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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 08:21
   Pardon pour ce jeu de mots débile, je n'ai pas résisté, et mille excuses à la Queen pour avoir traîné sa devise dans une ambiance aussi fangeuse.
   Le président de l'UNESCO est à renouveler ; les candidats, un peu comme pour l'Académie, font une tournée des décideurs, une cour pour se placer.
    Pour mémoire, l'UNESCO c'est United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization. Son objet est de favoriser dans le monde entier le progrès de l'Education, de la Science et de la Culture, rien que ça ...

    On lui doit le financement de quelques projets grandioses trop chers pour les moyens du pays concerné.
On se rappelle le gigantesque chantier d'Abou Simbel (le très attendu "pharaonique", pour une fois, serait à sa place mais les neologismes m'agacent, alors je ne l'emploierai pas).
Nasser, dans sa folie des grandeurs, avait décidé la construction du barrage d'Assouan, en Haute Egypte. Les conséquences seront énormes sur l'écologie ; le projet, il est vrai, était vigoureusement soutenu par l'Union Soviétique, orfèvre en la matière, la Mer d'Aral peut en témoigner. A l'époque, on n'avait pas prévu les dégâts mais il se posait une autre difficulté : la retenue du barrage, baptisée sans surprise Lac Nasser, devait submerger quelques temples parmi les chefs d'oeuvre de l'Egypte ancienne.
 L'UNESCO a financé et mis en oeuvre le démontage, le déménagement et le remontage au sec des monuments.
     C'était la grande époque.
     De nos jours, nous connaissons surtout l'espèce de catalogue, type foire fouille, bric à brac, où l'UNESCO inventorie pèle-mêle le patrimoine mondial de l'humanité.
Extrêmement prestigieux à l'origine, il a fait l'objet de tant de prétentions chez tant de candidats désireux d'y figurer que la qualité moyenne a beaucoup baissé, c'est de plus en plus "n'importe quoi" ; enfin, c'est comme toutes les décorations,  pensons à la légion d'honneur.
      Moins ébouriffant mais nécessaire, l'UNESCO apporte son aide à l'éducation et l'instruction des peuples, concourant au règlement des conflits par le progrès des moeurs.
     
      Une tâche pareille doit forcément revenir à un président consensuel, connu pour son aménité et son ouverture d'esprit. Il faut que n'importe quel habitant du monde puisse avoir confiance en lui, en ses talents d'homme de culture et de paix.
      Justement, il y a un problème : parmi les candidats qui ont de bonnes chances d'emporter le morceau, figure Farouk Hosni.
     Le nom vous est inconnu ? Il me l'était aussi. Comme il ne faut jamais risquer de mourir idiot, je me suis informée et ce que j'ai appris ne m'a pas rassurée du tout.
     Voilà donc le tableau : 

Ministre de la Culture égyptien depuis vingt-deux ans, cet artiste peintre de 71 ans a dirigé le Centre culturel égyptien de Paris dans les années 1970.    L'an dernier, le plus sérieusement du monde, Farouk Hosni a déclaré à un député islamiste égyptien qu'il «brûlerait (lui)-même des livres israéliens s'il en trouvait dans les bibliothèques égyptiennes». Il s'est depuis excusé pour cette phrase «hors de son contexte». «J'ai dit ça comme on aurait dit : “Va au diable  !”, dans le monde entier, on dit des choses comme ça.»

     Pas partout, justement...

A l'occasion d'une tribune publiée dans Le Monde, Claude Lanzmann, Bernard-Henri Lévy et Elie Wiesel le qualifient  d'«homme dangereux » .

"Foreign Policy", une revue américaine voit en lui l'agent d'une «judéophobie rampante» en Égypte. 

    Avant de hausser les épaules en évoquant une prétendue paranoia juive, rappelons qu'Hosni est ministre de la culture en Egypte, doux pays où circulent avec la bénédiction du pouvoir quelques joyaux de la littérature antisémite, à commencer par "mein kampf" qui fait un tabac dans les librairies ou "les protocoles des sages de Sion", un faux célèbre  dont le succès est tel qu'on en a tiré une série télévisée.

   On attend toujours que notre grand homme de culture réserve aux torchons anti-juifs le traitement qu'il promet aux livres israéliens.

   L'attente a quelques chances de durer.

     En attendant, cherchons une explication.
Farouk Hosni veut être président. Devenir une Excellence, c'est un sommet, une tentation qui vaut la peine de s'investir.
Une question est forcément posée à tous ceux qui entreprennent une carrière internationale :
" Pour ou contre Israël ?"
Quelle que soit la réponse que l'on donne, on est certain de faire de l'autre camp un ennemi irréconciliable... à moins de réussir un petit jeu : lancer des proclamations furieuses qui satisferont les ennemis d'Israël et, pour la forme, des excuses  qui rassureront les autres ( chacun sait que les amis d'Israël sont des états policés, ramollis par les bonnes manières et le désir profond de ne pas en découdre ).
     Le plus inquiétant serait que son calcul réussît.
Placer au sommet de la vie culturelle mondiale un vandale capable de s'en prendre aux livres, ce serait réhabiliter les nazis et encourager leurs émules. Après une telle compromission, comment serait-il possible de reprocher aux talibans la destruction de statues et le maintien des femmes dans l'ignorance ?

     Comme toujours, les états riches et démocratiques s'en sortiront.
S'il faut tenir bon et se montrer intransigeant, c'est au nom des victimes pour qui l'instruction et la culture sont toujours inaccessibles comme tous les rêves.
     

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Published by Tipanda - dans l'air du temps
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Milla 13/09/2009 14:19

j'ai toujours aimé l'histoire de l'écriture,  j'ai lu l'origine de l'alphabet de PA Ouaknine il y a quelques années, et j'ai fait du théatre en berbère qui est ma langue maternelle qui  serait aussi d'origine phénicienne. J'ai cru a la difficulté de l'hébreu très diffèrent de l'alphabet latin mais c'est d'une telle logique que mon appréhension s'est vite envolée et c'est génial.  Evidemment, j'ai eu aussi un peu peur a cause de mes origines, mais que nenni, Ronit, la prof est super sympas et les autres élèves ne font pas cas de ma présence, c'est bien que l'hotilité vient de l'extérieur et non de l'intérieur. Comme quoi, il ne faut jamais rester dans les opinions toutes faites. Quand à sauter le pas, je me dis que dans le fond, je fais ce que ma conscience me dicte, et là entre autre, c'est davantage un enrichissement. Je verrais plus tard avec le grec car en effet, j'ai été aussi tenté par cette langue...Merci pour ce texte Jacqueline, parce qu'il y en a marre de la négation, de cet ère qui élève les moribonds au rang des justes alors que contemment dans le déni, c'est comme dans l'art de la chanson, pourquoi un petit chanteur comme Sagiv Cohen ne perse t il pas ici, je l'ai vu au festival de montpelleir danse en 2006 car ma belle soeur y travaille en tant que comptable. Est il juste que le Rai, propulsé d'ailleurs a Paris par un juif, ait eu autant de succès, alors que Françoise Atlan qui chante si bien le landino, dans trois langues est très peu médiatisée.. je me pose un tas de questions, trop peut etre, mais je pense que ce n'est pas juste, je suis pour la reconnaissance de chacun voilà tout !bon dimanche Jacqueline

Tipanda 13/09/2009 17:37


Tu es beaucoup plus savante que moi en musique. J'avoue une crasse ignorance de toutes ces musiques actuelles. En fait, mon univers musical s'est arrêté au XVIIIème siècle. Ce n'est pas facile
d'engager la conversation avec de telles lacunes. Heureusement, il se trouve des gens courageux et entreprenants comme toi pour constater que les difficultés ne sont pas toujours où on les
attendait.
Tiens, histoire de rire un peu, à propos de Berbère, il me revient à la mémoire un spot télé d'une campagne antiraciste. On voyait, dans un train de banlieue, un groupe de jeunes  de type
maghrébin (tel qu'on l'imagine le plus souvent) importunant une jeune fille blonde aux yeux bleus. Ils se font de plus  en plus pressants jusqu'à ce que la fille, jusque là silencieuse, leur
balance une bordée d'injures en arabe. Panique hez les garçons, dans le genre "on n'a pas tout compris".La philosophie du spot était bien sûr qu'il ne faut pas se fier aux apparences mais j'ai
trouvé que c'était un peu plus humoristique et moins préchi-précha que ce que la bien-pensance nous inflige généralement.
Pour une fois, on avait une occasion de rire.


Milla 12/09/2009 21:15

khalala, Sorry pour les fautes !

Tipanda 13/09/2009 11:58


Tu es pardonnée, le contenu excuse la forme sans problème.
Amitiés.


Milla 12/09/2009 21:13

Hosni, ministre de la culture egyptienne, je pouffe, quelle culture en cet ère ? comme ty le précises, même la légion d'honneur n'a plus de symbole, c'est triste bien entendu, mais il faudra attendre que tous ces moribonds passent la main pour élever la culture a ce qu'elle doit etre... Et puis, rappelons nous le dernier salon du livre qui avait fait couler beaucoup d'encre, bien que les écrivains de tous les continents se seraient bien passé d'un tel tollé.Mais ce Hosni n'a sans doute aucune envie de tirer le bon et le bien de chaque culture, et qu'elle soit juive ou israélienne et alors ? il n'est écrit nulle part de ne pas lire des auteurs israéliens, remarque qu'en des temps reculés,  des auteurs comme Averroes avait subi la destruction de ses oeuvres parce que trop éclairé et éclairant !Bon eh bien Hosni ne serait probablement pas content de savoir que j'apprends l'hébreu en ligne depuis quelques mois et que ce sont des profs israéliens qui me l'enseigne hihi :-)  

Tipanda 13/09/2009 11:56


Là, je suis bluffée par ton courage ! Bravo.
Dans mes lointaines années de lycée, j'ai appris le grec ancien que j'ai beaucoup aimé malgré la nécessité de s'adapter à une écriture différente de la nôtre mais je suis aujourd'hui probablement
moins aventureuse et la perpective d'aborder l'hébreu et son écriture m'inspire autant de crainte que de respect. Toute mon admiration à celles et ceux qui sautent le pas.


Weinheber 04/09/2009 23:08

Espérons que Hosni ne soit pas  élu à la tête de L' Unesco.Amitiés;Serge

Tipanda 05/09/2009 18:28



Il a beaucoup de chances de l'être si les démocrates persévèrent dans leur autoflagellation permanente et leur complexe de culpabilité.
Non, un musulman n'a pas forcément le droit de s'autoproclamer représentant des peuples à libérer et un juif ne travaille pas au seul profit de ses coreligionaires. Tous les hommes se valent par
leur commune humanité mais toutes les sociétés ne se valent pas. Préférons les sociétés et les individus qui instruisent et libèrent .



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