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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 18:50
Au temps des mérovingiens la sainteté se répand comme une épidémie. La vie des saints est souvent romanesque et d'une indéniable efficacité prosélyte, mais elle correspond rarement à l'idée que nos contemporains se font de la sainteté.
Des familiers de rois utilisent leur position pour défendre les intérêts de l'Eglise, ils sont canonisés. Un bon cheval de Troie mérite d'être honoré. Leur mémoire, pensons à St Eloi, est parfois plus joyeuse que sacrée.
Les plus nombreux sont des ecclésiastiques ; rien de tel que de laisser les pros faire leur métier.
Le meilleur moyen d'accéder à la sainteté est de fonder un ordre monastique ou, tout au moins, de se procurer les moyens de bâtir une abbaye entourée de champs et de villages en quantité suffisante pour assurer son train de vie. 
Dans ce foisonnement, marquons un arrêt sur le monachisme irlandais. 
Dans ce Far West de l'Europe, les monastères fleurissent juqu'aux îles d'Aran. Isolés, évoluant séparément, ils créent et défendent  farouchement une règle particulière que Rome ne fera rentrer dans le rang qu'avec bien des difficultés . Surtout, ils sont des lieux de sauvetage de la culture antique. Sur le continent, le niveau moyen d'instruction s'effondre, même chez les religieux. Pendant ce temps, les équipes de moines copistes tournent à plein dans les scriptoria d'Irlande, poursuivant l'étude du latin classique et du grec. Ils ont ainsi sauvé bien des textes anciens. 
  Aujourd'hui, il est de bon ton d'affirmer le rôle primordial des Arabes dans la conservation et le développement des connaissances. Emportés par leur enthousiasme, certains affirment que, sans les Arabes, il n'y aurait pas de mathématiques, vu qu'ils sont les créateurs du zéro. 
Fort bien. Alors, comment faisaient Archimède ou Pythagore ? Comme mathématiciens, on a connu plus nuls.
Il faut raison garder. L'est et le sud de la Méditerranée sont les débiteurs des Arabes mais le nord et l'ouest de l'Europe ont la même dette envers les moines irlandais des Vème et VIème siècles. 
   Amis de la science et de la culture, abandonnez ici vos illusions, le travail du parchemin n'est pas une sinécure mais il ne suffit pas pour décider l'Eglise à canoniser des scribes. En Irlande comme ailleurs, ce sont les  fondateurs et les organisateurs qui deviennent saints. Patrick, devenu le saint patron de l'Irlande, a pour mérite principal la conversion au christianisme des druides celtiques ; l'Eglise récupère d'un coup un jeu de structures en état de fonctionner. 
   Une autre célébrité locale : Colomban ; sa trace se retrouve sur le continent plus que dans son île d'origine. C'est un fanatique qui a la bougeotte. La foi chrétienne est bien malmenée de l'autre côté de la mer ... Qu'à cela ne tienne, il va partir en mission ; il réunit une équipe de volontaires et s'embarque pour la Bretagne continentale. Le moine  du haut moyen-âge est, en effet,  un voyageur, ce que nous appelons aujourd'hui un missionnaire ; la clôture monastique viendra des siècles plus tard. Pour l'instant, Colomban et ses disciples prêchent, baptisent, fondent des abbayes. Ils inaugurent un procédé efficace : à chaque nouvelle fondation, le plus ancien, le plus expérimenté des compagnons reste à la tête du nouvel établissement et des nouveaux convertis rejoignent l'expédition qui continue son chemin pour convertir plus loin. Les jalons les plus prestigieux sont St Philbert, Faremoutiers, Luxeuil, St Gall ... jusqu'à Bobbio où Colomban finira ses jours, en Italie.  La réussite indéniable de Colomban est due à une remarquable énergie hélas gâtée par un fanatisme non moins exceptionnel. Il a refusé son pardon à Gall sur une broutille et lui a interdit à vie de dire la messe ; il faut croire que Gall n'est pas si mauvais chrétien, il est devenu St Gall,  mais Colomban use d'un pouvoir discrétionnaire de juger.
   En chemin, ils croisent la route de la cour mérovingienne. L'Histoire a été très dure avec ces pauvres rois qualifiés de "rois fainéants" qui sont, avant tout, des rois faibles et instrumentalisés. Le règne de Dagobert a été le seul assez long  pour donner du temps à l'action, et son bilan est très honorable. Les autres rois de la famille sont des enfants malades, pris dans un cercle vicieux. Montés trop jeunes sur le trône, ils sont drogués, alcoolisés, livrés à leurs plus mauvais penchants par de prétendus conseillers qui leur volent le pouvoir avant de les enfermer dans un monastère lorsqu'ils ont cessé de servir. Parmi ces profiteurs, des hommes d'église tiennent leur rang. Une reine joue sa propre carte pour essayer de mettre de l'ordre et de sauver le trône de ses petits-enfants. Inutile de préciser que l'Eglise, par histoire interposée, ne lui a pas fait de cadeau. Cette reine, c'est Brunehaut, celle qu'une mode récente chez  certains historiens fait appeler Brunehilde - il paraît que c'est pour faire plus germanique, vu que la dame est une princesse wisigothe ... sauf que sa famille wisigothe régnait en Espagne et que tout le monde chez elle parlait et écrivait latin ... - Entre Brunehaut et Colomban c'est tout de suite le choc. C'est l'homme d'église qui est le vainqueur, la grand'mère vaincue périra traînée à la queue d'un cheval, elle a quatre- vingts ans. Voilà le genre de doux ange qui devient saint. 
Et le tissu des implantations religieuses se renforce mais la lutte n'est pas finie (à suivre...)

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Published by Jacqueline Simon - dans Feuilleton
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