Vendredi 6 février 2009
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10:18
Nous sommes le 6 février 2009, le lendemain du jeudi où Nicolas se montrait sur 3
chaînes pour être plus sûr d'être vu. Nous n'en parlerons donc pas. Na !
La suite, sur la 2, était beaucoup plus intéressante, le genre de film qui vous scotche à la télé sans regret pour la perspective de nuit courte. Il y avait "BELZEC" de Guillaume MOSCOVITZ,
une pépite inoubliable qui sauve la plus médiocre des soirées.
Au départ, on se
précipite sur le programme pour vérifier qui est l'auteur. On se croit devant un film de Claude Lanzmann. D'ailleurs il est cité au générique parmi les remerciements. "BELZEC" révèle le cinéaste
qui a beaucoup regardé "SHOAH". ...
Déjà les réactions négatives :
Il y a ceux qui soupirent : "ça promet d'être ennuyeux... en deuxième partie de soirée, on ne va pas tenir le coup longtemps", et ceux qui grognent : "encore la Shoah ! On connaît
! ça tourne à l'obsession."
N'en déplaise aux critiques, nous avons découvert, appris et trouvé des confirmations.
Belzec, ce n'était pas, comme on le dit parfois improprement, un camp de concentration. C'était un centre d'extermination, un endroit minuscule absolument pas prévu pour héberger, même
sommairement, des prisonniers, mais destiné à un seul usage : tuer des gens et en faire disparaître toute trace le plus vite possible.
Une particularité de Belzec : sa situation géographique. C'était un hameau perdu dans la forêt à l'Est de la Pologne, dans ce que, les nazis appelaient le "Gouvernement Général", la Galicie, région
limitrophe de l'Ukraine et abritant une importante population juive.
Conséquence de cet emplacement, Belzec servit de "brouillon" dans l'établissement des centres d'extermination.
La "Solution Finale" avait commencé par des opérations de tuerie, la "Shoah par balles" connue depuis peu grâce à des recherches historiques récentes. Le manque de discrétion de ces
massacres en faisait une méthode difficile à généraliser ; il valait mieux les concentrer dans des endroits retirés avec un environnement traditionnellement antisémite, où la population ne se
révolterait pas et, même, prêterait son concours sans trop rechigner. Belzec répondait exactement à ces exigences, se trouvait sur le passage d'une voie ferrée et fut affecté à la liquidation d'une
partie des ghettos du Gouvernement Général.
Le gazage était un mode d'exécution connu, il avait été pratiqué dans l'opération T4, le "nettoyage" des hôpitaux psychiatriques et autres centres pour handicapés ; il se pratiquait avec un camion
"bricolé", les gaz d'échappements aboutissaient dans la benne fermée occupée par les passagers d'un voyage unique. Le procédé efficace et silencieux donnait satisfaction (!) pour des
aktions limitées (un hôpital, une institution) mais son rendement ne suffisait pas pour des massacres de masse. Il fallait expérimenter le gazage sur une échelle plus vaste. Belzec
fut donc le lieu des premières chambres à gaz pour tuer 600 000 juifs ; c'étaient encore des moteurs qui envoyaient dans la salle leurs émanations toxiques. Un saut
qualitatif(!) supplémentaire sera l'utilisation du Zyklon B à Auschwitz dans d'autres conditions moins improvisées.
Belzec apportait une solution au problème de la mise à mort ; restait à résoudre celui de l'élimination des corps. Là aussi, la deuxième génération de camps trouvera la solution : les
crématoires.
Belzec se heurtera au problème sans y trouver d'issue satisfaisante. Les morts furent précipités trop nombreux dans des fosses pas assez profondes, recouverts par une
épaisseur de terre insuffisante, des charniers qui laissait entier
le problème des écoulements, des odeurs et autres nuisances liées à la putréfaction. Le site était donc promis à un abandon rapide qui fut encore précipité par la contre-offensive soviétique. Situé
très à l'Est, Belzec fut rapidement menacé ; l'administration du camp dut se résoudre, à l'instar des einzatsgruppen qui refluaient vers l'Allemagne, à liquider le camp, effacer les traces du
crime. Avant de les tuer, ils obligèrent les derniers sonderkommandos juifs du camp à ouvrir les fosses, brûler les restes qu'elles contenaient et disperser les cendres des bûchers. Il
avait suffi de moins d'un an, l'année 42, pour qu'il ne reste plus rien des victimes ni des lieux de leur supplice. Après le départ des nazis, les villageois plantèrent des arbres, un bois destiné
à faire disparaître jusqu'au souvenir de l'horreur.
En France, l'histoire de Belzec est assez mal connue à cause d'une spécificité du camp : les victimes étaient toutes des juifs du Gouvernement Général. On connait mieux Sobibor et, surtout,
Auschwitz où ont été déportés les juifs français.
Ceux qui aimeraient en connaître d'avantage sur les évènements trouveront toutes informations utiles dans la "bible" du génocide des juifs : "La destruction des juifs d'Europe" de
Raul Hilberg. C'est LE livre indispensable ; l'amateur d'histoire s'y réfère comme un juriste au Code civil ou un médecin au Vidal.
Le film de Moscovitz ne raconte pas les évènements. Ce qu'il apporte est plus précieux . Fidèle aux leçons de son grand devancier Lanzmann, il a réuni les témoignages
recueillis auprès des survivants, des voisins du camp et des rares rescapés (seuls trois juifs sont sortis vivants de l'horreur et, lors du tournage, en 2005, une seule femme était encore en
vie).
Chaque témoin a son histoire propre mais le rassemblement de tous les récits nous dresse un tableau qui n'est pas à la gloire de tous. La mémoire ne fait pas de cadeau à
la Pologne.
Dans leur grande majorité, ils n'ont pas aidé les juifs, mais, pire, ils ont été nombreux à travailler pour l'occupant, à occuper des emplois de supplétifs. Ils n'ont pas hésité à fouiller les
cendres à la recherche de bijoux ou de dents en or. Ensuite, ils ont tout fait pour minimiser la catastrophe et en détruire le souvenir ; on reste abasourdi et indigné devant ce bon élève qui
récite la leçon apprise à l'école : "il y a eu 600 000 juifs assassinés à Belzec sans oublier 150 000 polonais", une voisine lui fait remarquer son erreur : "pour les polonais, ce n'est pas 150 000
mais 150." Le gamin ne se démonte pas et affirme que les Polonais ont eu autant de victimes que les juifs. La même mauvaise foi que chez les "Voisins" de Jan T. Gross : des
villageois avaient profité de la présence des envahisseurs nazis pour assassiner leurs voisins juifs dans le but de les dépouiller et ils avaient accusé l'armée Allemande
du massacre ;
leurs descendants perpétuent le mensonge. Gare à l'historien qui ose apporter les preuves du crime !
En oubliant le passé, on se prépare à le revivre.
Et ces grands amnésiques, l'Europe leur a ouvert les bras.
Comment empêcher qu'ils nous ramènent les vieux démons que nous croyions avoir chassés ?
Par Tipanda
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Publié dans : histoire
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Amitiés .
Serge
cette émission était réellement super !
Pour la question des camps nazis, la confusion entre camps de concentration et centres d'extermination a été entretenue par les vainqueurs de la guerre, autant à l'ouest qu'à l'est. Les anciens résistants, devenus candidats au pouvoir, ont capitalisé leur sacrifice en insistant sur leurs souffrances au détriment de la véritable Catastrophe(c'est le sens du mot Shoah).
Par dessus le marché, la guerre froide amenait les anciens résistants à nationaliser l'histoire, ce qui, paradoxalement, les a conduit à refuser aux principales victimes, le peuple juif, le droit à construire leur nation. Pour les vainqueurs, les juifs devaient rester un peuple sans terre. L'état d'Israël n'a pas été donné aux juifs, contrairement à ce que beaucoup cherchent à nous faire croire, il a été conquis par les combattants sionistes. C'est la dernière des grandes utopies et, si elle était abandonnée, c'est toute l'humanité qui perdrait une part de son âme.