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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 00:21

       Rien n'est plus tenace, plus indestructible, que les traditions, surtout les pires.
Le cas russe en est un exemple parfait.


  Le pouvoir tsariste fut une espèce d'autocratie archaïque dominant une économie de rente au service d'une féodalité. Au bas de l'échelle, la paysannerie misérable et inculte était doublement asservie par une noblesse brutale et un clergé obscurantiste.
  La Révolution d'Octobre survint comme un coup de tonnerre, obligeant les marxistes orthodoxes à négocier un virage sur l'aile. Ils attendaient la révolution dans les sociétés industrielles d'Allemagne ou de Grande Bretagne et elle survenait comme un hasard bienheureux dans une Russie arriérée où la classe ouvrière était quantité négligeable.

  On bricola les textes fondateurs et l'improbable révolution soviétique fut érigée en référence absolue du communisme international. Le peuple russe ne découvrit pas la liberté, il changea de maître et trouva en Lénine ou Staline la réincarnation des anciens tsars.
  Ce régime n'étant pas plus inoxydable que tous les autres, il a fini par céder la place à une espèce de couple maudit : l'autoritarisme d'état associé au capitalisme le plus sauvage.
  Ce grand pays a connu des bouleversements, brûlé un jour ce qu'il avait adoré la veille.

                Au cours de ce chambardement, se sont maintenus intacts quelques restes de la vieille Russie : des souvenirs, icônes et poupées russes, qu'on peut ne pas aimer (des goûts et des couleurs ...) mais qui ne font de mal à personne.

  Une autre survivance ne participe pas d'un folklore inoffensif mais d'un fléau, c'est le célèbre "ventre toujours fécond de la bête immonde", l'antisémitisme, le même qui éclatait dans les pogroms d'autrefois ; il  est seulement plus administratif, plus hypocrite, il ne se proclame pas mais il est toujours en embuscade pour mordre et tuer.


    Grâce à lui, Mikhaïl Khodorkovski en reprend pour 14 ans de camp en Sibérie.

  Évidemment, ses juges ne sont pas assez bêtes pour mentionner dans leur jugement le crime de judéité. Les grandes catastrophes du vingtième siècle leur ont appris qu'il y a des risques à faire usage de certains arguments.

  Officiellement, il est condamné pour avoir un peu (et même beaucoup) confondu la caisse de son entreprise et la sienne propre, un délit très, très, ordinaire, généralement baptisé "abus de biens sociaux".
  C'était au bon vieux temps d'Eltsine et du fric décomplexé ; tous les oligarques qui n'étaient pas idiots en faisaient autant. Si tous avaient  connu la même répression, il n'y aurait plus de place dans les camps sibériens et la Côte d'Azur n'aurait pas connu les beaux investissements de la mafia (pardon, de la finance) russe. Ceux qui sont restés à leur place (comprendre : partager avec les hommes au pouvoir et, surtout, ne pas se mêler de politique), ceux-là coulent des jours prospères.

  Khodorkovski a eu le mauvais goût de ne pas manger de ce pain-là et de le faire savoir. L'argent détourné devait même financer un parti d'opposition.
De la délinquance financière, on passe au combat politique. Le coupable se présente en héraut de la Liberté, il revendique au nom de la Russie écrasée le plein exercice des Droits de l'Homme. Et ça ne fait pas du tout rire les Poutine et Medvedev menacés.


  Une chance pour eux : ce trublion est juif et les Russes détestent les juifs.

  On va le traiter plus mal que tous les accusés ordinaires, cracher sur la séparation des pouvoirs en dictant aux juges ce qu'ils doivent décider ("la place des voleurs est en prison").

  Pas de souci à se faire, à part des étrangers qui ne changeront rien à la vie russe, personne ne prendra la défense du juif. On peut l'écraser, avec les applaudissements du public.
  Les faits sont accablants mais, l'opinion étant ce qu'elle est, pouvait-il en aller autrement ?
  Dans cette triste affaire, il est un autre motif d'indignation : le silence assourdissant des habituels abonnés de la protestation. Nous sommes en face d'un exemple flagrant d'antisémitisme et les militants ne bougent pas. Pourquoi ?


  La réponse est hélas ridicule et mesquine.

L'argent est le plus sale des crimes. On ne prend pas le risque de soutenir un juif soupçonné de délits financiers. On a peur de fournir des arguments aux antisémites toujours prêts à lier le juif et l'argent. La réaction qu'il aurait fallu est exactement le contraire : tous les individus soupçonnés d'un délit doivent être jugés équitablement, uniquement pour ce qu'ils ont fait sans tenir compte de leurs opinions politiques, religieuses ou philosophiques. C'est le B.A.Ba des droits de l'homme et il est épouvantable d'être encore obligé de le rappeler.

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Published by Tipanda - dans l'air du temps
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commentaires

Jacques 02/02/2011 16:29



Chaque fois que j'ai su des nouvelles le concernant, jamais et heureusement d'ailleurs, les journalistes concernés n'ont jamais mentionné qu'il était juif. Cela
serait horrible, si à chaque nouvelle, les journalistes déclinaient l'origine des gens.  Imaginez : « Un président français d'origine hongroise… », cela serait assez chauvin.



Tipanda 02/02/2011 22:08



Exactement. C'est le genre de précision qui ne devrait pas avoir d'importance, mais dans certains cas, elle en a.


Maintenant que vous en avez connaissance, je présume que, pour vous aussi, ce procès prend un autre relief.



Weinheber 02/01/2011 10:46



Avant que Gorbatchev soit au pouvoir, les juifs ne pouvaient pas sortir de l'Urss,



Tipanda 02/01/2011 11:33



Il n'y a pas beaucoup de points communs entre l'expérience menée par Gorbatchev qui était réellement un homme de liberté et la situation actuelle.


Pouvait-on assurer une transition démocratique sans commencer par interdire l'exercice du pouvoir aux anciens du KGB ( se rappeler Saint-Just : "Pas de liberté pour les ennemis de la
liberté") ? La précaution n'ayant pas été prise, le résultat ne s'est pas fait attendre, avec les subtilités de gens rodés à la propagande. Les juifs ne sont plus interdits de voyage, on
laisse partir les candidats au départ ... surtour vers Israël. Dans le lot, on n'a pas oublié de glisser quelques antisémites bon-teint déguisés en religieux plus religieux que religieux. Droit
au retour oblige, Israël les a acceptés sans être trop regardant. Résultat : ils ont apporté avec eux la M..., pour rester poli, la déstabilisation et, c'est un comble, on trouve aujourd'hui en
Israël, des neo-nazis qui nient la Shoah !


Comme par hasard, ce sont des arrivants récents en provenance de ... Russie.


Il ne faut jamais baisser la garde et sous estimer l'adversaire.



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