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19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 22:56

Après la messe en latin ou en français, restons à l'église et parlons des saints. Ne levez pas les bras au ciel. Bien des croyants ne leur font qu'une confiance limitée, pourtant, leur  charme est certain. C'est qu'ils nous apprennent bien des choses sur leur temps et celui de leurs dévots. 

 D'abord, séquence-souvenir : une adolescence d'avant 1968 dans une famille catholique. Pas question d'échapper à la messe du dimanche. S'y opposer c'était braver les mesures de rétorsion que les parents n'auraient pas manqué d'exercer ; il restait à passer le temps sans se faire remarquer, en faisant feu de tout bois. A l'époque, on n'avait pas encore adopté l'usage des livrets de messe ressemblant à des cahiers de chants pour veillées scouts, les paroissiens se rendaient à la messe équipés de leur propre missel. Dans les plus beaux et gros modèles, sur papier-bible (cela va de soi !), dorés sur tranche, figuraient les particularités liturgiques et une rapide évocation du saint de chaque jour. Ce fut un premier contact avec la légende dorée. Un pis-aller débouchait sur une véritable découverte.

Les vies de saints ne sont pas que des contes de fées à connotation saint-sulpicienne, elles révèlent  beaucoup sur l'époque qui les a produites. Depuis toujours, l'Eglise a fait saints des personnages représentatifs de l'image qu'elle voulait donner d'elle-même. Les canonisations, marquées par leur époque, n'échappent pas aux mouvements de mode. Les saints du calendrier connaissent des vogues révélatrices. En puisant dans le stock disponible, les choix du moment marquent des retours en force qui répondent à des besoins.

A l'origine - l'expression "premiers chrétiens" est une invention tardive des historiens de la religion - il s'agissait d'une petite secte juive (judeo-chrétienne avant le mot), contemporaine de la prise de Jérusalem par Titus et de l'éclatement diasporique qui s'en suivit . Ce petit groupe assez minable (n'ayons pas peur des mots) allait prospérer jusqu'à devenir  la Chrétienté  très  importante, très influente, dans l'empire romain puis le monde entier. En attendant, ils débarquent à Rome et dans les grandes villes de l'empire  avec la volonté acharnée de propager leur foi.

Les Romains ont l'habitude de ces vagues d'immigrants en provenance de l'autre côté de la Méditerranée, fuyant la misère et l'oppression  (tiens, ça rappelle d'autres temps ...), on est la métropole de l'empire, tout de même !  A la différence de nos concitoyens, ils ne craignent pas que l'étranger vienne prendre leur travail. Le travail pour les Romains n'a rien de positif ; comme toutes les sociétés esclavagistes, ils ont le plus profond mépris de ceux qui assurent les nécessités quotidiennes. Un citoyen romain digne de ce nom ne fait rien ; au commencement, sous la République, il assurait la défense du pays et les conquètes qui permettaient de se procurer les indispensables esclaves  mais, sous l'empire, ils ont pris l'habitude de confier de plus en plus souvent cette fonction périlleuse à des barbares mercenaires.

Donc le Romain qui se respecte ne fait rien et n'est pas opposé à ce qu'on peine à sa place.

 Il n'est pas non plus un religieux fanatique ; polytheiste et habitué au défilé de toutes les religions de l'empire, il est, non pas tolérant - terme anachronique, - mais accueillant : un dieu de plus dans son pantheon, la belle affaire ! Seulement, il ne faut tout de même pas le prendre pour une poire, il exige un minimum de réciprocité. Et c'est là que ça se gâte... Il fallait bien que ça tourne mal pour améliorer le régime alimentaire des lions du Colisée et donner du boulot plus tard aux auteurs de peplums.

Pourquoi la crise avec cette religion-là, alors que tout allait bien avec les autres ? Les légionnaires avaient adopté Mithra, les amateurs de mysticisme exotique ne juraient que par les mystères de Cybèle ou Isis, et pas moyen d'intégrer le dieu des chrétiens. 

Le charme des religions du Livre, judaîsme, christianisme, plus tard islam, c'est qu'elles sont des monothéismes totalitaires : le croyant n'a qu'un seul Dieu, maître de toute sa vie. Au lieu de se contenter comme les autres divinités de l'observance d'un catalogue de rites et d'honneurs, il impose ses commandements jusqu'au tréfond des consciences. Honorer un autre dieu est la pire des fautes, parfaitement inimaginable. Aucune chance de compromis avec le citoyen romain polytheiste qui ne s'intéresse pas aux profondeurs de l'âme humaine, il laisse chacun croire ce qu'il veut, mais accorde la plus grande importance aux rites pratiqués en commun qui marquent l'unité du corps social, en premier lieu le culte impérial. L'individu-empereur peut être un fou ou un criminel, il est un homme tout ce qu'il y a de plus mortel, mais en son personnage public réside la vie et l'unité de la cité. En refusant d'y faire allégeance, le chrétien s'exclut de la cité.

Et l'aspect sectaire de ses pratiques n'arrange pas son cas. Il célébre un rite incompréhensible d'où les non initiés sont exclus. On y adore un seul dieu mais qui serait à lui seul trois personnes, un dieu qui était un homme, il y a peu, un agitateur illuminé qui fréquentait des milieux louches et qui est mort crucifié comme un esclave criminel. Rien dans cette religion ne peut attirer la bonne société.

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Published by jacqueline simon - dans Feuilleton
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