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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 22:26
Il y a peu, j'ai reçu de Patrick cette communication, autour d'une interrogation morale qui ne peut pas laisser indifférent(e). C'était à la suite de l'acquittement de Mme B., meurtrière de sa fille lourdement handicapée.

"Un événement m'a choqué cette semaine: l'acquittement de cette pauvre femme
qui a donné la mort à son "enfant" âgée de 26 ans. Certes il ne fallait pas
emprisonner cette femme. Nous devons admettre une multitude de circonstances
atténuantes: la lourdeur à s'occuper d'une personne ayant un handicap
majeur, l'abandon d'une société incapable d'aider à la fois les malades
handicapés et les aidants, le désarroi, une dépression latente...etc.
Néanmoins, il s'agissait d'une personne qui malgré la souffrance et le
handicap, était Humaine. Elle n'avait pas demandé quoique ce soit. Aucune
amalgame ne peut être fait avec le droit à mourir, il n'y a ici aucun
rapport, encore moins avec le contexte de la loi Léonetti.
J'aurais tout de même voulu une peine avec sursis par exemple mais que cette
personne soit tout de même reconnue comme coupable ce que nous sommes
obligés d'appeler un crime ! Au lieu de tout celà, je n'ai entendu que des
applaudissements !! Des éloges et on a même parlé du courage des jurés !
Aucun commentaire ou très peu dans la presse, encore moins du corps médical
(j'ai un peu honte !). Quelle belle porte de sortie pour notre société, cela
va faciliter des décisions politiques finalement qu'il n'y ait eu aucune
réaction...A quel degré on va considérer qu'il y a au moins une faute ?
Peut-être que pour des handicapés, il ne faudra plus parler de crime ? Il
faut redéfinir le crime ? Demain, quels autres handicapés, les patients
atteints de maladie d'Alzheimer ? Les autres maladies qui dérangent..."

Patrick

Et ma réponse :

La facilité avec laquelle le monde accepte le meurtre des personnes handicapées me gène beaucoup, moi aussi.
 Si on admet qu'il existe des limites à l'humanité de certains humains, l'histoire, pas si ancienne à l'échelle des siècles, nous a montré où cela mène tout droit. Les nazis ont commencé par l'extermination des handicapés et des incurables. Le manque de vigueur des protestations leur a montré qu'ils pouvaient aller plus loin et ce fut la Shoah : ils ont détruit les juifs, les tziganes, les homosexuels ... A n'en pas douter, d'autres pans de l'humanité auraient suivi, si des hommes enfin réveillés n'avaient dit "Non". 
La notion d'"être humain" ne se négocie pas. Un point, c'est tout.
Mais, précisément, la défense de l'humanité demande qu'on en fasse preuve.
Nous avons tous connu des familles littéralement saccagées par la présence d'un handicapé trop lourd pour son entourage. Pas de vacances, des amis qui s'éloignent parce que c'est trop compliqué de gérer des invitations ou des visites, les copains des enfants qui ont peur du "monstre" et le renoncement à mettre au monde d'autres enfants parce que le handicap dévore le temps et ne laisse pas de place à d'autres. Que des parents, surtout des mères car la charge repose sur elles avant tout, ne puissent supporter une telle existence, c'est un malheur qui mérite surtout notre compréhension et notre aide.
Mais s'ils en veulent, de l'aide, ils doivent revendiquer, insister, sans garantie de succès. La société leur accorde le moins possible, et ne leur offre rien. Même lorsqu'un handicap est diagnostiqué à la naissance, la mère ne s'entend proposer aucune solution ; elle quitte la maternité avec une charge qu'elle devra assumer seule. A partir de ce moment, son destin est ficelé.  Elle aurait pu l'abandonner à la naissance mais tout a été fait pour qu'elle n'y pense même pas ; et dès qu'elle a commencé à le traiter comme son enfant, le piège est refermé. Cet enfant qu'elle sera seule à subir, elle y sera définitivement attachée jusqu'à ce que mort s'en suive. Son quotidien est sans repos ; elle n'aura de soulagement momentané que par des initiatives généreuses, hors programme. C'est ainsi qu'on rencontre parfois dans un service de pédiatrie un enfant lourdement handicapé ; il n'y est pas à sa place, il ne reçoit aucun traitement spécifique ; mais un médecin compatissant a décidé de l'hospitaliser quelques jours pour permettre à la mère de souffler. 
Parfois, c'est le drame. La mère tue son enfant qui n'est plus pour elle que désespoir.
Malgré la compréhension que cette femme nous inspire, tuer un être humain est un meurtre. Elle est coupable, elle reconnait elle-même son geste.
 L'acquitement qui la dit "non coupable" n'est donc pas adapté à la situation, mais il serait inhumain et absurde d'envoyer cette femme en prison. C'est une coupable sans risque de récidive, l'enfermement lui nuira sans l'améliorer.
Il existe un type de verdict qui me paraît convenir à ces affaires malheureuses, c'est la dispense de peine. L'accusé est reconnu coupable mais le jury considère qu'il n'est pas nécessaire ni même utile de lui imposer une sanction pénale. Franchement, je suis étonnée que les tribunaux n'en usent pas d'avantage.
Mais il est vrai que ces affaires de meurtres relèvent des cours d'assises, jurés populaires qui risquent plus que les juges professionnels de se laisser prendre à l'émotion ambiante.
Les jurés populaires, comme le suffrage universel, sont capables du meilleur et du pire de la démocratie.

L'affaire n'est pas close, le parquet ayant fait appel de l'acquittement.
Entre torche olympique et show présidentiel, cela vaut peut-être la peine de se poser parfois des questions morales.
Qu'en pensez-vous ?

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Published by Jacqueline Simon Tipanda - dans l'air du temps
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commentaires

LANOE Claudine 29/04/2008 16:30

Comme toi , Jacqueline , je pense qu'il ne faut pas que la société laisse cette mère seule face à son acte comme  elle  l'a laissée seule assumer cette fille si lourdement handicapée et qui souffrait . Il est facile de juger quand on a tourné la tête et refusé de voir . La société est coupable , au moins moralement , de ne pas proposer de structures adaptées qui permettent à ces parents (le plus souvent ces mères qui arrêtent de travailler et d'avoir une vie sociale ; les pères en travaillant peuvent prendre des distances) de souffler , de se ressourcer , de s'occuper d'eux (et des autres enfants)afin de pouvoir encore donner temps et amour à cet enfant. Toute vie humaine est "sacrée" ; ce principe ne peut souffrir aucune exception mais justement la société doit montrer concrètement qu'elle juge toute vie au même prix en ayant le souci de la prise en charge collective des handicapés . Quant au jugement , je ne pense pas qu'il soit adapté : il fallait en effet rappeler clairement que personne n'a le droit de tuer qui que ce soit ; la mère de la jeune fille se sent toujours aussi coupable ; une condamnation avec dispense de peine aurait pu l'aider à trouver l'apaisement .La société aura été lâche jusqu'au bout .

Jacqueline Simon Tipanda 29/04/2008 22:48



Et qu'appelle-t'on "la société" dans ce genre d'affaire ? Il semble que le style en cours , l'état d'esprit à la mode, s'approprie un peu vite le droit de dire la morale.  Je suis persuadée
qu'à ce sujet, nous sommes nombreux à penser comme toi et moi mais ceux qui crient le plus fort se prennent toujours pour la majorité. En tout cas, il y a du souci à se faire. Quand nous ne
serons plus capables de nous défendre, il se trouvera des beaux esprits, de prétendus philantropes pour nous faire passer de vie à trépas sous prétexte d'euthanasie et faire taire les scrupules
en disant à notre place que c'est ce que nous aurions souhaité. C'est l'air du temps ... mais il ne sent pas bon.



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