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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 08:42
     Le 28 avril, il est prévu de "faire la fête à Bachelot".
     Chacun fourbit les armes en y allant de sa proclamation pour défendre l'hôpital public.


J'ai sélectionné parmi toutes ces déclarations l'Appel des 25. Il est paru sur le site du Nouvel Obs et je  le reproduis en annexe pour ceux qui n'en auraient pas encore pris connaissance.

Qu'en dire ?
     D'abord, qui aime bien châtie bien, relevons un défaut de communication. Pour rédiger et signer leur appel, les auteurs sont restés entre eux : des professeurs exerçant dans des hôpitaux de l'APHP, donc des parisiens. Or, ne le cachons pas, dans l'esprit de beaucoup de provinciaux il y a toujours un fossé Paris-Province (ou "Région", comme il paraît qu'on doit parler aujourd'hui). Ce n'était peut-être pas le meilleur angle d'attaque, heureusement le contenu est plus intéressant que ce petit inconvénient de forme.
      L'hôpital est-il une entreprise comme les autres ?
C'est la question qui préoccupe les 25, à juste titre, alors que nos gouvernants ne semblent pas y voir malice.
Les tenants de l'hôpital-entreprise lui donnent en exemple les cliniques privées.
Argument-choc : faire les économies imposées par la bonne gestion.
Ils oublient (sont-ils distraits !) un "détail": les cliniques ont un but lucratif, faire des sous, elles choisissent les patients et les affections qu'elles veulent traiter. Si les hôpitaux appliquent les mêmes règles, qui s'occupera des malades insolvables et des affections mangeuses de plus de temps que de technologie ?
En gros, qui fera les boulots ingrats et avec quels moyens ?

Le capitalisme, nous pouvons en témoigner tous les jours, vit au présent. L'avenir lui est très secondaire. Nous pouvons en contempler chaque jour les brillants résultats : des catastrophes écologiques et humaines. On n'est pas vraiment pressé de le voir s'épanouir dans notre santé.

Si les hôpitaux font la course à la rentabilité, qui s'occupera de la recherche médicale ?
Les laboratoire privés ? Ils continueront à faire ce qui est déjà leur habitude : l'étude des molécules rentables (comprendre : celles qui s'adressent à un public nombreux et solvable) et l'abandon des autres.
Il faut cesser de croire que la pharmacie pourrait tout. C'est une croyance répandue chez les généralistes débordés et les épiciers diplômés (couramment nommés "pharmaciens") ; quitte à les déprimer, l'avenir de la santé n'est pas qu'une affaire d'apothicaire.
Alors, que deviendra la recherche non - pharmaceutique ?
Aujourd'hui elle est le fait de l'INSERM, des enseignants-chercheurs à l'hôpital public, aussi mal traités que tout le reste de la recherche. Si les crédits nécessaires leur sont accordés sur le même critère de rentabilité, il ne leur restera plus qu'à faire la manche. Les téléthons et autres "machin-dons" ont de l'avenir. La modernité est  dans les vieilles recettes et l'avenir est aux dames patronnesses.
Pour veiller à la réussite du projet, il faut confier l'hôpital à des hauts fonctionnaires, des ENArques.
Le succès de leur gestion de l'économie a de quoi susciter les plus vives appréhensions.
Imaginez que vous arriviez abîmé dans un hôpital ; pour la remise en état de vos abattis, préférez vous un professeur de médecine ou un comptable ?
Dans le projet Bachelot, le médecin sera commandé par le comptable qui sera, lui-même, désigné par le gouvernement. Tous ces gens-là sont parfaitement incompétents à vous soigner mais, pas de quoi s'affoler, les seuls patients qui comptent, les riches, délaisseront l'hôpital et perfectionneront la rentabilité des cliniques.
Comme il leur faut des arguments, les tenants de ce projet calamiteux mettent en avant les accidents thérapeutiques et la mortalité plus importante rencontrés dans quelques petits établissements.
Au lieu de hurler avec les loups, regardons de plus près. Qui sont les patients de ces petits hôpitaux si décriés ?- Un gros pourcentage de vieux et de pauvres, les plus favorisés sont déjà partis. Plus une personne cumule de risques de mortalité, plus elle a de chances de finir sa vie à l'hôpital.
Le public ne voit que cette mortalité supérieure, il est d'autant plus facile à séduire par les cliniques privées qui disposent d'agents recruteurs efficaces parmi les médecins libéraux. Ces derniers, questionnés par un patient qui doit subir une intervention chirurgicale, conseillent presque toujours telle ou telle clinique des environs, jamais l'hôpital. On ne réhabilitera jamais la réputation de l'hôpital public sans la participation des médecins prescripteurs.

L'important n'est pas de transformer la santé en commerce et l'hôpital en usine mais de replacer l'humain au centre des décisions puisque, décidément, rien ne vaut la vie.



L'APPEL DES 25

E
n 1958, la grande réforme menée par le Professeur Robert Debré allait permettre à la médecine française de devenir en 30 ans "la meilleure du monde".
Cinquante ans plus tard, le Parlement va-t-il voter la loi "Bachelot" qui porte en elle la disparition de cette médecine hospitalière au profit d’une médecine mercantile ? Le maître-mot n’est plus la santé mais la rentabilité. La préoccupation centrale n’est plus le malade mais le compte d’exploitation de l’hôpital. Et les premières victimes en seront les patients et les soignants.
Cette loi cale l’hôpital sur l’entreprise. Elle donne tous les pouvoirs au Directeur de l’Hôpital, nommé et révoqué par le Directeur de l’Agence Régionale de Santé, lui-même nommé et révoqué par le Conseil des Ministres. Ce directeur pourra n’avoir aucune compétence médicale ou en santé.C’est pourtant lui qui arrêtera le projet médical de l’hôpital. Lui aussi qui nommera et révoquera les médecins responsable des structures de soins (pôles, départements, services…). Sur quels critères ?
La tarification des actes est semblable dans les secteurs privé et public – comme si les pathologies et la continuité des soins y étaient comparables ! La pensée marchande dont se prévaut cette loi réduit le qualitatif au quantitatif, le malade au tarif de sa maladie.
Dans le même temps on organise des suppressions massives et injustifiées d’emplois d’infirmières et d’aides-soignants.
Bien sûr, l’hôpital public doit être réformé. Mais certainement pas de cette manière.
Il faut repenser l’organisation hospitalière pour répartir de manière harmonieuse sur le territoire, sans redondance, les stuctures de soins et les spécialités en prenant en compte aussi leur niveau de technicité et l’accueil des urgences ; organiser la continuité des prises en charge au fur et à mesure de l’évolution du type de soins que demandent les malades.
Il faut réfléchir aux nouveaux métiers de la médecine ; prendre en compte la nécessaire pluridisciplinarité ; reconnaître et valoriser les actes des infirmières et des personnels paramédicaux (psychologues, diététiciennes, orthophonistes, etc.) ; promouvoir la prévention, le dépistage, l’éducation thérapeutique.
Il faut impliquer toutes les unités de soins hospitalières dans des activités de recherche structurées et adosser les orientations cliniques à un projet médical qui ne soit pas fondé sur la rentabilité mais d’abord sur les besoins de la population, l’évolution prévisible des grandes questions de santé publique, l’avancée des connaissances et des progrès technologiques.
Il faut un financement, propre à l’hôpital, qui tienne compte de l’innovation, de la lourdeur des pathologies, de la précarité, des handicaps de la vie.
A cet effort-là, source de progrès et de solidarité, tous les médecins et personnels hospitaliers sont prêts à souscrire. Mais pas à cette loi destructrice et injuste.
Soyons clairs. Si cette loi n’est pas amendée, elle s’appliquera sans nous, médecins et chirurgiens de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. Demain, côte à côte, et pour la première fois, infirmières, agents hospitaliers et administratifs, médecins seront dans la rue. Preuve que les mentalités ont changé, que l’union est faite pour que soit supprimé le volet hospitalier de la loi "Bachelot" et pour que s’ouvre enfin un débat à la hauteur de l’enjeu : il est encore temps et il est urgent d’organiser les Etats Généraux de l’hôpital public.

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Published by Tipanda - dans humeur
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commentaires

Janine Thombrau et Bruno 23/04/2009 10:46

Dommage +++ qu'ils ne pensent et ne parlent que d'eux !Pas un mot sur les franchises médicales !Pas un mot sur les déremboursements de médicaments !Pas un mot sur les fermetures de strucures et services de proximité !Les MANDARIN (E)S NE REGARDENT QUE LEUR TRANCHE !Coucou et de retour à la maison … Après 4 jours  en cardio.
Et oui !
Là aussi ça n’arrive pas qu’aux autres !
Stress  =  début de diabète  +  cholestérol  +  surtension …
Et la bande des quatre + l’inévitable plaisir de la clope ….
Ca « sténose » les durites.
Pas jolie du tout la coronarographie !
Une tuyauterie bouchée à 90-99 %... Une à 70% … Deux à 50 %.
Pourquoi faire semblant !
Premières « gonflettes » et pose de « ressort ».
Début juin on fait la suite.
Alors ZEN !!!!
Au calme … Et Janine doit comprendre … Accepter que ce soit  ma santé qui devienne prioritaire.
Un peu moins de transferts… Un peu moins de « fauteuil » … Un peu plus de télé… De bouquins… Moins de courriers …  Plus de calme… Apprendre à découvrir le sens des mots : je prends le temps,  je respire … Et apprendre à positiver un peu plus.
Y’a du boulot !
 
On maintient notre « Premier mai / Grillades et copains » mais je me la jouerai spectateur…
 
 
Allez bises à toute et tous
Bruno
 
 

Tipanda 24/04/2009 09:30



L'"Appel des 25" concerne l'hôpital, pas l'ensemble des problèmes de santé publique.
En tant que malade ou accompagnant de malade, il nous laisse sur notre faim ?
A nous de traiter des problèmes qui sortent de l'hôpital, à chacun d'investir son domaine pour faire échec à l'entreprise de démolition qui se prépare.
Confiance dans la médecine et courage !



Milla 21/04/2009 11:42

bonjour Jacqueline, je suis moi même diabétique insulino dépendant et très inquiète par le système de santé a deux vitesses, dans les hopitaux de nos jours, il n'y a pour ainsi dire plus de diabétologues, ils pratiquent soit en clinique, soit dans un cabinet privé et je ne parle pas du cout de la consultation. En milieu hospitalier par exemple, la première consultation a l'Hotel Dieu est payante au prix fort de 60 €, ce n'est qu'après cette consultation que les autres sont conventionnées par la sécu, ce qui veut dire qu'il existe déjà des cabinets privés dans les hopitaux. Pour la recherche, les labos en sont restés au gadgetisme, les prix des lecteurs etc sont hors de prix, on ne peut que comprendre comment dans un pays africain ils n'ont pas encore le niveau des soins des pays évolués.Il y a une vietnamienne qui avait fait cette remarque d'ailleurs, les hopitaux sans laboratoires c'est la condamnation des patients, par exemple elle a réussi son pari de monter des labo en afrique et créé une trithérapie en une seule prise çàd un seul emballage  pour soigner les malades du sida. Paradoxalement, dans les pays riches, cette trithérapie est présenté dans trois emballages différents, pour faire payer plus cher bien entendu ! Preuve qu'ils s'en mettent plein les poches, les génériques devaient les consurrencer, a présent ils ont baissé les tarifs de certains médicaments pour faire leur CA ! Mais bon, comme disait mon prof, la fin de la recherche marque bien une régression, d'ou mon interrogation sur la longévité, allons nous reproduire le moyen age ou la moyenne d'age était de 30 à 40 ans maxi ! a voir !bonne journée :-)

Tipanda 22/04/2009 09:12


Merci pour votre commentaire que je partage pour l'essentiel. Nous avons un point commun : mon époux est diabétique insulino-dépendant.

Il faut tenir compte de la manière dont les professionnels de santé abordent leur fonction. Personnellement, je suis atteinte de la sclérose en plaques donc en ALD, je suis entre les mains d'un
excellent neuro, un professeur hospitalier, qui fait son maximum. Je ne peux lui en vouloir de la misère où se débat la recherche pour certaines formes rares de la maladie. Pour le diabète, je
crois qu'on se heurte au problème de la distribution. De mauvaises habitudes ont été encouragées par les pharmaciens pour se faciliter la vie (ex: changer le testeur parce qu'on n'a pas de piles
de rechange!). Or, les malades sont prêts à favoriser des économies ; ils aimeraient qu'en échange, les consultations, le suivi de spécialistes gagnent en fréquence et en approfondissement. 
 



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