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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 23:49

   Voici quarante ans, autant dire la préhistoire , il arrivait que des jeunes femmes affligées d'une acné résistante aient besoin d'une contraception. Elles se voyaient prescrire la pilule et, cerise sur le gâteau, l'état de leur peau s'arrangeait à leur grande satisfaction. Il paraît qu'aujourd'hui, la situation est inversée : diane, une pilule contre l'acné est prescrite comme contraceptif. Autres temps autres moeurs ...

Les effets secondaires en ont été fort dommageables pour la santé de quelques patientes qui ont déposé plainte, une enquête est diligentée, on découvre que l'extension de prescription s'est produite sans AMM (Autorisation de Mise sur le Marché). Une foule de gynécologues s'étaient assis sur la réglementation en vigueur.

    Aussitôt, les préposés aux chroniques-santé des médias s'indignent : "C'est intolérable !" et, dans la foulée, tombe un amalgame : "il faut sévir contre les prescriptions hors AMM". Les braves gens soulagés ne cherchent pas plus loin et approuvent en masse.

    Trop simple, voyons de plus près. Pour quelles raisons un médicament est-il prescrit hors AMM ?

Pour complaire aux conspirationnistes convaincus des intentions criminelles des labos, de leurs visiteurs et de médecins vénaux, reconnaissons, pour ne plus y revenir, que des prescripteurs ont été un peu trop facilement convaincus des mérites de certains produits, se sont montrés d'une négligence coupable et les ont imprudemment ordonnés. A moins d'être sourds et aveugles, nous avons tous en mémoire le cas du médiator, un anti-diabétique prescrit comme coupe-faim. Ces cas affligeants éliminés, il est improbable que tant de professionnels se soucient aussi peu de la santé de leurs patients, ils ont bien d'autres raisons de prescrire hors AMM.

Pour qu'un médicament obtienne la fameuse AMM, pour une maladie et une catégorie de patients, il doit passer victorieusement plusieurs phases de tests extrêmement coûteux. Quand il a remporté le fameux sésame pour une affection, son efficacité n'est reconnue que pour celle-là, aucune autre. S'il a traversé les embûches des tests sur des adultes, il faut refaire les mêmes sur des enfants pour qu'il puisse leur être prescrit.

Les labos sont des entreprises avec leurs préoccupations financières. Pour eux, les différentes phases d'essai sont d'abord un investissement, elles doivent générer un bénéfice. La vente du médicament doit rapporter plus que son élaboration n'a coûté. Difficilement envisageable si le nombre de patients concernés est insuffisant.

Heureusement, certaines maladies affectent peu les enfants. Pour traiter quelques malchanceux, les soignants doivent utiliser des médicaments pour adultes en les fractionnant, broyant, dissolvant, le tout hors AMM, en sachant que diminuer un dosage pour adulte ne fait pas un traitement pour enfant, ce serait trop simple. Peut-on leur reprocher ? Le défaut de soin serait encore bien plus grave.

Avec une régularité de métronome, une fois par an, revient la grande cérémonie religieuse du téléthon qui collecte des fonds pour la recherche sur les Maladies Rares. Inutile de préciser que certaines pathologies y échappent, elles ne sont probablement pas assez spectaculaires ou attendrissantes, en un mot assez glamour, pour que les médias s'y intéressent. Comment soigner ces malades oubliés ?

Les veinards ont la chance de rencontrer des praticiens-chercheurs créatifs qui refusent de les abandonner à leur sort et leur proposent des médicaments hors AMM, des molécules utilisées pour le traitement d'autres maladies mais capables de donner des résultats dans leur cas. Ce ne sont pas des apprentis-sorciers mais des savants, ils ont de solides arguments et même des succès remarquables. Leurs patients leur vouent une indéfectible reconnaissance mais ils ont parfois des sueurs froides à l'idée qu'il pourraient être privés de leur traitement par le respect bureaucratique et abusif d'une réglementation. La santé et la vie de certains malades sont à ce prix. Ils ne veulent ni mourir ni se dégrader.

Au lieu de généraliser sous prétexte de mettre fin à certains abus, avant d'interdire toutes les prescriptions hors AMM, il serait judicieux d'exiger la preuve de leur nocivité.

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Published by Tipanda - dans humeur
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commentaires

Mimi des Plaisirs 14/02/2013 18:52


Un sujet hyper sensible que tu as traité avec beaucoup de science et de précision. Effectivement, il est grave de tout supprimer arbitrairement. De la mesure et une attitude adaptée , c'est le
travail de spécialiste. Et dans un traitement, comment savoir la part de risque encouru?
 Ici, je connais une jeune amie (19ans) qui a été victime de ce traitement pour l'acné. Elle a eu un AVC grave. Ils ont mis longtemps à en découvrir l'origine. c'était avant les
révélations  de la nocivité deu médicament chez certains patients. Nous en avons été bouleversés. Heureusement, elle est sauvée et assume ses boutons...

Tipanda 15/02/2013 13:24



En effet, un médicament qui ne présenterait aucun risque ferait à peu près autant d'effet que l'eau claire. Le médecin doit avertir des risques mais le patient ne doit pas se comporter en
irresponsable. A lui de prendre la décision, de répondre à la question : "est-ce que le bénéfice attendu vaut la peine de courir le risque ?" (le fameux rapport bénéfice-risque)


Des médecins n'ont pas fait correctement leur travail d'information mais il y a aussi des patientes qui n'ont pas entendu les avertissements et ont reproché aux autres un prétendu défaut
d'information. Pour le risque, la surdité est sélective.



unsoirbleu 06/02/2013 20:32


Et nous y (re)voilà : la France hyper précautionneuse, où tout doit se passer sans accident ! Mais cela n'existe pas ... le risque zéro n'existe pas. Un médicament reste un substance chimique (ou
quasi) avec des réactions bien évidemment différentes selon les individus. Alors, si la plupart du temps tout se passe bien, je peux comprendre qu'un accident puisse arriver, aussi dramatique
soit-il. Que dire des "accidents" des femmes qui se faisaient clandestinement avortées ? Quant au médiator, c'est évidemment une autre histoire.

Tipanda 06/02/2013 23:35



Daccord avec toi. Le principe de précaution mal compris ou poussé à l'extrême est un danger. Si les générations qui nous ont précédés avaient eu les mêmes excès de prudence, il n'y aurait jamais
eu de science.


Je fais partie des malades tirés d'affaire par une prescription hors AMM et je ne remercierai jamais assez le prescripteur pour son audace... comme aurait dit mon vieil ami Danton.



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