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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 09:08

    Retour vers des souvenirs scolaires.
    Nous l'avons tous appris, c'est au motif qu'il "pervertissait la jeunesse" que Socrate fut condamné à boire la ciguë (... et c'est pas bon ! . En ce temps-là,  on donnait la mort avec recherche et  diversité).
    Un pervers, des jeunes ... C'est à la mode.
Vous avez besoin d'un prétexte pour conforter une opinion ? Pas d'hésitation, ciblez la jeunesse et, encore mieux, l'enfance.
Défendre les enfants, surtout les têtes à claques, ceux qui font tout pour qu'on "leur en mette une", voilà une noble cause, tellement intouchable qu'elle vous épargnera même la nécessité d'une explication. Personne n'osera vous contester ; protéger la jeunesse est l'argument ultime.
   On accusait Socrate d'éloigner les jeunes des cultes civiques, c'était grave mais peu croustillant. Immédiatement,  l'homme du vingt-et-unième siècle, en obsédé du sexe des autres,  imagine dans "l'affaire Socrate" un scandale à base de pédophilie.

     Voilà qui aurait bien fait rire Socrate et ses contemporains !
On ne trouvait rien à reprocher à ses moeurs sexuelles, c'étaient celles de tout le monde.

     Entre pédophilie et pédérastie, on ne faisait pas l'amalgame.
Les garçonnets vivaient auprès des femmes jusqu'à la puberté ; ensuite le couple masculin adulte-adolescent était la norme et la conséquence logique de l'absence d'éducation des filles. Les citoyens d'Athènes faisaient des enfants à leur femme. Pour le reste ... il valait mieux chercher ailleurs.
    Une chanson de Jean Ferrat ironise : "Une femme honnête n'a pas de plaisir" ; les mères de famille athéniennes n'avaient pas non plus de conversation, sauf Aspasie, mais c'était une hétaïre, autant dire une putain ... donc presque pas une femme. Les sexes menaient une vie sociale séparée. La vie sentimentale et sexuelle était affaire d' hommes.

      Le plus beau, le plus passionné des poèmes d'amour de la littérature grecque est un chant de l'Illiade, celui où Achille hurle son désespoir après la mort de Patrocle, son jeune amant.
      Pendant nos études de grec, il est vrai, on n'a pas hésité à nous livrer une version de l'Illiade expurgée de ce poème. Il était jugé scandaleux, alors qu'on n'a jamais hésité à nous donner le texte des autres chants remplis de massacres et de vengeance.
      Étonnant ? - non : à la mesure de nos conventions. Nous ignorons les codes du passé.

    Dans l'antique Grèce, une génération faisait l'éducation intellectuelle, affective et sexuelle de la suivante...et on n'y trouvait rien à redire. On cultivait même les attachements ainsi créés ; la phalange macédonienne , qui a conquis un empire pour Alexandre, s'était construite sur des couples de guerriers, on savait qu'ils se battraient jusqu'au bout pour défendre leur ami. Les Egaux de Leonidas, aux Thermopyles, se sont fait hacher menu, inséparables jusqu'à la mort.
     Socrate avait des disciples qui ont d'abord été ses amants puis se sont occupés de sa mémoire. Ils avaient nom Platon ou Xenophon. Ils ont fait carrière dans la philosophie ou la littérature, ils ont fait l'éloge de Socrate et nous l'ont rendu admirable.

     Pourtant, si nous le rencontrions aujourd'hui, nous aurions peut-être du mal à accepter le personnage.
Il passait le plus clair de ses journées, dans une crasse oisiveté, à flâner dans les jardins avec la jeunesse dorée d'Athènes. Tout ce beau monde n'avait d'autre occupation que le coupage en quatre des cheveux ... qu'il avait rares()!.
     Une personne ne riait pas, c'était Xanthippe, la femme de Socrate.
Elle avait ses raisons de manquer d'humour. La vie qu'il lui imposait était insupportable.
Ses disciples étaient des gosses de riches ; lui était pauvre (pas même les moyens d'entretenir des esclaves !), mais il s'interdisait de faire payer ses leçons.
C'est la pauvre femme qui se débrouillait pour assurer le minimum nécessaire à leur survie. Elle exerçait le périlleux métier de pêcheuse de poulpes ; elle plongeait pour faire bouillir la marmite (dans tous les sens du terme) du philosophe qui n'aurait pas remué le petit doigt.
    Les disciples du maître, non seulement, ne l'ont l'ont jamais aidée mais ont transmis à la postérité la légende d'une abominable mégère qui faisait des scènes, sans considération pour la qualité de philosophe de son mari. Facile à  comprendre : eux-mêmes étaient à l'abri de la nécessité, ne l'imaginaient même pas.

    Qu'elle soit consolée. Une compagne lui est arrivée au dix-neuvième siècle, en la personne de Jenny Von Westphalen, alias Mme Karl Marx.
Née dans la bonne société allemande, elle s'est mariée en apportant une dot permettant de démarrer une vie de ménage, avec Karl Marx, un garçon peu fortuné mais équipé d'un solide bagage d'études. Le jeune couple, logiquement, avait les moyens de s'en sortir, moyennant un peu de travail, considération scandaleuse face aux prétentions du jeune homme.
Il était convaincu d'avoir une oeuvre à produire, pas le temps de se livrer à des tâches subalternes. A en juger par l'étendue du résultat, il avait raison mais...en attendant la gloire, il fallait vivre.
   Un tel cerveau ne pouvait pas se louer comme un vulgaire prolétaire (sa prédilection).
En attendant le succès d'édition, il était destiné à crever de faim, à moins de trouver une "poire" qui l'entretînt. Il  finit par la trouver en la personne d'Engels qui lui donna son héritage à manger. Trop heureux d'assister le grand homme, il poussa la magnanimité jusqu'à endosser la paternité d'un enfant que l'ineffable Karl avait fait à la bonne !
En attendant l'ami providentiel, Marx ne dérogea pas à ses principes, il dépensa la dot de Jenny.
Comme ses loisirs lui laissaient un peu de temps pour des ébats conjugaux, des enfants lui naquirent.
Tout le monde survécut dans la misère, à l'exception du petit Guido qui en mourut.
Marx était spécialiste du prolétariat mais pas de la honte ; c'est sans gêne aucune qu'il accepta la collecte des pauvres ouvriers et dockers de Whitechapel pour les frais d'enterrement de l'enfant.

     La misère dans le smog de Londres était plus sordide que sous le ciel radieux du Pirée mais, en fin de compte, Jenny et Xanthippe sont bien soeurs.

      Tout cela, c'est de l'histoire, c'est bien loin de nous.  Sauf que ... Nombre de féministes, aujourd'hui, se disent marxistes. N'y voient-elles pas de contradiction ?
      Est-ce toujours aux hommes de dire où sont le bien et le mal ?
Des femmes s'y risquent mais celles qu'on entend se placent sur un terrain balisé par les hommes.
Elles aussi répandent une Morale des cerveaux.
      Nous attendons impatiemment la morale des coeurs et des tripes.

     Qu'on se décide enfin à proclamer la seule vérité qui compte : le mal est dans la souffrance et, en la supprimant, on approche du bien.

     Sans doute, est-ce trop simple ? N'importe qui peut le comprendre ... même une bonne femme !

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Published by Tipanda - dans humeur
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commentaires

cacao 03/07/2011 09:13



Comme c'est bien trouvé "la morale des coeurs et des tripes" ! Merci infiniment pour cet article, qui nous en apprend beaucoup sur les femmes des hommes célèbres et "révérés". Très bon Dimanche à
toi. Bien amicalement.



Tipanda 03/07/2011 10:15



Merci de ta fidélité.


Ce qui ouvre des abîmes de réflexion, c'est que nous ne sommes pas en présence de découvertes. Les faits sont connus depuis toujours, aussi bien concernant Socrate que Marx, mais des
bien-pensances venues d'horizons divers forment une espèce d'union sacrée pour les cacher sous le tapis comme la poussière des ménagères négligentes.


Amitiés et beau dimanche.



Serge 26/06/2011 07:07



Une belle leçon d'histoire. J'apprécie, Madame la Prof, particulièrement celle à propos de la Grèce Antique mais ça termine sur une note pas très catholique et qui ne va pas avec les valeurs du
libéralisme sauveur :"le mal est dans la souffrance et en la supprimant on approche du bien"... Hérétique, va !



Tipanda 26/06/2011 10:45



Evidemment, quand on se rappelle l'histoire de certaines femmes illustres ( Cléopatre, Salomé, Elisabeth I, Catherine de Médicis et l'autre de Russie...) on n'est pas convaincu de la douceur des
femmes. Mais il s'agissait de femmes en situation dominante. Chez les humains, comme chez les animaux, les dominants assoient leur pouvoir sur l'écrasement des dominés. et, statistiquement, les
femmes sont plus souvent parmi les dominés. Faut qu'ça change !



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