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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 00:00

 Le mariage est la grande affaire du monde féodal.
Il faut transmettre ce qu'on a reçu, il faut donc se marier pour avoir des enfants.
La vie est courte, la mortalité infantile, surtout, est  importante. Pour augmenter ses chances de laisser un héritier, il vaut mieux avoir plusieurs enfants.
 Apparaît alors un autre problème, le fief ne se partage pas ;  il ira à un seul, normalement l'aîné. 
Avec quelques variantes locales, la norme de succession est l'ordre de primogéniture par les mâles : le fils aîné reçoit la totalité de l'héritage paternel, à charge pour lui d'assurer l'avenir de ses frères et soeurs, ce qui finit par peser très lourd, et provoque une cascade de conflits domestiques, on se croirait chez les Atrides...  
Pour léguer plus que ce qu'on a reçu, il faut agrandir le domaine ; le moyen le plus sûr est d'épouser une héritière qui apporte une dot et des promesses d'héritage.  
Les chefs de familles s'adonnent à un véritable sport de compétition : concocter de profitables alliances pour leurs enfants. 
Pourquoi ne pas laisser les intéressés s'en occuper ? Parce que les mariages portent en eux tout l'avenir des familles ; il est hors de question d'en laisser le soin à de jeunes blanc-becs inexpérimentés qui seraient bien capables de courir à leur ruine, tourneboulés par un joli minois ou une belle allure. 
Au passage, ne parlons pas de discrimination sexuelle, le père dispose de ses garçons comme de ses filles.
Deux adversaires veulent faire la paix ? Pour concrétiser l'accord, (en précurseurs des participations croisées) ils organisent des mariages croisés entre les enfants de l'un et de l'autre. 
On peut  dire sans exagérer que toute la vie politique passe à un moment ou un autre par la conclusion de mariages. Si elle veut compter dans la prise des décisions, l'Eglise ne peut rester à l'écart de ces alliances mais elle ne s'impose jamais par la brutalité. Tout se négocie. Un peu à la fois, le droit canon s'emplit d'articles codifiant le mariage sur deux principes : le consentement des époux et le tabou de l'inceste.

Quand on cherche à s'agrandir, le plus intéressant est le voisinage immédiat, un domaine qui jouxte le sien. Après quelques mariages croisés, les voisins sont tous parents et leurs familles forment un bloc. 
L'Eglise est toujours favorable à l'exogamie, chez les nobles comme dans le peuple ; elle sait d'expérience qu'elle ne doit pas laisser se constituer ce genre de forteresses imprenables. 
Les chefs de famille arrangent les alliances en fonction de leurs intérêts ; la religion exige le consentement des futurs époux.  Il faut trouver un terrain d'entente. C'est l'origine d'une construction originale qui ménage les intérêts des uns et des autres, un mariage en deux parties : le sponsalicium suivi du matrimonium
Le sponsalicium est à la fois sacrement et contrat de mariage ; le matrimonium, c'est les noces, la part profane et conjugale, la consommation du mariage. L'Eglise ne s'intéresse qu'au sponsalicium, officiellement elle ne connait pas les réalités de l'union charnelle.
La découverte géniale qui donne satisfaction à tout le monde, c'est la non-concommitence des deux parties du mariage. Les pères veulent conclure au plus vite, ne pas laisser le temps à d'autres prétendants de faire échouer leurs projets, il faut donc procéder aux mariages très vite. On peut conclure une union très tôt, entre deux enfants, et ne la consommer que des années plus tard. Le sponsalicium célébré, les pères sont satisfaits, leur travail ne sera pas défait.
Pour complaire à l'Eglise qui exige toujours le consentement des époux, une fois qu'on a célébré la cérémonie, la "sponsa" est livrée à sa nouvelle famille ; en attendant l'âge de consommer le mariage, elle partagera la vie de son époux, dans l'idée que la vie commune lui permettra de s'habituer  aux futures réalités du mariage et que l'harmonie ainsi créée évitera les protestations.
 Et, sans surprise,  le système fonctionne. Ces unions enfantines ont souvent donné des ménages solides, moyennant quelques autres arrangements que nous allons découvrir.
 - à suivre ...

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Published by jacqueline Simon - dans Feuilleton
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