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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 16:39
 En 1976, des femmes étaient décidées à se battre pour la justice, plus précisément pour leur droit à la retraite.
Incroyable, et pourtant vrai, en France que certains aiment présenter comme un état-providence, il était possible de travailler dur toute sa vie sans obtenir le droit à une retraite.
Il ne s'agissait pas de travailleuses clandestines ; elles exerçaient leur activité en plein jour, elles étaient socialement reconnues et souvent appréciées mais elles n'avaient pas de ressources propres et, surtout, pas de retraite personnelle.
Cette situation scandaleuse était celle des épouses d'artisans.
La boulangère qui servait votre baguette dès sept heures, tous les matins, la charcutière qui lavait les plats et les couteaux, tard dans la soirée, après avoir baissé le rideau, elles ne pouvaient rien espérer à leurs vieux jours.
Bien que nécessaire au fonctionnement de l'affaire, leur travail n'existait pas. Le revenu de l'entreprise constituait une espèce de pot commun géré par le mari.
Tant que le ménage était uni, c'était supportable. Lorsque la mécanique se grippait, le ronron se changeait vite en grincements.
 Une foule d'incidents donnaient à réfléchir : de l'artisan, victime du démon de midi, filant à l'anglaise pour manger avec une jeunesse la retraite que sa femme l'avait aidé à constituer, au veuvage précoce qui laissait à l'épouse une pension de réversion d'inactive, les situations désolantes étaient nombreuses ; la pire étant, bien sûr, le cas de l'épouse travaillant dans l'entreprise que son mari tenait de ses parents. En cas de divorce, elle ne pouvait même pas compter sur sa part dans la vente de la boutique puisque cette dernière était un bien propre du mari.
L'injustice avait assez duré ! Des femmes énergiques et insoumises, sous la direction d'une pâtissière de Saint-Amand-les-Eaux, Thérèse Thurotte, mirent les pieds dans le plat et se réunirent en association, le GEANC (Groupement des Epouses d'Artisans du Nord, le C figurant les conjointes de commerçants ralliées par la suite). Leur objectif était, dans un premier temps, le droit à un statut, le droit de constituer et toucher une  retraite personnelle.
Leurs revendications paraissent le b-a-ba de la justice, pourtant il fallut des années de lutte pour faire céder le machisme. Une première victoire fut remportée en 1983 ; enfin, le statut de conjoint collaborateur (trice) était créé et la femme pouvait cotiser à une retraite personnelle. Ce n'était qu'une victoire partielle : une possibilité, pas une obligation.
Il fallut encore une vingtaine d'années pour que le statut de conjoint(e) collaborateur(trice) devienne la situation par défaut de tous les couples d'artisans qui n'auraient pas opté pour une autre démarche (conjoint associé ou conjoint salarié). En tout, il aura fallu une trentaine d'années pour voir aboutir le combat de Thérèse et ses amies.
Après de nombreuses militantes du GEANC, disparues au long de ces trente années, Thérèse est morte en 2009.
C'est triste mais on est en partie consolé de savoir qu'elle a connu sa victoire avant de nous quitter.
Dans  sa petite boutique, au fond, c'était une grande dame.

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Published by Tipanda - dans Dure est l'absence
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commentaires

Janine Thombrau et Bruno 26/10/2009 23:58


Merci .... Quand histoire et "émotion" se rejoignent.... Cela s'appelle LUTTE !
Et le "petites" luttes font ...........
Bonne soirée
Bruno


Tipanda 28/10/2009 23:36



Un exemple inattendu chez les gens les moins contestataires qui soient. Mais il arrive un moment où trop c'est trop,  alors, les agneaux se révoltent et se dressent contre les loups.
Bises



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