la clôture monacale,  le pouvoir et la vie intellectuelle sont réservés aux nobles et aux riches, c'est un décalque parfait de la société du temps. Aucune promotion sociale pour les religieux d'origine modeste ; les frères convers, moines de second rang, issus du peuple, sont employés aux tâches matérielles pour laisser aux Révérends Pères (les Dom...) le temps de louer Dieu et d'épanouir leur intelligence.
Heureusement pour Gerbert, au dixième siècle, l'ordre clunisien offrait leur chance aux sujets doués, de quelque ordre soient-ils.
Une tradition édifiante explique comment le prieur de Saint-Géraud s'attarda à contempler un jeune berger qui observait les étoiles en improvisant des repères sur des baguettes qu'il avait taillées. Convaincu d'avoir affaire à un sujet doué, il aurait alors convaincu ses parents de le confier à l'abbaye. La réalité semble beaucoup moins romantique ; l'enfant aurait été donné aux moines de Saint Géraud pour la réalisation d'un voeu ou, dans une période de disette, pour se défaire d'une bouche à nourrir. Peu importe, il est entré au monastère.
  Très vite, les moines se disent qu'ils ont fait une acquisition de choix mais que Saint Géraud d'Aurillac n'est pas le foyer intellectuel qu'il faut à un garçon aussi doué. Ils sont en relation avec des établissements plus importants en Catalogne ; ils y envoient le jeune moine parfaire son instruction dans les abbayes catalanes de Vich et de Ripoll.
C'est là qu'il est remarqué par Borrell, le comte de Barcelone.
En 970, le comte Borrell amène Gerbert à Rome où il étonne le pape Jean XII et l'empereur Otton 1er par sa science de l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie. (Gerbert sera le créateur de la sphère armillaire, elle n'a plus d'utilité scientifique mais on l'utilise encore pour la déco des bibliothèques)
Contrairement à toute attente, Gerbert ne choisit pas de s'installer près du pape à Rome ; il gagne la faveur de l'archevêque Aldabéron, reprend ses études à Reims, et obtient la direction de l'école épiscopale de la ville.  Parmi ses élèves figure le futur roi Robert le Pieux. C'est le début se son alliance avec les Capétiens.
 Sa réputation lui vaut de recevoir la direction de l'abbaye de Bobbio, en Italie, en 982. La bibliothèque du monastère comble le savant de bonheur. Il n'en poursuit pas moins son enseignement à Reims.
Au passage, une autre idée préconçue s'écroule, celle de l'immobilité du Moyen Âge et, spécialement, du haut Moyen Âge. Il n'existait pas de train ni d'avion, pas même de routes dignes de ce nom, le mauvais état des chemins interdisait de circuler en voiture, le voyageur était forcément un cavalier. Malgré ces obstacles, on voyageait beaucoup. Les intellectuels se déplaçaient pour consulter les fonds des bibliothèques réputées.
Au cours de ses voyages, ou malgré eux, Gerbert, faisant preuve de sens pratique,  trouve le temps d'imposer l'usage des chiffres arabes et du zéro. 
Contrairement aux idées en vogue aujourd'hui, ces outils sont bien commodes mais pas indispensables aux mathématiques. Thalès et Euclide qui n'étaient pas des abrutis ont réussi à s'en passer. Disons que l'initiative de Gerbert a bien facilité la vie des matheux.
Histoire de l'obliger à s'extraire de la bibliothèque, autour de 990, l'Eglise entre  dans une période de zizanie. Comme d'habitude, les autorités religieuses, les rois et l'empereur s'opposent avec un luxe de retournements d'alliances.
  Gerbert, en bon diplomate, tire les marrons du feu et devient pape en 997.
Il sera donc le pape de l'an Mille. Belle promotion pour un fils de serf.

Tout bien considéré, ce n'est peut-être pas si incroyable. Il faut avant tout se rappeler que Gerbert était moine dans l'ordre de Cluny qui était beaucoup plus riche en autorité et en prestige que la papauté.
Il choisit de s'appeler Sylvestre. Ce n'est pas un hasard ; un seul pape a porté ce nom avant lui, 7 siècles plus tôt, Syvestre 1er, resté dans l'histoire pour son partenariat avec l'empereur Constantin.
Et Gerbert, devenu Sylvestre II, entretient une ambition : instaurer avec l'empereur Otton III un empire chrétien universel, par l'union du pouvoir séculier et du pouvoir ecclésial.
Sa tentative a échoué (sinon, il serait mieux connu) mais ce pape de l'an Mille reste un personnage attachant. Homme de lumière et de science, il est la meilleure preuve de l'inanité des croyances encore très répandues sur l'an Mille.
Qui n'a pas entendu parler des terreurs de l'An Mil ?
C'est une idée bien tentante pour les amateurs de chiffres ronds, ceux qui veulent y voir des conjonctions fatidiques, mais à l'observation des faits, la croyance ne tient pas.
Le pape le plus savant que la chrétienté ait connu et qui n'aura pas de concurrence avant longtemps, en même temps que débutait la construction du "blanc manteau d'églises" de l'occident chrétien, comme âge de terreur et de ténèbres, on a connu pire.

Un millénaire après, on aimerait que le pape en exercice soit aussi peu obscurantiste ...

 

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Published by Tipanda - dans Feuilleton
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