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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 22:20
   Le 19 Mai, c'est la Saint Yves. Bonne fête à tous les porteurs de ce prénom, à commencer par mon fils.
C'est la date qui a été choisie par les politiques et les médias pour activer la lutte contre les mouvements sectaires.
   Coïncidence, rien à voir.
   ... du moins, c'est ce que vous croyez.
 
   Le bon Saint Yves, patron des gens de loi et plus particulièrement des avocats, est un personnage très convenable, il consacre son éternité à faire le bien de ses fidèles en attirant sur eux tous les bienfaits de la justice divine. Pour sa fête, chaque année, les habitants de Tréguier organisent en son honneur un pardon à la mode très bien-pensante de la Bretagne catholique. Aucune trace d'emprise sectaire.

    Sauf si ...
Si vous avez l'occasion de visiter les environs de Tréguier et d'y faire preuve de curiosité,
dans une ambiance de conspiration et d'interdit, on vous parlera peut-être d'un autre saint : Saint Yves de Vérité.
Son culte n'est pas reconnu. Il est même interdit par l'église.
Pourquoi un tel discrédit ? Ils sont nombreux les saints folkloriques qui trimballent une légende et une réputation peu chrétiennes ; on ne leur consacre plus de neuvaines ni de pèlerinages, on les oublie tout doucement sans les agresser. Pour être ainsi renié par son église il faut qu'il ait dépassé les bornes. Qui est donc ce saint peu recommandable ?
 Qui est Saint Yves de Vérité ?
- c'est le même que le Saint Yves officiel, alors ... Pourquoi ce rejet ?

     La condamnation ne frappe pas le saint mais le culte qui lui est adressé.
Ses adeptes affirment qu'ils lui demandent justice ; en réalité, ils comptent sur lui pour se venger.

Un exemple : Deux paysans, Pierre et Paul, ont depuis longtemps un désaccord sur la propriété d'un champ. Leur différend est tellement irréconciliable qu'il aboutit à un procès. Le tribunal ayant examiné les arguments de chacun, fait droit à la demande de Pierre et condamne Paul qui est furieux.
      Jusqu'ici, rien que de très banal.
 Paul a perdu confiance en la justice des hommes et décide de faire appel ... non à la cour du même nom, mais à Saint Yves de Vérité.
      En route pour l'aventure.
On ne s'adresse pas directement à Saint Yves de Vérité. Il a ses interprètes , ses médiateurs ; il faut passer par eux de la même manière qu'on s'adresse à des avocats spécialisés pour ester en cour de cassation.
L'analogie s'arrête là ; les intercesseurs du saint ne sont pas de doctes juristes mais des sorciers, des rebouteux et autres jeteurs de sorts. En échange d'un cadeau (tout le monde doit vivre)  évalué d'après la fortune de Paul, l'intermédiaire se charge de présenter au saint l'attente de Paul
, en général la demande d'une vengeance bien concrète : rendre malades Pierre ou son troupeau, envoyer des intempéries qui détruiront ses moissons.
      Il se charge aussi de porter à Pierre la mauvaise nouvelle du courroux de Saint Yves. Et il paraît que l'entreprise fonctionne ; après un temps assez bref, le destin s'acharne sur les récoltes ou la santé de Pierre.
     En fait de culte, ces invocations à Saint Yves de Vérité sont une manière d'envoutement. Un folklore paysan "bien de chez nous" habille une forme de manipulation, d'emprise mentale qui évoque les poupées vaudou. Le sort ne fonctionne que s'il est connu de l'envouté et que ce dernier y croit. Il est assez démoralisé et sûr de sa perte pour tomber malade et parfois se suicider.

    
Décidément, on glisse facilement de la religion à l'activité sectaire et à la sorcellerie.
     Ceux qui observent comme des nouveautés la pénétration de croyances exotiques, allant jusqu'à leur consacrer de doctes essais, feraient bien de se rappeler que le paranormal a existé  de tout temps et en tous lieux, jusqu'au fond de nos campagnes.
 Pas besoin de chaman ni de gourou, nos sorciers feront bien l'affaire.
 

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Published by Tipanda - dans Feuilleton
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Servane huonic 12/11/2013 12:48


Bonjour,


Ne sachant comment vous joindre, j'utilise votre article.


Pour la Fête de la Bretagne, j'organise un diner-débat à Tréguier autour de "Saint Yves et Saint-Yves de Vérité"-Croyances en Bretagne, en mai 2014. J'aimerais vous compter parmi nos débatteurs.
Merci de me contacter si ce projet vous parle.


0296333588 Cdt Servane

Tipanda 13/11/2013 21:49



Quelle bonne idée, ce débat ! J'espère qu'il remportera un franc succès. Malheureusement, je ne pourrai y être ...sinon par la pensée.



Milla 23/05/2009 01:08

Bonjour Jacqueline, je suis pliée, plutot paradoxal un Saint interdit dans une église !de la religion a l'activité sectaire à la sorcellerie, mais les hommes ne font rien en vain pour se créer des "frousses", des interdits des histoires à dormir debout...D'ailleurs les religions ne devaient elles pas  faire oublier les autres ? l'essentiel d'ailleurs étant le commerce qui entoure ces croyances ! A une époque j'avais une collègue de travail qui tenait a me présenter a une de ses amie pour un thé sympas en toute convivialité. En fait elles étaient adeptes d'une secte, la scientologie pour etre précise, mais je ne voyais pas trop l'intéret de cette invitation puisque la collègue savait que  'étais agnostique (pour ne pas dire athéée puisque çà fait pas bien en ce moment !)  j'ai découvers un monde mais alors, des femmes qui rament au quotidien mais investissent des sommes astronomiques dans une espèce de boite d'allumette devant laquelle elles répétaient inlassablement des mots intraduisibles... çà fait vraiment peur ! Mais, bonne fete a Yves quand même mdr

Tipanda 23/05/2009 11:00



Il y a une question que je prévois toujours d'aborder mais que l'actualité me fait toujours reporter, c'es un des buts de ce petit feuilleton : illustrer l'aspect contingent de la sainteté.
Régulièrement, on voit émerger des saints (es) conformes aux idéaux de leur époque. Malgré son apparente fixité, l'église évolue comme toutes les institutions humaines ; résultat : on voit mettre
au rancard des saints qui ne correspondent plus à la mentalité du temps. L'exemple le plus agaçant est peut-être l'oubli où est tombée Thérèse d'Avila, une personnalité flamboyante, au pofit
d'une petite sainte un peu minable, la Thérèse de Lisieux plus conforme aux adeptes de la dévotion humble. Elle a même été faite "Docteur de l'Eglise", histoire de la mettre au niveau de sa
devancière, alors qu'elle était d'une intelligence plutôt médiocre et que le titre de "docteur" était, jusque-là, réservé à des théologiens, des auteurs d'avancées fondamentales ou des fondateurs
d'ordres.
Le cas de Saint Yves de Vérité est d'un autre domaine. C'est un exemple du problème posé à l'église par ses relations avec les vieux cultes paysans. Le christianisme les a plus ou moins absorbés
pour intégrer le monde rural et ses traditions. Des génies antiques ont été rhabillés en saints jusqu'à ce que la conversion soit assurée et qu'on puisse les éliminer, sauf que, parfois, ils
correspondent si bien aux besoins de la population qu'ils survivent avec une vigueur imprévue.



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