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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 09:14

 

     Vous avez découvert Shoah de Claude Lanzmann à sa sortie en 1985, ou plus tard, lors d'une rediffusion. Vous en êtes sorti abasourdi et hagard, vous aviez pris un grand coup dans la tête, et, depuis ce jour mémorable, vous savez qu'il y a un avant et un après Shoah. Plus de neuf heures de témoignages pour dire l'indicible, ce film a une telle force qu'il a nommé les événements, on ne dit plus "l'extermination des juifs par les nazis" mais "la shoah". Lanzmann est au cinéma ce que Raul Hilberg, l'auteur de "La destruction des juifs d'Europe", représente pour le texte.

    Vous n'étiez pas loin de croire que Shoah avait tout dit mais Claude Lanzmann gardait inexploitées de précieuses réserves. Au long des années précédant Shoah, il avait accumulé des heures de témoignages qui ne figurent pas tous dans Shoah, non parce qu'ils auraient manqué d'intérêt mais parce qu'ils formaient, à eux seuls, le sujet d'un film.

     En 1997, ce fut "Un vivant qui passe", chronique de la cécité estampillée Croix Rouge

    En 2001, "Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures", l'épopée de Yehuda Lerner et des révoltés de Sobibor. Après Shoah-la catastrophe, l'heure de grâce. Des juifs promis à la mort tuent leurs geoliers, s'échappent d'un centre d'extermination, rejoignent la Palestine et se battent pour fonder l'état d'Israël.

     Enfin, mais ce n'est peut-être pas fini, " le dernier des injustes " présenté en mai 2013 au festival de Cannes, sort en salles cet automne. C'est l'histoire du rabbin Benjamin Murmelstein, le dernier président du Conseil Juif du ghetto de Theresienstadt. véritable décor de théâtre destiné à donner le change aux rares curieux, présenter un « ghetto modèle », une farce programmée pour finir dans les crématoires d'Auschwitz. Il fut le  seul "doyen des Juifs à n’avoir pas été tué durant la guerre. Il s'est battu pied à pied avec Eichmann pour éviter la liquidation du ghetto, réussissant à faire émigrer 121.000 juifs. Ce dernier film dévoile sans fard les contradictions sauvages des Conseils Juifs. 

 

       Claude Lanzmann est un vieux monsieur chargé d'honneurs et de notoriété, vous pensez qu'il ne doit rencontrer aucune difficulté pour diffuser son film ... et vous avez tort.

Parlons de ce qui m'est facile à vérifier. Dans tout le département du Nord, "Le dernier des injustes" n'est visible que dans une seule salle classée "Art et essai" à Lille pendant moins d'une semaine. 

( de Claudine LANOE  Aujourd’hui à 10h36 AM :

Et tu peux ajouter :à un horaire unique , 19 h ). 

      Que font ces multiplexes qu'on nous a vendus comme une garantie de multiplicité dans la programmation ? Ils ne seraient pas capables de dégager une toute petite salle, quelques jours, pour une œuvre majeure ?

Il paraît que non, Lanzmann ne remplirait pas les salles. Les diffuseurs industriels ne veulent pas courir ce risque. Ils préfèrent rallonger le temps de passage de quelques navets commerciaux.

Ils sont là pour faire de l'argent, pas de la pédagogie.

         Quand les lycéens étudiaient encore l'histoire, il était possible de circonvenir des commerçants en leur représentant le défilé des groupes scolaires qui allaient se précipiter chez eux. Aujourd'hui, l'histoire et la mémoire n'ont plus de public, rien ne semble pouvoir lutter contre l'appat du gain.

        C'est triste mais, à l'approche des élections municipales, nous pouvons en tirer une leçon : il ne faut pas laisser réduire la culture à l'industrie du spectacle. 

 Un service public de la culture est une nécessité

 

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Published by Tipanda - dans histoire
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commentaires

Mimi des Plaisirs 26/11/2013 17:32


Les salles" art et essais" ont du mal à survivre, faute de "rentabilité" mais nous en avons plusieurs (quelques séances par mois) Ici, comme ailleurs sans doute, elles fonctionnent grâce à des
passionnés, des subventions. Pourtant il s'y propose de grands films et documents.  Celui de Lanzmann n'est pas encore programmé.

Tipanda 26/11/2013 21:22



Le recul de l'enseignement de l'histoire confine des cinéastes comme Claude Lanzmann à des circuits confidentiels. J'espère qu'il sera programmé chez toi et que tu pourras le voir. Même si le
sujet est difficile, il ne doit pas rester une affaire de spécialiste.



Weinheber 22/11/2013 23:59


Il faut promouvoir le film de Claude Lanzmann, ne pas oublier

Tipanda 23/11/2013 19:45



Je sais bien que tu n'oublies pas.


Cela fait quand même un drôle d'effet de défendre Claude Lanzmann... Il est si énergique, si fort, on a l'impression qu'il n'a besoin de personne. Et pourtant si ...


La notoriété ne suffit pas face aux intérêts des marchands de soupe.



Jacqueline 21/11/2013 18:27


Pour les intéressés, l'article du Monde est à la page 11, journal daté du Mercredi 13 novembre 2013.

Francesca 20/11/2013 11:33


Et oui ! Huit salles à Paris, c'est beaucoup mieux, mais c'est très peu par rapport à l'importance de ce sujet, peu traité.


Ne serait-ce pas dû aussi à la personnalité de Lanzmann ? Son caractère ne s'améliore pas avec l'âge et rend impossible la moindre discussion - j'en ai été .
témoin une fois lors d'une conférence au MAHJ où il a été carrément "injuste" ! et odieux : il ne fait pas dans la nuance et a l'air de considérer que la shoah lui appartient
! Cette attitude ne rend pas service à la cause, qu'il défend donc moins efficacement que, par exemple, Serge et Beate Karlsfeld ou Elie Wiesel. C'est vraiment dommageable,
mais ça n'enlève rien à la qualité de son travail.


J'irai bien sûr voir ce film dont j'espère qu'il fera du bruit (bon article le 12 novembre dans le Monde) et je ferai du battage auprès de mes amis.

Tipanda 20/11/2013 16:06



Je suis sûre que tu ne regretteras pas ton effort pour trouver une salle. Si la shoah n'est pas la propriété de Claude Lanzmann (qui revendiquerait la propriété d'une catastrophe ?), on peut dire sans se tromper qu'il en est habité depuis longtemps. Rançon des fortes personnalités, le personnage peut ne
pas plaire à tout le monde (ma grand-mère aurait dit "on n'est pas louis d'or,"). De toute façon, ce qui pourrait être un handicap pour une projection-débat ne constitue pas un motif pour une
simple programmation sans intervention de l'auteur.


Le combat entre culture et marchands de soupe n'est pas près de son armistice.



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