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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 10:05

   Toujours débordée par mes problèmes logistiques , il me faut toutefois dégager le temps nécessaire pour apporter mon grain de sel, quelques précisions, autour d'un sujet dont on nous rebat les oreilles sans poser les vraies questions. Penchons nous sur la viande et l'abattage des animaux sans nous laisser aller au crêpage des chignons religieux et culturels.

   D'abord, une réalité : comme l'ours, le cochon et tous les animaux opportunistes, l'homme moderne est un carnivore charognard. Incapable de fondre sur sa proie pour la dévorer vivante, il attend que la victime lui soit livrée tuée et, de préférence, dépouillée, découpée, prête à consommer ; c'est le boulot des abattoirs.

   Le sujet urbain se détourne des lieux de mort. Comme si la viande lui arrivait ex-nihilo, comme s'il n'existait aucun point commun entre les animaux et son assiette, l'abattoir lui est un univers étranger, il ne veut même pas savoir comment il fonctionne.

   S'il y prêtait quelque attention, il serait, au moins, plus difficile de lui raconter n'importe quoi. 

   D'abord, ce travail peu réjouissant se pratique de moins en moins en zone urbaine. Il plait aux amis des bêtes de croire que leurs protestations indignées (tiens, eux aussi !) contre les conditions révoltantes du transport des animaux ont été entendues ; en réalité, c'est l'efficacité économique qui a décidé, il est plus simple et moins coûteux de faire rouler des véhicules réfrigérés transportant de la viande que des camions de bestiaux vivants. La majorité des animaux sont abattus dans les régions d'élevage et acheminés vers les grandes villes à l'état de carcasses ou même carrément découpés en morceaux prêts à consommer. Il reste bien quelques abattoirs en zone urbaine pour les éleveurs en périphérie, les bouchers-abatteurs (survivance du passé) qui tiennent à choisir eux-même leurs bêtes sur pied, les font tuer et en récupèrent les morceaux en sortie de chaîne, l'abattage sanitaire en cas de nécessité, et des situations particulières au nombre desquelles le droit accordé à certains groupes religieux de faire procéder à une forme rituelle de sacrifice par égorgement sans étourdissement. Au passage, rappelons qu'ils ont obtenu ce régime dérogatoire pour lutter contre l'abattage clandestin, source de nuisances sanitaires graves et de troubles à l'ordre public.

   Les petites unités ont du mal à joindre les deux bouts, il faut un tonnage minimum pour continuer à exister. Elles ont vu dans l'abattage rituel la survie de leur activité. Rationalisation oblige, elles en ont fait leur norme.

Conclusion : il est faux de prétendre que tous les franciliens mangent halal sans le savoir, la plus grande partie de la viande consommée en région Parisienne vient de boucheries industrielles situées dans les zones d'élevage, on n'y pratique pas l'égorgement rituel. En revanche, il est vrai que les morceaux provenant d'abattoirs franciliens ont toutes les chances d'avoir été abattus rituellement.

    Ce point étant acquis, reste le seul vrai problème qui n'agite pas grand monde : la question sanitaire.

Nous essaierons de ne pas être inutilement gore mais la précision exige d'entrer dans quelques détails difficiles.

Prenons l'exemple des bovins. Normalement, dans l'abattage réglementaire, les bêtes suivent un couloir à la queue-leu-leu, elles sont accueillies par un tueur muni de son pistolet d'abattage, une arme qui, appuyée entre les cornes, enfonce l'os frontal. L'animal est cérébralement mort mais son coeur battra encore le temps nécessaire pour qu'il puisse être saigné. Il est donc suspendu par une patte arrière et une ouverture es pratiquée dans la carotide pour que l'animal se vide de son sang. En même temps, l'oesophage  est  ligaturé pour éviter que le contenu digestif puisse descendre et souiller la plaie. Les tueurs ont obligatoirement un CAP de boucher, garantie d'une formation minimale à l'hygiène.

Dans le cas où l'animal est égorgé rituellement, une lame vient sectionner tous les "tuyaux" en même temps : artère, trachée, oesophage. Tous les fluides se répandent, la plaie est donc souillée par le contenu digestif riche en bactéries de toutes sortes. Il est donc fortement déconseillé de consommer les morceaux autour du cou, morceaux bon-marché qui servent à la frabrication des steacks hachés, steacks le plus souvent consommés crus ou à peine cuits.

Cette forme d'abattage qui se veut pure est, en réalité, un vrai nid à microbes.

   En insistant sur le clash des civilisations, les adversaires de l'abattage rituel se trompent de combat. Ils se créent une réputation d'intolérants et de racistes alors qu'il serait bien plus simple de se faire les champions de l'hygiène et de la santé.

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Published by Tipanda - dans l'air du temps
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commentaires

Françoise 17/03/2012 11:20



Françoise 13/03/2012 18:46


Oui ! Et, actuellement, ce n'est pas le siècle des Lumières...

Tipanda 16/03/2012 11:58



Bof ! De l'espoir : on approche du Vendredi Saint ; à l'Office des Ténèbres, ils seront peut-être à l'aise.



Life With Blond Hair 11/03/2012 17:38


Waouw c'est dingue qu'on ne parle jamais de cet aspect là. En général on parle surtout du fait que l'animal souffre plus.


Par contre comment se fait il que tous les pro halal disent que des scientifiques ont testée de la viande halal et non halal et que la halal est sans impuretées? Légendes urbaines?


Sinon en Chine je vais vu un chien se faire tuer (pas par choix, il était juste là à 5m de moi dans un marché), je pense qu'il était assumé vu qu'il n'a pas rouspété des masses, ils lui ont juste
rentré un couteau dans le ventre (sous les côtes) qu'ils ont ensuite fait descendre vers sa queue ... ça ne doit pas être bien propre non plus alors (enfin forcément, au mileu d'un marché ^^)


 

Tipanda 11/03/2012 23:31



A l'origine, il y avait la différence entre le gibier tué à la chasse et la viande de boucherie. Le gibier n'est pas saigné avant la mort donc la viande se conserve moins bien, est moins saine.
Les adeptes de l'égorgement sont restés fixés sur l'idée que c'était le seul moyen pour que l'animal soit saigné avant que la mort ne fige le sang dans les vaisseaux. A partir du moment où leur
croyance est devenue une pratique religieuse, ils ont toujours refusé d'admettre que le coeur d'un animal étourdi continue à battre assez longtemps pour que le corps soit complètement saigné.
Quand le dogme dicte sa loi aux pratiques ordinaires, c'est l'obscurantisme qui triomphe.



Mamoune.Marie 11/03/2012 10:23


Merci Jacqueline,


par cette réponse je te connais un peu plus, je te remercie pour avoir pris le temps de compléter ces infos...


bon courage dans tes cartons, ..gros bisous à très bientôt pour un nouvel article ?


Mamoune

Tipanda 11/03/2012 23:18



A bientôt, j'espère reprendre au plus vite le suivi de vos récits. Amitiés.



Serge 10/03/2012 20:23


J'ai tué le cochon la semaine passée, et je t'avoue que dans ma campagne on se soucie bien plus de ce que mange l'animal que de la contamination de la plaie. Je n'ai d'ailleurs
jamais vu - chez le cochon, le veau ou le mouton pour le moins... - redescendre le contenu digestif (???)

Tipanda 11/03/2012 11:08



Le cochon est, comme nous, un omnivore donc son estomac est un milieu acide, plutôt impropre à la prolifération microbienne. Les bactéries digestives interviennent plus loin, dans les intestins
qui ne sont pas touchés lors de l'abattage. En revanche, les bovins dont je parlais sont des ruminants ( ils remâchent sans arrêt leur vomi ) et c'est tout leur système digestif, de la bouche à
l'anus qui est peuplé d'une flore microbienne indispensable pour digérer la cellulose des végétaux. En égorgeant, on "étale" les microbes de l'appareil digestif sur toute la zone tranchée. Ce
n'est pas sain et le minimum de précautions à prendre est de cuire à coeur les morceaux concernés.



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