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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 00:00

Guillaume de Normandie, militairement vainqueur, est le maître de son duché. 
Il ne compte pas s'arrêter là. De l'autre côté de la Manche, Edouard, le roi d'Angleterre va mourir sans enfant.  Entre les divers prétendants, il va désigner un successeur et Guillaume fait le nécessaire pour être celui-là.  L'important, il l'a appris en pacifiant son duché, c'est avoir le champ libre. Il faut laisser la Normandie entre des mains sûres pour se consacrer à la conquête. Un royaume lui est promis mais d'autres lui disputeront.
Le mieux est donc de se marier avec une épouse solide qui tiendra la Normandie en son absence et fera des enfants en vue de sa propre succession.
 Justement, le comte de Flandres a une fille à marier, Mathilde. Dans la perspective d'une expédition en Angleterre, un allié en face, de l'autre côté de la mer, c'est une nécessité. 
On ne dit pas Mathilde très belle mais intelligente, ça vaut la peine d'étudier la question.
Il ne va pas faire appel à un intermédiaire comme il est d'usage. Il ne veut pas d'un mariage par procuration, il veut séduire et être séduit ; il va se rendre chez, le comte de  Flandre et rencontrer sa fille. 
L'affaire n'est pas gagnée d'avance. Guillaume a été précédé par les moqueries du clergé très influent sur Mathilde. Avant de l'avoir rencontré, elle déclare en riant qu'elle ne sera pas la femme d'un bâtard ; Guillaume ne se laisse pas démonter, il bouscule, force l'accès à Mathide et s'impose. C'est Shakespeare avant l'heure, on se croit dans "la mégère apprivoisée", Mathilde est conquise, le mariage est conclu. Il durera toute leur vie. Mathilde gouvernera le duché pour laisser Guillaume lancer les bases d'un état qui sera le futur  royaume Plantagenêt.
Seulement, avant le règne, la puissance et la gloire (joke!), comme d'habitude, il faut compter avec l'Eglise et le droit canon. 
Décidément, rien de tels que ces amateurs de chasteté pour se mêler des amours des autres. 
Après avoir combattu le mariage more danico, le clergé entend décider du choix des époux et il a trouvé un moyen imparable : les empêchements pour inceste.
N'allons pas imaginer la noblesse féodale se complaisant dans les relations sexuelles entre parents et enfants ou frères et soeurs. Depuis le fin-fond des temps néolithiques, ces relations ont toujours été prohibèes. L'Eglise a tout simplement redéfini l'inceste en étendant le nombre de générations, de degrès, où l'union charnelle est interdite. Le choix est compliqué par les parentés spirituelles ; par exemple, le parrain et la marraine d'un enfant, même s'ils ne sont pas consanguins, ne peuvent se marier, ce serait un inceste dans l'ordre spirituel. En deux ou trois générations, toutes les familles nobles sont donc parentes et  incestueuses. Alors, comment allier les exigences familiales, on se marie selon son rang, et les commandements de l'Eglise, tous les partis possibles sont interdits ? 
L'Eglise vous offre une solution : la dispense. Les futurs mariés incestueux demandent à l'évêque ( plus tard, au pape) de faire une exception qui est accordée ou non en fonction des bonnes relations qu'ils entretiennent avec lui et ... la remise d'un cadeau à la taille de l'enjeu. La situation se généralise, il n'y a guère de moyen d'y échapper.
(Ah, si ! Un capétien s'est rendu célèbre pour son acharnement à échapper au diktat du droit canon. C'est Henri 1er ; ayant connu les misères imposées à son père par l'Eglise,  guéri des problèmes d'inceste et  des négociations obligatoires, il a pris épouse en Ukraine, Anne de Kiev restée dans l'histoire de France grâce à une bible écrite en alphabet cyrillique, livre qu'elle avait apporté et sur lequel tous les rois de France ont prêté serment.
 Les chefs de familles les plus glorieux se croient les maîtres du monde ; en réalité, c'est l'Eglise qui gouverne toute leur politique.  
Guillaume et Mathilde vont passer par les fourches caudines du clergé.
 De cette épreuve, il nous reste deux merveilles architecturales, l'Abbaye aux Hommes et l'Abbaye aux Dames, bâties à Caen, en expiation pour un péché obligé.
(... à suivre ...)

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Published by jacqueline Simon Tipanda - dans Feuilleton
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