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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 20:26

  Une histoire, solidement cousue d'un fil blanc aussi épais qu'une corde de pendu.

  Le code de la route impose au conducteur une tenue qui lui permette d'être à l'aise au volant pour diriger son véhicule en sécurité. On a même connu la mode des sièges chauffants qui permettent, en hiver, d'ôter son manteau avant de s'installer aux commandes.

Simple prudence, Il ne viendrait à personne l'idée de conduire ficelé dans une camisole de force, et pourtant... 

   Une automobiliste conduit empaquetée dans un voile intégral (également nommé "sac-poubelle") qui, visiblement, ne lui permet pas toute l'autonomie souhaitable. Arrêtée, elle se voit infliger l'amende modique d'une vingtaine d'euros.

A sa place, qu'auriez vous fait ?

Vous auriez écrasé, accusé le coup, surtout quand la discrétion est dans votre intérêt.

    Pas elle. Elle proteste, essaie de faire annuler le PV.

Peut-être était-ce sa manière de lancer un appel au secours, de faire connaître sa situation ?

En effet, à la suite de sa réclamation sont enclenchées vérification, enquête et ... découvertes : le mari de la récalcitrante est un islamiste intégriste (pléonasme), militant et polygame ; chaque épouse étant suivie d'enfants, elles bénéficient des allocations familiales et allocation-parent isolé.

   L'histoire abondamment répandue sur les ondes, la réaction populaire se manifeste.

Depuis la cour d'école où il jouait au gendarme et au voleur, le Français garde chatouilleux le sens de la justice. Il est indigné, horrifié d'apprendre qu'on puisse être polygame en France et faire entretenir toutes les coépouses par la caisse d'allocations familiales, alors que tant d'honnêtes gens n'arrivent pas à joindre les deux bouts.

Au passage, son indignation fait l'affaire des propagandistes d'un certain projet de loi anti-burqa, même si les esprits grincheux ne peuvent éviter quelques interrogations. 

L'usage du mot polygame, dans la circonstance, est impropre. En France, si on a plusieurs compagnes, on cohabite, on n'est pas marié. On ne peut avoir qu'une épouse à la fois. C'est pour ce motif que la loi impose au mariage civil de précéder la cérémonie religieuse.

Un nostalgique se rêve en imitateur du prophète avec ses quatre épouses, la loi ne se plie pas aux folies des uns et des autres ; légalement, il a une épouse et trois maîtresses. Leurs enfants ont droit à la même protection que tous les enfants qui vivent sur le territoire français, ils n'ont pas à subir les conséquences des fautes de ceux qui les ont fait naître.

Toute personne qui a fait, un jour, la demande d'une allocation ou une autre, a pu expérimenter à ses dépens le maquis de tracasseries, contrôles et justificatifs auxquels il doit satisfaire. La charge de la preuve, c'est toujours au demandeur qu'elle revient.  S'il est exact que les mères reçoivent une allocation de parent isolé (c'est à vérifier), l'explication est à demander à la CAF.

Toujours sous réserve que l'information soit exacte, c'est l'épouse officielle, celle qui est légalement mariée qui a déposé le recours à l'origine de l'affaire. Et si elle l'avait fait pour donner un coup de pied dans la fourmilière, pour être débarrassée des co-épouses et de leur progéniture ?

Justement, des voix s'élèvent pour demander que le mari, naturalisé par mariage, soit déchu de la nationalité française ; l'expression glace tous les démocrates depuis un fâcheux précédent, la politique raciale de Vichy.

Que faire ?

   Difficile de protéger La Liberté en bloc, celle des uns s'arrêtant au seuil de celle des autres. Il reste que les forts se libèrent facilement au détriment des plus faibles qui n'ont qu'à subir.

Une femme déclare : "C'est ma volonté et ma liberté de me voiler", on peut la croire, ne pas chercher plus loin. C'est une attitude confortable, facile comme l'aveuglement qui nous interdit de sortir un adepte des griffes d'une secte. Elle nous évite les questions gênantes sur l'emprise mentale.

Qui lui a mis cette idée dans la tête ? Elle ne lui est pas tombée du ciel, il a fallu une rencontre.

La converties est un cas particulièrement intéressant. Généralement issue de milieux éloignés de l'islam et même de toute confession, elle a rencontré Dieu avec l'amour. Elle n'a pas d'histoire personnelle avec la religion, aucun passé où puiser les expériences qui lui permettraient de faire la part de la séduction et celle de la foi. L'homme qu'elle aime semble animé par une force supérieure ; elle se sent appelée à partager son aventure, elle veut se montrer digne de lui. Alors, elle fait tout ce qu'il veut, elle devance même ses désirs. Il n'est pas de prosélyte plus exigeant (et agaçant) que les néophytes. Elle est de bonne foi quand elle affirme avoir choisi sa vie, elle n'est pas consciente de l'autorité qui la gouverne, elle est sous influence.

   Le "gourou", comme dans toute secte, veille à garder le contrôle de la situation. Il organise la vie de sa victime pour qu'elle ne soit jamais seule. Quand il n'est pas là, il faut qu'elle soit surveillée par d'autres adeptes qui lui éviteront toute tentation d'aventure personnelle. Il est prudent ; loin des yeux, loin du coeur, l'adepte peut perdre la foi ou se précipiter vers un autre amour et une autre religion si la cage est tant-soit-peu ouverte.

Le moyen le plus efficace de faire cesser l'emprise, c'est donc la fin de l'histoire d'amour. Plus facile à dire qu'à faire.

Restons, au moins, conscients des responsabilités.

Au lieu de nous en prendre aux victimes, combattons leurs bourreaux.

Des pistes doivent s'ouvrir. Pour s'en tenir à ce fameux voile intégral, à supposer qu'il soit effectivement interdit, au lieu de verbaliser la porteuse, pourquoi ne pas sanctionner l'homme qui la dirige ?

Tout ne serait pas gagné mais nous aurions montré que nous ne sommes pas naïfs et que nous ne sommes pas prêts à capituler sur le terrain des libertés.

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Published by Tipanda - dans l'air du temps
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Milla 05/05/2010 22:34



Tu sais la meilleure, une loi votée en 1980 permis le rapprochement familial de la deuxième épouse d'un malien, sisi Giscard "fécit", j'ai lu l'article sur Marianne, il y avait un édito sur un
arret du conseil d'état datant de 1993 sur la polygamie, Sonia IMLOUL est une des membre de l'association Respect 93, elle explique la grande hypocrisie qui couvre le secret de la polygamie...


Un prétexte affreux de palier aux droits des hommes à mener une vie familiale normale, on a accordé a un malien la possibilité de faire venir sa deuxième épouse, dans le rapprochement
familial.


Aujourd'hui, Montreuil par exemple est devenue la première ville malienne de France ou la plupart des femmes sont jetées dans la rue, répudiées avec leur ribambelles de gamins...
comment  alors condamner ces machistes si l'hypocrisie  les protège à travers des lois, c'est un scandale . Et dire qu'on a réinventé les droits des femmes, alors qu'elle l'avait
obtenu au même titre que les hommes lors de la révolution française ? On ne cesse de parler de violence faites aux femmes,  par contre, je ne comprendrais jemais ces femmes qui acceptent
cette déchéance, surtout pour celles qui sont nées en France... Tu peux remarquer par ailleurs qu'il y a de plus en plus de catholiques converties... quelle chienlit comme dirait De Gaulle !



Tipanda 07/05/2010 23:36



J'ai bien envie de parler de "servitude volontaire", avec beaucoup de guillemets à "volontaire". Il est une catégorie de gens qu'on aimerait aider mais qui découragent les bonnes volontés en
repoussant les offres d'aide et en replongeant, tête la première, dans le désastre dont elles paraissent se plaindre. Probablement, faut-il garder à l'esprit de quel conditionnement elles sont
les victimes.


En ce qui concerne la polygamie, je crois que le problème est différent dans une société traditionnelle rurale et dans une ville moderne. En Afrique, des familles polygames vivent dans un certain
équilibre grâce à un habitat adapté : chaque épouse dispose de son propre logement dans une cour commune, elle a sa place et le mari circule d'une maison à l'autre ; ce n'est pas le paradis mais
il est possible de maintenir la paix. Lorsqu'une de ces familles arrive en France, c'est toujours en zone urbaine où le m² coûte cher. Très logiquement elle se retruve dans un appartement trop
petit ; plus d'isolement possible pour les femmes, elles sont obligées de se supporter, elles et leurs enfants. La situation serait invivable pour n'importe qui ; les Africaines n'échappent pas à
la règle. La polygamie peut n'être que moralement discutable dans les pays où elle est traditionnelle, elle devient source de rivalités et de violence dans une société urbaine et développée.
C'est, avec la pratique de l'excision, un des pricipes sur lesquels il ne faut rien céder.



Primavera 28/04/2010 14:38



Une très bonne analyse de cette situation qui alimente nos médias, alors que cela aurait pu se régler avec moins de bruit, compte tenu des lois existantes.


Bonne journée



Tipanda 29/04/2010 10:50



C'est que, précisément, je ne crois pas du tout nos gouvernants intéressés par l'apaisement des conflits. Au contraire, l'électeur s'attrappe et se dirige comme les taureaux (animaux puissants
mais bêtes ) en leur posant  un anneau dans le nez, anneau qu'il suffira de solliciter pour activer la douleur
et emmener la bête où on veut qu'elle aille. Le problème bien réel de la servitude, volontaire ou non, des femmes voilées n'est que l'anneau destiné à mener brouter les boeufs que nous sommes
pour ceux qui nous gouvernent.



francesca 26/04/2010 08:20



Ton commentaire est lemeilleur que j'aie lu depuis que cette affaire occupe les médias divers... Merci Tipanda !



Tipanda 26/04/2010 10:59



Trop gentille ! Merci pour ton soutien. Il est difficile de se faire une opinion sans tomber dans les pièges qui nous sont tendus.



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