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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 23:00
        ... mais ça ne va pas tarder.
            Comment appelle-t'on une femme qui fait commerce de son corps ?
Selon vos habitudes de langage, vous répondrez : une prostituée,  une  courtisane  ou une putain.
  C'est un peu réducteur. Vous avez négligé le dernier commerce à la mode :  mère porteuse. 

C'est tellement "tendance" que nos élus, qui sont décidément des stakhanovistes dans l'art de légiférer, vont se précipiter pour lui consacrer une loi.
- Chacun peut le constater, c'est l'actualité qui fait la loi  au ... législateur.-
Il y a eu les pédophiles, puis les chiens mordeurs, puis les criminels récidivistes... A chaque fois, une  nouvelle loi. Bientôt, avec le Dalloz, il faudra acheter une brouette, pour le transporter.
       Dernièrement, un couple a connu les honneurs de la presse parce qu'ils avaient réussi à obtenir d'un tribunal la qualité de parents pour des jumeaux qu'ils tenaient d'une mère porteuse recrutée  à l'étranger. Donc on va légiférer, à nouveau... avec une particularité :  cette fois, il ne serait pas question de durcir la loi mais de l'assouplir.
Le législateur porté par les vents dominants est plein d'attention pour la détresse des couples stériles.
La gestation mercenaire serait pour eux une planche de salut ...
Voyons de plus près. 
Pourquoi ne se tournent-ils pas vers l'adoption ?
- On manque d'enfants adoptables, c'est leur première explication. En réalité, ils ne veulent pas d'un enfant du hasard ils veulent être
génétiquement ses parents  et la procréation assistée leur offre aujourd'hui la possibilité de concrétiser leur rêve.
 Encore faut-il trouver un ventre où leurs gènes pourront se développer.
On fait semblant d'imaginer que l'accueil de leur embryon pourrait être un cadeau. Une femme offrirait l'abri de son utérus par pur altruisme, pour offrir à d'autres le bonheur d'avoir des enfants. Le prêt de son ventre serait affaire de générosité, comme le don d'un rein ou d'un lobe de foie.
Toutes les femmes qui ont eu des enfants savent que c'est une autre réalité. Les rapports affectifs que nous entretenons avec notre foie et nos reins sont des plus limités dans l'amour comme dans la haine, alors qu'un enfant, c'est un être vivant, il bouge dans ce ventre acheté. Il dépend d'une femme pour exister mais il en est différent et celle qui le porte n'est jamais neutre envers lui. Il est difficile d'imaginer qu'on puisse prêter son utérus comme on fait un don du sang. On pourrait, avec beaucoup de "peut-être", l'envisager entre deux femmes très proches, mère et fille ou deux soeurs, mais serait-ce souhaitable ?
Les familles sont déjà les principaux fournisseurs des psychanalystes ; une fonction maternelle éclatée entre plusieurs femmes ne faciliterait pas la construction de la personnalité et n'améliorerait pas l'ambiance. 
En réalité, pas de faux-semblants ni d'hypocrisie,  le seul argument décisif sera l'argent ; rien d'étonnant à cela, c'est l'économie de marché, on peut vendre tout ce qui nous appartient.  
Le problème n'est  résolu qu'en apparence, voilà d'autres questions qui se profilent.  
Qui dispose du corps de la femme ? Pourquoi la gestation mercenaire serait-elle à l'abri des trafiquants ? Pourquoi les réseaux, déjà actifs, de trafiquants d'organes ne se jetteraient-ils pas sur la bonne affaire ?
Pas de doute, les proxénètes qui vivent de la prostitution n'auront aucun scrupule à investir ce nouveau marché. Qu'on n'ergote pas sur le prétendu consentement de la femme. Les travailleurs sociaux qui cherchent à sortir les prostituées du trottoir savent à quel point il est difficile de les amener à dénoncer la contrainte et la violence dont elles sont victimes.
En supposant que la femme ne soit pas victime d'un réseau de traite, il reste toujours l'action très persuasive de la misère. Des candidats à la parentalité  engrosseraient une femme pauvre avec bonne conscience, assurés de l'avoir aidée à se nourrir, elle et ses enfants. Déjà, en Inde, des mères de famille exhibent un ventre  occupé  par un  "locataire" ;  elles avouent  qu'elles n'ont  pas trouvé d'autres solutions pour élever leur propre famille.
Puisque la position de riches exploiteurs  d'une femme pauvre ne les gêne pas, il reste à envisager quelques interrogations pratiques.
Pour être certains que leurs gènes ne souffrent d'aucune concurrence, vont-ils enfermer dans un couvent la candidate à la grossesse, ou sont-ils disposés à l'adoption d'un enfant naturel de leur gestante ? Dans ce cas, ils pourraient s'adresser à des réseaux, vieux comme la stérilité, qui paient des mères pour qu'elles abandonnent des enfants qu'ils vendent pour adoption à leurs clients.
Nul besoin, donc, de la PMA, on retourne à la case-départ de l'adoption...mais, puisqu'on vous dit qu'ils n'en veulent pas  ! Ils veulent un produit de leurs gênes.
C'est qu'ils commenceraient à nous agacer avec leurs gènes !
On a connu "pour de vrai" une expérience de reproduction génétiquement contrôlée. C'étaient les lebensborn : les nazis avaient organisé de véritables haras humains pour accoupler de beaux Aryens avec de belles Aryennes. Le résultat n'a pas été supérieur à la moyenne ; il a bien fallu reconnaître que l'affection et l'éducation comptent plus
que l'hérédité dans la construction des enfants .
Si aucun de ces obstacles ne les a convaincus, il nous reste à poser aux futurs parents la question du SAV.
Normal, quand on achète un produit, le vendeur doit assurer une garantie.
Les risques sont-ils couverts et comment ?
Quel sera le cahier des charges imposé à la mère porteuse ? Nul doute qu'elle se verra imposer des contraintes visant à favoriser la santé de l'enfant du commerce, au détriment, le cas-échéant, de ses propres enfants. Il suffit de relire les contrats de louage des nourrices d'autrefois. Ils leur imposaient de réserver tout leur lait et leurs soins à l'enfant nourri pour de l'argent ; personne ne posait la question du devenir de l'enfant naturel privé du lait de sa mère. En ira-t'il autrement pour les gestations mercenaires ?
 Que se passera-t'il si la mère porteuse ne veut pas donner l'enfant ?
Et si le "produit" est défectueux, handicapé, d'un sexe non désiré ? C'est là qu'on retrouverait les trafiquants d'organes - encore eux - ils trouveraient une solution dans le recyclage ; rien ne se perd... Les cornées de cet enfant trisomique non conforme à vos souhaits trouveront un acquéreur qui remboursera les frais. C'est de la science-fiction gore ? Certes, pour le moment, mais à jouer
avec la science en oubliant l'éthique , les limites sont rapidement franchies.
Et si l'accouchement se passe mal, causant la mort de la femme (c'est de plus en plus rare, mais le risque-zéro n'existe pas), qui assumera la prise en charge de ses ayant-droits ? Par qui ces enfants sans mère seront-ils indemnisés ?
On imagine déjà, assureurs et avocats se frottant les mains. Ils vous aideront à multiplier à l'infini les possibilités de litiges. Nous avons seulement effleuré les travers de l'économie de marché appliquée aux choses de la vie, il serait grand temps de ne pas se précipiter dans la marchandisation du corps humain.

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Published by Jacqueline Simon Tipanda - dans l'air du temps
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commentaires

Amandine 07/08/2008 19:52

Permettez moi de réagir sur votre billet où vous faites dire aux couples infertiles des choses inexactes, ce qui me semble de la manipulation. N'ayant pas d'utérus, j'ai une légitimité pour parler de ces problèmes biens réels qui restent chez vous de l'ordre du fantasme. Je ne suis pas un cas isolé, vous n'avez qu'à lire Interdits d'enfants (Editions Michalon) si vous avez un once de courage ou d'honnêteté.Tout d'abord, vous n'avez pas l'air de mesurer le côté utilitariste de vos propos quand vous dites que les couples infertiles n'ont qu'à adopter. Je pense au contraire qu'un enfant sans famille (et Dieu merci ils deviennent de plus en plus rare) n'a pas pour vocation de répondre au problème social de l'infertilité. Ensuite, concernant toutes vos objections à la gestation pour autrui pour des couples comme le mien, vous n'avez visblement pas lu le rapport du Sénat sur la maternité pour autrui. Le cadre éthique qu'il propose supprime les arguments que vous avancez.Enfin, votre référence au Lebensborn me semble relever de la pathologie; ma famille a laissé quelques vies dans le combat contre le nazisme, et je trouve assez déplacé de qualifier de nazi à tout va des actes au simple motif que l'on n'est pas d'accord avec. D'autant plus que votre argument ne porte pas : les associations qui militent pour la GPA soulignent l'importance de l'amour et de l'éducation par rapport au génétique et au gestationnel. Par exemple, l'association CLARA a justement un article sur les lebensborn pour dénoncer le mythe de l'ordre naturel. Alors, s'il vous plait, arrêtez de pérorer sur des sujets que vous ignorez.

Jacqueline Simon Tipanda 08/08/2008 01:03



Certes, tous les malheurs sont respectables et vous pourrez incontestablement revendiquer votre droit à la GPA, le jour où... des femmes libres et riches se feront mères porteuses pour offrir des
enfants à des pauvres stériles.
J'attends ce jour-là avec curiosité ; il n'est pas encore pour demain.



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