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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:06

A l'instar des vieux cons dont je commence à faire partie, "Je vous l'avais bien dit !"

Le 22 février 2009, à l'occasion du Salon de l'Agriculture, j'évoquais les problèmes qui sont devenus les scandales actuels du monde de la viande.

...   Les familles défilent dans "la plus grande ferme de France" pour montrer les animaux aux enfants. Et le spectacle vaut le coup d'œil. Je défie les plus blasés d'affirmer qu'ils n'ont jamais été impressionnés ou attendris par le spectacle. On sort de là dans une bienveillance extrême vis à vis de l'agriculture.
        C'est très beau... une réussite pour la com. des syndicats agricoles.
        Au salon, personne ne casse la baraque ; aucun rabat-joie n'explique aux foules ébahies que ce qu'elles voient n'est pas la vérité. C'est à peu près aussi réaliste que les petits moutons enrubannés de Marie-Antoinette.
         Les champions sont des investissements pour les herd books. Chaque animal remarquable et primé fait monter le prix de ses paillettes. Une précision utile : malgré l'ambiance de spectacle, les dites "paillettes" ne sont pas celles des podiums (appelées rings au salon), mais celles des spermatozoïdes stockés dans l'azote liquide en vue de l'amélioration de la race. Cela manque de poésie, certes ... mais les progrès spectaculaires du standard des bêtes d'élevage reposent avant tout sur la sélection des mâles et l'insémination artificielle. La génisse qui sera mère du futur champion n'aura jamais eu l'occasion de voir à quoi ressemble le père de son enfant.
Encore moins poétique et plus caché, le super-champion a donné ses gènes depuis longtemps. On attend la consécration du jury pour faire monter les prix, mettre en vente les fameuses paillettes et remporter le jack-pot. L'animal consacré a donné ce qu'il avait. Avec le temps, il va coûter sans augmenter sa valeur, surtout dans les races bouchères où l'âge abîme la viande. Le public l'ignore mais le monceau de muscle devant lequel il s'extasie vit ses derniers jours, le temps de trouver un acheteur au meilleur prix pour la carcasse.
Âmes sensibles, rassurez-vous, si vous avez eu l'occasion de flatter
timidement l'encolure ou le flanc du champion, il y a peu de chances que vous le retrouviez dans votre assiette à moins de faire partie des plus riches. Ces morceaux d'exception circulent dans un club étroit de boucheries haut-de-gamme et de chefs étoilés.
        Les animaux consommés par tout-un-chacun ne sont pas montrés, ils heurteraient pour de bon les sensibilités. Du veau de batterie à la laitière réformée après épuisement, à voir ce qu'il mange, plus d'un spectateur deviendrait végétarien.
Le Salon de l'Agriculture, c'est beau mais ce n'est qu'une entreprise de communication. on donne tout à voir sauf la réalité qui fait mal...

   Je l'avais bien dit mais je n'avais pas été assez sévère. Les industriels de la viande se sont surpassés. Non contents de remplacer un bon bœuf par une mauvaise vache, ils échangent les espèces.

Les Anglais sont horrifiés à l'idée qu'ils aient consommé du cheval à leur insu. Leur indignation est sentimentale, faire manger du cheval à un anglais, c'est comme servir du chat ou du chien à un membre de la SPA, mais il n'y a pas plus de risque sanitaire qu'avec du bœuf. Le plus gênant est le système dévoilé à cette occasion : il est facile de vendre sans trop de risques une viande à la place d'une autre, facile dans des préparations cuisinées où les éléments sont pratiquement impossibles à identifier.

Evidemment, il faut sévir contre les faussaires ...à condition de les attraper. En attendant, le plus sûr est de faire soi-même la cuisine. C'est plus fatigant mais on risque beaucoup moins d'être trompé avec un morceau de viande qu'avec le hachis camouflé dans un plat cuisiné.

A nos casseroles !

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Published by Tipanda
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Francoise 02/03/2013 09:29


Oui... et toutes ces "manipulations" sont juste folles. Si seulement je décidais de me passer de viande !

Tipanda 02/03/2013 22:11



L'espèce humaine a d'abord été carnivore. C'est probablement notre régime "naturel" mais nous avons tellement surchargé la planète, nous sommes devenus trop nombreux, donc il est urgent
d'apprendre à manger autrement. Le plus gros problème à résoudre est culturel, nous ne savons pas concevoir un bon repas sans viande. C'est tout un mode de vie à expérimenter.



Francoise 01/03/2013 09:00


Cet apollon charolais aurait eu plus de chances avec une vache qu'avec un scientifique car c'est généralement la femelle qui choisit le plus beau, le plus grand, le plus costaud, le plus
épatant des mâles pour assurer sa descendance. Et dire que toutes ces belles nanas ne connaîtront jamais les joies, même éphémères, du coït...

Tipanda 01/03/2013 15:11



Faut voir... Les éleveurs de champions prennent un malin plaisir à obtenir des grands formats. Un mâle charolais, pour être admiré, doit peser au moins 1500 kg. Une vache reproductrice, même en
bonne santé, pèse rarement plus de la moitié.  La perspective de la rencontre a de quoi faire réfléchir la belle.


Plaisanterie mise à part, cette course au gigantisme a une conséquence désagréable. Pour augmenter le format des animaux destinés à la boucherie, les éleveurs-naisseurs ont tendance à recourir
systématiquement aux paillettes de mâles volumineux même pour des vaches de petit format, souvent des laitières. Le veau hérite du volume paternel, il est très gros. Evidemment, il ne peut pas
naître par les voie naturelles, césarienne à tous les coups. On imagine que la situation n'est pas drôle pour la mére et ce n'est pas forcément une bonne affaire pour l'éleveur. En cas de baisse
des cours de la viande, il n'est pas rare que le prix de vente du veau ne rembourse pas ses frais de naissance.



Mimi des Plaisirs 27/02/2013 15:55


Jamais allée dans un salon de l'agriculture...
 Les vaches et  autres bestiaux, je préfère les contempler au pré!
 Les grandes foires avec prix décernés, c'est en général l'anti-chambre de la boucherie . Pour les bons  reproducteurs, la sinécure assurée.

Tipanda 27/02/2013 19:25



Moi aussi, il a fallu que les hasards du métier m'y amènent, pour que j'apprenne à découvrir ces "grand-messes" de l'élevage. L'explication est un peu facile mais c'est un monde qui vaut
la peine d'être connu.


Je parle évidemment de l'élevage haut de gamme que, selon l'expression, le monde entier nous envie. Avec l'élevage du tout venant, il a a peu près autant de points commun que le
tricotage industriel avec la haute couture. Une bête-à-concours, c'est d'abord des heures et des jours de travail avec ...le goût du risque. La fabrication de champions n'est pas une science
exacte ; après la même somme d'efforts, on peut aboutir au meilleur, la bête exceptionnelle, ou à un ratage inexplicable. J'avoue une certaine fascination pour ces artistes qui se lancent sans
filet.


Une anecdote : l'incompréhension du grand public face au résultat d'un concours de taureaux charolais.


Un animal était visiblement très supérieur aux autres, on aurait parié sur lui sans discussion. Quand le verdict est tombé, il était dans le fin fond du classement, le public grondait.
L'explication ? Le jugement d'un reproducteur se fait sur les produits. Les veaux issus de cet appollon étaient moins bons que les produits des autres. Les qualités "esthétiques" du père
n'auraent servi qu'à départager d'éventuels ex aequo. Difficile à digérer mais la compétition est difficile.


Ce monde de l'élevage de luxe n'a rien de commun avec la production.



Alice Damay-Gouin 27/02/2013 11:23


Bonjour! Le salon de l'agriculture! Un des souvenirs heureux du temps où j'étais jeune prof. Il y avait à l'époque les 10% où nous devions faire avec nos élèves autre chose que notre propre
cours. Je ne sais plus le thème mais mes élèves ont alors émis le désir d'aller au salon de l'agriculture. J'ai accepté et laissé faire. J'ai donc accompagné avec un parent un petit groupe
d'élèves de lycée. Journée merveilleuse!


 

Tipanda 27/02/2013 18:26



Tiens, nous voilà un souvenir commun ! Dans une vie antérieure, j'ai enseigné la biologie animale dans un collège agricole (tout arrive dans l'existence). Nous avions des sorties techniques
imposées et, chaque année, une sortie plus récréative : le salon de l'agriculture. Nos collègues masculins visitaient le salon de la machine agricole (à l'époque, il se trouvait encore Porte de
Versailles) ; avec les filles, nous allions voir les bêtes, nous organisant des pauses à regarder les épreuves des concours. Enfin, tout le monde se retrouvait, épuisé, aux Provinces Françaises.
Après l'effort, le réconfort...et la dégustation de spécialités aussi délicieuses que ruineuses. On y retournerait volontiers.



Serge 27/02/2013 10:24


Grand bêta que je suis, jusqu'à cette histoire, je faisais confiance aux services vétérinaires (donc à l'état !). Certes, je les pensais bien laxistes, je me suis rendu compte qu'ils étaient
INEXISTANT !

Tipanda 27/02/2013 18:04



Ils ont ceci de commun avec les inspecteurs du travail qu'ils sont lamentablement peu nombreux. Les fraudeurs qui se font pincer n'ont pas eu de chance (tout arrive !) ou ont été dénoncés.
Personne ne s'en vante, ni les délateurs ni les inspecteurs, mais les "affaires" sortent en général par ce moyen.



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