Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 17:09

  16 Décembre, c'est la fête des Alice et, moins nombreuses, elles ne méritent pas d'être oubliées, des Adélaïde, autre version du même prénom.

   Bien sûr, pour la grande majorité de nos contemporains, Alice est d'abord "Alice au pays des merveilles", l'héroïne de Lewis Carroll ou de ses successeurs, les studios Disney (c'est plus grand-public mais moins poétique).

Le fameux pays des merveilles est d'abord un lieu de folie, la figure parfaite de l'absurde à l'anglaise, le nonsense qu'ils cultivent comme un trésor national. Il n'est pas si lointain le temps où les parents français haussaient les épaules devant ce qui n'était pour eux qu'un conte parmi d'autres, voire plus raté que les autres, et le traitaient d'idiotie. Leurs enfants, d'après eux, n'avaient pas de temps à perdre dans la lecture d'une histoire qui n'avait ni queue ni tête, comme si le Chat botté et Cendrillon étaient beaucoup plus réalistes ... Mais les Français auront toujours du mal à comprendre les Anglais et vice-versa.

En tout cas, les Alice d'aujourd'hui ont plus de plaisir à évoquer cette jolie poupée aux boucles blondes que la sainte éponyme qui fut un personnage aussi important en son temps qu'oublié de nos jours.

    On ne sait pas si elle était jolie, on n'a pas retrouvé de photo . Il est vrai qu' elle a vécu au Xème siècle, elle a raté d'un an le passage à l'an mille. Dommage pour elle, c'était une amie très chère de Gerbert d'Aurillac, l'intellectuel qui fut le pape de l'an mille. Elle avait, à sa mort, près de soixante-dix-ans et depuis quelques années, après avoir subi toutes les vicissitudes du pouvoir civil, elle avait jugé plus prudent de consacrer son temps et ses biens à la religion. Le terme "féministe" n'a pas cours à cette époque mais on peut, sans risquer trop d'erreur, la compter au nombre des précurseurs de la lutte des femmes ; elle fait partie des grandes fondatrices d'abbayes doubles : un monastère d'hommes et un de femmes réunis dans un espace commun, l'ensemble étant dirigé par l'abbesse de l'établissement féminin. C'était, pour les hommes de l'époque, une mortification aussi difficile à supporter que le voeu de silence ou d'obéissance.

    Des hommes de son temps, elle avait donné dans sa jeunesse.

Fille de la noblesse allemande, on ne lui avait évidemment pas demandé son accord pour la marier mais c'était l'usage, y-compris pour les garçons. Elle épousait Lothaire qui avait l'air d'un beau parti. 

L'Italie était dépecée, répartie entre princes allemands et normands ; au hasard des marchandages et négociations, ses pairs avaient élu Lothaire roi d'Italie. En apparence, c'était un beau mariage. Hélas, il ne fallut pas longtemps à la jeune Alice pour constater que le roi avait été choisi pour sa faiblesse et sa pusillanimité qui laisseraient toute liberté aux ambitieux.

    Suivant l'usage, elle est livrée à ses beaux-parents pour les noces. Le père de famille, estimant que tout ce qui est dans sa maison lui appartient, viole la mariée avant la consommation du mariage et Lothaire... ne dit rien. Alice décide qu'elle prendra les décisions à la place de son incapable mari.

Les rivalités entre princes continuent de plus belle, un certain Bérenger assassine Lothaire, il y a péril en la demeure. Alice appelle au secours Otton, l'empereur d'Allemagne. Il vient à son aide, trouve la jeune veuve à son goût et l'épouse. De reine d'un royaume chancelant, Alice devient impératrice d'Allemagne.

C'est le temps de la réussite vite passée. Otton meurt à son tour.

Dans sa situation, il n'existe pour Alice que deux abris possibles contre les enlèvements et autres unions forcées, la protection d'un nouveau mari ou celle de l'église. Elle opte pour la deuxième solution, engage sa personne et sa fortune d'impératrice douairière dans le mouvement en vogue des monastères doubles.

Tant de faveurs à l'église méritaient bien une récompense, elle fut canonisée sans qu'on ait la moindre idée des miracles par elle accomplis, elle fait partie des saintes politiques.

       Les Alice sont devant un choix : se référer à la poupée blonde du pays des merveilles ou s'en remettre à une fondatrice d'abbaye.

Frivoles ou sérieuses, nous leur souhaitons une bonne fête et les embrassons.

Partager cet article

Repost 0
Published by Tipanda - dans C'est votre jour.
commenter cet article

commentaires

Serge 17/12/2012 06:01


Ma grand-mère s'appelait Alice, je salue son âme entre électricité et souvenir.

Tipanda 17/12/2012 09:49



Le prénom Alice n'a jamais connu de déclin mais les Alice sont peu nombreuses à connaître l'histoire de leur patronne.



Recherche

Articles Récents

Liens