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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 00:32

Nous parlons de "féodalité" et il nous revient des images d'adoubement béni, de templiers, de moines soldats, nous restons persuadés que l'Eglise et la noblesse filent le parfait amour. 
C'est un mariage de raison, l'Eglise maîtrise l'instruction qui est indispensable en tous temps et la noblesse dispose de la force armée nécessaire à toute forme d'autorité. Elles sont donc bien forcées de s'entendre mais l'une et l'autre cultivent les occasions de marquer des points.
Comment vit la noblesse féodale ? 
Surtout pas dans les trop célèbres châteaux forts, n'en déplaise aux disciples de Walter Scott ;  le château-fort est une forteresse, avant tout une caserne, doublée d'un dépot de vivres et de munitions. Pas plus que nous, le seigneur du moyen-âge n'est capable d'y passer sa vie. Il n'y séjourne qu'en temps de guerre, lorsqu'il faut se mettre à l'abri et résister. 
Dans une grande simplicité qui serait inimaginable au XXIème siècle, le seigneur est d'abord un nomade, pour deux raisons : 
- ses sujets et lui sont unis par une parole, un serment réciproque non écrit, il est donc obligé d'être physiquement présent auprès de tous, alternativement. 
- les campagnes vivent une économie de subsistance et de troc ; la collecte d'un impot en numéraire est pratiquement impossible ; le seigneur vient consommer l'impôt sur place. Il en profite pour rendre la justice. Son épouse gère les biens en veillant sur les enfants dans la principale maison du domaine. 
Il nomadise donc, en compagnie de ses concubines, de quelques hommes de confiance et d'une troupe d'assez mauvais sujets encadrés par des chevaliers sans avoir, des fils cadets ou bâtards courant l'aventure qui paie. 
 Une  vie itinérante ne conviendrait pas à une cour véritable avec son decorum ; par bonheur, les besoins en services administratifs et juridiques sont très réduits. Ils sont concentrés entre les mains de quelques clercs qui conseillent la chatelaine et sauront vite se montrer indispensables en déchargeant le seigneur du quotidien. L'Eglise a placé des hommes auprès de la noblesse et prend le plus grand soin de leur recrutement et de leur formation. 
Ils doivent savoir qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois et qu'ils doivent d'abord servir Dieu, c'est à dire l'Eglise.
Quelle sera la récompense des bons sujets ? Facile à deviner : on les canonisera, on en fera des modèles qui stimuleront les émules à venir.
Le cas typique : Thomas Becket.
Au départ,  il n'a rien d'un saint. 
Normand d'origine, il fait de solides études à Londres et devient clerc mais n'a aucune intention de desservir une paroisse, fût-elle importante, ou d'entrer au monastère. Sa place est auprès du pouvoir où sa valeur sera appréciée, où il prendra lui aussi de la puissance. Très vite, il se lie avec le duc de Normandie qui est aussi roi d'Angleterre, Henri II Plantagenêt. Les deux hommes ont en commun l'intelligence, l'ambition et une implacable volonté.
Henri est le seigneur le plus puissant depuis un vrai coup de chance : Aliénor, la duchesse d'Aquitaine a divorcé du roi de France, Louis VII, pour épouser le roi Henri, apportant avec elle la moitié occidentale de la France. Le couple aura huit enfants, donc l'espoir de profitables alliances ; l'avenir s'annonce radieux. 
Henri n'accepte aucune contrainte et aime la vie jusqu'à la débauche ; Thomas partage ses plaisirs et le seconde en tout. Le roi a confiance en lui au point qu'il lui fait attribuer le siège épiscopal de Cantorbery, la primature d'Angleterre. C'est qu'Henri veut mettre l'église d'Angleterre à la raison, la soumettre à sa justice et sa fiscalité ; il promulgue les Constitutions de Clarendon, un texte qui établit son autorité sur les biens ecclésiastiques. Ce roi à qui tout a réussi vient de faire l'erreur de sa vie, Thomas Becket est devenu archevêque ; à l'étonnement de tous, il se comporte en archevêque et prend le parti de l'Eglise contre son roi.
La crise va durer plusieurs années sans que le roi puisse faire plier l'inflexible Thomas, jusqu'à l'irréparable : deux sicaires assassinent Thomas au pied de l'autel. Ils ont mal interprêté des paroles agacées du roi demandant qui pourrait le débarrasser de l'évêque et commettent le meurtre, comptant bien être récompensés.
Immédiatement, les sanctions pontificales pleuvent. Le roi ne se sauvera qu'en renonçant à tous ses projets.  Thomas Becket est canonisé. Le roi subit l'humiliation de voir les pélerins défiler devant le tombeau du martyr. L'Eglise a gagné.
Plus tard, Becket restera populaire comme le modèle du haut fonctionnaire intègre, avant tout soucieux d'accomplir la fonction à laquelle il a été nommé, c'est une autre histoire dans un monde moins religieux.
 L'Eglise n'a pas toujours des Thomas Becket à envoyer au sacrifice pour la grande gloire de Dieu mais, dans une société où elle occupe une position dominante, elle a d'autres armes à sa disposition.
....(à suivre) 

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Published by Jacqueline Simon - dans Feuilleton
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