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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 07:55

Une spécialité française : l'enthousiasme commémoratif.
La mort d'Aimé Césaire vient d'en être une nouvelle occasion.
Comme on a des doutes sur la capacité des Français à faire la part des choses, on a eu droit à tout un panygérique, rien que des compliments : le grand écrivain, le poète, le "chantre de la négritude". On a même entendu évoquer une perspective de panthéonisation, en oubliant au passage que la famille ne voulait pas en entendre parler. Miraculeusement, les aspects moins glorieux du défunt sont passé sà la trappe ; personne ne s'est avisé de rappeler les pressions les plus énergiques dont il avait fallu user pour l'empêcher de briguer un ridicule nième mandat de maire.
Le président de la République, obéissant à on-ne-sait-quel-calcul, a fait le déplacement des funérailles. 
Bon, c'est le grand homme du moment, on espère que sa mémoire perdurera.

     Il est des gens qui n'ont pas de chance à la naissance mais la situation peut se modifier au cours de leur vie.
Une autre malchance est plus incurable ; c'est de mourir au mauvais moment, en concurrence avec un autre défunt qui vous prend la vedette.
C'est ce qui vient d'arriver à Germaine Tillion. Morte à 101 ans, sa vie  a été en tous points remarquable : fondatrice de l'ethnologie française, elle a été non seulement la spécialiste mais la grande amie des paysans des Aures. Très logiquement, elle s'est montrée une adversaire de la colonisation.
Bien avant la guerre d'Algérie, elle s'était battue pour la liberté. Membre fondateur du réseau du Musée de l'Homme, elle a été déportée à Ravensbrück. Cette épreuve ne l'a pas abattue, au contraire ; elle en a "profité"(!) pour mener une étude sociologique du camp tout en écrivant des spectacles destinés à soutenir le moral de ses compagnes. Jusqu'à sa mort, elle est restée une grande amie de la liberté ; à son grand âge, elle faisait partie d'une association de soutien aux sans-papiers.
On ne saura jamais pourquoi la notoriété privilégie une mort plutôt qu'une autre, Césaire plutôt que Tillion. On ne peut que faire des suppositions plus ou moins "charitables" pour expliquer les attitudes.
On se console en pensant que l'histoire rendra justice, qu'elle sera plus équitable que la mémoire immédiate et sa mauvaise conscience sélective
Personne ne propose de panthéoniser Germaine Tillion ? tant mieux, le panthéon est un endroit sinistre et glacial. Il fait plus chaud dans nos coeurs.
  

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Published by jacqueline Simon Tipanda - dans l'air du temps
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Federmann 03/05/2008 13:31

Docteur Georges Yoram FEDERMANN       
5 rue du Haut Barr
67000 Strasbourg.
 
 
Médecin agrée par la DDASS pour les étrangers malades.
Médecin expert auprès du Ministère des Anciens Combattants.                                                                                                                   
 
 
 
                                                                       le 18 mars 2008
 
 
                                                                       Monsieur Nicolas SARKOZY
 
 
 
Monsieur le Président de la République,
 
Je suis avec beaucoup d’intérêt les effets des  différentes propositions que vous formulez pour permettre à nos élèves de pouvoir prendre la mesure le plus précisément possible du rapport complexe à notre histoire et notamment celle concernant la période allant de 1933 à 1945.
 
En tant que Président du CERCLE MENACHEM TAFFEL( matricule 107 969) j’ai développé une réflexion longue et coûteuse sur l’indifférence de la corporation médicale française à l’étude fondamentale sinon fondatrice des raisons qui ont poussé nos collègues allemands à adhérer au nazisme à partir de 1933.
 
Rien n’est dit en France sur le fait que les médecins ont été ceux qui ont adhéré le plus aux structures nazies sans y être obligés.
 
Rien ne dit qu’ils étaient jusqu’en 1933 les meilleurs médecins occidentaux, cela a été notamment reconnu par le fait qu’ils ont obtenu le plus de prix Nobel de médecine.
 
Rien ne dit qu’après guerre, seul 23 d’entre eux ont été jugés à Nuremberg, dont 6 pendus.
Mais ensuite l’ensemble de cette corporation a été recyclé et a poursuivi son exercice et son enseignement en Allemagne.
 
Aujourd’hui, il est de bon ton de considérer que les médecins allemands ayant adhéré au nazisme étaient fous et criminels, alors qu‘en fait, ils s’appuyaient sur des modèles et sur une idéologie qui étaient partagés par l’ensemble de leurs collègues occidentaux.
 
Faisant le constat de la méconnaissance totale de mes futurs jeunes collègues concernant l’enseignement de cette période,
faisant le constat de la méconnaissance totale des enseignants en médecine dans ce domaine, je me demandais s’il ne serait pas plus judicieux, plutôt que de sensibiliser un élève de CM2 à la question importante du parrainage d’un enfant juif mort en déportation, de remettre à chaque étudiant en 1ère année de médecine un exemplaire du rapport d’autopsie réalisé en janvier 46 qui a permis de reconstituer le chemin de croix des 86 juifs sélectionnés à Auschwitz et gazés au Struthof en août 43 afin que leurs crânes puissent constituer les éléments de transmission pédagogique d’un futur «  musée de la race » que seule la victoire sur le nazisme a empêché de voir le jour.
 
Dr G-Y Federmann
 

Jacqueline Simon Tipanda 03/05/2008 22:36



Que dire de plus ?
Le Cercle Menachem Taffel est un bel exemple de ce qu'il faut réussir : être les gardiens de la mémoire, non en gardiens de musée uniquement attachés à la préservation des traces, mais en
pédagogues, avec la volonté d'enseigner aux présents et futurs personnels de santé qu'ils ont la puissance et, par conséquent, la responsabilité de faire vivre une
éthique exigeante . Non seulement, le temps des Hirt et Mengele ne doit plus revenir mais il faut signaler et corriger toutes les attitudes discriminatoires qui pourraient fragiliser la morale
des soignants et leur faire trahir le serment d'Hippocrate.
Il y a encore des progrès à faire pour atteindre une véritable égalité des soins.
Même les instruments de libération sont détournés pour opprimer ou nier des êtres humains.
Nous avons accueilli l'IVG avec un soupir de soulagement ; enfin, les femmes accédaient à la liberté de leur corps ; se reproduire n'était plus une obligation mais un droit ; hélas, où les
femmes sont écrasées, cette liberté est devenue oppression ; on pratique des avortements sélectifs pour éliminer les filles.
L'extension de l'hygiène et de l'anesthésie ont permis de sauver des vies grâce à la chirurgie ; c'était sans compter avec l'appat du gain et la soumission des personnels médicaux aux
traditions : en Egypte, les gynécologues excisent, sans états d'âme ni culpabilité puisqu'ils le font proprement et sans douleur. 
Toutes les dictatures, tous les tortionnaires s'entourent de médecins chargés du "suivi médical" des tortures pour faire durer le supplice.
Ces exemples ne sont, hélas, pas exhaustifs.
Il reste encore du travail pour les hommes de bonne volonté.  



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