Partager l'article ! Après la Grèce, sale temps pour l'Egypte.: Non, non, vous ne trouverez pas ici d'analyse politico-économique. D'autres sont trop heureu ...
Non, non, vous ne trouverez pas ici d'analyse politico-économique. D'autres sont trop heureux de s'en charger.
Ils trouveront même déplacé qu'en ces temps révolutionnaires, on puisse s'affliger avec les historiens et gens de plume. Tant pis, nous avons du chagrin, rompant ainsi avec l'indignation qui tourne à la rengaine.
Le 19 décembre 2010, la Grèce et Thucydide perdaient en Jacqueline de Romilly la gardienne attentive de leur mémoire.
Six mois plus tard, à leur tour, les antiquités égyptiennes déplorent une grande perte, Christiane Desroches Noblecourt sans qui la vallée du Nil serait la honte de l'Egypte.
Nous étions tous bien jeunes ou même pas nés quand, dans la tête d'un dictateur militaire inculte nommé Nasser, naquit le projet du barrage d'Assouan. Au nombre de ses grands amis, figurait l'URSS, spécialiste hors pair des travaux ... pharaoniques. Les conseillers soviétiques lui épargnèrent l'utilisation des bombes atomiques dans le génie civil mais n'hésitèrent pas à lui conseiller l'équivalent égyptien du saccage de la mer d'Aral, construire dans la partie la plus désertique de l'Egypte un barrage qui fournirait de l'énergie et permettrait l'utilisation d'une énorme retenue d'eau permanente, résolvant ainsi le problème de la sécheresse.
A l'époque, seuls quelques oiseaux de mauvais augure émirent des réticences concernant les dégâts écologiques de l'ouvrage. C'est l'expérience qui démontrera ses conséquences néfastes sur la qualité des sols ; les crues du fleuve remplacées par des lâchers d'eau contrôlés n'apportent plus les limons nourriciers, condamnant l'agriculture du delta, autrefois si riche, à dépendre des engrais chimiques avec toutes leurs nuisances.
Ils ont été peu nombreux à tirer ce signal d'alarme ; en revanche, les égyptologues, Christiane Desroches Noblecourt à leur tête, ont tout de suite compris que le barrage d'Assouan allait noyer une grande partie des vestiges du règne de Ramsès, en particulier le site d'Abou Simbel. Obtenir de l'autocrate égyptien qu'il abandonnât son projet, il ne fallait pas y songer. Renonçant à affronter l'obstacle, elle entreprit de le contourner.
Elle fit le siège de l'UNESCO, accompagnée d'un projet de conservation au moins aussi prodigieux que celui du barrage. Il s'agissait tout simplement, puisque le site serait inéluctablement noyé, de découper des temples et des statues monumentales pour les déménager et les installer plus haut, dans le désert qui est, pour eux, une assurance de survie.
Plus d'un aurait jugé l'entreprise folle mais c'était sans compter avec l'espérance chevillée au corps de cette ancienne résistante. Après tout, elle avait bien tenu le coup face aux SS et à la Gestapo, les instances internationales de la culture ne l'effrayaient pas plus que Nasser.
Et elle l'emporta, démontrant qu'il y aurait plus à gagner dans le sauvetage des antiquités que dans leur ennoiement. Chaque jour, le tourisme qui est la vraie mine d'or de l'Egypte lui donne raison. Et, bien au delà des ressources, Abou Simbel et Philaé sont sauvés, hommage des modernes aux anciens
Dans le marigot où un ramassis d'illettrés dirige notre monde, le départ au même âge, 97 ans, de nos deux héroïnes n'a provoqué qu'un petit clapot.
Heureusement, elles nous ont laissé une oeuvre qui durera plus longtemps que nos minables politiciens.