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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 21:34

   ... Retour à l'épisode précédent, Henri IV est assassiné par un fou de Dieu répondant au doux nom de Ravaillac. C'était un attentat terroriste. L'homme a tué seul mais le roi avait beaucoup d'ennemis.

Les catholiques avaient du mal à croire en la sincérité de sa conversion.

Pour de nombreux protestants, c'était un traître.

Une foule de questions restaient pendantes, dont la plus angoissante : le meurtre du roi ne va-t'il pas remettre le feu aux guerres de religion à peine refroidies ?

Je perçois chez mes lecteurs comme un haussement d'épaules agacé ... Comme s'il n'y avait pas suffisamment de problèmes contemporains à traiter !

Les guerres de religions ... nous avons d'autres chats à fouetter (pauvres bêtes !) Pas sûr, néanmoins, que le sujet nous soit devenu si lointain, si étranger.

Le grand mérite du roi qui venait d'être assassiné était justement d'y avoir trouvé une solution : promulguer l'Edit de Nantes pour offrir aux protestants, non la tolérance, elle n'était pas encore à la mode, mais quelques places de sûreté.

Pour une fois, les pessimistes en furent pour leurs frais ; le roi mort, les guerres de religion n'ont pas repris.

Le dix-septième siècle vit l'Allemagne saccagée, dépeuplée par elles (la guerre de trente ans : une ambiance à la Dreyer) mais la France semblait guérie de cette maladie.

Ceux qui n'y croient pas mettent en avant un argument imparable : l'Edit de Nantes a été révoqué par le petit-fils d'Henri, Louis XIV, qui a livré à la soldatesque et ses exactions les territoires où les protestants étaient nombreux. Le résultat a été leur départ vers l'étranger, la Suisse, les Pays Bas ..., une catastrophe qui a durablement ruiné quelques métiers urbains. Il ne s'agissait plus d'une guerre civile mais de l'application d'une politique décidée au plus haut.  

En réalité, les contemporains n'ont pas saisi immédiatement toute l'importance d'un changement qui s'affirmait sous le règne d'Henri : l'extension du domaine de l'Etat.

Les guerres de religions avaient été des guerres civiles, des poussées d'anarchie qui ruinaient et dévastaient le pays. Tous étaient perdants, surtout (comme d'habitude) les plus vulnérables. Le premier travail, pour Henri et ses successeurs fut la mise en place d'une administration royale indépendante des chefferies locales et de leurs conflits.

Pourquoi se rappelle-t'on la poule au pot et pas le travail des intendants ? Encore une preuve qu'en politique le sérieux paie moins que l'esbroufe. Pour ne rien arranger, le sens commun et moderne du mot donne une idée assez fausse de l'"intendant de justice, police et finances" ; on l'imagine comme un régisseur doublé d'un trésorier. En réalité, il avait la fonction d'un préfet de la république.

La dynastie des Bourbons, comme celles qui l'ont précédée, poursuivait une idée fixe : neutraliser les féodalités locales. Les rois gardaient en mémoire les nombreuses humiliations infligées à leurs ancêtres par une puissante noblesse arc-boutée sur ses prérogatives. Désormais, les grands seigneurs et modestes hobereaux étaient priés de se limiter à l'administration de leur domaine, à moins de choisir la voie des courtisans : plier l'échine devant le roi en échange de quelques cadeaux. Le véritable gouvernement des provinces rebaptisées généralités, revenait aux intendants, créatures du roi.

Souvent issus de régions éloignées, ils devaient leur carrière au roi, se montraient assez peu réceptifs aux influences locales et appliquaient sans états d'âme la politique du monarque.

A l'origine de l'administration moderne et de la très française Centralisation, le corps des intendants était promis à un brillant avenir. La Révolution aurait pu changer le mode de gouvernement si le parti girondin, décentralisateur, l'avait emporté. Ce sont les Jacobins qui ont fait prévaloir leur conception de l'Etat, les intendants sont devenus préfets, les principes de l'administration n'ont pas changé.

Ils en feraient une drôle de tête, les rois, d'apprendre qu'ils étaient de bons jacobins !

Le pouvoir central s'est mis à légiférer sur tout et tout le monde. Le principe d'égalité a tout de suite été traduit par uniformité, les exceptions pourchassées comme des hérésies.

Même la conscience devient l'objet de constructions juridiques. Voilà comment  la très républicaine loi de séparation des églises et de l'Etat n'est qu'un prolongement de l'Edit de Nantes.

Après avoir démoli la monarchie, notre bonne vieille République est devenue son exécutrice testamentaire.

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Published by Tipanda - dans histoire
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commentaires

Françoise 15/06/2010 19:11



Tant pis pour ton "blog rank" ! Continue : je suis sûre de ne pas être - pas encore en tous cas- la seule intéressée par tes analyses fines. C'est ce qui manque le plus dans les médias où ta
plume cultivée et décapante aurait toute sa place...mais dans quel journal ? " That's the question " ... Amitiés F


 



Tipanda 15/06/2010 22:47



Trop gentille ! Je t'embrasse.



Françoise 15/06/2010 10:07



Quelle leçon imparable, chère Tipanda ! Tu es précieuse : je n'avais jamais réfléchi à cet aspect des choses...



Tipanda 15/06/2010 10:46



Avant de me dire précieuse, je préfère te remercier pour ton intérêt et ta compagnie. Nous risquons bien d'être isolées longtemps.


Les thèmes historiques n'intéressent pas grand monde ; ils sont le meilleur moyen de faire tomber ma note de blog dans des abîmes... Encore merci.



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