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9 juin 2007 6 09 /06 /juin /2007 21:54

Il y a peu, un article(1) de Patrick Vermersch posait la question troublante des risques contenus dans un nouveau type de tests permettant de connaître très précocement le sexe du foetus. Le danger qui apparaît immédiatement est le déséquilibre des effectifs filles/garçons mis au monde. Ce déséquilibre existe déjà dans certains pays avec des avortements de filles réalisés, jusqu'ici, à beaucoup plus que 12 semaines de grossesse. Dans certains états de l'Inde, les hommes ne trouvent plus de compagne et il s'établit à partir des états pauvres un véritable trafic de filles à marier. Un test permettant d'avorter plus rapidement faciliterait  beaucoup ce travail de sélection en renforçant le déséquilibre commencé. Or, si on peut connaître le sexe très précocement, on peut en déduire que d'autres caractères suivront rapidement. Et on voit surgir un autre risque qui s'appelle l'eugénisme. On ne ferait plus que des bébés garçons supposés parfaits. Même Alexis Carrel n'aurait pas osé en rêver ! Après les lebensborn et autres délires nazis, on aurait pu croire l'humanité guérie de la tentation eugénique. Faut pas rêver ! les docteurs folamour n'ont pas dit leur dernier mot.

Dans Le Monde du 8 juin 2007, le chroniqueur médical Jean-Yves Nau signe un papier intitulé " La génétique s'attaque à sept grandes maladies.", inspiré de résultats publiés dans Nature et fondé sur les travaux du Pr Donnelly du Welcome Trust. De ces travaux, il ressort que des mutations de gènes augmentent le risque d'affections courantes telles que l'hypertension ou le diabète. La constatation est immédiatement tempérée par le commentaire suivant : ... les responsables de ces travaux soulignent que ce sont bien les interactions entre ces caractéristiques génétiques et l'environnement qui font que la maladie peut ou non se manifester... C'est ce qu'il est convenu d'appeler une précaution oratoire. Dès qu'il sera possible de généraliser ce type de détection, et on peut compter sur la pression populaire pour faire accélérer les travaux, on passera du dépistage de gènes à la chasse aux gènes.

Au premier abord, apparaissent des bienfaits difficiles à contester. Face à des cas d'enfants nés lourdement handicapés, catastrophes pour eux mêmes et toute leur famille, qui n'a pas regretté que ces naissances n'aient pu être évitées ? Une résignation héroïque, avec parfois le soutien d'une foi religieuse, les fait accepter, jamais désirer. Qu'on puisse éviter un tel malheur est un bienfait de la science, indiscutablement.

Mais la réalité n'est pas aussi tranchée ; ce n'est presque jamais le choix entre enfer et paradis. Pour demeurer dans le même domaine de métaphore, le quotidien se tient plutôt dans le purgatoire. Les chercheurs anglais de Nature travaillent sur des maladies fort répandues : le diabète de type I, l'hypertension, la polyarthrite, les troubles bipolaires, des maladies qui pourissent la vie de beaucoup de gens mais qui se soignent. Nous souffrons tous de l'une ou l'autre de ces maladies ou certains de nos proches en sont atteints. Si l'objet des recherches de ces généticiens est de soigner mieux ces maladies, bravo ! On les soutient bien fort et il faut, d'urgence, faire campagne pour une augmentation massive de leurs crédits. Mais...de même que la découverte de la poudre permettant de procéder à de jolis feux d'artifices a surtout permis de fabriquer des bombes, la possibilité d'isoler avec certitude et précocement  les gènes impliqués dans les maladies permettra de sélectionner des sujets non porteurs. On se représente l'humanité qui serait issue d'un tel bricolage ... avec la multitude de nouveaux problèmes induits, dont un crucial : qui décidera ? Qui édictera les règles ? On n'ose pas imaginer un tel pouvoir sur la vie entre les mains d'un Hitler. Et l'expérience humaine n'étant pas transposable, la Shoah ne nous met pas à l'abri d'une nouvelle aventure inhumaine.

La science n'est donc pas une activité neutre qui pourrait s'exercer hors de toute morale.  L'éthique doit rester l'affaire de tous et dans ce débat, la démocratie et le respect des droits humains qu'elle suppose sont notre seule garantie.

jacqueline Simon

(1) je peux vous en refaire un envoi par mail .

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Published by jacqueline simon - dans l'air du temps
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