Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 22:46

     Les Grandes Consciences aiment faire la leçon, c'est leur point faible. Au nombre de leurs péchés mignons, elles nous imposent une contrition obligatoire en mémoire de l'esclavage. Il faudrait se battre la poitrine et se couvrir la tête de cendres pour expier la faute des ancêtres, avoir réduit des africains en esclavage. Inutile de protester, de faire remarquer que vos aïeux étaient paysans dans le centre de la France et n'ont jamais utilisé de main d'oeuvre servile, c'est une exigence collective, votre groupe européen est globalement responsable du crime exercé contre le groupe africain, votre groupe européen et... lui seul.

Des historiens ont bien essayé de remettre les pendules à l'heure, de démontrer, documents à l'appui, que le monde occidental n'a pas eu le monopole de la traite négrière. Immédiatement, on les a soupçonnés de relativisme et de racisme. Deux réalités trop scandaleuses sont systématiquement écartées, le poids et l'antériorité des traites arabes et la participation de peuples africains à ce commerce maudit.

    Grâce à la littérature et aux images, les horreurs de la traversée maritime et les marchés aux esclaves d'Amérique sont assez bien connus. En revanche, la partie africaine de l'histoire reste floue et mérite quelques précisions.

D'abord, les bâtiments négriers ne sont pas immenses. Ils sont des navires marchands avec des soutes juste assez vastes pour transporter une cargaison d'esclaves, pas une armée ni même un corps expéditionnaire. 0n y trouve assez d'armes pour mater une révolte à bord, pas de quoi mener des incursions guerrières. L'équipage n'abandonne pas le navire (trop dangereux), ce sont des fournisseurs locaux qui lui amènent les captifs.

    L'appat du gain fait des ravages dans toutes les populations, des chefs de tribu n'hésitent pas à vendre les individus dont ils veulent se débarrasser (rivaux, concurrents...) mais les négriers ont besoin d'un approvisionnement régulier et abondant. Pour l'obtenir, ils prennent l'habitude de recourir aux services d'experts en razzias, des guerriers nomades qui livrent la chair humaine sur commande. Parmi eux, les Touareg, intouchables dans leur refuge désertique, écument l'Afrique sahélienne pour les européens. Voilà des siècles qu'ils sont devenus spécialistes de ce négoce peu ragoûtant ; ils conduisent à travers le Sahara des groupes de captifs destinés aux marchands d'esclaves arabes.

    Au cours du dix-neuvième siècle, la traite atlantique diminue avant de s'arrêter pour laisser place à la colonisation.

Les Européens vont se répartir l'Afrique et la mettre en coupe réglée. Ils ont besoin de supplétifs, les Touareg vont, à nouveau, se rendre utiles. Avec les populations subsahariennes, ils sont devenus des ennemis irréconciliables et le colonisateur a sa part de responsabilité. La littérature et le cinéma cultivent l'image romanesque de l'homme bleu du désert, noble, grand, beau car...blanc. Le racisme des Touareg à l'égard des noirs est pardonné comme une particularité folklorique sans importance. Il est toujours vivant, même dans les plus petits détails, tel l'usage consistant à casser le verre dans lequel un noir a pris le thé pour être bien sûr de ne pas boire après lui.

Le découpage des états africains issus de la décolonisation est porteur d'une foule de conflits, leur liste est infinie. Pour ce qui concerne les Touareg, ils ont été répartis entre tous les états sahariens et sahéliens, comme si le mépris et les vieilles haines recuites pouvaient s'effacer par miracle.

A moins de vouloir un cataclysme, il est difficile de revenir sur les frontières issues de la décolonisation, mais n'aggravons pas une situation déjà explosive par notre incompréhension.

Les mêmes Grandes Consciences qui exigent de l'Occident qu'il expie la honte de l'esclavage soupçonnent les Maliens noirs de se mal conduire envers les Touareg. Ne leur en déplaise, c'est le contraire qui serait étonnant.

Pour effacer les rancunes, pardonner les crimes, il faut que le coupable demande pardon. Les Noirs du Sahel attendent toujours le premier mot d'excuse des anciens négriers Touareg.

Partager cet article

Repost 0
Published by Tipanda - dans histoire
commenter cet article

commentaires

unsoirbleu 28/01/2013 20:59


Se frapper la poitrine, serait-ce une particularité française ? Notre intervention au Mali, même si c'est une semi-reconnaissance de ... (quoi, au fait ?), est un acte courageux (et somme toute :
solitaire). Je ne connais pas bien l'histoire des Touareg, mais ce que j'en lis à gauche ou à droite n'est pas reluisant.

Tipanda 28/01/2013 21:52



Tu as mis le doigt sur la question. Comme les Français aiment beaucoup l'autodénigrement, ils oublient un peu facilement de souligner le bon accueil des Maliens. A la prière du vendredi, les
musulmans de Bamako ont demandé la protection divine pour François Hollande et les Français.



LANOE 28/01/2013 18:08


Tout à fait d'accord . Au moment de la colonisation , les Touareg ont refusé d'envoyer leurs enfants à l'école des filsde chefs ; ce sont les enfants de leurs esclaves , les bellahs, qui ont été
formés par le colonisateur à leur place . Lors de l'indépendance du Mali, ce sont donc les Noirs qui sont devenus les cadres du nouveau pays . Les touareg n'ont jamais "digéré" d'être gouvernés
par un pouvoir central noir.


De plus qui sommes-nous pour donner des leçons aux Maliens qui traiteraient mal leurs nomades ? Il a fallu attendre 2012 pour que les gens du voyage n'aient plus à faire viser ce permis de
circulation qui en faisait des citoyens de seconde zone . Nous avons la mémoire courte : les nomades ont été enfermés dans des camps de concentration gardés par des Français , sous l'occupation ,
et en sont sortis  bien après la libération . Nous aimons les nomades , quand ils sont loin. Commençons à traiter humainement nos concitoyens itinérants avant de donner des leçons aux
Maliens.

Tipanda 28/01/2013 22:16



Merci pour ce commentaire qui nous en apprend beaucoup.


Maliens noirs et Touareg assument la mémoire de relations violentes qui dépassent les habituels conflits entre nomades et sédentaires. Les Touareg ont toujours cumulé les nuisances habituelles du
passage des nomades (pillage des récoltes et des puits) avec une violence brutale à laquelle les noirs sédentaires n'avaient pas les moyens de résister.



Mamoune.Marie 27/01/2013 10:31


bonjour Jacqueline,


merci pour ce bel article, mais quelle tristesse d'être soumis de générations en générations!


je pense q'ujourd'hui avec les guerres de religion nous ne sommes pas prêt de voir cette popultion libre de leurs mouvements!


bonne journée et gros bisous , à toi et aux quatre pattes..Mamoune

Tipanda 27/01/2013 14:50



Bonjour Mamoune,


Tu as raison, avec les excités de toutes les religions, la paix risque de ne pas être au programme tout de suite. Elle recule d'autant plus que les conflits religieux sont mis en avant pour
camoufler des vieilles haines qui perdurent depuis des siècles et que personne n'a le courage d'affronter.


Gros bisous aux deux et quatre pattes.



Recherche

Articles Récents

Liens