Partager l'article ! La vengeance est un plat qui se déguste chaud et sec.: Il fait sec, trop. Comme en 1976 ou en 2003, les zones les plus touchées pa ...
Il fait sec, trop. Comme en 1976 ou en 2003, les zones les plus touchées par l'aridité sont au Nord et à l'Ouest. Ces régions réputées pour leur humidité se changent en déserts.
Sommes-nous confrontés à un événement exceptionnel ? Pas vraiment, climat tempéré ne veut pas dire climat régulier, la modération réside dans la moyenne des températures et des précipitations, ce
qui n'élimine pas les exceptions.
Les exceptions, précisément, on les néglige. La constitution de réserves quand il pleut est le cadet des soucis de l'Equipement du territoire, et c'est la panique quand
l'eau vient à manquer. Malgré l'épée de damoclès de la sécheresse, rien n'est prévu ; un exemple est bien connu, celui de la culture du maïs, gros buveur à la saison estivale quand il pleut le
moins. Le regard se fait moins détaché quand, au long des routes, il croise des prés desséchés avec un bétail affamé qui attend l'abattoir en jeunant ; on n'aime pas voir souffrir les bêtes mais
le réchauffement climatique est vécu comme un coup du sort auquel on ne peut rien.
Les imprévoyants et les fatalistes commencent à réagir quand ils ont peur et voilà un bon motif de trouille : plus assez d'eau dans la Vienne pour refroidir la centrale nucléaire de
Civaux. Si elle fonctionne sans refroidissement, c'est le cataclysme assuré ( Tchernobyl, Fukushima etc.) Pour ne pas en arriver là, on arrête des tranches et EDF pleurniche sur les
investissements qui ne s'amortissent pas. Dans tous les cas, la légende de l'indépendance garantie par le nucléaire en prend un coup.
C'est alors que surgit un rire de triomphe mauvais : le "C'est bien fait !" des amoureux du site.
Quand la centrale a été édifiée, ils ont protesté dans le désert. Ils étaient, pour quelques-uns, des opposants au nucléaire mais, parmi eux, se trouvaient aussi des passionnés d'histoire
et d'archéologie qui voulaient seulement que ne soit pas défiguré à jamais un site que les historiens du monde entier connaissent mieux que les Français.
Les bords de Vienne ne sont pas un must du tourisme, le Haut Moyen-Âge est encore mal connu et les bâtisseurs de centrales nucléaires n'avaient aucun intérêt à le promouvoir, mais Civaux
est aux mérovingiens ce que les pyramides sont à l'Egypte ancienne, une nécropole de pierre.
En rupture avec les Romains qui incinéraient leurs morts, les Francs mérovingiens les inhumaient. Dans nombre de régions, dont Civaux, pour la fabrication des cercueils, ils
n'utilisaient pas le bois trop périssable ; ils creusaient des sarcophages de pierre. On pense que, le temps ayant fait son oeuvre et rendu les corps à la poussière des Ecritures, les cercueils
de pierre étaient parfois réutilisés de génération en génération mais les personnages assez riches pour se payer les services d'un tailleur de pierre, les "cendres de conséquence",
disposaient d'un sarcophage personnel, à usage unique, destiné à défier le temps. Plus solides que les maisons de bois des vivants, les dernières demeures creusées dans le roc ont duré, faisant
de la nécropole de Civaux un champ de tombes indestructibles... à tel point qu'au XVIème siècle, les habitants du coin qui avaient perdu le souvenir des temps mérovingiens en ont eu assez, chaque
fois qu'ils voulaient enterrer un des leurs, de se heurter à des blocs de pierre.
Des fossoyeurs modernes auraient probablement décidé de déplacer le cimetière, mais nos ancêtres, attachés à la terre sacrée de leurs morts, ont entrepris et mené à bien l'exhumation
des sarcophages. Avec les outils de l'époque, c'était un labeur de forçat et, les vestiges déterrés, qu'en faire ?
Ces pierres issues de la terre sacrée du cimetière ne pouvaient paver les cours et les chemins ; même si personne n'avait le souvenir de leurs occupants, un fond de respect s'y attachait. Il fut
décidé d'en faire les gardiens du lieu, un mur de tombes anciennes pour entourer les morts récents. Deuxième étape d'un travail de titan, les cercueils de pierre furent dressés à la verticale,
tête-bêche pour qu'ils s'équilibrent en tirant parti de leur forme trapézoïdale. Le tout forma un mur impressionnant autour du cimetière.
A la fin du vingtième siècle, le site restait le même. Par chance, la région ne se trouve pas sur un couloir d'invasion, les ravages des guerres y furent peu nombreux et les
destructeurs industriels n'accordèrent que peu d'intérêt à cette campagne immobile. De temps en temps, le village recevait quelques visiteurs tranquilles et respectueux, des archéologues et des
historiens spécialistes des mérovingiens, pas de quoi troubler sa sérénité. On en vient à le regretter, à se dire qu'une fréquentation moins confidentielle aurait permis de défendre ces vestiges
d'exception mieux que la passion discrète d'érudits. Mais qui aurait prévu l'implantation d'une centrale nucléaire à cet endroit précis ?
Avisez vous de protester ; on vous rétorquera qu'il n'a pas été touché à une seule tombe, que la centrale se trouve à côté. Mais à qui viendrait l'idée saugrenue de bâtir une usine
dans la perspective des pyramides ?
N'en doutez pas, l'auteur d'un si brillant projet aurait immédiatement à subir les foudres des états et de l'UNESCO. Il est vrai que les puissants de ce monde prennent leurs vacances plus souvent
au bord du Nil que de la Vienne.
Il aurait pourtant fallu se méfier des initiatives saugrenues du ramassis d'illettrés qui président aux destinées collectives. Sans le moindre scrupule, ils ont piétiné le souvenir
des Mérovingiens au nom de la dite "utilité publique". En vertu de cette même utilité, la centrale devait se construire à Civaux pour que la rivière puisse assurer le
refroidissement du coeur nucléaire.
Tout ça pour ça ...! On mesure tout ce que "rire jaune" veut dire.
Merci Jacqueline pour ce texte vraiment très intéressant. J'ignorais complètement ce qu'était ce site. Il est effrayant que des "décideurs" l'aient massacré. Mais pas étonnant...Pourquoi les gens votent-ils et voteront-ils toujours pour des nuls ? Quant aux centrales nucléaires, tous savent au fond d'eux-mêmes qu'un jour ou l'autre ça finira mal. Mais ils s'en fichent...espérant soit être déjà morts, soit pouvoir utiliser leur argent pour partir sous des cieux plus hospitaliers à la 1e alerte. Bravo de dénoncer si bien ces dangereuses dérives. Bien amicalement.
Merci à toi de t'y intéresser ; je crois qu'il faut répéter sans relâche ni lassitude que la connaissance est une priorité. il ne faut jamais donner la priorité à un prétendu confort, un progrès tout relatif (la peuve !), au détriment du savoir, même s'il concerne le passé.
Hélas, depuis quand les requins de l'industrie se soucient-ils de l'archéologie ? Quant à l'histoire et à la civilisation, les siècles à venir devront effectuer un sérieux coup de gommage et de négation pour y trouver du positif.
Un certain comte de Pontavice, près de chez moi, à St Germain en Cogles, au 19ème siècle, fit étêter et creuser une boule de granit dans un bois, tel un énorme sarcophage. on raconte qu'il venait souvent essayer sa future couche et conseiller les tailleurs de pierre. La pierre a été resoulevée il y a quelques décennies et on y a constaté la présence de deux squelettes. Il s'était fait enterré avec sa servante.
Pour ma part, quelques pelletées de terre et le souvenir de mes enfants me conviendront parfaitement...
Décidément, le temps est à l'évocation des amours ancillaires.
Aujourd'hui, nous avons tendance à y voir un symbole des rapports de classes, par définition inégalitaires et contraints ; dans un passé, en fin de compte pas si lointain, il s'agissait souvent de véritables histoires sentimentales entre des gens qui avaient été mariés selon les intérêts des familles et qui trouvaient l'amour hors du cadre officiel.
Merci d'être passée sur notre blog. Votre article est très intéressant. merci pour ce nouveau regard.
Bonne soirée
Ravie de vous avoir intéressé. On va essayer de continuer.
Bien amicalement.
Les sécheresses deviendront notre lot commun, dans l'avenir !
L'homme peut faire la démonstration de son intelligence en tirant parti du climat au lieu de le subir. Les hollandais ont inventé le moulin à vent-pompe à eau pour éviter les inondations, les cultivateurs de zone aride ont inventé les cultures en terrasses pour garder l'eau au lieu de la laisser filer ... et l'habitant des régions tempérées se lamente en vitupérant les sautes d'humeur du climat au lieu de prévoir. Comme preuve d'intelligence, on a fait mieux.