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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 23:00
      Retour vers les croisades.

      De l'histoire ancienne ?
Oui, si on se réfère aux dates ; presque mille ans, c'est vieux.
A observer les réactions que le mot suscite encore, c'est moins sûr.
On serait tenté d'y voir un phénomène mémoriel : les croisades participeraient du même registre expiatoire que les traites négrières ou les guerres coloniales.
Pour en arriver là, il a fallu plier et repasser l'histoire, lui faire dire ce qu'il convenait, certes, au prix de quelques erreurs ; mais c'est si loin ... Les protagonistes ne viendront pas se plaindre. 

      Erreur aussi générale que facile à corriger : on répète à l'envi que les chrétiens sont venus attaquer les arabes pour leur prendre Jérusalem. 
En 1095, lorsque le pape Urbain II donne le signal de la croisade, il y a plus de vingt ans que Jerusalem et sa région sont passées sous la domination des Turcs Seldjoukides. Prendre les Turcs pour des Arabes et vice-versa ...  ennuis garantis !
Les Français, il est vrai, sont coutumiers de la confusion ; faut-il évoquer les prétendus Arabes que Charles Martel aurait battus à Poitiers ? C'était la rencontre des Francs mérovingiens avec des conquérants musulmans qui s'établiront dans le sud de l'Espagne pour des siècles ; mais, qui dit musulman ne dit pas forcément arabe, les combattants de l'islam rencontrés par le maire du palais venaient en majorité d'Afrique du nord, accompagnés d'aventuriers ibères ou basques cherchant fortune au nord.
       Les musulmans qui tenaient Jérusalem étaient provisoirement des turcs, ils seront remplacés  à plusieurs reprises par d'autres occupants,  et... récupérés par la tradition arabe. Elle est toujours fière d'un grand vainqueur du XIIéme siècle, Saladin, héros de légende autant que d'histoire : ... un kurde !
      Une histoire complexe, à bien des égards ; précisément, c'est la conquête turque qui a provoqué des tensions avec les chrétiens. Jusqu'à ce changement de propriétaire , les communautés avaient cohabité plutôt pacifiquement, en respectant  la dhimmitude imposée par l'islam aux autres religions. Avec la conquête turque, l'atmosphère est devenue beaucoup plus hostile ; les chrétiens autochtones étaient devenus indésirables à  Jérusalem et les pèlerinages en provenance d'Europe n'étaient plus en sécurité.

       On voyageait beaucoup au moyen-âge. Contrairement à l'image qui en est souvent répandue et malgré des conditions matérielles incertaines, les gens n'hésitaient pas à prendre la route, ou ce qui en tenait lieu. Même les moines que la célèbre "clôture" change à nos yeux en modèles d'immobilité, avaient l'habitude d'effectuer de véritables tournées des établissements de leur ordre, comme en témoignent les "rouleaux des morts".
        On allait souvent en pèlerinage pour obtenir la réalisation d'un voeu ou le divin pardon d'une faute. Suivant l'importance de la sollicitation ou du demandeur, la destination était plus ou moins lointaine ; les pélerinages les plus prestigieux conduisaient à Saint Jacques de Compostelle, Rome et, bien sûr, en Terre Sainte.
        Le durcissement des rapports avec l'islam seldjoukide venait contrecarrer un système bien huilé de résolution des conflits mais ce n'était pas le seul motif pour que le pape de Rome décidât la conquête des lieux saints ; après tout, l'affaire aurait pu revenir aux chrétiens d'Orient, ils étaient géographiquement mieux placés, mais un événement était venu tout bousculer : le schisme entre les Eglises d'Orient et d'Occident s'est produit en 1054. Les églises d'Orient et d'Occident sont devenues concurrentes. Il est évident que les premiers à mettre la mains sur les lieux saints auront marqué un point décisif dans la compétition.
       Le christianisme orthodoxe est fractionné en évêchés sans hiérarchie ; toute décision d'ensemble exige une concertation. En face, le catholicisme est centralisé autour du pape ; se rassembler sous un seul chef, pour mener une guerre, c'est un avantage. Néanmoins, si la hiérarchie donne de l'autorité, elle ne crée pas de force armée. Le pape ne dispose pas de soldats, il doit faire appel à ceux qui détiennent la force : les nobles, ses adversaires de toujours et ses alliés par nécessité.
      
       D'où Urbain II lance-t'il un appel à reprendre Jérusalem ?

      S'il était un pape du XXIème siècle, il le ferait de Rome mais, au XIème siècle, Rome n'est pas un endroit très sûr. Le cher homme préfère rejoindre ses fidèles en terre franco-anglaise. Lui même est issu du véritable centre de la chrétienté, l'abbaye de Cluny où se traitent les grandes questions  théologiques, diplomatiques et politiques. Saint Pierre de Rome n'est qu'une petite église de province à côté de l'Abbatiale de Cluny.
   Encore une idée toute faite à balayer : beaucoup sont convaincus que ce chef d'oeuvre de l'architecture romane a été détruit sous la Révolution. Ils ont tort. L'abbatiale, dont un transept encore debout donne une vague idée de la grandeur, a été vendue comme bien national sous la Révolution mais n'a été démolie qu'en 1820, sous une royauté catholique bien conservatrice. Ses propriétaires, désespérant de la rentabiliser, ont pris le parti de l'exploiter en carrière de pierres. Pour faire tomber le porche, trop solide, il a fallu utiliser des explosifs. La qualité du matériau qui compose les murs des villages alentour est le témoignage cinglant de l'ampleur du gâchis )
Donc Urbain II se rapproche de ses bases mais, peu soucieux d'attiser les habituelles jalousies, il ne lance pas son appel de Cluny. Il choisit Clermont Ferrand où se tient, fort opportunément, un concile, à proximité des grandes puissances du temps, les rois de France et d'Angleterre.
   
        Les chrétiens sont invités à mettre leurs armes au service de la libération des lieux saints.
Les chevaliers sans patrimoine, toujours un peu brigands, manifestent immédiatement leur enthousiasme : voilà une bonne occasion de chercher fortune au loin. Le pape, de son côté,  aimerait voir s'impliquer les princes, seuls capables d'engager les énormes moyens que l'entreprise va exiger. Mais justement, la haute noblesse risque gros et elle en est consciente ; elle rechigne à partir de longs mois en laissant son domaine aux mains dépouses sans expérience. Les petits malins qui ne répondraient pas à l'appel du pape auraient tôt fait d'en tirer profit.
Urbain II connaît la situation ; il a donc prévu la réponse : les combattants pour la foi seront ornés de la croix (d'où "croisé" et "croisade"), le clergé veillera sur leurs avoirs et ceux qui porteraient atteinte à la personne ou aux biens des croisés seront aussitôt excommuniés et leur fief soumis à l'anathème.
Ce n'est pas un péril symbolique. Dans un fief soumis à l'anathème, plus de mariages ni de funérailles, aucun acte notarié, rien qui nécessite de prêter serment. Toute vie sociale est empêchée. c'est l'anarchie. Le pape espère ainsi convaincre les nobles de faire l'union sacrée.
Il faut le temps de mettre en place les rouages, la première croisade ne voit partir que des seconds couteaux, mais le succès militaire est là : Godefroy de Bouillon prend Jerusalem. Excellent en terme de communication !
         D'aventure incertaine, la croisade devient le défi du siècle et le beau monde s'y précipite ; aux croisades suivantes, on rencontre les rois de France et d'Angleterre, l'empereur du St Empire Romain Germanique et tout le fin du fin de la noblesse européenne.
Ce serait magnifique si ce n'était pas le commencement des ennuis. Les musulmans ne se laissent pas si facilement déposséder, les petits rois chrétiens s'adaptent mal, leurs règnes sont brefs, raccourcis par des maladies qu'ils ne peuvent affronter et la papauté ne tient pas ses promesses. Le contrat semble rompu lorsque Richard Coeur de Lion, héritier du trône d'Angleterre est enlevé à son retour de croisade par Leopold d'Autriche qui nourrissait quelques griefs à son égard.
 C'était une violation flagrante du code de la croisade ; le pape aurait dû réagir et il n'en fit rien.
La mère de Richard, l'énergique Aliénor d'Aquitaine somma le pape dans une lettre pleine de courroux "Moi, Aliénor, mère et reine par la colère de Dieu ..."
Rien n'y fit. le pape resta sourd, Aliénor se débrouilla pour réunir l'énorme rançon exigée par Léopold mais la leçon porta ses fruits. La fin des croisades fut l'affaire de seconds couteaux et de mercenaires animés par le goût du lucre bien plus que par la dévotion pour les lieux saints.

         Et pourtant, c'était au commencement une idée géniale (du moins, pour la noblesse et l'église). 
C'était la solution au problème insoluble que l'intervention cléricale avait introduit dans les mariages et les successions.
         Résumons.
L'église avait imposé la monogamie et contrôlait le choix des unions.
Dans la noblesse farouchement patriarcale, l'épouse unique était forcément celle que le père avait choisie pour son fils, c'était un bon parti, elle était porteuse d'espérances et de richesses mais ce n'était que rarement le rêve du fils qui entretenait d'autres ménages non reconnus avec des compagnes plus désirables qui lui donnaient des enfants.
D'autre part, après quelques siècles de flottement dans les règles de succession, la noblesse, avec quelques variantes locales, avait fixé sa préférence à l'ordre de primogéniture par les mâles : on ne partageait pas, tout allait au fils aîné, à charge pour lui de faire vivre ses frères.
La maison d'un seigneur féodal était constituée de la troupe entretenue des frères cadets et des bâtards, ce qui n'allait pas sans créer des rivalités incessantes.

On vient à se demander si l'engouement pour la croisade, projet capable de durer trois siècles, n'est pas, avant tout, le succès d'une trouvaille : un formidable exutoire à la violence intrinsèque de la société féodale. D'ailleurs, les croisades ont définitivement cessé après la Mort Noire. La grande épidémie de peste fit tant de morts que l'espace était tout à coup devenu trop grand. La terre manquait de bras, personne n'avait plus besoin d'aller chercher fortune ailleurs.

        Ce grand repli durera un bon siècle . Ensuite, les cadets se remettront à chercher fortune à l'autre bout des mers avec les grandes découvertes. Là encore, nous entendrons parler de l'église. ce sera l'heure de gloire de l'"Inquisition "    ...

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Published by Tipanda - dans Feuilleton
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