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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 16:10

      Foi de Panda, la vie n'est pas une partie de plaisir.

      Je vous ai déjà raconté comment Ils m'ont fait subir, quand j'étais tout petit, une intervention chirurgicale destinée à leur éviter les visites bruyantes et malodorantes des matous et chattes en chaleur du voisinage.

      Je n'ai jamais connu ce qui semble tellement exciter les félins non opérés, je ne sais pas si j'aurais aimé, donc je n'ai aucun regret. Quand je les vois en loques et épuisés, j'ai plutôt tendance à m'en féliciter. Mon humaine m'a déjà expliqué que l'opération m'avait sauvé la vie en m'évitant les courses folles qui, trop souvent, finissent sous les roues d'une voiture. En gros, la perte de ces quelques grammes a été un gage de longue vie en bonne santé... jusqu'à ce printemps.

      L'hiver particulièrement froid et prolongé a retardé l'épisode de furie que les anciens appellent "maroulage". C'est une tradition pour les félins des deux sexes de quitter leur couchette bien avant l'aube et de se rassembler pour une démonstration sonore qui fait penser au doublage d'un film d'horreur. Leurs cris feraient fuir même des oiseaux de proie ; on dirait des hurlements d'enfants torturés et ils ne s'interrompent que pour laisser place aux grognements et bousculades. Au lever du soleil,  les combattants portent les stigmates de la guerre, des poils arrachés, des blessures de toutes sortes, coups de griffes et de dents. Avec un peu de chance, les chattes ont trouvé ce qu'elles attendaient, les guerriers peuvent rentrer chez eux et panser leurs plaies, la paix est revenue pour tout le monde. Hélas, il est très possible que ces dames ne soient pas satisfaites, il faut s'attendre à d'autres nuits de cris et de fureur.

     L'an dernier, je n'avais pas assisté au maroulage, il avait eu lieu avant mon arrivée dans le quartier, tout était tranquille. J'ai évoqué ma rencontre, à l'époque, avec un gros matou tigré, au moins trois fois plus gros que moi, assez mal élevé mais, somme toute, aimable, ses hormones étaient au repos.

       Cette année, changement de refrain. Une minette blanche, colocataire de Joliminou, est venue chasser le mâle dans ma cour, attirant tous les matous à ses trousses, en particulier notre chef de bande tigré. Les hormones en ébullition, ce dernier attaque, bille en tête, tous les chats qu'il croise. Distraction ou crise de fureur (?), il n'a même pas remarqué que je ne suis pas dans la compétition, il a entrepris de marquer sa prise de possession sur mon domaine. Après avoir inondé ma porte, il a voulu s'introduire chez moi.

      N'écoutant que mon courage, et pas du tout le sens des réalités, j'ai foncé en poussant mes hurlements les plus féroces. L'altercation a été brève... je ne me rappelle plus bien. Toutes griffes dehors, il m'a jeté au sol, retourné, écrasé et roué de coups puis il m'a logé une profonde morsure au milieu du dos. Tout cela n'a duré qu'un instant, les bruits de la guerre ont attiré mon humaine à la rescousse. L'affreux a pris la fuite en se glissant sous la haie. Et moi, je me demande encore comment j'ai pu réunir assez de forces, je me suis glissé ... sous le canapé. Je ne suis pas fou, mon instinct de conservation m'interdit de laisser mon humaine examiner mon corps souffrant, mes blessures ne regardent que moi, elle serait bien capable d'aggraver mon humiliation en me barbouillant de produits chimiques malodorants, c'est sa manie commune avec Madame véto.

      Recroquevillé dans la douleur, je me suis engourdi. Quand j'ai voulu sortir de ma cachette exiguë, la douleur m'a arraché un gémissement qui aurait fait jaillir des larmes chez les plus endurcis. Je me suis traîné comme un ver, pas assez vite pour lui échapper ; il m'a fallu ravaler ma fierté pour subir examens et désinfection. Pour me venger, j'ai ressorti le vieux truc qui marche toujours : la grève de la faim.

Réussite sur toute la ligne, elle s'est fait un sang d'encre. Tant mieux pour moi, il était grand temps qu'on m'accordât enfin l'importance qui me revient.

        Les satisfactions d'amour propre sont bien agréables mais elles ne nourrissent pas son homme, son chat non plus, d'ailleurs. Après trois jours, j'ai donc cessé de faire la mauvaise tête et repris la route de la gamelle.

        En même temps que ces épisodes homériques, s'en déroulaient d'autres, moins sauvages mais plus lourds de conséquences. Les patrons de Joliminou et de la séductrice blanche ont déménagé.

Ils ont quitté la ville, emportant leurs chats. 

      Qui se plaindrait du départ de la chatte blanche ? Maintenant qu'elle est partie, c'est la paix dans le quartier.       

       Mais Joliminou, c'était mon copain, c'était mon ami ... Pourquoi ne demande-t'on jamais l'avis des chats quand on change de maison ?

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commentaires

unsoirbleu 19/04/2013 06:01


Savoureux moment de lecture que ce monologue de chat à l'existence mouvementée (à son corps défendant ?). Décidément, la vie n'est pas un long fleuve tranquille ...

Tipanda 20/04/2013 19:06



Les aventures guerrières de Panda, tu l'auras deviné, ont joué un rôle de diversion.


Nous étions lourdement accablés par le départ de Joliminou. Nous avons vécu une semaine d'illusion. Ses maîtres (si l'on peut employer ce terme) sont partis un dimanche en laissant les deux
chats, sans se préoccuper de ce qu'ils deviendraient, sans leur laisser ni abri ni nourriture, ils n'ont même pas demandé aux voisins de veiller sur eux.


Nous avons cru qu'ils les avaient laissés définitivement, nous avions adopté l'enfant perdu, et, huit jours après, ils sont venus les reprendre. Nous en sommes très tristes pour nous
mais surtout pour les pauvres bêtes. Ces gens ont fait la démonstration de leur inhumanité, ce n'est pas avec confiance que nous imaginons la nouvelle vie du si gentil Joliminou.



Serge 16/04/2013 06:50


Beau texte poétique.

Tipanda 16/04/2013 10:28



Pas sûre que Panda apprécie le genre de poésie. Un arrangement qui l'aurait débarrassé de la chatte blanche sans perdre Joliminou l'aurait ravi mais il sera dit que la vie est mal faite.



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