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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 09:13

Il y a tant de souvenirs entre nous !

Il faut dire que je suis née à trois kilomètres de la frontière et je n'ai jamais regardé les Belges comme des étrangers. Ils représentaient pour une petite fille la douceur de vivre et les loisirs.

En France, c'était la vie de tous les jours, elle était encore dure dans les années cinquante. La Belgique, c'était les sorties du dimanche et une sensation d'abondance, de vie plus facile.

Il faut dire que les fonds du plan Marshall n'ont pas été utilisés de la même façon dans les deux pays. Pendant que la France les gaspillait bêtement dans les guerres coloniales, la Belgique entrait dans la société de consommation. On y trouvait de tout à des prix accessibles ; la tentation était forte pour les voisins, ils entraînaient avec vigueur leurs talents de contrebandiers (à l'époque, on disait "fraudeurs").

Car ce n'était pas encore l'Europe, la frontière était une vraie frontière avec poste de douane, déclarations et droits à payer. Mais en l'absence de tout obstacle naturel, c'était un sport régional et un jeu à la mode de faire passer les marchandises taxées sous le nez des douaniers. Il y avait même des magasins  prévus à cet usage ; je me rappelle une très prospère épicerie-café-tabac-bazar ... au beau milieu des champs, loin de tout village.

A priori, on se dit qu'une telle solitude est impropre au commerce ; on comprend mieux lorsqu'on précise que la frontière traversait la maison... Les gens du coin s'y rendaient en famille ; les hommes achetaient du tabac et des alcools, les mères, diverses denrées, surtout du café, et les enfants se ruaient sur le fameux chocolat belge (alors, meilleur qu'aujourd'hui, sans graisses végétales indéterminées). Ensuite, on repartait à pied, à travers champs. Il restait à éviter de croiser la "volante" mais, pour les amateurs, les gens du commun, c'était un frisson bon marché ; la douane mobile traquait surtout, après dénonciation, les gros bonnets du trafic. Ils n'étaient pas assez nombreux pour courir après un litre de Martini ou une plaque de chocolat.

Cette toute petite délinquance n'existe plus. Il reste le plaisir des dimanches.

Il existe une différence essentielle entre le Belge et le Français, elle saute aux yeux : le dimanche, le Français enfile un vieux pantalon et fait son jardin, le Belge s'habille et va boire une bière sur la  grand-place dont Bruxelles est l'archétype.

Contrairement à la France, la Belgique est vivante, le dimanche, et ses villes sont pleines de Français, des promeneurs qui découvrent, pour peu qu'ils soient un peu curieux, la réelle beauté de quelques chefs-d'oeuvre de l'art flamand.

Laissons les familles bruyantes s'entasser dans les parcs de loisirs qui leur vont si bien.

Il restera assez de monde pour animer les villes d'art que sont Bruges, Malines et Gand. Elles sont en pays flamand mais, pour ceux qui appréhenderaient le contact, on n'est pas long à deviner que, s'il n'aime pas beaucoup le Belge francophone, le Flamand belge est l'ami des Français. Dès qu'il a compris à votre accent ou à votre plaque de voiture, que votre français vient de l'autre côté de la frontière, il retrouve immédiatement l'usage d'une langue qu'il faisait mine d'ignorer.

Et puis, la mer du Nord ... Frileux s'abstenir ! On ne va pas s'y faire bronzer mais on y retrouve l'écho des chansons de Brel ...et le bonheur de fredonner :

"... c'est le vent du nord qui me fera capitaine d'un brise-larmes pour ceux que j'aime ..."

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