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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 13:03

  Est-ce un abus de langage ? Les soulèvements populaires de Tunisie et d'Egypte sont généralement qualifiés de Révolution.
Ceux qui les regardent avec bienveillance pourraient se servir d'un autre mot, ils leur épargneraient un rapprochement fatal avec les révolutions du globe terrestre : il effectue un tour complet pour se retrouver dans la même position. En leur souhaitant d'échapper à ce destin funeste, donnons au terme "révolution" le sens courant de bouleversement amenant un changement de régime politique.

 

   D'aucuns n'hésitent pas à rappeler le dialogue du 15 juillet 1789 entre Louis XVI et La Rochefoucauld. Évoquant la prise de la Bastille, le roi interroge : "C'est une révolte ?" et son interlocuteur de répondre :"non, Sire, c'est une révolution". La réplique connaîtra un certain succès ; néanmoins, sens de la formule ne veut pas dire exactitude, La Rochefoucauld s'est "planté".
   Peu de révolutions se sont passées de soulèvement populaire mais l'élément décisif ne réside pas dans les mouvements de foule. Le déferlement des Parisiens affamés et surexcités contre une prison mal défendue n'aurait pas suffi à faire tomber la monarchie. N'en déplaise aux adorateurs de symboles, la Révolution Française n'a pas eu lieu le 14 juillet 1789. Elle doit beaucoup plus à la nuit du 4 août 1789, nuit de l'abolition des privilèges. Et ce n'était qu'un début, la consolidation du changement a pris un siècle entrecoupé d'épisodes d'empire et de royauté.
   La remarque vaut pour tous les pays. Le coeur aime se rappeler le cuirassé Potemkine, les soldats fraternisant avec les mutins. Le talent considérable d'Eisenstein et la chanson de Jean Ferrat y sont pour beaucoup, mais une mutinerie n'a rien changé à la domination des tzars. Il faudra encore des années pour assister à la Révolution d'Octobre, beaucoup moins romantique mais soigneusement préparée de l'étranger par un parti communiste clandestin très organisé. Il avait formé des cadres prêts à diriger le pays.
    Nous fondant sur l'expérience des révolutions passées, il faudrait attendre qu'émerge un nouveau régime.
Mais aurons nous le temps ?
    Les charognards ne vont pas manquer pour dépecer des états en ruine.
Le meilleur morceau, comme d'habitude reviendra aux plus forts, à ceux qui auront tout prévu et se seront donné les armes politiques. Que vont peser les jeunes inorganisés, volontairement inorganisés par exigence de démocratie, face à l'expérience des vieux partis, les moyens des armées et le poids des religieux ? Leur avenir donne plus de souci que d'assurance.
    On aimerait les aider mais comment ?
De récentes aventures nous ont rendus prudents ; le droit d'ingérence a fait long feu. De toute façon, dans une ancienne colonie, il n'est pas question d'amener notre solution. La démarche paraîtrait, à juste titre, déplacée.
On ne va pas non plus leur envoyer des Brigades Internationales qui s'enliseraient dans des luttes où il y a plus à perdre qu'à gagner. Guevara mourant en Bolivie n'est plus un exemple. Alors que faire ?
    Rien, nothing, nada !
C'est affreusement agaçant, tellement contraire à nos généreuses bouffées d'altruisme, mais il faut accepter de nous incliner devant la raison.
Les naissances prématurées sont toujours porteuses de risques.
  La révolution naîtra comme la vie quand elle sera prête.

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Published by Tipanda - dans l'air du temps
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commentaires

Mongi 11/02/2011 05:03



Venir en vacance en Tunisie et faire confiance au peuple Tunisien pour votre sécurité ;)



Tipanda 11/02/2011 10:13



Excellente manière de se montrer solidaire : permettre à l'économie de redémarrer pour montrer que la clientèle croit en l'avenir du pays. Les touristes n'ont pas d'affinités particulières avec
les dictateurs ; ils sont même gènés d'être pris pour des aveugles ou, pire, des complices.



Serge Prioul 11/02/2011 04:51



Tu fais bien de noter tous ces rapaces à l'affût.


(Je "partage" ce juste billet sur mon mur Facebook. C'est pas qu'il est très visité mais avec des options comme ce brillant avis, il ne peut que le devenir davantage.)



Tipanda 11/02/2011 10:16



Merci à toi. Il n'existe pas de grands et petits soutiens. Ici, au moins, toutes les voix sont égales.



Milla 10/02/2011 18:34



superbe ton billet ! mais ne crois tu pas qu'en dégagenat ces dictateurs les populations ont juste zapé un acte de la révolution française en pasant de facto a l'abolition des privilèges du 04
aout. C'est l'idée que j'en ai, déjà parcequ'ils n'ont pas eu a ététer les monarques et ils ont viré dehors le pouvoir qui avait la main mise sur la richesse... d'ailleurs, j'y vois même une
révolution "antiultracapitalise"..



Tipanda 10/02/2011 20:51



Merci pour ton commentaire. Tu sais communiquer ton enthousiasme et rassure-toi, je le partage.


Mes questions concernent la gestion du soulèvement. Pour mener à bien une révolution, il faut casser l'ancien et mettre du neuf à sa place en évitant de faire durer le passage entre les deux.
C'est une période anarchique et dangereuse. Un minimum de préparation et d'organisation peut s'avérer indispensable. Jusqu'ici, nous ne voyons pas émerger grand-chose et, d'après moi, il serait
bon de concrètiser au plus vite.



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