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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 08:00

   Amour est césarisé en attendant les oscars.

C'était la moindre des choses d'honorer l'immense talent d'Emmanuelle Riva qui nous avait longtemps manqué.

 A l'issue de son visionnement, j'avais émis cette opinion que j'extrais des profondeurs où elle s'ennuyait.

 

Avez-vous vu la Palme d'Or de Michaël Haneke : Amour ?

 Le film est bien réalisé, remarquablement interprèté par une Emmanuelle Riva et un Jean-Louis Trintignant qui connaissent leur boulot depuis longtemps, mais (il y a toujours un mais) c'est un spectacle éprouvant.

  Nous vivrons de plus en plus longtemps donc nous connaîtrons "pour de vrai" de plus en plus de ces couples âgés confrontés à la maladie, le handicap, la perte de l'autonomie et la douleur. En regardant Amour, nous y pensons forcément.

   Histoire que nous ne nous perdions pas dans les préoccupations économiques, les vieux d'Haneke, comme ceux de la chanson de Brel, ne sont pas dans le besoin. Sans être richissimes, ils ont de quoi assurer leur quotidien, ils échappent à la confrontation épuisante avec les services sociaux, le temps qu'il faut accepter de perdre pour obtenir son dû. Professeurs et artistes, ils habitent Paris, un appartement haussmanien. Leur intérieur est assez démodé pour marquer leur âge, démodé mais encore bourgeoisement confortable. Haneke évite de brouiller les cartes, il nous enferme dans le huis clos de la dépendance.

    Acteurs et réalisateur maîtrisent leur jeu, un savoir-faire dramatique qui enferme le spectateur, lui présente les événements comme inéluctables. Les vieux amoureux subissent la maladie et ses ravages dans la solitude. Personne ne leur vient en aide mais ils ne font rien pour le briser. Cet isolement, ils l'ont organisé au nom de leur Amour sacré.

L'état de plus en plus dégradé de l'épouse qui a perdu toute autonomie nécessiterait qu'elle soit prise en charge par des soignants compétents dans un cadre médicalisé mais, au nom de ce fameux Amour, son mari refuse de la confier à une institution et la prend en charge seul. Lui-même est âgé, fatigué, il risque de flancher avant sa femme ; quand leur fille lui suggère de chercher de l'aide, une solution qui le soulage, il s'emporte. Pour clore le débat, il prétend avoir recours aux services d'infirmières ... qu'en réalité, il congédie pour que personne ne  s'entremette dans le huis clos du couple. Au bout de cette fuite en avant, c'est la fin qu'on sentait venir depuis le commencement : il se suicide au gaz après l'avoir étouffée. Jusque dans la mort, ils sont liés par un Amour devenu leur geôlier.

   Le spectateur garde l'oeil sec, la descente aux enfers gène plus qu'elle n'émeut. La complaisance dans le malheur est trop évidente.

    On revient à ce décor démodé qui nous ramène trente ans en arrière, Haneke nous montre que ses personnages eux-mêmes sont dépassés. Ils réagissent comme autrefois, quand il fallait se débrouiller avec les moyens du bord pour affronter l'agonie. Les militants du Droit de Mourir dans la Dignité, craignant sans doute que la nuance n'affaiblisse leur propos, nous laissent entendre que rien n'a changé. Et pourtant, il existe dans la loi d'aujourd'hui une ressource qui change tout, c'est la sédation. Les mourants ne doivent plus être abandonnés à leur souffrance. Quand la mort a gagné la partie, on la laisse venir mais on ne laisse pas la souffrance envahir le mourant.

    Quel sens donner à Mourir dans la Dignité ? Le débat est ouvert et les interprétations multiples mais Mourir dans l'Humanité, ça on peut faire et c'est un grand progrès.

 

25 février 2013.

Mauvaise pioche, Amour a reçu l'Oscar du meilleur film étranger mais Emmanuelle Riva n'a pas été récompensée, dommage. Elle était pourtant le meilleur de ce film éprouvant.

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Published by Tipanda - dans l'air du temps
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commentaires

unsoirbleu 26/02/2013 20:54


Bon. Je n'ai pas vu ce film ... délibérément. J'ai craint de ne pas pouvoir supporter. La grande vieillesse m'effraie : trop d'exemples dans ma famille, douloureux, omniprésents. Ton analyse me
touche car c'est ce que je ressens devant ce sujet qui me met mal à l'aise. J'ai moi-même demandé à mes enfants de pouvoir mourir en toute dignité. Mais je me demande  : ai-je le droit de
leur demander cela ? Tu vois, l'hésitation, déjà ...

Tipanda 26/02/2013 23:22



Là, nous nous retrouvons. Il est assez facile de décider pour soi-même sauf que ... généralement, quand l'heure arrive de prendre la décision de mourir, on n'est plus en état d'appliquer sa
décision, il faut s'en remettre à d'autres. Comment demander à sa famille ou même à son médecin de donner la mort ? 



Mimi et Fil de soie 21/12/2012 16:33


Nous n'avons pas encore "osé" aller voir ce film.  Et j'ai tant accompagné la vieillesse de ma famille que je n'attends rien de plus à découvrir  que je ne sache déjà;
 Ton avis me semble très intéressant et tu mets l'accent sur des points délicats.
 Toute mon amitié.

Tipanda 21/12/2012 20:15



Alors, ton avis sera judicieux.


"Charité bien ordonnée commence par soi-même". Il faut sauvegarder sa propre santé si on veut apporter quelque-chose aux personnes en fin de vie sinon c'est la catastrophe assurée, comme
le montre ce film.


Amitiés à l'humaine et caresses à Fil de soie.



Serge 21/12/2012 05:53


Je désespère toujours avec les critiques de film qui me gonflent, et voilà cette belle écriture de Tipanda, qui donne envie de lire, de poursuivre le texte, de partir avec elle...


Pour le reste, tu as tout dis.
Bon Noël de joie.
Et à tous ceux qui passent...

Tipanda 21/12/2012 11:21



Trop gentil ...et excessivement indulgent.


Je n'ai jamais été capable de faire une critique cinéma, dire pourquoi un film serait bon ou mauvais, ce n'est pas dans mes compétences, j'en laisse le soin à mon époux, professionnel de l'image
; à chacun son métier. Ce qui m'a intéressée dans Amour, au point d'avoir envie d'écrire quelques mots dessus, c'est le propos du film. La vieillesse, la maladie, la mort et leurs incidences sur
la vie des couples, nous serons tous concernés, il ne sert à rien de mettre la tête sous le sable.Voir ce récit du désespoir absolu, juste après le départ de Janine dans la paix et la douceur, on
se dit qu'il faut prévoir ensemble pour ne pas se perdre.


Bon, nous sommes quand même dans un temps de fêtes. je les souhaite joyeuses à toi et tous ceux que tu aimes.



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