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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 23:00
   Retour en arrière sur l'expérience qui nous a tous marqués.
Après neuf heures de projection, nous sortions hagards et assommés par l'horreur. Nous venions d'assister à Shoah de Claude Lanzmann. 
    Depuis cet événement mémorable, nous étions convaincus d'avoir "fait le tour" de la  destruction des juifs d'Europe, selon l'expression consacrée par Raul Hilberg. Notre référence était Shoah, le document essentiel.
     Il était cependant prévisible que l'ouverture des archives et des paroles à l'Est  permettrait d'autres découvertes.
      D'abord il y a eu des écrits de chercheurs et d'historiens, comme Patrick Desbois, .
Des articles et des ouvrages ont  été publiés concernant l'extermination des juifs dans les pays Baltes, en Galicie, en Bielorussie et en Ukraine. Même la fiction  s'en est mêlée ; on lui a beaucoup reproché mais il faut reconnaître que le roman de Jonathan  Littell, "Les bienveillantes",a permis au plus grand nombre de découvrir une réalité largement inconnue.
      Pour la majorité des Français, la Shoah c'est Auschwitz, ses chambres à gaz et ses crématoires. C'est le premier souvenir qui remonte à la mémoire, très logiquement puisque les juifs de France ont été déportés vers les camps de Pologne pour y être assassinés. On ignore, ou on oublie, qu'à l'Est  l'extermination a pris la forme de massacres de masses, la "shoah par balles".
Cette réalité, grâce aux publications, commence à être mieux connue mais c'est encore une connaissance livresque.
       Un document fera date en apportant l'image qui nous manquait, le témoignage filmé des contemporains et des survivants. C'est le documentaire réalisé par Michaël Prazan sur les einsatzgruppen, les troupes spécialement chargées de détruire, au fur et à mesure de l'invasion, les cadres du parti communiste, les tziganes et, avant tout, les juifs.
       Les tueries à grande échelle ont été rendues possibles par l'antisémitisme ambiant dans ces pays où les nazis n'ont eu aucun mal à trouver des supplétifs pour les aider. 
        Ce documentaire a été diffusé sur France 2 en deux parties qu'on aurait pu sous-titrer "l'aller" et "le retour", le premier épisode correspondant à la progression des einsatzgruppen vers l'Est, la Russie, et le deuxième, à leur reflux après Stalingrad, lorsqu'ils ne sont plus certains de l'emporter et qu'il devient urgent pour eux d'effacer les traces de leurs crimes.
A l'aller, nous sommes surtout horrifiés par la sauvagerie de ces tueurs systématiques et la véritable "taylorisation" des massacres : faire le maximum de morts avec un minimum de moyens matériels et humains. C'est la productivité appliquée à l'industrie du massacre et de la fosse commune  ; à Kiev, par exemple, ils utilisent un ravin naturel pour disposer d'un grand trou sans avoir à le creuser ; ils mettent au point le rangement des victimes en boîte de sardines pour les tuer dans la fosse même, bien alignées, gagner ainsi de la place et des manipulations, manipulations exécutées par des juifs, eux-mêmes tués à la fin de l'Aktion, comme les sonderkommandos des camps.
Dans la partie "retour", à nouveau le récit est éprouvant mais à l'horreur s'ajoutera le dégoût. 
     Le fameux Reich qui devait durer mille ans en est réduit à lutter pour sa survie. Ses hommes de main craignent les conséquences de leurs actes. Même complètement abrutis, ils sont conscients des risques. Il ne faut pas laisser de preuves de leurs exactions.
Le négationnisme est mis en oeuvre avant la fin de la guerre.
Comment effacer les traces ?
En refluant vers l'Allemagne, ils repassent par les sites où ils ont sévi à l'aller. Heureusement (!) pour eux, ils y trouvent quelques juifs, survivants ou fuyant un autre massacre. Ils vont en faire des esclaves pour rouvrir les fosses, sortir les corps qui s'y trouvaient depuis deux ou trois ans (dans quel état!) et les brûler avant de broyer les cendres, sans oublier d'y récupérer les métaux précieux qui pouvaient s'y trouver (dents en or, bijoux... échappés aux tueurs lors de l'exécution.
L'évocation soulève le coeur mais, pire que tout, nous sommes indignés d'entendre les souvenirs exprimés par les voisins, ceux qui ont assisté aux opérations. Ne cherchez pas l'expression de l'ombre d'une compassion pour les victimes. Ces témoins-là racontent les nuisances qu'ils ont subies, l'odeur épouvantable des fosses ouvertes et des bûchers. Une exécution propre ne leur aurait peut-être pas déplu ...
Michaël Prazan n'a pas fait qu'un travail d'historien. Il a livré la matière permettant de poser des questions très actuelles. 
    Autant les Allemands ont jugé sans concession les crimes de leurs ancêtres et sont devenus moralement irréprochables, autant les habitants d'Europe de l'Est continuent à revendiquer un statut de victimes sans reconnaître qu'ils ont aussi été bourreaux. L'Union Européenne a intégré la Pologne et les Etats Baltes sans y regarder de trop près, sans exiger de leur part la moindre reconnaissance du passé. Elle a commis une faute par négligence, faute qu'il ne faudrait pas voir se renouveler avec d'autres impétrants.

Michaël Prazan a commis une oeuvre très forte qui fera date. Le DVD devrait être mis en vente prochainement. Il faudra en équiper tous les centres de documentation et les médiathèques. 
Il va rejoindre Shoah parmi les oeuvres de référence.     

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Published by Tipanda - dans histoire
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