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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 23:38
Le 23 décembre 2009, mourait Yitzhak Aharonovitch, le capitaine d'Exodus.

On a l'impression que tout a été dit sur l'aventure de ce bateau, il y a même eu un film célèbre et récompensé (d'Otto Preminger avec Paul Newman). Alors, quel besoin d'y revenir ?

Un bref rappel.
    En 1947, des juifs rescapés de la Shoah embarquent sur Exodus, un vieux bateau rafistolé, pour tenter de rejoindre la Palestine, terre de leurs ancêtres, de leur foi et de leur espoir. Après les horreurs qu'ils avaient connues, leur projet aurait pu inspirer la sympathie internationale, aurait pu ... mais la politique des états n'a que faire de la solidarité.
La Palestine n'était pas un pays, juste un débris de l'empire ottoman morcelé après le traité de Versailles ; en 1947, elle n'avait toujours pas de statut définitif. Elle dépendait de la Grande Bretagne, puissance mandataire, qui n'entendait pas mettre en péril sa politique régionale fondée sur la bonne entente avec les arabes (à nouveau, souvenir d'un film : "Lawrence d'Arabie.")
Ce territoire exigu abritait, dans une paix fort relative, une mosaïque de communautés représentant les  trois grands monothéismes et leurs variantes ; il y a deux mille ans que le moindre caillou est capable d'y déchaîner les passions et la guerre.
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, c'était prévisible, un équilibre aussi branlant que provisoire ne pourrait plus durer longtemps. Les différentes forces en présence entreprirent de faire avancer leur dossier.
Les arabes de Palestine avaient pris du retard, désunis et distancés, ils n'avaient pas réussi à former un projet d'état et leurs voisins étaient plus occupés à revendiquer leur part du gâteau qu'à promouvoir la création d'un nouvel état arabe indépendant.
En revanche, le projet sioniste était prêt, le "Foyer National Juif" pouvait devenir un état.
 Ce n'était pas du tout l'objectif des Anglais qui voulaient maintenir le statu quo ; ils voulaient d'abord freiner l'accroissement de la pression démographique juive, donc empêcher le retour vers la mère-patrie de juifs de la diaspora. Les embarcations étaient arraisonnées par la marine britannique avant de toucher la côte et l'Exodus ne fit pas exception.
Il fut ramené avec tous ses réfugiés en Europe et conduit à Hambourg où ses passagers furent internés, dans l'attente d'une décision. Les rescapés étaient à nouveau en Allemagne dans un camp de prisonniers !.
Malgré les protestations indignées, les juifs sont en captivité et ne pourront reprendre la direction de leur terre promise qu'avec la proclamation de l'état d'Israël en mai 1948. En attendant, ils ont gagné la sympathie des Européens et promu la cause du nouvel état.

D'autres bateaux ont connu les mêmes vicissitudes. Exodus n'est pas un cas unique.
Mais son histoire est devenue symbole.
Elle illustre et démontre la mauvaise foi qui préside à une erreur très répandue :

Les ennemis d'Israël, véritables antisémites qui se prétendent antisionistes, ont répandu l'affirmation selon laquelle l'état d'Israël serait un cadeau fait aux juifs sur le dos des arabes en dédommagement de la Shoah.
L'examen des événements, illustrés par l'odyssée de l'Exodus, permet de rétablir nettement la vérité.
- Israël n'a pas volé aux arabes un état qui n'existait pas.
- Israël n'est pas un cadeau fait aux juifs. Les Européens n'ont pas éprouvé assez de honte après la Shoah pour se croire tributaires. Les juifs ont lutté contre mille traquenards pour obtenir la création de leur état souverain.
- A sa naissance, l'état d'Israël fut immédiatement en lutte avec ses voisins arabes. Ils appliquèrent une tactique aussi vieille que la guerre, se chargeant des opérations militaires et suscitant un front de l'intérieur chez les arabes palestiniens. A l'époque, il était encore temps d'établir les conditions d'une coexistence pacifique en prévision de la paix. En réalité, les autorités communautaires arabes et les religieux musulmans poussèrent la rue palestinienne au jusqu'au-boutisme, avec des promesses de soutien qui n'ont jamais été tenues.
Les arabes palestiniens ont été la masse de manoeuvre de combats extérieurs, ils sont aujourd'hui dans une situation difficile, loin de la paix,  mais les responsabilités ne sont pas toutes en Israël.

   Ces faits sont connus, faciles à vérifier, pourtant le discours le plus répandu est celui qui a été distillé par les antisémites. En même temps, ceux qui le répètent avec candeur pousseraient des cris d'orfraie si on les accusait d'antisémitisme. La contradiction n'est qu'apparente.
Elle réunit des alliés inattendus tels que la bien-pensance bourgeoise et le tiers-mondisme révolutionnaire.
Ils croient ne pas être antisémites parce qu'ils détestent les pogroms et la violence, ils commémorent le jour des déportés et pétitionnent contre le négationnisme. Ils détestent l'antisémitisme ...
... mais s'affirment antisionistes.
Ils ont remplacé la brutalité par la condescendance. Ils croient aimer les juifs ; en réalité, ils aiment le petit juif humilié du ghetto. Lorsqu'il est malheureux et maltraité, ils le défendent et l'aident ; mais ils lui refusent le droit d'être puissant, indépendant, de se défendre.
Israël est la fin du petit juif qu'ils croyaient voir éternellement dominé.
Les passagers de l'Exodus ont couru les pires dangers parce qu'ils avaient besoin de ce changement essentiel.
D'avance, ils avaient compris.

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Published by Tipanda - dans histoire
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