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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 00:00
         En Australie, la forêt brûle, et avec elle les sam'suffit de nombreux Australiens.
        On accuse la sécheresse, le changement climatique, des pyromanes, le tout réuni ...
Des explications, somme toute, réconfortantes : les victimes d'un côté, les coupables de l'autre, tout se tient, et pourtant ...
Toutes ces zones résidentielles qui flambent en Australie aujourd'hui, hier et sans doute demain, en Californie, en Grèce, en Provence, présentent le même aspect avant le feu : un paysage de forêt dégradée parsemée de maisons récentes et coquettes.
Un coup d'oeil suffit pour comprendre que le danger est là et se demander quel aménageur inconscient a pu faire ou laisser faire ça.
         Voyons le tableau.
Après avoir longtemps représenté la modernité, le progrès, la civilisation, les villes n'ont plus la cote.
Pendant la deuxième moitié du vingtième siècle, la mécanisation de l'agriculture et la progression des secteurs secondaire puis tertiaire ont fait grossir les villes. Il a fallu loger très rapidement une population nombreuse aux moyens limités, faire ce qu'il est convenu d'appeler du logement social. A quelques exceptions près, le résultat est calamiteux : des quartiers mal pensés, tristes et laids, où la désespérance ennuyée des uns le dispute à la délinquance des autres.
Les classes moyennes, pas vraiment riches mais sorties de la pauvreté éprouvent à leur égard une formidable répulsion. Où vivre ailleurs ?
- Au centre-ville ? A peu près réservé au commerce chic et de moins en moins résidentiel, il est devenu trop cher pour la petite bourgeoisie,
- Hors de la ville ? Il faut sortir de la proche périphérie. Ses fameuses banlieues n'attirent personne, n'y vivent que ceux qui n'ont pas le choix.
Par chance, du moins pour le moment, la voiture et son carburant sont à la portée de beaucoup. Il est devenu possible d'habiter très loin de son lieu de travail.
C'est une vraie rupture avec le passé. Il y a moins d'un siècle, lorsqu'on était paysan, on vivait au milieu des champs et ceux qui travaillaient à l'usine habitaient à son ombre, patron comme ouvriers.
 Rupture donc, jointe à l'ignorance ; une ou deux générations ont suffi à ces descendants de paysans pour oublier le savoir de leurs pères, au nom d'un amour dévoyé de la nature.
Est-il possible de se conduire plus mal vis à vis de ce qu'on prétend aimer ?
D'abord, il faut rappeler ce qu'est la nature. Suivant le sol et le climat, elle serait la steppe aride ou la forêt primaire  ; elle n'existe plus là où sont les hommes. Ce que l'homme d'aujourd'hui appelle "nature" est le produit de siècles d'exploitation, des bois de coupe, des prés pâturés et des champs cultivés. Pour le citadin qui n'aime plus la ville, la "nature" également nommée "campagne" rassemble tous les territoires hors de la cité. En digne héritier des colonisateurs, il s'étale partout comme chez lui, traite la province en pays conquis comme ses ancêtres l'avaient fait des colonies.
Ils ne sont pas nombreux à protester, les écologistes aussitôt  moqués et traités d'arriérés. La mode est contre eux.
On ferme les yeux devant les injures au bon sens ; rien ne choque.
On ne trouve pas scandaleux que les meilleures terres à blé du bassin parisien soient asphaltées, bétonnées, envahies par une invasion stérile de pavillons grands pourvoyeurs d'aménagements routiers et de hideuses zones commerciales. 
Le mitage des zones boisées ne soulève pas d'avantage de protestations. On pénètre les sous-bois les plus secs avec des lignes électriques, des installations de chauffage et autres pourvoyeurs d'incendies. Le risque est encore accru par les automobiles. Là où, par grande sécheresse, il faudrait interdire l'accès à la forêt, des 4x4 circulent  en semant des étincelles dans le sous-bois.  Le gibier a déserté ; la broussaille n'est plus pâturée par eux ni par le bétail domestique, c'est une étoupe qui ne demande qu'à prendre feu.
Alors franchement, les pyromanes sont malfaisants et nuisibles mais, pour éclater, l'incendie n'a vraiment pas besoin d'eux.
C'était le tableau du problème ; maintenant, y-a t'il une solution ?
La plus raisonnable c'est la densification. J'entends déjà les protestations indignées ...
L'homme a quitté la nature qui n'existe plus et tout le progrès, n'hésitons pas à prononcer le mot, il n'est pas obscène, se crée et grandit en ville.
 Il faut en tirer la leçon, ficher la paix à la campagne et concentrer nos efforts sur une densification harmonieuse de la ville. Rêvons qu'il existe des élus assez culottés pour affronter l'opinion en refusant l'extension des quartiers pavillonnaires. Un pari aussi audacieux n'a sa chance qu'associé à l'émergence de villes généreuses où il ferait bon vivre.
Architectes de tous les pays, remuez vos méninges ! Et soyez convaincants ...

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Published by Tipanda - dans l'air du temps
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